‹ De Tripoli à TunisChapitre 8 sur 41 · S FAX ET M KHI MA · texte numérisé non relu

S FAX ET M KHI MA

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moucharabys vitres et peints de vert ou de blanc, — ont cependant percé des fenêtres à travers leurs murailles et ont revêtu ainsi une apparence semi-européenne.

Plus grande que ses voisines, l'une cle celles-ci a orné sa façade d'une galerie qui découpe ses arcades à la hauteur du premier étage : c'est le cercle où se réunissent les officiers de imlic corps d'occupation. Des spahis astiquent des harnais rouges ou montent la garde devant la porte d'une autre : c'est le logement du commandant de nos troupes.

I \ 1 l'OUÏ F. DE JAHD1N .

Une large rue que. nous ne savons pourquoi, on appelle encore t\ui\ nom italien, — la strada renie, — part de cette place et aboutit aux remparts qui entourenl seulement la ville arabe. C'est la grande artère du r'bat, — du quartier franc.

Près de là s'élèvent une petite église catholique, un couvent de religieuses et cette maison de Saint-Joseph de la Rédemption dont, modestes mais précieux auxiliaires de notre armée, les saintes et courageuses filles, — venues de la Capelette. prés de Marseille, — nous ont, de bien longtemps, précédés en Tunisie. Elles ont ouvert ici, comme sur d'autres points de la cote, une école qui a rendu et qui rend encore d'inappréciables services

à la population chrétienne et même à la population israélite.

Point de départ de ruelles pavoisées, comme celles de Santa Lucia, de linges et de haillons de toutes couleurs, cette rue est peuplée de cales italiens, d'hôtelleries soi-disant françaises, de buvettes d'une nationalité mal définie, de bazars juifs que surmontent des enseignes grecques et où, vendus seulement au triple de leur valeur, s'entassent les produits les plus divers de l'industrie européenne.

Une pittoresque animation y règne du matin au soir, sauf à l'heure inviolable de la sieste.

— Barra ! Darek! Darek ! Gare ! Gare !

Et, tiraillés, battus, bousculés les chameaux nourris aux tourteaux de marc d'olives, — les plus forts de Tunisie, — -y naviguent à travers une foule bariolée et glapissante d'Arabes, de Francs et de Juifs... Leur tête, leurs aines, leurs aisselles sont souvent horriblement maculées d'une couche de goudron qui doit leur faire une armure contre l'aiguillon des œstres; leurs flancs sont labourés d'arabesques cicatricielles. Quand leur maître a besoin de s'en faire un bout de corde, il leur coupe, n'importe où, une touffe de poils et leur pelage est largement moucheté de vides qui y font comme des plaques de gale.

Avec la gravité burlesque de masques qui se prendraient au sérieux, des hommes de la campagne, la matraque à la main, y promènent de longues chemises trouées comme des drapeaux au retour de la bataille, des burnous héréditaires et dont les coins noués ensemble sont relevés par un mouchoir de couleur passé dans la ceinture, de prodigieux couvre-chefs qui ballottent sur leur dos. Véritables enseignes de chapeliers que ces coiffures exorbitantes, avec leur énorme calotte cylindrique, avec leurs vastes ailes soutenues par des balancines et doublées d'étoffe rouge ou d'appliques de drap ou de cuir !

— ■ Al barbouch! Al barbouch ! crie, à pleine gorge, un marchand d'escargots qui aiguillonne jusqu'au sang une bourrique pelée.

Pourquoi les naseaux de ce quadrupède sont-ils ouverts sur toute leur longueur ? Pour empêcher le pauvre rossignol d'Arcadie

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de chanter ses joies et ses amours '.' Il n'en braie pas moins. Pour faciliter sa respiration? Peut-être. L'Arabe a, d'ailleurs, pour les animaux, la cruauté facile et comme inconsciente des enfants. Les baudets à narines et à oreilles fendues, les moulons à queue coupée, les chats et les chiens essorillés pullulent autour de lui. Et si on lui demande pourquoi il a détérioré ainsi ces créatures domestiques :

— Nous souffrons bien, nous! répond-il. Tu veux qu'elles soient plus heureuses que leurs maîtres ?

Arrivés du désert, des bandits inoffensifs portent en bandoulière un long et mince fusil dont la crosse maigre est raccommodée avec de la ficelle, au cou un vieux sabre dont la poignée et le fourreau de bois sont fourrés de chiffons, à la ceinture un pistolet rouillé et un poignard en faucille, — tout un fourniment de bachibouzouk.

Des Maures en djoubba rouge, rayée de jaune, bordée et brodée de soie améthyste ouémeraude, lèvent fièrement leur front bombé sur lequel s'évase largement un turban à la couleur du prophète... Portée par des muphtis ou par de vulgaires marchands, par d'humbles portefaix ou par d'orgueilleux fonctionnaires, la coiffure verte foisonne par ici. Tous les Sfakiotes sont donc des chorfa, — des descendants de Mahomet? Allah, non! Mais le pèlerinage de la Mecque confère aux Jiadjis, — à ceux qui l'ont accompli. — le droit d'arborer cette distinction et de la transmettre à leurs héritiers... Les croyants de Sfax font, paraît-il, volontiers ce pieux et cholérique voyage.

— El ma ! El ma ! A l'eau ! A l'eau ! hurlent les guerbadjis, — les Auvergnats du cru.

Et, affublés de leur carapace de cuir, ils s'en vont tout en avant, poussés parle poids des deux grandes amphores dont sont chargées leurs omoplates ou ployant sous le faix d'outrés qui, la panse fluctuante et les poils ruisselants, ressemblent à des bêtes noyées.

Et dans ce monde, en même temps solennel et drolatique, magistral et bouffon, courent, comme des rats dégoûts, des chacheras — des gamins, — jolis comme des tilles. Emmêlé dans les lils

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