I.KTTnES DE BEnUN
OÙ elle ne sera pourtant pas repivsenti'e, parce qu’elle occasionne trop de frais, dit-on. Les Routfes italiens n'ont passé ici qu’un petit nombre de jours.
Il y a, sous les Tilleuls, une exhibition d’images en cire. — Dans la rue Royale, au coin de la rue des Postes, on montre des animaux féroces et une Minerve. — Le procès de Fonk est ici comme partout un sujet des entretiens publics, La brochure trèsbien écrite de Kreuser, a, la première, dirigé sur lui l’attention du public. Puis, vinrent encore plusieurs brochures qui, toutes, parlèrent en sa faveur. Parmi elles, nous distinguons le livre du baron de Leyen. Ces livres, avec les Mémoires sur le procès Fonk, renfermés dans la Gazette du soir et dans la Feuille de conversation, et avec l’ouvrage de l’accusé luimême, ont répandu ici une opinion favorable à Fonk. Des personnes, contraires à Fonk en secret, parlent cependant en public en sa faveur, par compassion pour le malheureux, qui souff’re depuis tant d’années. Dans une société, je mentionnais un jour l’horrible position de sa femme innocente, les souffrances de sa famille honnête et respectée, et comme je racontais que lapopulate de Cologne avait insulté les pauvres enfants mineurs de Fonk, il y eut une
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« Je sais, dit-elle, que le roi le graciera, (|uaud même il serait r'ondamné. » Je suis également convaincu que noti’e roi, sa vi’aiment Iiumain, exercera le plus beau et' le plus divin de ses droits, pour ne pas précipiter tant de braves gens dans la misère; je souhaite cela aussi sincèrement que les berlinois, quoi- (jue je ne partage pas leurs opinions sur le procès lui-même. Quant à celui-ci, j’ai entendu mettre en avant et défendre en l’air une immense masse d’opinions, Ceux qui en parlent de la manière la plus approfondie ce sont toujours les messieurs qui ne savent absolument rien de l’affaire entière. Mon ami l’auditeur bossu, pense (pie, s'il était aux bords du llhin, il jiarviendrait trè.s-vite à l'claircir l’affaire. Du reste, selon lui, la procédure judiciaire dans ces provinces ne vaut absolument rien. « A quoi bon, disait-il hier, celte publicité? Qu’est-ce que (’ela fait à Pierre ou à Gliristopbe, que Fonk ou un autre ait assassiné Coener? Qu’on mette la chose entre mes mains, j’allume ma pipe, je parcours les actes, je fais mon 'rapport; le collège délibère à huis-clos, prononce la sentence, acquitte ou condamne le driile. et
UÎTTHKS DE BEHI.1N
p!'iv.oiiiK’ n’en souille mot. A quoi l)on ce jury, ces compères maître tailleur et maître gantier ? Moi qui ai fait des études, qui ai fréquenté les cours de logi- (|ue chez Fries àléna, qui ai rapporté mes certificats de tous mes cours de tlroit et subi tous mes examens, je crois en vérité que j’ai plus de jugement (|ue tous ces ignorants-là. A la fin un tel se figure être une personne de je ne sais quelle étonnante importance, parce que tant de choses dépendent de son oui ou non/ Et le pis est encore ce Code Napoléon, ce mauvais code c^e lois, qui ne permet pas même de • donner une taloche à sa servante... » Mais je ne veux pas laisser parler jilus longtemps le savant auditeur. 11 représente une foule d’hommes ici, ijui sont pour Fonk parce qu’ils sontcontre la procédure rhénane. On en veut aux Rhénans de jiosséder cette juridiction, on voudrait les délivrer de ces « onfraves de la tyrannie française. » comme disait un jour en parlant de la loi française l’inimortel Justinus Crüner, Dieu sauve son âme! Ah ! que les chères contrées du Uhîn portent longtemps ces entraves, et (pi'elles soient chargées d'autres entraves encore de ce genre! ipiesur les bords du Rhin fleurisse encore longtemps ce véritable amour de la liberté, qui ne
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repose pas sur la haine des Français et sur r^goïsine national ; cette véritable force de jeunesse, qui ne découle pas des flacons d’eau-de-vie ; et cette vraie religion du Christ, qui n’a rien de commun ni avec l’ardeur farouche des jeteurs d’anathèmes ni avec le prosélytisme des tartuflés !
Rien de nouveau à l’ université, si ce n’est que trente-deux étudiants ont été réléyués à cause de leur participation à des associations défendues. C’est fort triste d’être rélégué; la réprimande est déjà bien assez désagréable, mais je crois que cette sentence sévère contre les trente-deux sera mitigée. Je ne veux nullement défendre les associations dans les universités; ce sont des restes de cet ancien système de corporations, que je voudrais entièrement voir s’éteindre dans les mœurs de notre époque. Mais j’avoue (jue ces associations, sont les suites nécessaires de notre ordre ou plutôt de notre désordre académi- ((ue, et que probablement elles ne di.sparaîtront pas. soit qu’on n’ait introduit chez nos étudiants le charmant .système favori d'Oxford, de panpier et de nourrir ensemble les fds des muses.
llabituellementon voit ici tout auplus unedemi-douzaine d’étudiants appartenant à la nation polonaise.
LETTRES DE BERLIN
On avait dirigé contre eux une sévère enquête. La plupart, à ce qu’on dit, ont décampé sans nulle envie de revenir, et il en reste encore un certain nombre, près de vingt, je crois, dans nos prisons d’État. La majorité sort de la Pologne-Russe et est accusée d’avoir fait des menées démagogiques contre leur gouvernement.
On annonce que Louis Tieck viendra bientôt ici et fera des leçons surSliakspeare. Le31 du rnoispassé était l’anniversaire de la naissance du priace cjiancelier d’État. On attend ces jours-ci une députation hessoise qui doit régler nos différends avec la Hesse au sujet de la violation connue du droit territorial Une commission a été envoyée en Bohême pour faire une enquête sur les sectaires religieux de cette X province. La foire aux laines a déjà commencé, et une foule de possesseurs domaniaux sont ici, qui apportent leurs laines en vente, et qu’on appelle en plaisantant les wollhabende (1), même les rues sont saisies d’ambition. La « Letztestrasse » (Dernière Rue) veut être appelée aujourd’hui rue Dorothée. On
(1) Jea de mots intraduisible. Wohlhabende, signifie ceux qui ont de l'aisance; le mol substitué ici à wohlhahende,
.signifie CCU.T qui ont de la laine.
parie d’élever au grand Frédéric une statue sur la plac« de rOpéra. La famille de danseurs du nom de Kobler a eu ses bagages brûlés sur la chaussée près de Blimberg. Dans la construction du nouveau pont on se sert maintenant d’une machine à vapeur.
Dans ce moment il y a ici très-peu de nouvelles littéraires, quoique Berlin en soit le marché et l’entrepôt principal. Pour les légumes, je marche avec mon temps; je ne mange pas d’asperges, je mange des petits pois. Mais pour la littérature je suis fort en retard. Ainsi je n’ai pas même encore lu les Fausses années de voyage^ qui ont fait déjà tant de bruit et en font encore. Ce livre a pour la Westphalie un intérêt particulier, car on l’attribue généralement, à notre compatriote, le docteur Pustkuchen de Lemgo. Je ne sais pas pourquoi il a voulu désavouer ce livre, qui cependant certes ne lui fait pas honte. On s’était longtemps creusé la tête pour en deviner l’auteur, et on mettait en avant toute sorte de noms. Le conseiller aulique Schutz déclare positivement que l’ouvrage n’était pas de lui. Quelques voix nommèrent le conseiller de légation, M. de Varnhagen; mais celui-ci publia la même déclaration. Quant à ce dernier, du reste, c’était très-peu probable, puisqu’il est
LETTRES DE BERLIN
un des plus grands adorateurs de Gœthe, et que Goethe lui-même, dans son dernier cahier de la revue: et antiquités sur les bords dullhin, a déclaré que Varnhagen l’avait profondément compris, qu’il l’avait môme en mainte occasion éclairé sur sa propre nature. Vraiment, après la conscience d’être Gœthe lui-même, est-il une jouissance plus haute que de recevoir de Gœthe, l’homme placé sur la cime du siècle, un témoignage comme celui-là t En outre, on parle du GU lilas allemand, que Gœthe a publié, il y a quatre semaines. Ce livre a été écrit par un ancien domestique. Gœthe l’a retouché d’un bout à l’autre et l’a accompagné d’une préface très-remarquable. Ce vieillard vigoureux, l’Ali Pacha de notre littérature, a publié une nouvelle partie de sa biographie. Dès qu’elle sera complète elle oft’rira un des ouvrages les plus remarquables et, en quelque sorte, une grande épopée du temps. Car cette autobiographie est en même temps la biographie de l’époque. Gœthe dépeint surtout celle-ci, et montre comment elle a agi sur lui ; au lieu que d’autres auto- biographes , par exemple Rousseau, n’ont en vue que leur chétive subjec-. tivité.