‹ De tribord à bâbord [microforme]Chapitre 38 sur 53 · LA TROMBE DE L'ILE SAINT-PAUL · texte numérisé non relu

LA TROMBE DE L'ILE SAINT-PAUL

Les trombes ne sont pas fréquentes dans le golfe Saint-Laurent ; mais elles y sont d’une violence inouie, Voici la description de celle qui s’abattit sur l'ile Saint-Paul le 16 août 1876 : je donne le récit officiel tel que transmis par le gardien du phare au ministère de la marine à Ottawa; il n'a pas besoin de commentaires.

‘ Du ler au 16 août, nous n'avions eu ni pluie ni nuages pour tempérer les brillants rayons du soleil. Finalement, l'atmosphère se remplit d’une fumée si épaisse qu'on eût dit que la terre entière était en feu. Le 16, le temps changea ; le vent passa au N.N.E. avec grains de pluie. La fumée, qui depuis quelques jours était devenue insupportable, se dissipa, et nous espérâmes du beau temps. Dans la matinée du 17, le vent souftla de l’est et le soleil fut trèschaud. Dans l'après-midi, le vent passa au $. $. O. avec grains de pluie ; le matin du 18, il était sud, avec risées et nuages menaçants. Dans l’après-midi, le firmament offrait un aspect terrible ; les nuages paraissaient se heurter les uns contre les autres et tourner dans toutes les directions. Vers 4 h. p. m., nous commençâmes à entendre des coups de tonnerre dans le lointain ; un quart d'heure après, la foudre et la pluie étaient dans leur plein déchainement. Le vent se mit N.0. Je sortis et fis le tour des bâtisses, afin de voir si tout était en bon ordre. Tout à coup, je crois qu'il était alors 94 heures, j’entendis un bruit terrible ; en tournant mes regards dans la direction d’où il partait, j’aperçus un spectacle qui me fit frissonner de la tête aux pieds: à moins d’un quart de mille de l'endroit où je me trouvais, je vis, vers l’ouest, des roches, de la terre, de l’eau et des arbres s'élever en tourbillonnant dans l’air jusqu’à une hauteur de plus de 100 pieds. dJ’examinai attentivement la trombe, pour voir quelle direction elle prendrait,

et constatai avec terreur qu’elle traversait l’anse, se dirigeant sur moi et allait probablement emporter le logement dans sa course furibonde. Ma mère, une sœur sourde-muette et les domestiques étaient dans la maison, et j'avais deux . hommes occupés aux champs. Je courus les avertir ; en route, une rafale se déchaîna autour de moi, emportant dans l’espace une pierre meulière, des roches et des arbrisseaux. Le corps principal de la trombe était près de moi; je courus avec toute la vitesse de mes jambes vers le logement et criai aux deux hommes qui étaient dans le champ de me suivre. [ls me parurent terriblement effrayés ; l’un d’eux n’eut que le temps d'entrer dans la maison. Comme nous franchissions le seuil de la porte, il se fit une obscurité aussi profonde que celle de la nuit, et la tempête qui éclata fit trembler l’édifice de la ñase au sommet ; au milieu du plâtre qui tombait, des che. minées et des vitres qui étaient réduites en atomes, des chaises et des tables renversées, nous crûmes que notre dernière heure était arrivée. Toutefois, la tourmente s’en alla aussi rapidement qu’elle était venue ; le calme se rétablit, et le soleil reparut dans tout son éclat; mais quel désastre ! La fumée du plâtre qui tombait nous avait fait croire que la maison était en feu; voyant qu’il n’en était rien, je sortis de la maison le mieux que je pus. Au moment où la trombe avait fait son apparition, deux de mes hommes se trouvaient à un quart de mille de la maison. En voyant le tourbillon s'avancer et comprenant qu’ils ne pourraient pas arriver à temps, ils se jetèrent à terre, se cramponnèrent aux buissons et échappèrent à la destruction. Il n’en fut pas ainsi du pauvre homme qui n’avait pas semblé entendre mes cris d'avertissement ; après une demi-heure de recherches, nous le trouvâmes mort sur le pas de la porte. Il a dû être tué dans le champ et emporté par la trombe à l'endroit où nous le retrouvâmes, distance d'environ 300 pieds. Je constatai que cinq bâtisses avaient été détruites avec leur contenu ; il n’en restait pas une parcelle. La cabane de la chaloupe, le dépôt aux provisions et le logement sont encore debout, mais terriblement endommagés ; pour sa part, le logement est une véritable ruine : le toit est défoncé en plusieurs endroits, les cheminées renversées, les fondations écroulées, les fenêtres bri-

ct

se dirigeant sur dans sa course les domestiques gs occupés aux ile se déchaîna re meulière, des la trombe était 8 jambes vers le ans le champ de rés; l’un d’eux mme nous frané aussi profonde rembler l'édifice tombait, des chees, des chaises et nière heure était vpidement qu’elle rut dans tout son qui tombait nous oyant qu'il n’en us. Au moment mes hommes se n voyant le tourient pas arriver à aux buissons et ainsi du pauvre d'avertissement ; âmes mort sur le et emporté par la ice d'environ 300 été détruites avec La cabane de la t sont encore depart, le logement lusieurs endroits, 8, les fenêtres bri-

sées, et à l’intérieur tout le plâtre est tombé. Ce qui a été détruit consiste en une maison de refuge, la grange, l’étable et deux autres bâtiments situés sur le sommet de la colline à 600 pieds l’un de l’autre. Quatre de ces bâtisses couvraient un espace de 70 x 20 pieds. Les deux ponts sur lesquels je venais de passer un instant auparavant furent emportés à une distance d’environ 400 pieds et mis en pièces. Une roche de 3 x 4 pieds de diamètre et 18 pouces l'épaisseur fut brisée en trois ou quatre morceaux. Une charrue et une pierre qui se trouvaient dans la maison de refuge, ainsi que des ustensiles de ferme et de cuisine, des outils de charpentiers, furent enlevés par dessus la maison et trouvés à plus de 200 pieds de là, L'homme préposé à la garde du phare sud-ouest me dit que vers 4 heures p.m., il vit six tourbillons d’eau s'élever dans la direction de l’ouest, À trois milles ; deux passèrent au sud-est de l’île. De l'établissement de secours nous en’ aperçûmes nn après le désastre ; deux gagnèrent au nord, et deux autres, dcr: l’eau s'abattit sur la station, passèrent pardessus l’île. Les deux qui atteignirent l’île vinrent près de la station sud-ouest, mais ne firent heureusement aucun dommage.

Page 1