‹ De tribus impostoribus, M.D.IICChapitre 1 sur 13 · NOTICE BIBLIOGRAPHIQUE · texte numérisé non relu

NOTICE BIBLIOGRAPHIQUE

Vers le commencement du dix septième siècle, ta liberté de penser, si longtemps comprimée, se réveilla à la suite des controverses qui eurent lieu entre les catholiques et les réformes; des esprits audacieux s'élancèrent au delà du cercle circonscrit de ces querelles. Il y avait déjà longtemps que Rabelais avait, sous un voile assez transparent, livré au ridicule ce qui avait été jusque alors l'objet de la plus profonde vénération (1), lorsque Giordano Bruno et Yanini déve-

(1) La hardiesse de Rabelais est bien connue, mais un fait très-curieux, et qui n'a été mis en lumière que depuis peu de temps , c'est que dans les éditions originales de son immortelle satire (éditions dont il ne reste pour la plupart qu'un ou deux exemplaires qui se payent au poids de Por), l'audace avait été encore plus grande ; quelques adoucissements parurent utiles, soit à maître François lui-même, soit a ses éditeurs. En voici un exemple; le texte primitif du 23* chapitre du second livre s'exprimait ainsi : « Pantagruel ouyt nouvelle que son pere Gargantua auoyt este translate au pays des Phees par Morgue comme feut iady»

loppèrent dans des écrits d'une obscurité calculée des assertions téméraires qu'ils, payèrent de leur vie (1).

Théophile Viaud et ses amis se montrèrent à peu près à découvert ce que le père Garasse, dans sa Doctrine curieuse, appelle « apprentifs de l'athéisme, enroolez en cette maudite confrérie qui s'appelle la Confrérie des Bouteilles (2) ».

Enoch et Elie. d Cette assimilation aux contes de fées de deux traits rapportés dans l'Ancien Testament éveilla des scrupules, et les réimpressions suivantes mirent deux héros des épopées chevaleresques, Ogier et Artus, en remplacement du patriarche antédiluvien et du prophète. La nouvelle leçon ne choquait personne ; elle a toujours été reproduite depuis. (Voir entre autres l'édition dite Variorum, en 9 vol. in-8°, tome III, p. 522.)

Ce fut, nous le croyons, en 1844, qu'un bibliophile bordelais, M. Gustave Brunet , signala pour la première fois l'ancienne et remarquable variante dans une Notice sur une édition inconnue du Pantagruel. Le savant auteur du Manuel du Libraire, dans ses Recherches sur les éditions originales de Rabelais (Paris, 1852) , n'a pas manqué de faire observer, page 39, que c'est à partir de l'édition de 1538 qu'aux deux personnages bibliques ont été substitués des preux de la Table-Ronde. Nous sommes surpris de ne trouver que la leçon adoucie dans la très-bonne édition de Rabelais publiée par MM. Burgàud des Marets et Rathery, Paris, F. Didot, 1857 (tom. I, p. 345); la variante est signalée dans le Rabelais (tom. 1. p. 286) que M. Jannet voulait comprendre dans sa Bibliothèque elzévirienne, et dont il n'a malheureusement paru que le premier volume (en 1858).

(1) Ce n'est pas ici qu'il serait a propos de parler de ces deux penseurs si remarquables. Consultez, a l'égard du premier, le savant travail de M. Bartholmess, Jordano Bruno (Paris, 1846, 2 vol. in 8°), et au sujet de Vanini, un travail de M. Cousin inséré dans la Revue des Deux-Mondes, 1 er décembre 1843 , et reproduit en tête des Fragments de philosophie cartésienne, 1845. Un article se trouve aussi dans VEncyclopédie nouvelle (restée inachevée) de MM. P. Leroux et J, Reynaud. Disons encore qu'une appréciation lumineuse de Bruno et de Vanini se rencontre (pages 365- 521) dans un important ouvrage de M. Moriz Carrière, qui , n'ayant pas été traduit, est resté presque inconnu en France : Die philosophische W eltanschaunng d^r Reformationszeit, Stuttgart, 1847, in-8°.

(2) Nous renvoyons à la notice sur Théophile, qui occupe

— Vlj —

Ce fut alors que se répandirent dans le monde savant des rumeurs à l'égard d'un livre dont on ne s'entretenait qu'avec effroi, et dont le 1 ut, disait-on, était d'établir que le genre humain avait été successivement trompé par trois imposteurs. De là vint le titre De tribus Impostorïbus donné à cet ouvrage, vrai chef-d'œuvre d'impiété, qu'on n'avait pas vu, mais à l'égard duquel quelques témoignages isolés et vagues avaient déjà été émis.

Un des premiers écrivains qui en aient fait une mention expresse, est un moine espagnol de l'ordre des Carmes, Geronymo de la Madré de Dios. Dans un livre publié a Bruxelles, en 1611, sous le titre de : Diez lamentaciones del misérable estado de los Athelstas, le révérend père s'exprime en ces termes : Uno desta Secta (de los Atheistas libertinos) compuso un libro intitulado : De los très Enganadores del Mundo; Moysen, Christo y Mahoina, que no se lo dexaron imprimir en Alèmanna, el anrio pasado de 1610.

Dans le cours du dix-septième siècle et au commencement du dix-huitieme, un grand nombre d'auteurs continuèrent de parler du livre De tribus Impostorïbus; aucuu d'eux n'affirma qu'il l'avait vu, mais la plupart répétaient ce qu'on en disait, en y ajoutant parfois des circonstances peu vraisemblables. Plus tard, des critiques plus iu- , dicieux émirent l'idée qu'il ne s'agissait que d un livre imaginaire. Un littérateur ingénieux, dont le nom est resté cher aux amis de l'étude, Bernard de laMonnoye, auteur des célèbres Noei bourguignons, donna, à l'appui de cette dernière opinion, des arguments consignés dans une dissertation que nous reproduisons. Des réponses furent faites à l'écrit de la Monnoye ; mais pendant que les érudits discutaient, l'ouvrage lui-même restait invisible.

156 pages dans le premier volume des Œuvres de cet écrivain, publiées par M. Alleaume, dans la Bibliothèque elzevirienne, 1856, 2 vol. in-18.

Page 1