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‘4 La vue de tant de morts était affreuse, et l’odeur qui en sortait était insupportable ; quoique la marée en emportât tous les jours quelques-uns, il en restait assez pour infecter l’air. On en vit qui s'étaient mis dans le creux des arbres ; d’autres s'étaient fourrés dans les herbes. On vit les pistes d'hommes pendant deux ou trois lieues, ce qui fit croire que quelques-uns avaient été rejoindre plus bas leurs navires. Il devait y avoir de vieux officiers ; car, on trouva des commissions signées du Roy d'Angleterre, Jacques IT, réfugié en France dès 1689. Il y avait aussi des catholiques, car parmi les hardes il se trouva des images de la Sainte- Vierge.
‘On rapporta des ancres d’une grosseur surprenante, des canons, des boulets, des chaînes de fer, des habits fort étoffés, des couvertures, des selles de chevaux magnifiques, des épées d’argent, des tentes bien doublées, des fusils en abondance, de la vaisselle, des ferrures de toutes les sortes, des cloches, des agrès de vaisseaux et une infinité d’autres choses.
‘€ On en vendit pour 5000 livres.
‘Tout le monde courait à cet encan ; chacun voulait avoir quelque chose des anglais.
‘€ On y laissa beaucoup plus qu'on en pût enlever ; K
cela était si avant dans l’eau qu’il fut impossible de tirer tout ce qu’on vit.
‘On en rapporta deux ans après pour 12,000 livres, sans compter tout ce qu’on avait oté d’ailleurs ; c'en fût assez, ajoute naïvement la sœur Saint-Ignace,
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pour nou attaquerai Dieu. ”’
A Quét nouvelle :
C'était M l'avait ani colonie ve pûrent co église de 1 Victoire, celui de N
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accessible à la liberté commencèr seulement 1] faisaient tot
En Angle Walker sem familles. (2 tir sur le m:
[1] Vide. His [2] The expedi as if the fate of Walkers Tourne
pour nous faire espérer que nos ennemis ne nous attaqueraient plus et pour affermir notre confiance en Dieu. ”?
A Québec, l'effet de ce désastre fût immense. La nouvelle y était parvenue dès le 19 Octobre 1711. C'était M. de la Valtrie qui, de retour du Labrador, l'avait annoncé le premier, et nos pères voyant que la colonie venait d'être, sauvée d’une perte certaine, ne pûrent contenir leur joie, Le vocable de la petite église de la basse-ville de Québec, Notre-Dame de la Victoire, fût changé par la ville reconnaissante en celui de Notre-Dame des Victoires.
‘ On ne parlait plus que de la merveille opérée en notre faveur, dit une chronique du temps ; (1) les poëtes épuisèrent leur verve pour rimer de toutes les façons sur ce naufrage. Les uns étaient historiques et faisaient agréablement le détail de la campagne des Anglais ; les autres satyriques et raillaient sur la manière dont ils s'étaient perdus. Ie Parnasse devint accessible à tout le monde : les dames même prirent la liberté d’y monter, quelques unes d’entre elles commencèrent et mirent les messieurs en train, et non seulement les séculiers, mais les prêtres et les religieux faisaient tous les jours des pièces nouvelles.”?
En Angleterre, le retour de l'expédition de l’amiral Walker sema la honte à la cour et le deuil dans les familles. (2) La main de Dieu ne cessa de s’appesantir sur le malheureux Sir Hovenden. A peine arrivé
[1] Vide. Histoire de l’Hotel-Dieu de Québee, p. 486. [2] The expedition to Canada has made as great noise in London, almost
as if the fate of all Britain had depended upon —p. 1. /#éroduction Walkers Tournal, P P P [4 du
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à Londres pour se rapporter à l’Amirauté, une estafette l’y rejoignit et lui annonça la plus terrible des nouvelles. L’'Ædgar, belle frégate de 7o canons, montée par 470 marins d'équipe, et qui avait navigué sous pavillon-amiral pendant une partie de la campagne, venait de faire explosion en rade de Portsmouth ! Pas un homme, pas un officier, pas un document, (1) n'avaient été sauvé ; et il ne restait pas même une épave pour être déposée plus tard au Musée Britannique et y indiquer qu’une frégate du nom de l’Ædgar avait existée dans la marine royale.
Qu’ajouter à cette série de malheurs ?
Pendant quelques années, Sir Hovenden Walker honni et ridiculisé par tous, lorsque son collègue, le général Hill, —qui, il est vrai, était le frère de madame Masham favorite de la reine Anne—se voyait honoré d’un commandement, vécut dans la retraite à Somersham, près de St. Ives Huntington. Ses vieux camarades de l’Amirauté qui avaient servi avec lui ou sous lui, oublieux de sa captivité en France (2) et de ses vingt-huit années de commandement pour ne plus se souvenir que du naufrage de l’Ile-aux-Œufs, refusèrent pendant deux ans de régler ses comptes, sous prétexte que les pièces justificatives s'étaient perdues sur l’Z4gar, puis, l’année suivante, sans aucun avis préalable,
1] Parmi ces documents se trouvait l’original du journal tenu par Sir Wil-
Ta Phipp lors de son expedition de Québec.
— The French minister came to me this evening, and brought with him Sir William Phipp’s original journal of his Quebec expedition, and gave it me . This was blown up amongst several other material papers and draughts inthe Edgar. — Walker’s Journal p. 87.
(2) Vide. Introduction de Walker’s journal, p. 7.
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(1} I could not, State, without bei besides my being in this wicked wc against my own n rournal, p. 21.
[2] Vide. Intro
ils le rettanchèrent de la liste des amiraux, et lui otèrent sa demie-solde. Enfin, un jour que l’amiral était de passage à Londres, un journal, le SZ. James Post ayant annoncé qu’il avait été arrêté à sa résidence de Newington Stoak. par ordre de la Reine, Walker, qui aurait pu voir ses services acceptés par la république de Venise ou par le tzar de Moscou, mais qui était trop loyal pour se mettre dans la triste position de pouvoir porter un jour les armes contre l’Angleterre, se décida le cœur navré, à quitter son implacable patrie pour se rendre dans la Caroline du Sud, y cultiver une plantation (1).
Là encore les sarcasmes et la haine de ses compatriotes poursuivirent le proscrit anglais.
À sa grande surprise, après son désastre, l'amiral Walker avait été assailli à Boston par une avalanche de brochures plus violentes les uns que les autres. J'ai dit à sa grande surprise, car Sir Hovenden qui rêvait d'éclipser la gloire de Drake et de Cavendish en s'emparant de Québec, pensait sérieusement être récompensé pour avoir ramené les restes de l’expédition (2). Dans ces brochures, le gouverneur Dudley, le colonel Nicholson, tous les Ve Englanders s’en donnèrent à cœur joie sur le compte du malheureux amiral, et bientôt elles parvinrent jusqu’en Caroline,
(1} I could not, with a clear conscience, have served any other prince or State, without being naturalized and made or adopted native thereof, which besides my being now too old to begin a new birth in a strange nation, in this wicked world, I doubt could not however absolve me from fighting against my own natural prince and mother country. /#éroduction Walker's rournal, p. 21.
[2] Vide. Introduction du journal de Walker, pages 28 et 30.
où elles attisèrent tellement les passions populaires contre lui, que Sir Hovenden Walker fût obligé d’aller chercher un refuge aux Barbades.
Néanmoins, petit à petit ces haines et ces rancunes de l’orgueil anglais blessé se türent. Le calme se refit dans cette existence brisée. Dès 1720, Sir Hovenden Walker put faire imprimer une justification et un rapport complets sur sa triste expédition, et ce journal fut accueilli avec assez de faveur, si l’on en juge par la rareté de ce bouquin, devenu presqu’introuvable aujourd’hui (1). Bientôt l’oublie se fit autour du vieil amiral, et revenu dans la Caroline, il finit par s’éteindre tranquillement dans sa plantation, en l’année 1725, au milieu des muses qu’il cultivait avec un certain succès, et entouré des éditions de son poëte javori, Horace, qui lui avait fournit l’épigraphe de sa défense :
Sois fort dans la détresse et si ta bonne étoile
Fait naître enfin pour toi des vents moins désastreux, A ces protecteurs dangereux Ne livre qu’à demi ta voile,
— Il ya du vrai dans tout cela, et depuis que je suis ici, je me suis toujours douté de quelque chose de semblable, dit une voix étrangère, en s'adressant à Agénor Gravel. Des goëlettes prises par le calme dans la passe du Nord ont déjà repéché des canons.
(x Le style de i’amiral ne manque pas d’une certaine excentricité.
Do they think, se demande-t-il, ‘that the taking of Placentia to Britain had been as easy as a citizen riding home in his chaire from Hamstead or Highgate, calling at a cake-house by the way, to regale himself and his epouse with a glass of cyder and a cheesecake ?”?
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Dame ! ils n'étaient pas neufs : la rouille les rongeait ; les huîtres et les coquilles s'étaient attachées au fer et au cuivre, et ils n’étaient plus de grande utilité si ce n’est pour servir de lest. A l’autre bout de l’île, à la pointe des Anglais, la cabane du père Ruel est pleine de bayonnettes, de haches, de boulets et autres vieilles ferrailles, qu’il s'amuse à ramasser lorsqu’il ne pêche pas. Et, puisque vous êtes si curieux de ces choses, venez avec moi jusqu’au phare ; je vous donnerai un bout de baguette de fusil qui vient de l’an-
glais, et que l’autre jour en seinant nous avons ramené au plein.
Cette voix sympathique était celle de M. Paul Côté, l'excellent gardien du phare de l’Ile-aux-Œufs.
Agénor ne se fit pas prier pour accepter ce morceau de cuivre tout rongé par le temps et par la mer. Il l'examina longuement, puis après l’avoir retourné en tous sens, il le glissa flegmatiquement dans la fameuse sacoche, en nous disant sous forme de péroraison :
— Les bibelots du père Ruel et ce Lout de baguette de fusil, voila peut-être tout ce qui reste maintenant pour raconter au passant la fin terrible de l’expédition de Sir Hovenden Walker. Si d’un côté l’histoire fût indulgente pour le marin anglais, et si quelques uns de ses compatriotes, Smith entre autres, allèrent jusqu’à passer sous silence cette catastrophe, la légende s'empara de la nâvrante ballade, et c’est ainsi que la sœur Juchereau de Saint-Ignace écrivit plus tard que Sir Hovenden ‘‘craignant d’être mal reçu de la Reine fit sauter en l'air son navire quand il ft sur la
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Tamise,’” tandis que Charlevoix assurait à son tour ‘qu’il se brisa sur l’Ile-aux-Oeufs avec sept de ses plus gros transports.”” (1)
Puis après une pause :
— La première de ces assertions était sans doute suffisante pour donner libre cours à l'imagination de mon voisin de gauche, reprit Gravel en me regardant malicieusement, car si je ne me trompe pas tu as jadis écrit l’histoire de cet amiral du brouillard qui demandait à ses persécuteurs (2) :
— Pouviez-vous vous attendre à ce que j’ordonnâsse au vent et à la tempête de s'arrêter ? Serait-il devenu possible que par les subtilités de la magie, j'eûsse eu le pouvoir de créer l’ouragan et de tisser des brouillards dans le seul bût, de noyer tant de malheureux et de chercher le danger sans aucun autre profit ou avantage pour.moi, que le plaisir toujours stérile de faire le mal pour }+ mal?
(x) Vide. Histoire de l’Hotel-Dieu de Québec, p. 485 et Charlevoix, his-
toire de la Nouvelle France livre XX, p. 361. (2) Vide introduction du journal de Walker, page 5.
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musi cloche — Nau Freneu rible. mort, — du Sair — Oce pations L’espri ouigou:
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Ie Si Pauvre petit !— Je n’en fais pas usage. — Les héros obscurs. — : La baie des Sept-Iles, — Une ville nouvelle. — La terre de As Caïn.— Un poste de la compagnie de la baie d’Hudson.— La 1 chapelle montagnaise, — S. M. Barthélemy I, — L'amour du
clinquant. — Profils yankees. — La pêche au flétan. — Une bonne aubaine. — Leçon aux pêcheurs canadiens-français. — Un capitaine qui a peur.— Concert à bord. — Où mène la musique, — Joie et deuil. — La mort du commandant Tétu. au — Au large. — La catastrophe de la baie du Renard. — La cloche des antropophages. — Le vaisseau du roi la Lenommée.
le — Naufrage. — Présence d’esprit d’un canonier. — M. de
ds E Freneuse, — Une chaloupe en l'air. — Miserere. — Nuit ter- Ë
d rible. — Sauvetage. — Règlement de vie. — Condamnés à || is mort. — Décision suprême. — Deux groupes. — La messe {
ge du Saint Esprit. — Adieux.— En route. — Triste séparation. k al — Oceano nox.— Nouvel arrêt.— A Ja ration. — Occu- |
pations d’hiver. — Noël!— Un jour dé l’an terrible, — L'esprit de suicide, — L’apostolat de la souffrance. — Un | ouigouam indien. — Trouvaille sur trouvaille. — Une ter- j an rible visiteuse. — L’avalanche, — Nouvelles épreuves. — Le | défiié des agonisants, — Soins médicaux. — Résignation su- | blime. — Un hôte inattendu. — Déception. — La mort, toujours la mort ! — Imprudence. — Désespoir. — La chasse à l’homme, — Départ. — Abandon. — Seul — Sauvé ! — ! Résurrection. -— Le poste français de Mingan.— Hommes l fauves. — La dernière culotte de peau.— Nouvelles péri- ! péties.— Un triste hiver. — Le canot perdu. — Dans nos k cadres,
Situé à soixante-et-dix pieds au-dessus du niveau de la haute marée et à six cents pieds au bout sud du rocher, le phare de l’Ile-aux-Œufs est une construction octogone de trente-cinq pieds de haut. Cette
pt) |!
70 DE TRIBORD A BABORD tourelle surplombe la maison du gardien Paul Côté, et déjà sur le pas de la porte on voyait les figures souriantes de ses deux filles qui s'empressaient pour mieux nous recevoir, pendant que, par la fenêtre entr’ouverte, un bel enfant, à l’œil intelligent, mais aux joues pâlies par ia fièvre et par la douleur, nous regardait venir d’un air tout étonné. Quinze jours auparavant, en voulant tirer une outarde, il s'était déchargé un fusil dans le bras gauche, et sa blessure soignée tant bien que mal par des gens qui n’avaient pas la moindre notion de chirurgie, présentait déjà les symptômes de la gangrène. Pauvre petit ! il semblait faire contre souffrance bon cœur, et je revois d’ici son sourire résigné pendant que nous cherchions à le consoler ; mais l’air de la mer semble agir trop fortement sur ce sang appauvri, et d’après toute apparence celui que la nature avait destiné à devenir un robuste marin, ne fera, hélas! qu’un pauvre poitrinaire.
Pourtant, notre présence sur l’île avait fait oublier cette catastrophe imminente pour ne laisser régner que le plaisir de l'hospitalité. A l’intérieur du phare, tout n’était que joie, bruit et questions. La vaisselle, les nappes, les friandises des jours de fête so:taient des coffres et des armoires. Pendant que
madame Côté trottinait et donnait des ordres pour nous faire servir une collation froide, Agénor et sa bruyante compagnie s’étaient emparé de l’harmonium placé dans le petit salon qui fait face à la mer, et entonnaient l’/# exitu Zsraël de leur plus belle voix
et com sobriété
pas à 1 épreuve.
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—Mille dans ce v
Ed Je l s’écria A4 liqueur d’ pot censé qui, en ct esprit. I être en so des yeux pelure du d'Egypte.
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de mélomanes. Dans le soubassement de cette chapelle sixtine improvisée, Paul Côté s’escrimait à découvrir quelques bouteilles de bière échappées à la provision du dernier automne, et déjà pots, verres, bols et carafons s’allignaient sans vergogne sur table et commode, défiant à qui mieux mieux la proverbiale sobriété de notre capitaine qui, certes, ne s’attendait
pas à la voir mettre, ce jour-là, à une aussi rude épreuve.
Après s'être vigoureusement défendu pendant une minute contre les assauts de son hôte, en assurant sur tous les tons qu’il ne faisait pas usage de spiritueux, notre chef avait fini par céder et par se verser un doigt de Médoc, largement coupé d’eau. Mais à peine l’avait-il porté à ses lèvres qu’il se leva tout d’un bond, éternuant comme une pièce de 36, et criant d’une voix étranglée :
—Mille millions de tonnerre, il y a de la brise dans ce vin !
— Je le crois bien, et de la carabinée encore ! s'écria Agénor Gravel qui, avait voulu goûter de la liqueur d’orange et l’avait puisée, à son tour dans un pot censé contenir de l’eau en temps ordinaire, mais qui, en ce jour de gala, était rempli de whiskey en esprit. Inutile d'ajouter que nos deux preux, peutêtre en souvenir de leur psaume inachevé, roulaient des yeux comme S'ils eussent été frottés avec la
pelure du meilleur et du plus regretté des oignons d'Egypte.
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