‹ De tout un peuChapitre 9 sur 34 · I.KTTnrS DE BERI.IX S · texte numérisé non relu

I.KTTnrS DE BERI.IX S

veuv couleur de jacinthe; sa l)ouclie est à la fois une rose et un rossii^nol : toute sa personne est une fleur pressée entre deux feuilles de papier brouillard; voyez-la pressée entre ses deux tantes f^rises. •Monsieur son époux, qui se nourrit de fleurs comme celle-là au lieu de chardons, pour nous faire croire qu’il n’est pas un âne, a été ohlif^é aujourd’hui de restera la maison; car, souffrant d’un rhume, il est étendu sur le canapé, où j’ai dù l’entretenir ; nous avons causé pendant deux heures de la nouvelle liturgie, si bien que ma langue s’est, à la lettre, desséchée à force de bavardef , et que mes lèvres me font mal à force de sourire.

A ces paroles, les coins de la bouche du musicien .se contractèrent en un sourire aigre-doux, qu’il fit disparaître en passant dessus sa petite langue, et tout à coup il s’écria : La liturgie 1 la liturgie ! sur les ailes de l’Aigle noire de troisième classe, elle volera de clocher en clocher y?<sÿ«Vi la tour de Notre-Dame î Mais parlons de quelque chose de sensé. — Regardez ces deux messieurs pimpants, dont la voiture vient d’avancer; l’un à la petite figure écrasée et comme confite, avec la fine tête aux pensées molles et sans consistance, au gilet brodé de diverses couleurs.

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avec épée de f^ala ballant sur ses pelites jambes, recouvertes de soie blanche, etqni voudraient toujours sauter; et cela parlotte français, et quand on traduit ce français en allemand, ce ne sont que des bêtises. — Par contre, voyez l’autre, le grand à la moustache, le Titan qui voudrait donner l’assaut à tous les ciels délits! Je parie ([u’il a autant d’esprit que rA|)ollon du belvédère.

.Maudit parleur! Pour faire changer le cours doses pensées, je lui indiquai mon barhier, placé en face de nous et qui avait endossé son nouvel habit fait à ranti(iuemode nationale. La figure du musicien devint d’un rouge cerise, et il diten grinçant les dents : O saint Marat! un pareil gueux veut faire le héros de la liherté! O Danton ! Collot d’Herbois ! Rob(‘spierre!... En vain je fredonnai la chanson :

(;’csl un ferme bur^r, ù mon Üieu 1

Que le burg de Spanil.iu.

Peine perdue ! je n’avais fait qu’empirer la situation! L’homme s'enferra aussitôt dans ses vieilles histoires révolutionnaires, et ne parla plus que de guillotine, de lanternes, de septembrisades, jusqu’à ce que. par bonheur, je me rappelai sa ridicule peur

J.F.TTRKS nr BERMN ST

(le la poudre, el lui dis ; Saviv.-voiis (|ue dans le lAistgarten ou va tirer douze coups de canon ? A peine eus-je prononc(5 ces mots, <juo le musicien disparut.

J’essuyai la sueur froide de mon visaffe, dès (jue je fus dtdiarrassé de ce drôle, je rej^ardai encore les dernières personnes qui descendaient des voitur(îs. je Ils à mes belles voisines un salut accompa},mé d'un sourire, et me rendis au LuKUjarten. On y avait planté, en effet, douze canons qui devaient être tirés trois fois, au moment où les fiancés royaux échangeraient les anneaux. A une fenêtre du château se tenait l’otlicier qui devait donner aux artilleurs du jardin le signal de tirer. Une foule d’hommes s'y étaient rassemblés. On lisait sur leurs visages des pensées étranges et presque contradictoires.

C’est un des plus beaux traits du caractère des Berlinois, qu’ils ont un amour indescriptible pour le roi et la famille royale. Les princes et princesses sont ici un des principaux sujets d’entretien dans les plus pauvres maisons bourgeoises. Un vrai Berlinois n’emploie jamais d’autres termes ([ue ceux-ci ! Sotre Churhtte, notre Atexandrine ^ notre prince

8H nErvRES de iienri iieine

Charles... Le Berlinois s'associe, pour ainsi dire, dans ses pensées, à la famille royale, dont il regarde tous les membres comme de vieux amis; il connaît le caractère particulier de chacun d’eux, et il est toujours charmé d’apercevoir en lui de nouvelles qualités dignes de louanges. Ainsi, les Berlinois savent que le prince royal possède l’esprit des reparties, et c’est pourquoi chaque bon mot fait aussitôt son tour de ville sous le nom du prince royal ; de sorte qu’on attribue à un seul Hercule et à une seule massue de bons mots les exploits spirituels de tous les autres Hercules.

Vous pouvez donc vous faire une idée du grand amour que le peuple voue ici à la belle et brillante Alexandrine, et, par cet amour, vous pouvez aussi expliquer les sentiments contradictoires peints sur les figures des Berlinois, lorsque, dans une curieuse . attente, ils regardaient les hautes fenêtres du château, où l’on célébra le mariage de notre Alexandrine. Ils n’osèrent pas se montrer -de mauvaise humeur, car c’était le jour d’honneur de la princesse bien-aimée ; mais ils ne purent pas non plus- se réjouir de très-bon cœur, car c’était le jour où ils devaient la perdre. A côté de moi, se tenait une

LETTRES nE RERI.IN S9

vieille mère, sur la fiyure de laquelle on pouvait

lire : « A présent, je l’ai mariée, il est vrai, mais

elle va me quitter. » La figure de ma jeune voisine

exprimait la pensée ! * Comme duchesse de Mec-

klenbourg, elle n’est pourtant pas aussi haut placée

qu’elle l’était ici comme reine de tous les cœurs. »

Des lèvres rouges d’une jolje hrune, je croyais en-

temlre tomber ces paroles. « Ah ! que ne suis-je au

même point, moi aussi ! »

Tout à coup, les canons tonnèrent, les dames

tressaillirent, les cloches sonnèrent, des nuages de

poussière et de vapeur s’élevèrent, les langues de la

foule s’agitèrent, les gens rentrèrent chez eux au grand trot, et le soleil se coucha, rouge de sang, derrière Monhijou.

Il n’y eut pas trop de tapage aux fêtes du mariage. Le lendemain matin, après la bénédiction nuptiale. Leurs Altesses, les nouveaux mariés, assistèrent au service dans l’église du Dôme. Ils étaient dans le carrosse doré attelé de huit chevaux, dans le carrosse aux grands carreaux de vitre , tandis qu’une foule immense les voyait passer avec des regards de curiosité. Si je ne me trompe pas, les valets déjà' décrits plus haut ne portaient pas de

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bourse de dieveux ce joui’-là. Le .soir, il y eut cérémonie des fclicitalious à la cour, puis bal dans la salle blanche, où Ton dansa principalement des polonaises. Le 27, granil dîner dans la salle des Chevaliers, et le soir, le.s Altessi^s et Majestés se rendirent à rOpéra, oii l'on repn'sentait l’opérette, composée expressément pour (;ette fête par Spontini : Nunnafiol, ou la Fête des Roses ^ à Cachemiré . La plupart des personnes eurent beaucoup de peine à obtenir des billets pour cette représentation. On m’en donna un, mais je n’y allai pas. J’aurais dû y aller, dites-vous, pour pouvoir vous en faire mon rapport; mais croyez-vous que je doive .sacrifier ma jiei’sonne à ma corresjmndance ? Je pen.se encore avec terreur à l'Oli/mpie, que j’ai été oblifjé d’entendre encore une fois, tout récemment, pour une raison particulière, et dont je suis sorti les membres brisé's. Je suis allé chez le musicien de la chapelle • pour lui demander ce qu’il pensait de l’opiTette. Il me répondit : « Ce qu’il y a de mieux, c’est qu’on n’y tire pas de coups de fusil, » Cependant je ne puis pas me fier au musicien ; car, d’abord, il est compositeur aussi, et il se croit supérieur à Spontini; ensuite oir lui a fait croire que ce dernier voulait

r.KTTHICS DK RÎÎHLIN ‘t1

écrire un op<'ra on les canons joueraient un r«*»le indispensahle. Mais, en gémVal, ou ne dit pas beaucoup de bien de la Nnrma/ial. En tout cas, ce ne doit pas être un clief-d’onivre. Spontini y a cousu beaucoup de lanil)eaux de ses op«'ras prt'ct'dcnls. C’est grâce â eux que la Nnrmahal renferme d’excellents passages, il est vrai, mais ce n’est au fond qu’un ensemble de pièces rapportées : on n’y trouve pas cette unité, mérite principal des autres opéras de Spontini. — Leurs Altesses, les nouveaux mariés ont été reçus généralement avec des cris de jubilation. Les accessoires et apparats do cette pièce sont, dit-on, d’un faste incomparal)le. Le peintre de décorations et le tailleur de théâtre se sont surpassés eux-mêmes. Le régisseur dramatique a fait les vers, il faut donc qu’ils soient bons. Aucun éléphant n’y a paru. Le Afoniteur officiel du 4 juin, réprimande un article de la Gnzclfe de Afaç^dehourg, où il aurait été dit que deux éléphants paraîtraient dans la nouvelle opérette, et il ajoute avec une tournure facétieuse à la Shakespeare : « On prétend que ces deux éléphants sont encore à Magdebourg. » Si la Gazette de Magdehourg a puisé cette nouvelle dans ma seconde lettre, je regrette avec une profonde, douleur d'avoir

'.>i (TKI’VRES DE HENRI HEINE

t‘U* assez malheureux pour attirer sur elle cette foudre spirituelle. Je me rétracte avec tant d’iiumilité et de tristesse, que le Moniteur officiel versera des larmes d’émotion. Du reste, je déclare, une fois pour toutes, que je suis prêt à rétracter tout ce qu’on me demande; seulement, que cela ne me coûte pas trop de peine. J’avais, en etfet, entendu direiiue deux éléphants paraîtraient dans la Fête dm llosih'es; on m’assura ensuite que ce seraient deux chameaux ; plus tard ce devait être deux étudiants, et enfin des anges d’innocence.

Le :28, il y eut redoute gratuite. Dès huit heures

et demie, les masques se firent conduire vers la salle

de l’Opéra. — Dans ma dernière lettre, j’ai décrit une

redoute de Berlin. Les seules difi’érences entre celle- » \

ci et les autres, c’est qu’aucun domino noir n’y était admis, que tous les masques présents étaient en sou- . liers, qu’à une heure on avait le droit de se démasquer dans la salle, et que les billets d’entrée, ainsi que les rafraîchissements, étaient donnés gratis. Ce der- / nier point me paraît avoir été le principal. Je porte dans mon cœur la ferme conviction que les Berlinois sont des modèles de civilisation et de mœurs polies, et qu’ils ont raison de mépriser les manières rustiques

LETTRES DE BERLIN

(le mes corn patriotes; en outre, je me suis convaincu, à beaucoup d’occasions, que le plus pauvre Berlinois a poussé très-loin l’art de supporter honnêtement la faim; et qu’il sait, avec une habileté consommée, étouffer les cris de son estomac, sous les formes des plus parfaites convenances. Autrement j'aurais pu concevoir de ces messieurs une opinion

défavorable en les voyant se serrer autour des buf-

fets, se verser verre sur verre dans le yosier, se bourrer l’estomac de gâteaux, et tout cela avec une voracité si disgracieuse, avec une constance si liéro'i- (jue, qu’il était presque impossible à un homme ordinaire de percer cette phalange de goinfres de buffet, et, par la chaleur (jui régnait dans la salle, de se rafraichir la langue avec un verre de limonade. Le roi ettoute-la cour assistaient à cette redoute. La vue des nouveaux mariés charmait tous les assistants. L’épouse brillait plus encore par son amabilité que puisa splendide parure de diamants. Notre roi portait un domino bleu foncé. Les princes avaient pour la plupart d’antiques costumes espagnols ou celui de chevalier.

Je vous ai depuis longtemps averti que c’est un caprice seul, et non l’ancienneté, qui décide de

IKUVKKS DK IIEXUI HEINE

l’ordre dans le(|uel je vous raconte les (•vénenients de Herlin. Si j’avais voulu suivre l’ordre des teni|)S il m’aurait fallu commencer ma lettre par le jubilé du conseiller intime, M. lleim. Les journaux vous auront suHisainment appris comment on a fêté ici cet éminent médecin. On en parla à Berlin pendant deux jours entiers, et cela veut dire beaucoup. Partout on entendait raconter des anecdotes de la vie de lleim, parmi lesquelles il y en a quelques-unes de très-divertissantes. La plus drôle, à mon avis, c’est la manière dont il mystitiason cocher, qui lui avait déclaré, un jour, (ju’ayant déjà trop longtemps promené Heini en voiture, il souhaitait maintenant de devenir médecin lui-même et apprendre l’art de guérir. Plusieurs autres jubilés demi-séculaires eurent lieu à la même épo(|ue, et, chez Jagor, les bouchons des bouteilles de champagne sautaient en masse. En général, les gens, avant qu’on y pense, se trouvent ici avoir rempli une carrière de service de cinquante ans. C’est le fait du climat. — Même une domesti<juc a fêté un jubilé, et, dansr/s’AV/uHÇ on peut lire comment cette servante jubilaire a été célébrée et chantée. Il y a jusqu’à une matrone de la rue de l' ! nnocence ^ à ce qu’on m’a dit hier, qui a célébré son jubilé. Elle

LETTKES UE BERLIN

a t‘té couronnée de roses et de lis; un adolescent sentimental, porte-épée dans l’armée, lui a présenté un sonnet bien ronflant, tout à fait dans l’esprit de la poésie jubilaire ordinaire, où s’entrelaçaient les rimes /owr, amotir^ caresse, (endresse, et où douze vierges chantèrent :

0 toi, ma bonne cpce, attachée à mes flancs,

Pourquoi lancer ainsi des feux étincelants ?

Vous voyez, les jxiésies de Théodore Kœrner se chantent toujours. Ce n’est pas, il est vrai, dans les sphères du bon goût, car on y est déjà convenu à voix haute qu’il était fort heureux que les Français, en 1814, n’aient pas compris l’allemand et n’aient pu lire ces vers fades, niais, plats, sans poésie, qui nous enthousiasmaient tant, nous autres bons Allemands. Mais ces vers de la guerre de délivrance sont encore souvent déclamé‘s et chantés dans ces petites réunions sentimentales, où l’on se chauffe en hiver auprès du feu do paille innocent qui pétillé dans ces chants patriotiques; et comme le vieux cheval blanc dp grand Frédéric se cabrait dans une nouvelle fougue juvénile et faisait toute la maiHcuvre, dès qu’il entendait une trompette, de même les

iKL’VHKS l)K II K MU IIICI.NE

'Jü

seiiliinenls de mainte Berlinoise montent au suhiinie quand elle entend une chanson de Kœrner; elle pose la main gracieusement sur son sein, pousse un soupir de volupté du plus profond de son cœur, se lève courageusement comme Jeanne de Montfaucon, et s’écrie : * Je suis une vierge allemande. »

Je m’aperçois, mon cher, que vous me reganlez un peu de travers, à cause du ton amer et mocjueur avec leijuel je parle quelquefois des choses qui sont chères à d’autres personnes, et avec raison; mais je ne puis faire autrement. Mon âme est tro{> ardemment amoureuse de la vraie liberté, pour que je ne sois pas pris de ilépit en voyant dans leur pauvreté et dans leur insignifiance nos mirmidons hâbleurs, liéros lilliputiens de la liberté. Dans mon âme, l’amour de rAllemagne et la vénération de la magnificence allemande est trop vivace, pour que je puisse mêler ma voix au bavardage insensé de ces hommes de rien, qui font étalage de sentiments teutons, et soiifent je me sens comme une démangeaison convulsive d'arracher d’une main hardie aux suppôts du vieux mensonge l’auréole qui entoure leur tête, et de tirer la peau du lion même. — parce que je suppose qu’elle recouvre un âne.

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Du théâtre, je vous écrirai peu de choses, cette fois comme la dernière. Le comique Walter a eu ici quelques succès; quant à moi, je ne goûte pas son humour. Par contre, j’ai été vraiment ravi de Lebrun, de Hambourg, qui, il y a quelque temps, joua ici quelques rôles de bénéficiaire; c’est un de

nos meilleurs comiques allemands, inimitable dans les rôles gais; aussi mérite-t-il entièrement l’approbation que lui accordaient ici tous les connaisseurs. Charles-Auguste Lebrun est tout à fait né pour le métier d’acteur; la nature l’a pleinement doué de tous les talents nécessaires à cette carrière, et l’art'les a perfectionnes.

Mais que dirai-je de madame Hermann, qui ensorcelle tous les Berlinois, jusqu’aux rédacteurs critiques? Quels miracles fait une belle figure! C’est un bonheur pour moi d’être myope, sans cela cette Circé m’aurait changé en animal grisou, aussi bien qu’un de mes amis. Ce malheureux a maintenant de si longues oreilles, que l’une sort au dehors dans la Gazette de Loss, et j’autre dans celle de Ilaude et Spener. Cette dame a déjà rendu fous quelques jeunes gens; l’un d’eux est aujourd’hui hydrophobe

et ne fait plus de vers. Quiconque peut approcheV de

cette belle personne, se sent heureux. Un lycéen lui a voué un amour platonique, et lui a envoyé un échantillon calligraphique de sa main. Le mari de madame Hermann est acteur aussi; il brillait comme du canevas dans la comédie intitulée : Cabillond et Pladcr. La bonne dame doit être incommodée des nombreuses visites de ses admirateurs. On raconte qu’un homme malade, logé à côté d’elle, fut tellement importuné par tous ces visiteurs qui, à clia(|ue moment, ouvraient sa porte en lui demandant si c’était là que demeurait madame Hermann, qu’il fit enfin écrire sur la porte de son appartement : « Madame Hermann ne loge pas ici I »

On a même mis la belle dame en fonte de fer, et on vend de petites médailles de fer avec son effigie. Je vous le dis, l’enthousiasme pour madame Hermann est épidémique comme une épizootie. Pendant que j’écris ces lignes, j’en ressens moi-même l’influence. Je sens encore tinter dans mes oreilles les paroles d extase avec lesquelles un vieux grisou parlait d elle hier. Homère n’a pu nous faire une plus vive peinture de la beauté d’Hélène qu’en montrant les vieillards saisis de ravissement à sa vue. Beaucoup de médecins lui font également la cour, de sorte

LETTIIKS DE RERU.N 99

qu’on nomme ici la belle dame plaisammenl la IVmm (les 7n('ilt'a'ns .

Mais pourquoi en conter si loii'f ? Vous avez certes lu attentivement nos articles de critique théâtrale et vous y avez remarqué un certain rhythme convenu, qui est celui de l’Ode de Saplio à Vénus. Oui, c'est une Vénus, ou, comme le disait un commerçant d’Altona, une Vénusine. Seul, le maudit compositeur d’imprimerie lance quelquefois un aiguillon de guêpe dans la coupe de miel d’IIymète, consacrée à notre déesse par te dévot critique. En guise d’interprétation, la Feuille des intelligences littéraires (titre assez ironique) corrige ainsi une fautA d’impression ; * Dans l’article critique sur le jeu théâtral de madame Hermann, dans le n“ de la Gazette de Spener, du 25 mai, ligne 20, au lieu de ; léger jeu d'amoui\ il faut lire : léger jeu de mine. Hier, la belle dame joua dans la nouvelle comédie de Clauren : Jm fiancée du Mexique. Dans cette j)ièce, on se sent très-agréahlement bercé comme dans un conte bleu par une gaîté facile et originale, avec laquelle doivent sympathiser tous les amis de la joie na’ive. Aussi cette pièce a-t-elle plu à beaucoup de monde; en génértd tout ce qui sort de la plume de

OF.rvnF. s DF. iiF. \ni iif.ine

CCI ccrivain a ici un immense succès. Ses écrits ont beaucoup d’adversaires, mais on en fait toujours de nouvelles éditions.

Sur la place d’Alexandre, on a érigé un théâtre populaire. Un certain M, Cerf, qui en avait obtenu le privilège, y a renoncé, et reçoit maintenant en échange une somme de 3,000 thalers par an. L’ancien acteur Bethmann s’est alors chargé de la direction. On a offert au professeur Guhitz la direction de la partie poétique de ce théâtre. Il serait à désirer qu’il se chargeât de cette affaire, car il connaît trèsexactement la scène et son économie ; il est célèbre à la fois comme poète dramatique et comme critique, il est maître dans les arts du dessin, et par cette multiplicité de connaissances, il réunit en lui tout ce qui est nécessaire pour une telle direction; mais on doute qu’il l’accepte, car la rédaction du Sociétaire, à laquelle il s’est voué corps et âme, l’occupe trop. Cette dernière feuille, tirée à un grand nombre d’exemplaires (plus de quinze cents, je crois), est suivie avec un intérêt excessif; on peut bien l’appeler la meilleure et la plus substantielle de toute l’Allemagne. Guhitz la rédige avec un zèle et une conscience plus que scrupuleuse, car, dans son

LETTRES nE. BERLIN

amour pour la correction et la décence, il devient presque trop sévère. N'allez pas toutefois le prendre pour un pédant. C’est un homme dans ses meilleures années, franc, joyeux, heureux de vivre, enthousiaste de tout ce qui est beau, noble ; toute sa personne respire cet esprit jovial et anacréontique, qui est le signe caractéristique de .ses poésies.

Nous avons ici depuis peu une nouvelle feuille hebdomadaire destinée aux sphères populaires et rédigée par le lieutenant Leithold, qui vient de publier son Voyage au Brésil', elle porte ce titre. Curiosités et Raretés, avec une épigraphe des plus naïves. L’Observateur sur la Sprée et le Messager de la Marche sont ici les meilleures feuilles populaires. Cette dernière est plutôt pour la classe instruite. J’y trouvai avec étonnement une nouvelle réimpression d’une partie de ma seconde lettre, d’après Y Indicateur. Je suis très-sensible à cet honneur et à l’éloge qui s'y trouve joint, mais cela m’aurait presque attiré un grand malheur, si la censure de Berlin, dans sa galanterie, n’avait pas effacé tout ce que j’avais dit des Berlinoises. Si ces anges avaient lu les passages rayés, les corbeilles de fleurs m’auraient volé à la

tète par soixantaines. Mais, dans ce cas même, je ne

tn'rvni-s PF. TIF. \ l!l II Fl NK

me serais |i;is i*erui*ié sur le l'oiil-aux-C.liieiis: lu belle demoiselle Fortune m'a depuis loiii,demps donné une si fîrande corbeille de fer, que je pourrais à peine la remplir avec les peliles t'orbeilles des citadines de la Sprée.

On montre en ce moment sous les Tilleuls, n" il, pour la somme de huit un serpent d’une espèce très-rare. Je vous fais savoir, à cette occasion, ipie c’est précisément l’endroit où je viens d’établir ma nouvelle demeure, blondin, avec sa troupe, donne toujours devant la porte de brandebourg, ses charmantes représentations équestres, tant aimées do la foule. On y voit Christophe Colombe abordant à Otahïti. — Hoscoaenthi terminé aussi ses avant-dernières et dernières représentations, y compris les rmales et celles qu’il a données pour les pauvres. On dit qu’il imitait boucher, mais ce n’est pas vrai ; boucher, au contraire, a imité bosco le jongleur. Les statues de bülow et de Scharnhorst seront placi>es cos jours-ci aux deux côtés des nouvelles Grand’Gardes. Elles sont maintenant exposées dans l’atelier de bauch. t!’est h'ique je les ai examinées il y a déjà un certain temps, et je lésai trouvées fort hclles. f.a statue deblüclier par bauch. qui doit cire

LETTRES DE BERLIN' lO.'J

placée à Breslau, est partie pour sa destination.

J’ai vu la nouvelle Bourse. Elle est niagnifiquenient installée. Une foule d’appartements spacieux et .splendidement décorés; tout enfin sur un pied i;randiose. On m’a dit que le noble fils du grand Mendelssohn, l’ami des arts, Joseph Mendelssolm, était le créateur de cet établissement. Il y a longtemps que Berlin en éprouvait le besoin. Non-seulement des commerçants, mais aussi des fonctionnaires. des savants et des personnes de toutes les classes fréquentent la Bourse. La partie la plus curieuse est la salle de lecture, où j’ai trouvé plus de cent journaux allemands et étrangers, y compris notre Indicateur Westphalien. Le docteur Boehringer, homme très-ver.sé dans les lettres et dans les sciences, qui a la surveillance de cette salle, sait se rendre agréable aux visiteurs par une politesse pleine de prévenance. Josty est chargé du restaurant et de la confiserie. Les garçons portent tous des livrées brunes à galons d’or, et le portier surtout a un air imposant avec son grand bâton de maréchal.

Les constructions des Tilleuls, prolongement de la rue Guillaume, avancent rapidement. Elles prennent la forme de magnifiques arcades. Ces jours-ci.

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on a aussi posé les fondemenls du nouveau port.

Dans le monde musical, silence et calme plat, La (•ajtilale de la musique fait comme toutes les autres capitales, elle consonne ce qui est produit en province. A part le jeune Félix Mendelssolm, qui selon le jugement de tous les musiciens, est une merveille musicale et peut devenir un second Mozart, je n’aurais pas un seul génie musical à signaler parmi les Berlinois autochtones. La plupart des musiciens qui .se distinguent ici viennent de la province, ou même de l’étranger. Je trouve un plaisir indicible à pouvoir ici mentionner que notre compatriote, Joseph Klein, frère cadet du' compositeur dont j’ai parlé dans ma dernière lettre, fait concevoir les plus hautes espérances II a déjà composé beaucoup de choses qui sont louées par les connaisseurs. Prochainement il paraîtra de lui des chansons mises en musique, qui ont eu ici un grand succès et sont chantées dans beaucoup de sociétés. Ses mélodies, d’une originalité surprenante, parlent au cœur de chacun, et on peut prévoir que ce jeune artiste deviendra un jour un des plus célèbres compositeurs allemands.

Spontini nous quitte pour un temps assez long. Il va en Italie. Il a envoyé son Oli/mpie à Vienne,

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