‹ De tribord à bâbord [microforme]Chapitre 5 sur 53 · GEORGE TUCKER · texte numérisé non relu

GEORGE TUCKER

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général, avait, il est vrai, promulgué une loi sévère contre les déserteurs, mais le gouverneur Dudley

semblait à tout instant vouloir entraver les projets de Walker.

L’amiral essaya alors de la diplomatie. Un jour, le 9 juillet, il transmit à la flotte le signal de déployer les voiles du petit hunier, pour faire croire aux autorités qu’il commençait l’appareillage, et aiguillonner ainsi le patriotisme des Bostonnais (1). Cette manœuvre les laissa aussi froids que le reste, et à bout de patience, Walker finit par écrire vertement au gouverneur Dudley et par lui dire que le peuple de la Nouvelle Angleterre vivait comme au temps où il n’y avait pas de roi en Israël, chacun se conduisant à sa guise, et faisant du patriotisme et de la grandeur nationale une question secondaire à ses intérêts (2).

À partir de ce moment les rapports entre ces deux personnages devinrent de plus en plus aigres.

— Je suis d’avis, et tous les officiers de la marine et du corps de débarquement partagent mon opinion, écrivait de nouveau l’amiral au gouverneur, que votre gouvernement au lieu d’aider et de hâter le départ de la flotte, l’a entravé autant que possible. Comment

(G) I directed that the foretopsail should be loosed in the top on the morrow morning, to try ifthat would be any spur to the people of this colony, to be more expeditious in forwarding the intented entreprize against Quebec,

Walker’s Journal p. 69.

(2) They cannot sure imagine but that her Majesty will ressent such actions in a very signal manner ; and when it shall be represented that the People live here as when there was no king in Israël, but every one does what seems right in his own Eyes, measures will be taken to put things upon a better foot for the future. - 9 Juillet 1711: lettre de l’amiral Walker au gouverneur Dudley.

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(2) I must ne and land-officer:

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pourrez-vous vous défendre contre un aussi grand nombre de témoins et contre des faits aussi évidents ? Lorsque le parlement anglais fera une enquête sur votre conduite, et qu’il lui sera démontré le peu d'aide que vous avez donné à la partie navale de cette expédition, il y aura alors un tel cri d’indignation, que la Nouvelle-Angleterre pourrait fort bien se repentir de son inaction. Lorsqu’avec la protection de Dieu je suis arrivé ici, j’espérais que les instructions royales auraient été suivies à la lettre ; que les transports et les pataches de cette colonie auraient été armés et approvisionnés de suite ; que mes câdres auraient été complétés, et que chacun aurait fait preuve de patriotisme en me permettant de reprendre la mer au plus tôt. Le contraire est arrivé, rien n’est prêt ; mes hommes m’abandonnent et avec mes seuls déserteurs j'aurais pu équiper vos transports. Jamais toute l’astuce du gouvernement de la Nouvelle-Angleterre pourra faire croire à la Reine et à son conseil, que la colonie n’eut pu me donner 400 matelots. Mon séjour sera court içi: avec la bénédiction de Dieu, j'espère mettre à la voile demain ou lundi au plus tard, et tout ce qui peut m’arriver de malheur je le mets sur le compte du gouvernement de la Nouvelle-Angleterre. — Ziberaui animam meam (x).

(x) I must need be obliged to concur wîth the general opinion of all the sea and land-officers here, that instead of assisting, the government of this colony have prejudiced the present expedition, notwithstanding their pretended declarations to the contrary, and how they will be able to defend themselves against so great a multitude of witnesses, and so many evident matters of fact, I leave them to judge, for they may flatter themselves with a great many friends in Britain, yet when the Parliament shall come to enquire, and be informed of the little assistance they have given in respect to the sea-part of

Enfin, la prise du Veptune, convoyé à cent lieues et plus du cap au Finistère par une flotte sous le commandement de Duguay-Trouin, vint ajouter aux transes de l’amiral, et en date du 27 juillet il transmettait au gouverneur une liste des vaisseaux ennemis, tout en lui écrivant (1):

‘ Je vous donne avis que dans le cas où je quitterais cette rade en d'aussi mauvaises conditions, et que j'irais me heurter à monsieur Duguay, comme cela est tout probable s’il se propose de venir ici, je mets sur le compte de la colonie tous les accidents qui pourraient m'arriver par le manque de matelots (2).”’

Néanmoins, à force de correspondre, de rager et de se faire du mauvais sang, l’amiral Walker était à la veille de voir sa flotte en mesure de se mettre en

the expedition it will produce such a resentment as perhaps New-England may repent....

We, by the blessing of God, arrived here the 2sth of the last month with our ships of war and transports manned, and expecting according to the Queen's instructions, that we should have found here in less than this time all the transports and tenders of this Colony manned and victualled.. On the contrary.. it will be impossible by all the art of the government of New-England to make the Queen and Council beleive they were not able to furnish three or four hundred seamen for this expedition. We have had more seamen deserted from the fleet than are required to man the transports and tenders taken up by this government... My stay is but short, for I hope by the blessing of Gnd to sail to morrow or at farthest, by monday; and whatever transports eicher that came from England, or have been taken up here, shall be left behind me, or suffer any accident for want of seamen, I shall lay it to the charge of the government of New-England. ZLiberavi animam meam ... — Lettre de l’amiral Walker au gouverneur Dudley, datée de l’£dgar le 21 juillet s717.

(1) Ces vaisseaux étaient le Zys de 76 canons, le Magnanime de 76, l'A pollon de 72, le Brillant de 74, le Glorieux de 68, la Fidèle de 70, l'Aigie de 74, le Protée de 68, et le Jason de 48 canons.

[2] I shall only take notice, that if upon my sailing from this port in so weak a condition, and meeting with monsieur Duguay, as in all probability, ifhis design is on this place, I shall, and any accidents happen for want of my

Rene sufficiently manned, the blame must be upon this colony.— Lettre de er à Dudley, page 253.

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campagn lui. Les criques e faisaient naître le cachaient warrant r

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Chatam, Blessi Prince Eugène, rough, Anna, ture, Content, 3 le Basibé, la G patch, Four fri dope, Hannak ei Jeanne, l'Uniti

L'Entreprise de 54, et le Ce l'amiral dans le canOns qui faise

campagne, lorsqu'une dernière humiliation fondit sur lui. Les pilotes ramassés a grand frais dans toutes les criques et les baies de la Nouvelle-Angleterré se faisaient tirer l'oreille, et prétendaient ne plus connaître le golfe et le fleuve Saint-Laurent. Bref, ils se cachaient ou refusaient d’embarquer, et il fallut un warrant royal pour les consigner à bord.

Ce fut dans ces tristes circonstances, et après avoir épuisé toutes ses ressources à se chicaner comme un clerc d’huissier, que l’amiral sir Hovenden Walker appareilla le 30 juillet 1711. Une flotte splendide le suivait, et derrière lui soixante et dix-sept navires de haut-bord sortirent des passes de Nantasket, et prirent orgeuilleusement la haute mer (1).

À bord tout était dans la joie. Le temps était clair ; il ventait frais et bon comme disent les marins, et Dieu daignait enfin sourire à cet amiral anglais qui, malgré la paix existante alors entre la‘reine Anne et

(x) Voici une liste exacte de cette flotte. Vaisseau amiral, l’£vgar 70 canons, le Windsor 60 canons, le Montague 60 canons, le Siwifisure 70 canons, le Sunderland 60 canons, le Monmouth 70 canons, le Dunkirk 60 canons, le ÆZ#mber 80 canons, le Devonshire 8o canons. Transports, Recorery, Delight, Eagle, Fortune, Reward, Success Link, Willing Mind, Rose, Life, Happy Union, Queen Anne, Resolution, Marlborough, Samuel, Pheasant, Three Martins, Smyrna Merchant, Globe, Samuel, Colchester, Nathanael et Elisabeth, Samucl et Anne, George, Isabella Anne Catherine, Blenheim, Chatam, Blessing, Rebecca, Two Sherifs, Sarah, Rebecca Anne Blessing, Prince Eugène, Dolphin, Mary, Herbin Galley, Friend's increase, Marlborough, Anna, Férémie et Thomas, les Barbades, Anchor and Hope, Adventure, Content, Fean et Marie, Sheedwell, Dolphin, Elizabeth, Marie, Samuel, le Basibé, la Grenade, Goodwill, Anna, Fean et Sarah, Marguerite, Dispatch, Four friends, Francis, Sean et Hannah, Henriette, Blessing, l'Antilope, Hannah et Elizabeth, Friend's adventure, Rebecca, Marthe et Anna, Feanne, l'Unité, et le Newcastle.

L' Entreprise de 40 canons, le Saphire de 40, le Kingston de 60, le Zéopard de 54, et le Cester de 54 canons, ainsi qu’une prise, le 7yéfo#, rejoignirent l'amiral dans le Golfe. Quant au Zeostof et au Feversham, frégates de 36 canons qui faisaient partie de l’escadre, personne n’en entendit plus parler:

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le roi très-chrétien, s’en allait, pour satisfaire un royal caprice, porter la torche et l'épée dans le pays de nos pères. Dans ces temps hélas ! le paradoxe était une arme subtile entre les mains du pouvoir. Anne n'était pas femme à rester en arrière, et dans un jour de spleen, elle s’était mise en tête que les Français établis au Canada et obéissant aux prétendus titres de Sa Majesté le roi de France, étaient tout autant ses sujets que s’ils fussent nés dans la Grande-Bretagne ou en Irlande. Ces beaux sentiments avaient trouvé un écho fidèle chez l’amiral Walker, et il s'était occupé à les consigner dans une ronflante proclamation, bien longtemps avant que sa flotte, âpre à son œuvre de destruction, se fût mise à courir toutes voiles dehors, la poulaine tournée vers Québec (1).

{r] Voici une partie de cette curieuse proclamation : on croirait relire la sainte prose du pieux empereur Guillaume de Prusse,

“ The French have committed several Hostilities against the subjects of the Kings and Queens of Great Britain, therefore those Lands and Territories, so possessed by the French, do, according tc the Laws of Nature and Nations, of Rigth revert to the crown of Great Britain where they originally were ; and it become lawful for Her Majesty of Great Britain, although there were no actual War between Her Majesty and the most Christian King, to resume them...

Yet now, with a most pious intent for preserving for the future a perpetual and lasting pe: “in North America.... Her Majesty has resolved [under the rotection an nce of Almighty God] to recover all those said forfeited ands and ” s, and appoint her own Governours in all those several

territori vns, castles and fortification, where his most Christian Majesty ! <d to settle any.

Ai use the French now inhabiting those parts may either out of Ignor. : or Obstinacy be induced by persons of malignant and turbulent

spirits, to resist her Majesty’s so good designs, she has thought fit, in Reliance on the Blessing of God upon her so pious and religious Purposes and Endeavors, to send such a strenght as may, by the devine Assistance, be sufficient to force a compliance, and reduce all opposers to Reason.

And esteeming all the French who are settled in the said Lands and Territories, under the pretented Title ot his most Christian Majesty, to be as much Subjects to the crown of Great Britain. as if born and settled there, or in Ireland, or any other of her Majesty’s Colonies, more immediatly under her protection.... Îtis hereby declared that after any hostilities shall be committed, then we think ourselves free from all these premises.,., and we shall

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Walker ajoute mise au gouvern of opinion that it to submit to the translated into I the French abou

A la hauteur du Cap-Breton, l’Æwgar, sur lequel était hissé le pavillon amiral, fur rejoint par le Chester qui mit à son bord le capitaine Paradis. Ce dernier rommandait le Weprune de la Rochelle, petit navire de 120 tonneaux, armé de 10 canons, portant 7o hommes, dont trente destinés à la garnison de Québec. Il avait été amariné quelques jours auparavant par le capitaine Matthews. Vieux loup de mer qui avait fait deux naufrages dans le golfe et en était rendu à son quarantième voyage au Canada, le capitaine Paradis connaissait son Saint-Laurent par cœur, et décidément le ciel semblait se ranger du côté de l’amiral, en jetant sur sa route pareil pilote. Une récompense de cinq cents pistoles — soit deux cent cinquante louis — dont cent pistoles d’arrhes, fut promise au capitaine Paradis s’il voulait se faire le lamaneur de la flotte ; une fois rendu à Québec, le prix du Veptune devait lui être payé en entier, et sa vieillesse mise à l'abri du besoin.

Pour être juste envers le prisonnier de Walker, les mémoires et les documents du temps ne mentionnent pas, s’il accepta ou refusa. La seule chose qui soit parvenue jusqu’à nous, c’est que Paradis, au dire même de l’amiral, ne se gêna nullement pour lui faire un sombre tableau des misères et des intempéries qui

then have no farther regard than, by the assistance of God, to reduce all that resist by military force trusting in the almighty that he will favour and succeed her Majesty’s arms, in so reasonable, just and religious a design.

Walker ajoute à la page 53 de son Journal, que cette proclamation fut soumise au gouverneur Dudley. ‘ He liked it entremely well, declaring himself of opinion that it would be of great use for disposing the minds of Canadians to submitto the British government, where upon we concluded to have it translated into French and printed, in order to have it dispersed amongst the French about Canada.

attendaient la flotte anglaise dans les eaux de la Nouvelle-France. Ces avis concordaient avec ce que le premier lieutenant du ÂVepfune, expédié à Boston à bord de la prise du Chester, avait déjà assuré à l’amiral :

— Si vous vous aventurez dans le Saint-Laurent avec pareille fk .e, lui disait-il, vous y perdrez tous vos vaisseaux. (1)

Sur le moment, Walker crut que ces paroles n'étaient qu’une ruse de la part d’un Français qui voulait sauver son pays de l'invasion, mais bientôt l’idée d’être obligé d’endurer peut-être les rigueurs d’un hiver canadien se prit à hanter continuellement le cerveau de l'amiral, et plus tard ce cauchemar lui faisait écrire une de ses meilleures pages. (2) Mais en ce moment tout en entier à ce que lui disait Paradis et se rappelant en même temps la conversation du lieutenant du Weptune, Walker devint soucieux, et la brise venant à tourner grand frais, il prit la résolution de se mettre à l’abri dans le hâvre de Gaspé. Un navire

[x] If T pretended to go up that river with this flcet I should loss all the ships. However I did not seem to give credit to all this account of the danger of Canada river; but rather looked on it as an artifice of an ennemy to discourage the undertaken, — Walker’s Journal, pp. r10 et 111,

(2] I must confess, the melancholy contemplation of this [had it happened] strikes me with horror, For how dismal must it have been to have beheld the seas and earth locked up by adamantine frosts, and swoln with high mountains of snow, in a barren and uncultivated region, great numbers of brave men famishing with hunger and drawing lots who should die first to feed the rest, without the least appearance of relief? For what expedients could have been thought of in so deplorable circumstances, other than abandonning all the ships, naval and military stores and ammunition to the enemy, and desperately attempting to march through uninhabited and wild woods and deserts, over deep snows and rocks of ice, to try if happly we could have reached any part of New-England, before we had all perished by the way. For cetisltly great number would have been left dead in the march and frozen into statues for their own monuments, — Introduction of Walker’s Journal,

page 25.

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français de la Biscaye était là, en train de se charger de poisson pour l’Europe. On s’en empara, et comme le lenemain il fallait faire d’inutiles efforts pour le touer au large, l’ordre fut donné de le saborder, de mettre le feu aux habitations du bassin, de détruire les provisions qu’on y trouverait, et de faire prisonniers tous ceux qu’on rencontrerait, pendant que le Sapphire et le Zéopard iraient bruler Bonaventure, qui ne fut sauvé que par un calme plat.

Amère dérision des choses humaines ! Qui aurait dit en ce moment au chevalier Sir Hovenden Walker, contre-amiral de l’escadre blanche, que ce méchant lougre coulé à fond et cette dizaine de baraques réduites en cendres seraient les seuls souvenirs que sa formidable armada laisserait aux flots oublieux du Saint-Laurent, l’aurait-il crû ?

Un vent frais poussa bientôt l’escadre hors du bassin de Gaspé, mais en le débouquant la brise fléchit, le calme se fit, et bientôt une pluie fine se prit à tomber pendant qu’au large le brouillard se faisait. Bientôt il enveloppa la flotte, ne laissant voir que de fois à autres les voiles d’une frégate ou d’un transport qui, tâchait de garder autant que possible sa ligne de bataille pour éviter le boulet que chaque commandant de division avait ordre de lui envoyer, dans le cas où il s’en séparerait. (1) Ceci dura toute

(+) No commodore is to suffer any ship of his division to go a head of him, and in case any do, to fire at them ; and the man of war, in his division or next to that ship, that goes-a-head, shall make up sail to get up with her, and cause the shot to be paid for by the master.—4 ddifional signals and instructions given by admiral Walker, p. 272.

la journée du 22 Aout, mais le soir le vent se prit à souffler en foudre ; le brouillard devint de plus en plus intense, la sonde ne mordait pas, et comme depuis le mardi les vigies n’avaient pas signalé la terre, on. calcula par estime qu’on serrait de près la côte Nord.

L'officier de loch venait de faire une erreur de quinzes lieues ! (1)

Paradis consulté fut alors d'avis de mettre en panne avec les amures à bâbord, tout en ayant soin de se tenir la tête au sud au moyen du perroquet d’artimon et du gra”d hunier.

Deux heures et demie se passèrent à faire cette manœuvre, et l’amiral venait de se mettre au lit, quand tout à coup, le capitaine de l’ÆZægar crût entrevoir la terre. D’après de nouveaux calculs, il en était arrivé à la conclusion que c'était la côte sud, et courant avertir son supérieur il reçut l’ordre de f ire des signaux à la flotte pour qu’elle virât immédiatement vent arrière, et recommençât la même manœuvre avec les amures à tribord.

Un jeune officier du régiment du général Seymour, le capitaine Goddard, se trouvait alors sur le gaillard d’arrière. Il apperçût la mer déferler et se briser sous le vent, au moment où l’ÆZ4gar faisait son abattée, et tout effrayé se précipita dans les appartements de l'amiral, en lui criant:

— Sir Hovenden ! nous sommes entourés de récifs !

(x) Vide. Introduction de Walker’s Journal,

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[1] Vide Joi [2] Wide Jou

DE TRIBORD A BABORD 55 L’amiral se prit à plaisanter M. Goddard sur sa frayeur, lui assura que le capitaine de sa frégate, M. Paddon, était encore plus compétent pour les choses de la mer qu'un officier d'infanterie, et lui souhaita le bonsoir.

Mais le fantassin ne se tint pas pour battu. Pendant cette conversation avec son supérieur les brisants avaient grandis : un tumulte terrible se faisait sur le pont, et oublieux de l’étiquette pour ne plus songer qu’au salut de tous, le capitaine Goddard rentrant de nouveau dans le carré de Sir Hovenden le supplia, au nom de Dieu, de monter sur son banc de quart (x).

L'amiral s’y rendit gaiement — 7x gown and slippers — en robe de chambre et en pantoufles.

L’Ædgar était à la veille de talonner. Tout le monde avait perdu la tête; personne ne savait où était allé Paradis : la frégate faisant chapelle s'était laissée coiffée et avait rejeté les brisants sous sa hanche, pendant que pour comble du malheur, le capitaine Paddon hors de lui, avait fait dégager un ancre qui dérapa de suite et qu’il fallut couper immédiatement.

La lune sortit alors du brouillard et montrant distinctement la côte Nord, permit à l’amiral de rassurer un peu ses hommes (2). Sur ces entrefaites Paradis que l’on avait réveillé, fit transmettre l’ordre

[r] Vide Journal de Walker p; 124.

[2] Wide Journal de Walker p. 125.

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de hisser toutes les voiles. 11 fallait sortir de là couvert de toiles, ou chavirer.

L’£dgar, sous la main ferme du capitaine canadienfrançais se pencha sur les brisants, fit une seconde abattée, plongea fermement ses écubiers sous la lame, et sortit.

Pendant toute cette nuit là, séparé de son escadre l'amiral courût dans le sud, puis au matin, en reprenant sa bordée il fit la rencontre du Swzffsure qui, lui apprit une partie de l’immense désastre que nous ne connaissons plus que sous le nom du naufrage de l'anglais.

A ce rapport vint bientôt se joindre celui du capitaine Alexander, du Chafam ; il était navrant.

Huit gros transports de 2,316 tonneaux et trois quart, — ancienne jauge, — l’/sabella Anne Catherine, le Samuel et Anne, le Nathantel et Elizabeth, le Marlborough, le Chatam, le Colchester, le Content et le Marchand de Smyrne étaient venus s’éventrer sur l’Ile-aux-Œufs, pendant cette nuit terrible. Les capitaines Richard Bayly, Thomas Walkhup et Henry Vernon s'étaient noyés. Jusqu’à présent 884 cadavres jonchaient les criques de l’île et les sables de la côte du Labrador, et trois frégates le Windsor, l’' Aigle et le Montague n'avaient évité une perte totale, qu’en se réfugiant, sans le savoir, dans la passe où le Vapo/éon /ZZ est ancré en ce moment. Par ce désastre, les régiments des colonels Windresse, Kaïne et Clayton, ainsi que celui du général Seymour entièrement composés de vétérans de l’armée de Marlborough, se

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[1] Wide Ch

D'après les Letter, pubiis transports de Disney, Wind ces troupes, il colonel Churc du colonel Ki dans la baie di du Rhode-Isl:

par le colonel

[2] Vide pa;

trouvaient presqu’anéantis, et l’on reconnut sur la grève deux compagnies entières des gardes de la reine, qu’on distingua à leurs casaques rouges (1).

Quel était le chiffre exact des pertes de l’amiral Walker? Nul ne le saura positivement, mais ce que l'historien peut rappeler, sans faire erreur, c’est que dès son arrivée à Boston, Sir Hovenden demandait au gouverneur Dudley quatre mois de rations pour les 9,285 hommes qu’il amenait d'Angleterre; puis que lors du conseil de guerre tenu sur l’oppurianité d’attaquer Plaisance, après le naufrage de l’Ile-aux-Œufs, il déclara ne plus avoir que 3,802 hommes à bord de ses frégates et 3,841 sur ses transports, soit un total de 7,643 matelots et soldats.

Or, d’après le rapport officiel de l’amiral Walker (2) 220 hommes embarquèrent à bord de l’Zsabella Anne Catherine ; 102 étaient sur le CAafam; 150 sur le Marlborough ; 246 sur le Marchand de Smyrne ; 354 sur le Colchester ; 188 sur le Vafhaniel et Elizabeth, et 150 sur le Sawuel ef Anne, soit un total de 1,420 ; tous ces vaisseaux, plus le Content qui n’est pas mentionné dans cette pièce justificative, périrent sur l’Ileaux-ŒEufs, et en faisant la part de la maladie et des

[1] Wrde Charlevoix, Histoire de la Nouvelle-France, Livre XV, page 357.

)'aprês les numéros des lundis 10 et 23 Juillet 1711 du Boston Nenrs- Letter, published by authority, les régiments qui étaient embarqués sur les transports de l’amiral Walker étaient ceux des colonels Kirke, Seymour, Disney, Windresse, Clayton, Kaine, ainsi que celui du général Hill. Outre ces troupes, il y avait 600 hommes d'infanterie de marine commandés par le colonel Churchill et un train d’artillerie de quarante chevaux sous les ordres du colonel King. Les troupes de milice consistaient en deux régiments levés dans la baie du Massachusetts, dans le New-Hampshire et dans la plantation

du Rhode-Island, commandé le premier par le colonel Walton, et le second par le colonel l'honorable M. Vetch.

[2] Vide page 190, appendice du journal de Walker.

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désertions, nous pouvons sans exagérer mettre à 1,100 le nombre des noyés et des manquants à l’appel le lendemain de la triste nuit du 22 Août. (1)

Ce soir-là, la tempête s'était rappelée qu’elle avait jadis dompté l’orgueil d’un autre amiral anglais, Sir William Phips, en lui arrachant plus de mille hommes, et lui brisant 38 vaisseaux. Vingt minutes lui avait suffi pour faire cette nouvelle œuvre de destruction, et sauver la Nouvelle-France de l’étreinte de l’anglais.

Atterré par son incroyable désastre, l'amiral Walker adjoignit au capitaine Cook du Zéopard de croiser autour de l'île et de sauver ceux qu’il pourrait, pendant que lui-même courerait des bordées toute la nuit. Le lendemain, il dépêcha le Monmouth avec ordre de chercher un mouillage sûr dans les environs pour la flotte, mais l’otficier de ce navire ayant fait un rapport négatif, et ses pilotes se reconnaissant incapables de conduire l’escadre dans la baïe des Sept-Iles, l'amiral donna l’ordre de repartir les survivants sur le reste de ses vaisseaux, et réunit son conseil de guerre.

On était alors à six lieues ouest-sud-ouest de la pointe des Monts Pélées.

Tous les capitaines et pilotes fûrent sommés de se rendre auprès du pavillon amiral, hissé temporairement à bord du Windsor. Les minutes de cette

[r] Il ne faut pas oublier, en outre, que dans l'introduction de son journal, page 25, Walker avoue avoir perdu en s’en revenant la fregate le Feversham de 36 canons, commandée par le capitaine Paston, ayant à son bord 196 hommes d'équipage, et trois nouveaux transports dont les morts n’entrent pas dans ce dénombrement,

séance di que les « Soans du Monmout capitaine Henry G« de l’£age land, et La disçus officiers 2 Walker de de Boston ner pilote insistèren!

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séance disent, que Sir Hovenden Walker présida et que les officiers présents fûürent le capitaine Joseph Soans du Swifisure, le capitaine John Mitchel du Monmouth, le capitaine Robert Arris du Windsor, le capitaine George Walton du Monfague, le capitaine Henry Gore du Dunkirk, le capitaine George Paddon de l’ÆZagar, le capitaine John Cockburn du Sunderland, et le capitaine Augustin Rouse du Sapphire. La disçussion debuta sur un ton d’aigreur ; quelques officiers allèrent jusqu’à reprocher à Sir Hovenden Walker de ne pas les avoir consulté, avant le départ de Boston. L’amiral fût hautain. Le capitaine Bonner pilote de l’ÆZ@gar et M. Miller pilote du Swzsfisur : insistèrent sur les dangers qu’offrait le passage de l’île aux Coudres près de Québec. Leurs camarades vinrent à la suite les une des autres avouer leur

incompétence, et il fût résolu à l’unanimité d’abandonner toute tentative sur Québec, et de s’en aller à la rivière Espagnole au Cap Breton, pendant que le Léopard en compagnie d’un brig le Four Friends et d’un sloop le B/essing, continueraient à croiser le long du lieu du sinistre.

Au Cap Breton, les tâtonnements et les pertes de temps recommencèrent. Walker n’osait plus retourner en Angleterre sans tenter un coup de main sur Plaisance ; d’ailleurs ses instructions étaient positives là dessus. Beaucoup d'officiers furent de cette avis ; mais le général Hill fit à ce projet une forte opposition. On eût recours encore une fois à un conseil de guerre, et il y fût résolu à l'unanimité, vh que l’on n'avait

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plus que pour onze semair.es de vivres —— les hommes étant mis à la demie ration —— (1) de faire voile vers les côtes anglaises. Mais avant de partir, l'amiral crût prudent de prendre possession de cette terre au nom de la reine Anne, en remplaçant les armes de France par une inscription latine tañiée en forme de croix (2).

Tout était maintenant au complet, puisque cette croix qui se dressait sur le Cap Breton faisait face à l'entrée de ce golfe et de ce fleuve Saint-Laurent, devenus le morne tombeau des Anglais, et remplaçait celle que Sir Hovenden Walker avait oublié de laisser sur la côte déserte du Labrador.

Ainsi se termina cette terrible expédition armée à grands frais, et sur laquelle la reine Anne et ses ministres reposèrent tant d’espérances. La désertion des équipages, l’indiscipline des officiers, l’incompétence des pilotes, l’incroyable 7effatura de l’amiral et surtout le manque de patriotisme des Bastonnais toujours prets à importuner le roi pour lui faire tenter un coup de main sur Québec, mais incapables de faire le moindre sacrifice pécuniaire pour aider Sa Majesté à mener à bonne fin pareille entreprise, (3)

|r}] Vide appendice du Walker’s journal p. 304. (2) Voir la première pièce justificative publiée à la fin de ce volume.

[31 Sir Francis Wheeler, [7 venait de faire un fiasco complet à la Martini. el according to the commands he had received from his Majesty, proposed to Sir William Phips, governor of New-England the going to and attempting Quebec, but he having not had any previous advise thereof, which he said he ought to have had four months before, so as to have got all things ready, and that expedition requiring the squadron’s sailing by the first of July, and a strenght of four thousand men at least, which very much exceeded the number, we had that affair sunk. So that on the first of July the recovered men began to embark, and the third of August the squadron sailed from Boston. — Memoirs of transactions at sea, by secretary Burchett, smp7imée en 1703,

furent les pagne qu on l’espé ‘On c dépouille de Saint Dieu de droits de gnat, age gagèrent aumonier l'hiver da tirassent t 1711etre bâtiments le récit fai la grève qu sespérés : Li rachaient 1 enterrés da avait jusqu’ et qui appa étonné qu’ frage. Les ce pays qu nements et amenaient tablir en arr dans la flott péres ou le entières qui

furent les causes premières des désastres de cette campagne qui, loin de perdre la Nouvelle France, comme on l’espérait, ne fut qu’une source de profit pour elle.

‘ On crut envoyer à l’Ile-aux-(Eufs ramener leurs dépouilles, dit la sœur Jeanne-Françoise Juchereau de Saint-Ignace dans son Histoire de l’Hôtel- Dieu de Québec. Monsieur Duplessis, receveur des droits de monsieur l’amiral, et monsieur de Montseignat, agent de la ferme, frétèrent une barque et gagèrent quarante hommes à qui ils donnèrent un aumonier et des provisions de vivres pour aller passer l'hiver dans cet endroit, afin qu’au printemps ils tirassent tout ce qu'ils pourraient. Ils partirent en

1711 et revinrent en 1712, au mois de juin, avec cinq :

bâtiments chargés. Ils trouvèrent un spectacle dont le récit fait horreur ; plus de 2,000 cadavres nuds sur la grève qui avaient presque tous des postures de désespérés : les uns grinçaient les dents, les autres s’arrachaient les cheveux, quelques-uns étaient à demienterrés dans le sable, d’autres s’embrassaient. Il y avait jusqu’à sept femmes qui se tenaient par la main et qui apparemment avaient péri ensemble. On sera étonné qu'il se soit trouvé des femmes dans ce naufrage. Les Anglais se tenaient si assurés de prendre ce pays qu'ils en avaient déjà distribués les gouvernements et les emplois ; ceux qui devaient les remplir amenaient leurs femmes et leurs enfants afin de s’établir en arrivant. Les Français prisonniers qui étaient dans la flotte y en virent quantité qui suivaient leurs pères ou leurs maris, et grand nombre de familles entières qui venaient pour prendre habitation.

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