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LA MALADIE DE TRACADIE

M. l'abbé Ferdinand Gauvreau, l'aumonier dévoué du lazaret, donne les détails suivants sur le terrible mal de Tracadie. Ils sont contenus dans une lettre que ce prêtre adressait à un ami, et que M. de Bellefeuille à publiée dans la Revue Canadienne.

Une fois que la maladie s’est introduite dans un nouveau sujet, son action est si insidieuse et si latente, que pendant plusieurs années, disons pendant deux, quatre, ou plus, l’infortuné Naaman ou Giezé, dont elle a pris possession, ne s’aperçoit d’aucun changement, soit dans ses habitudes constitutionnelles ou dans ses besoins. Le sommeil lui est tout aussi rafraichissant, la digestion aussi facile, et la respiration aussi livre qu'auparavant ; en un mot, tous les organes vitaux fonctionnent bien, et les membres continuent à jouir de toute leur vigueur, de toute leur énerg'e,.

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Mais malheur à lui! et puisse Dieu venir à son secours: c’est un lépreux, et le terrible virus de la lèpre est en lui ; et comme s'il tendait une embuscade, il n'attend que le moment de se développer. Le fléau est là, comme un serpent venimeux engourdi qui le mordera infailliblement lors qu’une fois il sera réveillé.

A cette période de la maladie, la peau ne tarde pas à perdre son apparence naturelle et saine ; la fraîcheur et le brillant du teint disparaissent, et sont remplacés par une blancheur morbide, mattée depuis les pieds jusqu’à la tête. Cette blancheur paraît comme si l’affreuse maladie avait pris possession des membranes muqueuses, et déplace le fluide nécessaire à ses fonctions.

Sans savoir si la lèpre d'Orient a jamais offert d’autres symptômes extérieurs, il est certain que, dans ce que j'appellerai son premier degré, la maladie de Tracadie prend toutes les apparences de la lèpre des anciens ; je veux dire, cette fausse blancheur de la peau au second degré : la peau devient légèrement jaunâtre ; puis dans la troisième et dernière période, elle devient d'un rouge foncé violet, ou prend même quelquefois une teinte verdâtre. La maladie est alors pleinement confirmée.

De fait, la population de Tracadie, aussi bien que moi-même, nous sommes tellement familiarisés avec ce symptôme précurseur de la lèpre, que sur la seule apparence de la fausse blancheur de la peau, nous constatons immédiatement la présence de la maladie, et nous nous trompons bien rarement. Il n’y a eu ici qu'un seul cas de décès, celui de Cyrille Austin, dans ce premier degré que j'appelle ; le premier est peut-être le plus fatal. Tous les autres cas ont passé par les autres degrés, le second ou le troisième avant d'arriver à la mort. Examinons maintenant les progrès de la maladie, et suivons-les pas à pas sic possible.

La pitoyable victime commence par éprouver une fièvre qui la dévore et la fait trembler de tous ses membres, une roideur et une faiblesse dans toutes ses articulations, une pesanteur sur la poitrine comme causée par un vif chagrin, une abondance de sang au cerveau, une fatigue, un assoupissement, un ennui et d’autres sensations extrêmement désagréables, que les lépreux

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avancés m'ont fait connaître, mais qui maintenant échappent à mon souveuir, Le système nerveux tout entier est alors frappé d’une insensibilité absolument complète, de telle sorte qu’un instrument aigu comme une aiguille, ou une lame de couteau, enfoneé dans les parties charnues, ou même à travers les tendons ou les cartilages du malheureux léprenx, ne lui fait éprouver aucune sensation douleureuse et ne l’affecte en aucune manière. Bien plus, le lépreux, avec le plus grand calme du monde, pourrait placer son bras ou sa jambe dans un bucher ardent de bois et de goudron, jusqu'à ce que le membre tout entier, et même les os fussent consumés, et cependant il n'éprouverait rien de douloureux du tout, absolument rien, il pourrait dans cet état s'endormir aussi paisiblement que s’il était couché sur un bon lit.

Peu à peu, cependant, continue Mr. Gauvreau, la fausse blancheur de la peau disparaît pour faire place à des taches plus ou moins grandes d'une légère couleur jaune ; ces taches, dans certains cas sont peu étendues, par exemple, de la dimension d’une piastre. Quand elles sont de cette grandeur, elles apparaissent d’abord disposées symétriquement et à des endroits qui correspondent exactement entre eux, soit sur les bras, sur les épaules, ou sur les membres, mais plus souvent sur la poitrine. Ces taches sont d’abord plus ou moins éloignées les unes des autres ; mais à mesure que le venin du mal fait son chemin à travers les parties vitales du lépreux, elles deviennent contiguës l’une à l’autre, et quand elles sont toutes unies ensemble, elles finissent par convertir tout le corps du malade en une masse de corruption. Viennent ensuite l’enflure de tous les membres, le gonflement de toutes les parties du corps, de la tête aux pieds, et quand ce gonflement et ces enflures sont arrivées à la tension extrême, la peau crève pour faire jour à des ulcères baveux, dégoûtants et repoussants au suprême degré. La paue par tout le corps devient tendue, et se couvre d’un suintement de couleur luisante, semblable à un vernis. La peau et la chair entre le pouce et l’index se retirent ; les extrémités des doigts, des pieds et des mains deviennent aussi très-petites, et quelquefois ils se détachent des articulations et tombent sans que le malade s’en

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aperçoive, et sans causer de douleur. La partie la plus noble de cet être créé à l’image de Dieu, la figure, n’est pas plus épargnée par la lèpre que tout autre partie du corps. Le visage est ordinairement beaucoup enflé et considérablement gonflé. Le menton, les joues et les oreilles sont couverts de tubercules durs et roux de la grosseur d'un gros pois ; les yeux à demi sortis de leurs orbitres, sont couverts d’une espèce de cataracte qui produit quelquefois une cécité complète. C’est le cas actuel d’un de ces infortunés. La peau du front devient aussi enflée, très épaisse : elle prend une couleur de plomb, qui dans certains cas se répand sur toute la figure ; tandis que dans d’autres, elle tourne au rouge ; cela pourrait être attribué à la différence des tempéraments sanguins, bilieux ou lymphatiques. Sur cette figure, où l'on admirait auparavant les charmes de la beauté, les traits sont maintenant devenus de profonds sillons, les lèvres forment deux gros ulcères baveux, la lèvre supérieure considérablement enflée et relevée vers la base du nez qui a disparu, tandis que la lèvre inférieure pend sur le menton, lustré par la tension de la peau. Peut-on imaginer un plus horrible spectacle ?

Dans quelques cas, les lèvres sont pincées et retroussées comme l’orifice d’une bourse plissée par des cordons. Cette difformité est la plus regrettable de toutes, puisqu'elle prive ceux qui en sont frappés de la sainte communion, qu’ils désirent avec tant d’ardeur. La lèpre, je veux toujours dire celle de Tracadie, achève ses ravages à l’intérieur du malade. Elle s'empare enfin du larynx et de toutes les ramifications bronchiales ; elle les obstrue et les remplit tellement de tubercules que le malheureux patient ne peut plus trouver de repos dans aucune position imaginable, sa respiration devient un sifflement aigu, et elle est si pénible qu’il s'attend à étouffer à chaque instant ; il préférerait être étranglé avec une corde. J'ai moi-même assisté—dit M.Gauvreau—aux derniers efforts de quelques-uns de ces hommes, les plus affligés de tous les mortels, et je n’aimerais pas à voir ce spectacle encore une fois. Dispensez-moi de vous donner un récit détaillé de leur mort ; car si je l’entreprenais, le courage me ferait défaut, et je vous assure que plusieurs d’entre vous

s'évanouiraient devant ce spectacle. Contentez-vous de vous imaginer voir le lépreux mourant faire des sauts rapides, des contorsions horribles, courir à la porte pour avoir un peu d’air, et revenir se jeter sur son grabat ; entendre ses fureurs involontaires, ses lamentations à briser le cœur le plus dur, ses cris, ses pleurs et ses sanglots, et s’exclamant mille fois, ‘O mon Dieu, ayez pitié de moi! ayez pitié de moi!” Enfin il arrive au moment suprême de sa longue mort, il m::.rt épuisé et étouffé, tout est fini maintenant pour lui, et un autre Lazare s’envole dans le sein d'Abraham.”

Fonaé en juillet 1844, le lazaret de Sheldrake a reçu des lépreux jusqu'en juillet 1849. Pendant cette période, les documents o !'ciels constatent que 3? patients y furent admis; sur ce nombre quatorze moururent, trois s’évadèrent et quinze furent transférés au nouveau lazaret de Tracadie. Depuis juillet 1849 jusqu'au premier octobre 1863 quatre-vingt-deux lépreux, omprenant les quinze qui furent enterrés sur l'île de Sheldrake, ont été reçus a l'hôpital de Tracadie, Cinquante-huit sont morts; trois furent renvoyés comme n'étant pas infectés de la ièpre. et vingt-un continuèrent à recevoir les soins du lazaret. Malheureusement, jusqu'à présent on n'a pu constater la guérison d'aicun patient.

Cette terrible maladie assume quelquefois la forme tuberculaire et quelquefvis la forme arsthétique. Ælle atteint son complet développement au bout de sept ans et ne dépasse guère la durée de quatorze ans. Quelques médecins prétendent qu'elle est contagieuse ; d'autres assurent le contraire, et à l'appui de cette dernière affirmation le Dr. Nicholson, qui fut longtemps attaché au service du lazaret, constate qu’une servante a fait pendant six ans le lavage des habits des lépreuses, mangeant à leur table et couchant même dans leurs lits, sans ressentir aucun effet de l’horrible virus.

Pour celui qui désirerait faire une étude plus étendue de la lèpre de Tracadie, j'indiquerai les sources suivantes :

Rapport officiel du Dr. Benson à $. E. le lieute nt gouverneur du Nouveau-Brunswick.

Report on Leprosy by the Royal College of Physicians, prepared for Her Majesty's Secretary of State for the Colonies, with as appendice, London, 1867.

Dépêche du gouverneur Gordon au duc de Newcastle en date de Fredericton, le ‘2 avril 1863,

Ce dernier Cocument est bien écrit et du plus haut intérêt.

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été reçus a l'hôpital connaissance d'un os de baleine, de Saint Olaff et d’un certain plumean.

renvoyés comme Histoire d’un livre. Le Napoléon III. Têtes de marins. Beaumort.

à recevoir les soins Binettes de terriens. Maître Agenor Gravel. Les gardiens de phare.

onstater la guérison Une chaumière et son cœur. Fin tragique de Hawkins. La pointe de Mons. Longs jours d'hiver, Une réminiscence de Paul Parfait. Frère

berculaire et quel- À LE 01 AP ER PR TON D LE Ur A SEE RES EE à PS PRE Le NO EU 7

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surent le contraire, CHAPITRE II , qui fut longtemps ; | a fait pendant six L'EXPÉDITION DE L’AMIRAL WALKER.

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Colloque matinal. L'Ile aux-Œufs. Deux vieux bouquins. lébuts d'un

cours d'histoire. Instructions de la reine Anne. Une idée anglaise.

Ce qui peut faire rager en rade. Hissez les voiles! Un secret bien

| g. gardé. Le Palinure de la flotte. Ce qui peut faire rager en mer. En ouverneur du Nou-

Chasse. Les roueries du Capitaine Bel'aer. Jettatura. Ce que

peuvent se dire un amiral et un gouverneur. Les rats de comptoir.

Dernière bumiliation. 4 la voile, Un royal caprice. Le capitaine du

Neptune. Faits d'armes d’une escadre, Sous la brume. A loup de

mer rat de terre. Une manœuvre en pantoufles. Le naufrage «le

êt. l'Anglais. Conseil de guerre. La croix du cap Breton. Retour. Les

horreurs et les trésors de l'Ile-aux-Œufs. Où les chants de l'un font les

1 pleurs de l’autre. Fin de la frégate l'Edgar. En disgrâce. Mort de

” Sir Hovenden Walker. La cabane du père Ruel. Un souvenir d'un

autre âge. L'amiral du brouillard............................... « 32

, Prepared for Her dice, London, 1867.

en date de Frede-

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