PLACET DES ACADIENS À M. DE VAUDREUIL
Les habitants de toute l’Acadie représentés par leurs Députés, ont l’honneur de vous exposer et leur triste état et celui où ils sont prêts à tomber, si vous ne leur tendez une main secourable ; pourriez-vous, Monseigneur, n’être pas attendri sur leur sort ? épars çà et là, persécutés par les Anglais, privés de tout asile, il semble que la nature ne les regarde que comme l’objet de la vengeance publique. Observez, ils vous supplient, que l'unique objet de leur misère est leur seul attachement pour la France et leur qualité de sujet de cette couronne, à laquelle les Anglais n’ont pu les contraindre de renoncer ; élevés par leurs pères dans des sentiments uniformes d'attachement pour leur Roy, dont ils ont en différents tem]s éprouvés les bontés, peuvent-ils sans manquer à leur religion et à eux-mêmes, adhérer à ce qu’on exige d'eux, surtout dans un temps où la France armée prend hautement le parti de les venger. Les habitants des Mines, ceux de Beaubassin, ceux des rivières, sont où errants dans les bois ou prisonniers chez les Anglais ; il est rare de trouver actuelle. ment une famille rassemblée, et il ne reste à ceux qui le sont que le désir de se venger ; il ne dépend que de vous de les mettre les armes à la main ; mais de grâce, accordez leur des vivres afin que tous unis ensemble, ils puissent se venger sous les lois d’un Roy, qui leur devient plus cher par la protection visible dont il les honore. Leur misère actuelle, ce qu’ils ont fait par leur refus constant d’obéir aux Anglais ne parlent-ils pas en leur faveur ? et ne détruisent-ils pas les mauvaises impressions que quelqu’uns se sont efforcés de vous donner contre eux, dans l'affaire de Beauséjour ? Observez, Monseigneur, leur perplexité dans ce temps critique ; alternativement intimidés, et caressés par une armée Anglaise supérieure aux forces Françaises,
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ils n’osaient ni agir ni parler ; d’ailleurs que ne les mettait-on aux prises avec l'ennemi ? ils se seraient peut-être, dès ce temps, familiarisés avec la guerre ; les suppliants se sont retirés à Miramichi au nombre de 3,500 parce qu’ils pensent que c’est le seul endroit où les familles peuvent plus facilement se rassembler, et où ils vivront avec plus de :mmodité par rapport à la pêche ; s’est pour quoi ils vous supp" ’y faire envoyer des vivres ; mais comme dans ce temps cr. ue, ils ne semble pas possible d’envoyer des vivres suflisamment pour tant de monde, ils vous prient de faire donner beaucoup de pois et de fêves, et très peu de farine et viande, parce qu’ils y suppliront par la pêche et le secours de quelques animaux ; au reste, Monseigneur, les habitant n’insistent à demeurer à Miramichi, que parce qu’ils prévoient que le transport de tout le monde est presqu’impossible pour cette année, et que leur établissement dans cet endroit est favorable à la Colonie du Canada.