CHAPITRE II
LA PRÉSENCE DES DÉBRIS D'ÉTOFFE SUR LA FACE AVANT DES PROJECTILES LEUR DISPOSITION THÉORIQUE
En présence de ces données PIÉDELIÈVRE à repris récemment cette question, eta voulu se rendre compte expérimentalement de la disposition exacte prise par des étofies traversées par un projectile d’arme à feu.
Il a effectué une série d'expériences qui lui ont permis d'aboutir à des résultats précis. En voici quelquesunes :
Première expérience
Se servant d'une carabine de 6 mi. tirant des balles en plomb, type « Bosquette », il divise ses balles en deux groupes, les unes conservant leur forme initiale, coniques et très pointues, les autres ayant été coupées, leur extrémité antérieure étant constituée par une surface plate et circulaire de 6 mm. de diamètre.
La cible était constituée par une plaque de fonte sur la-
quelle il appliquait directement une lame de caoutchouc enduite de colle visqueuse.
En avant de cette cible un morceau de drap vert était = tendu sur un châssis déplaçable facilement, en l'éloignant ou en le rapprochant de lacible.
“Des coups de feu étaient tirés à travers l'étoffe, l'extrémité du canon étant éloignée de 3 à 50 em Le
Une première série de coups de feu était tirée avec des balles coniques ; on remarquait que des débris poussiéreux + et de petits filaments de drap vert étaient collés sur la lame . os de caoutchouc à condition que le drap ne soit paséloigné de | Ja cible de plus de IS centimètres, Au- dessus decette distance on n'en trouvait plus.
Une autre série de coups de feu futtirée avec des balles plates ; ; on trouvait collés à la lame de caoutchouc de petits morceaux de drap découpés, véritables PEU confettis d' étofte
de 6 millimètres de diamètre environ. : :
En écartant progressivement l'étolfe de la cible, certains coups entrainaient les morceaux d'étoffe à une distance su- : périeure à { mètre. Mais ils se collaient difficilement, et en écartant progressivement l'étoffe de la cible, certains coups “entrainaient ces morceaux d'étoffe à une distance supérieure à { mètre.
En note encore l'étoffe de la cible, on les retrouvait par terre à des distances variables du canon de l'arme, avec un maximum de À m. 88 dans un cas.
= En refaisant ces mêmes expériences mais en tirant à tra- vers l'étoffe de plus loin (3 à # mètres), il avait observé des
(ge LUE
phénomènes sensiblement analogues. = Re. > #$: nu == Æ \ ES PL PiÉDELIÈVRE a pensé devant ces résultats que si ee une balle pointue écarte, déchiquelte, pulvérise même , Les fibres du drap et les entraine à peu de distance, au ‘3
contraire une balle dont l'extrémité antérieure est
___ aplatie, découpe réellement le drap à L'EMPORTE-PIÈCE,
S'EN COIFFE ET L'EMPORTE à distance, le morceau d’étoffe étant ‘plaqué à la face antérieure par la pression due à la résistance de l’air.
Celle-ci est en effet, importante, et l'on peut estimer que pour des balles de 6 millimètres pla tes au moment où Le vitesse de er est 1 100 m. à la i seconde, fe
de grammes (1). On ne que le morceau ü d'étofle | L soit, dit-il, appliqué, maintenu et transporté pendant un assez long trajet par la balle. 4
(1, La résistance à l'avancement d’un projectile cylindrique en kilo- 2 grammes par centimètre carré peut se calculer par la formule suivante:
R = ppm à 0 (0 SEE A : le poids d’un mètre cube. d’ air en kilo Ai kg:293> «4 Er v la vitesse du projectile en mètres par secondes. d f {v) : coefficient qui varie avec la vitesse et dont les valeurs sont les e
suivantes :
Vitesse initiale
etc: etc.
IL importerait d'apprécier encore un coefficient I, coeficient de réduc tion, d'autant plus faible que le projectible est pointu. En se servant de projectile à l'extrémité antérieure plate ce coefficient devient égal à 4.
On obtient ainsi la résistance à l'avancement c’est-à-dire la somme de la pression sur la face avant, de la dépression sur la face arrière, ‘du È frottement sur les parties latérales. D
La mesure de la pression à l’avant du projectile n’a jamais été faite de façon précise. Il semble qu’on puisse admettre qu'elle est le 4/6 ou le 5/6 de la résistance à l'avancement. >
Press Deuxième expérience
Dans des conditions identiques, se servant de balles à extrémité antérieure plate, il a tiré à travers un morceau de
Fig. 1. (Pr'ÉDELIÈVRE).
I — Deux balles de plomb nu, rondes, de 9 mm. A gauche la balle extraite de la paraffine sans le morceau de toile entrainé. À droité, même balle, mais le morceau de toile entrainé est resté If. — Deux balles de plomb nu, plates de 6 mm. A gauche la balle =: extraite de la paraffine sans les morceaux de toile entraînés A droite même balle mais les morceaux entrainés sont restés. Au contact du plomb l’étoffe bleue ; sur celle-ci l’étoffe blanche : superficiellement un fragment d’étofle rouge. ; Al. — Dans ce cas les étolfes avaient été traversées dans l’ordre, rouge, blanche, bleu. A gauche le morceau de paraffine constituant le fond du trajet. A droite la balle de 6 mm. plate. On y voit la disposition e des étoftes qui s’étagent de la balle à la parafline.
toile fine, la cible étant constituée par des plaques de parafs + fine, de 3 centimètres d'épaisseur. L'étoffe était à 1 ou 2 cen- 2 timètres de la plaque ou simplement appliquée sur elle. |
Log =
En coupant la paraffine il découvritles balles intactes avec, devant elles, presque incrusté dans le plomb, le petit morceau circulaire d'étoffe. Ceci montrait de la façon la plus nette la position respective de l'étoffe et de la balle.
La toile étant éloignée de la paraîfine, la plupart du temps la balle fut retrouvée seule. Le confetti detoile l'ayant quitté vraisemblablement au moment du contaet avec la plaque de paraîffine.
D'autres expériences furent faites dans les mêmes conditions, mais au lieu d’un morceau de toile il disposa trois morceaux de toilé bleu, blanc, rouge. [ls furent retrouvés dans la paraîfine en avant de la balle. DANS L'ORDRE DANS LEQUEL LES ETOFFES AVAIENT ÉTÉ TRAVERSÉES (fig. 1°.
En les disposant en sens inverse c'est le morceau rouge qui était au contact de la balle.
En remplaçant un des morceaux de toile par du drap, il obtint des résultats analogues, à savoir que la première éloffe traversée était en contact direct avec le projectile, alors que les autres s'étageaient successivement sur lui.
I remarqua également que le trajet dans la paraffine était imprégné de débris poussiéreux provenant de l’étoffe la plus éloignée de la balle,lorsque les étoffes étaient du même tissu.
PIÉDELIÈVRE pense qu'il faut peut être voir dans celle disposition respective des étoffes successivement traversées, une des explications du phénomène qu'avait remarqué BROCARD:
En tirant en effet à travers deux étoftes SUCCESSIVES, drap et toile, le drap était trouvé par lui plus profondément que la toile ; ceci n’est peut-être pas dû uniquement à la nature de l’étoffe, mais aussi à sa position par
“rapport à la balle ; le premier morceau emmené (drap) est en contact direct avec elle et tient plus solidement que le deuxième morceau (toile).
ie
I apparaît donc d’après ces différentes recherches que les balles à face antérieure plate, chargent sur cette face les morceaux d’étoffe qu’elles traversent. Ceux-ci
Fig. 2. (PiÉDELIÈVRE),
Schéma montrant la position respective de trois morceaux d’éloffe découpés par une balle plate qui traverse trois étoffes accolécs.
B : la balle :
E les trois étofies, 1, 2, 3 La grande flèche indique le sens de translation du projectile ; les petites flèches indiquent la pression due à la résistance de l'air.
conservent sur le projectile leur disposition respective (les morceaux de la première étoffe traversée étant en contact avec le projectile et les autres s’étageant sur
elle), (fig. 2).
HO
Nous avons voulu nous rendre compte de ce mécasnisme en refaisant des expériences du même ordre avec des étoffes différentes, et voir si ces données schématiques pourraient subir des variations avec les divers tissus.
Première série d'expériences
Tir avec une carabine Flobert, balle « Bosquette », dont l'extrémité antérieure ayant été sectionnée est plate, d'un diamètre de 6 millimètres.
Tir à Om.50 d'une étoffe tendue ; la cible est à 2m.50. Entre elle et l'étoffe on dispose sur le sol du papier gris, de sorte que les fragments d'étoffe découpés ou arrachés seront trouvés sur lui, alors que la balle seule aura pénétré dans la cible.
PREMIÈRE EXPÉRIENCE : Etoffes de laine.
ler Cas : l'étoffe tendue est un lainage beige souple ; trois coups de feu sont tirés et des confettis d'étoffe nettement découpés sont trouvés à ! m. 40, à {m.20, 1m.60.
2e Cas : avec du drap fantaisie nous trouvons des confettis à 1m.30, 2m., 1m. 50.
3° Cas : avec une serge bleue nous trouvons un confetti à Lim. 25; puis des confettis plus nets à 1 m,10 et 1 m. 20.
4e Cas : avec ur'e flanelle de laine, nous trouvons des confettis à 2 m., fm 95, et de petits débris plucheux tout le long du trajet.
DEUXIÈME EXPÉRIENCE : Etoffes de soie.
1er Cas : avec une soie blanche très fine les divers tirs ne donnent sur le parcours que de petits filaments très ténus.
2e Cas : avec un satin épais, nous trouvons des filaments effilochés à 0 m.30, 0 m. 50, 0 m.40.
so À Bioffe à de toile.
SE Cas : avec une toile de coton, nous Lrouvons des confet- EM: 0 m.60, 0 m.40.
re avec une batiste, nous trouvons des < contetis à Ab m.60, et Paie des JENTEURE à O m. 40.
à ! m. 60, des . et des débris à 0 m.50 et
IL semble donc que, tandis qu'avec des étoftes de
ine épaisse la balle {transporte à une distance assez
porte-pièce, avec des tissus plus fins tels que certaines toiles, ce phénomène est moins net, et on ne issus ; dans certains cas cependant nous avons trouvé des morceaux d’étoffe bien découpés.
Enfin avec les soies il n’y a pas formation de confet-
ie mais un effilochage du tissu traversé ; on ne trouve
plus sur Île parcours que des débris pelucheux très
Ces faits d’ailleurs avaient élé éludiés par LOCHTE, qui a montré que la forme de la perforation des étoffes épendait de nombreux facteurs parmi lesquels il cile la texture du tissu, Sa consistance, ele... Avec des éloffes = élastiques les trous sont d’ après lui plus petits. Ence qui concerne Ja texture, il a remarqué qu'une balle de revolver produisait sur des tissus de soie de vastes déchirures, alors que dans une étoffe de laine il
se produisait des trous circulaires. La manière dont une étoffe de laine est perforée ou arrachée dépend aussi, dit-il, du volume respectif de sa trame et de sa chaîne. Lorsqu’elles sont constituées par des fibres semblables, l’orifice est relativement symétrique ; l’étofte se découpe à l’emporte-pièce. Lorsque la trame est faite de fils plus petits que la chaîne, ou inversement, ieur résistance est différente, et certaines se rompent alors que d’autres résistent.
Nous avons pu le vérifier dans nos expériences, Spécialement avec de la moire.
Ceci d’ailleurs ne modifie pas le principe que nous annonçions antérieurement à savoir que les débris d’étoffe qu'ils forment, un confetti, un gâteau (DELORME), ou qu'ils soient constitués simplement par quelques fibrilles, s'appliquent à la face antérieure du projectile; en effet en tirant à travers ces éloffes appliquées sur des blocs de paraffine nous avons trouvé des particules plus ou moins volumineuses et régulières coincées dans le fond du trajet entre la balle et cette paraffine.
Peuxième série d’expériences
Dans des conditions identiques à celles de la première série d'expériences, nous avons tiré à une distance de 1 mètre sur du satin épais, sur de la moire, puis sur de la soie fine (mêmes élofles que précédemment), mais les étoffes étaient directement appliquées sur un bloc de paraffine.
Nous découvrons dans tous les cas un fragment d’étofte plus ou moins circulaire, nettement découpé, incrusté, devant la balle dans le bloc de paraffine.
Les étofles de soie simplement tendues dans notre pre-
ï que ces étoites sont dore sur un ie on obtient,
£ comme pour celles qui se perforent mieux, de véritables
| Morceaux nettement découpés. ï
Des expériences du même ordre faites en traversant deux
, étoffes appliquées sur la paraffine donnent des résultats £ identiques.
L'or.
Troisième série d’expériences
B= Dans les ris conditions nous irons sur deux étoffes 3 de tissus différents appliquées sur un bloc de paraffine AT Cas : Drap beige puis soie : le drap est traversé le premier, la soie la seconde ; celle-ci est appliquée sur le fond du trajet dans la paraffine. Le drap est au contact de la balle. 2 Cas : Soie, puis drap beige. | 3° Cas : Drap beige, puis moire.
Cas : Moire, puis drap.
Nous trouvons toujours des confettis provenant des deux étoffes perforées en avant de la balle, dans l'ordre suivant lequel elles ont été traversées (La première étoffe atteinte par le projectile étant en contact avec lui. Comme précédemment le support joue un rôle puis qu'avec des étoftes de soie très fines, nous avons trouvé des confottis. Nous notons également dans le trajet de fins débris appar- lenant à l'étoffe la plus superficielle par rapport à la balle, D: c'est-à dire à celle qui était en contact avec le bloc de parat- | = Cine.