‹ DeburauChapitre 13 sur 27 · FRERE · texte numérisé non relu

FRERE

DEBURAU Ne dis pas non, Puisque la chose est impossible... hein, dis, réponds... Va, réponds-moi... | Qu'est-ce que ça te fait?

Si je te demandais de vivre tout à fait Avecque moi, Tu dirais. quoi ?

MARIE DUPLEÆESSIS Jétdirais., je dirais:

DEBURAU Puisque c’est impossible, allons, va, réponds « oui ».

MARÉES DUPIESSTS Mais oui, je réponds « oui ».

DEBURAU Vraiment ?

Sincèrement ?

MER FEPDUPIEESSTS" Mais oui, sincèrement.

DEBURAU Oh! Mon Dieu, que c’est bon!

Ce serait inouï | On vivrait tous les deux... l’un pour l’autre... à jamais ! Merci de n’avoir pas dit « non ».

Quand je t’ai dans mes bras, Comme ça, Il me semble...

Il me semble déjà que nous vivons ensemble !

MARIE DUPLESSIS

Allons ! Allons !.… C’est très mauvais De faire d’aussi beaux projets, Mon grand Pierrot chéri.

Non, ce n’est pas mauvais, Car enfin, quoi — sait-on jamais Ce qui, dame, est écrit ?

(I] hésite de. nouveau, puis :) Ma foi, tant pis, Fais-la venir !

Je veux savoir Si dans ma main elle peut voir Quelque chose de lavenir.

MA RPESD LU IPIPESSTS Oh! Oui, oui, oui. Hé, Madame Rabouin |!

LA VOIX DE MADAME RABOUIN Voilà.

MARIE DUPLESSIS Venez, je vous prie. Où êtes-vous P

MADAME RABOUIN paraissant Je suis là.

MARAESD UP IESSES Bonjour.

MADAME RABOUIN Bonjour. Bonjour, monsieur.

DEBURAU Bonjour, madame.

NEXMREES D DPIEÉESSTS Je vous présente. mon ami — qui vous réclame.

DEBURAU Je sais que vous lisez couramment dans la main.

MADAME RABOUIN Comme en un livre ouvert.

DEBURAU Eh ! Bien, Feuilletez-moi, madame — et veuillez donc me dire Ce que vous voyez dans ma main.

MADAME RABOUIN Avec plaisir.

Asseyez-vous. Montrez.

Je vous écoute.

MADAME RABOUIN Ho! Ho!

DEBURAU Ha! Hal. C'est vrai?

MADAME RABOUIN

La vérité ne vous effraie Pas trop?

DEBURAU Si MADAME RABOUIN

Je vais pourtant...

D'EPB'URAU Non.

MADAME RABOUIN J'aime mieux, n'est-ce pas.

D'EBURAU Oui — hé! bien, moi, j’aime mieux pas!

Je vais vous dire.

Non !. Non, vraiment, dans ce cas, Je ne veux pas savoir.

MADAME RABOUIN Je vois dans votre main...

DEBURAU Ca m'est égal, bonsoir !

Je vous en prie — oh! non, ne parlez pas!

MARDESDUPEESSIEES Ecoute-la.… pourquoi ?

… Bonsoir.

DEBURAU Non! Non! C’est inutile.

Je ne veux pas savoir. Je ne veux rien savoir. Qu'on me laisse tranquille.

Vous avez fait : « Ho! Ho!» ça va, je suis fixé.

Mais vous avez... :

J'en ai assez.

Les ennuis, les chagrins, arrivent assez vite !

MADAME RABOUIN Mais on peut éviter.

Eh ! Bien, je vous évite |

MADAME RABOUIN Mais vous n’évitez rien, monsieur, en m'évitant. Qu'est-ce que vous gagnez ?

DEBURAU Je gagne un peu de temps.

MADAME RABOUIN Si vous devez souffrir un jour...

C’est mon affaire.

J'ai déjà tant souffert !

Oui, mais. sachant la vérité, Vous pouvez éviter De faire une bêtise.

DEBURAU Tant pis! La vérité, Je ne veux pas qu’on me la dise.

MADAME RABOUIN Quoi, vous fermez les yeux ?

D'EBURAU Oui, volontairement.

MADAME RABOUIN D'un immense chagrin vous êtes menacé...

DEBURAU Assez | Je vous en prie — assez!

Dis-lui qu’elle se taise ou ça va se gâter.

Vraiment,

Elle est insupportable.

MADAME RABOUIN Dans votre main il est écrit, - Mais il n’est pas inévitable.

D'EBURAU Assez, vous m’ennuyez, Enfin, est-ce compris ?

Pourtant.

DEBURAU Je ne veux pas que vous continuiez.

MADAME RABOUIN

On peut si bien soi-même arrondir plus d’un angle. Vous pouvez prévenir.

DEBURAU Eh! Bien, Je te préviens Que si tu dis encor un mot, moi, je t’étrangle! Je ne veux pas qu’on touche à mon bonheur, c’est clair.

MADAME RABOUIN Il me tutoie ! ;

MARIE -DUPLESSIS Allons ! Allons ! Pas de cojlère |!

DEBURAU Ah ! Oui, prends garde à toi, Vieil oiseau de malheur sinistre et malfaisant | Moi je n’ai pas besoin, Vieille mère Rabouïin, De regarder ta main Pour te parler de ton présent, Et pour te prédire Ton avenir. - Et quand à ton passé, vois-tu, je Je devine Peut-être davantage.

Il est écrit dans les ravines De ton visage !

A Marie Elle est de très mauvais augure | A Madame Rabouin Hein ?

Je lis bien Dans les lignes de la figure | Nos malheurs, tu les imagines.

Aujourd’hui, sois-en pour tes frais.

Tu n’as pas travaillé les sciences occultes, Ce n’est pas vrai!

Et tu prédis aux malheureux qui te consultent Non pas leur avenir... mais ton passé — le tien | Eh! Bien, À ta place, moi, j'aurais honte | Car ce sont tes chagrins à toi que tu racontes, Ce sont les tiens que tu prédis dans tes discours, Ce ne sont pas les nôtres.

Toi, tu n’as pas connu l’amour Et tu te venges sur les autres !

Je ne vois rien, madame, à vous dire de plus Pour une première entrevue.

A Marie À ce soir, mon amout !

(17 envoie un baiser à sa maftresse et, après avoir salué Madame Rabouin, il disparaît.)

Très gentil, ce monsieur... tout à fait sympathique.

MARIE DUPLESSIS Il est très impulsif... très nerveux... très.

. MADAME RABOUIN Charmant | Charmant ! Charmant ! Charmant !.. Sa fin sera tragique, Hélas ! :

MÉÉRRESDEOPLESSTS Comment tragique ?

MADAME RABOUIN Oh ! Oui, certainement.

Pauvre garçon — enfin! Ne parlons pas de lui. Car c’est pour vous plutôt que je viens aujourd’hui. MARIE: DUPLESSIS

Vous avez à me dire?

MADAME RABOUIN Une chose... très bien.

Mais je dois commencer par le commencement, Et le commencement n’est pas très agréable.

MARIE DUPLESSIS Allez! Allez! Ça ne fait rien.

MADAME RABOUIN Puis-je parler très franchement ?

Puis-je être impitoyable ?

Parlez, parlez.

Je vous en prie.

MADAME RABOUIN

Vous ne m'en voudrez pas si je vous contrarie ?

MARIE D'UPEESSIS Non, non, du tout — allez.

MADAME RABOUIN C’est dans votre intérêt que je vais vous parler. Ma chère enfant, Vous vous faites beaucoup de tort en ce moment. Quel que soit le penchant que l’on ait pour un homme. Il faut être prudent et faire attention.

Et l’on peut prendre en somme Quelques précautions Sans trop diminuer le plaisir que lon a.

MARIE DUPLESSIS Oui, mais si vous saviez... non, vous ne savez pas. Vous le jugez rapidement Et sur un mouvement De colère Qu'il regrette déjà sans doute d’avoir eu.

Sous un très mauvais jout il vous est apparu. Mais ne soyez pas trop sévère.

Ce qu’il vous a montré n’est pas son caractère Et, généralement, Céstrut) étre

Mais oui — je sais qu’il est l’amant Le plus exquis, Et que son cœur vous est acquis.

Je sais également qu’il a su vous comprendre. Je sais qu’il possède le don

De pouvoir exprimer les choses les plus tendres À sa façon à lui.

MARIE DUPLESSIS Vous le connaissez donc ?

MADAME RABOUIN Mais oui, voyons, mais oui.

Oui, car cet homme-là.. c’est l’homme, quand on aime. Il est toujours le même!

MARTE-DUPLESSIS Oh! Non, vous vous trompez.

Vous croyez qu’aveuglé par l’amour qu’il éprouve Mon cœur discerne mal?

Vous croyez que cet homme est un homme banal Et qu’il n’a pas, en vérité, Les qualités Que je lui trouve ?

Eh ! Bien, vous vous trompez l.. Mais si.

MADAME RABOUIN Je ne crois pas.

MARIE DUPLESSIS Mais si, vous vous trompez.… car je ne l’aime pas.

MADAME RABOUIN Quoi... vous ne l’aimez pas ?

Non, je ne l’aime plus.

Non — c’est fini.

MADAME RABOUIN

Comment ?

MARIE DUPLESSTS Un soir, il m'avait plu!

Un soir que j'étais seule au théâtre, là-bas. Il m'avait enthousiasmée, J'étais dans le ravissement Et je croyais sincèrement Que c'était. pour toujours.

MADAME RABOUIN

Et vous l’avez aimé ?

NAIRT END PIEESSTS Ah! Folletent.….

Pendant deux jours !

MADAME RABOUIN Vous n'êtes pas sincère — et vous l’aimez encor.

MARIE DUPLESSIS Mais puisque je vous dis que non.

MMors- alors Il ne me semble pas qu’il soit bien nécessaire

De le garder toutes les nuits Comme vous l’avez fait la semaine dernière.

MARIE DUPLESSIS Evidemment. Que voulez-vous. il y a lui.

C’est un être si doux, si franc, qui s’abandonne Avec un tel bonheur au plaisir qu’on lui donne. Il croit tant que je l’aime, Que je ne voudrais pas le détromper moi-même.

EX E 1" 0 D) $ VER al

Je sais bien que j’ai tort,

Mais quoï.. je ne peux pas lui dire: « C’est assez ! » Faut-il qu’il soit charmant, vous qui me connaissez, Pour que, ne l’aimant plus, je le conserve encor ! Et puis,

Je peux vraiment faire pour lui,

Pour son plaisir et pour sa joie,

Ce que j’ai fait parfois

Pour d’autres que Lee lui,

Lorsque c'était

Mon intérêt.

On peut ne pas toujours servir son intérêt.

J'ai déjà fait souffrir tant de gens, voyez-vous !

MADAME RABOUIN Vous voulez épargner celui-là ?

MARIE DUPLESSIS Je l'avoue.

MADAME RABOUIN Il souffrira quand même.

MARIE: DUPLESSIS Je voudrais qu’il cessât de m’aimer de lui-même.

MADAME RABOUIN Vous perdéz votre temps.

MARIE DUPLESSIS

Mon temps |... Songez que je n’ai pas vingt ans! Et puis, si ça me fait plaisir De lui faire plaisir quand même.

IOI

Je dois savoir si bien dire aux hommes : « Je taime! » Et déjà si souvent sans le penser jamais

Hélas ! j’ai dû le dire.

Il m'en coûte si peu, voyez-vous, de mentir.

Je mens

Aussi facilement

Que je plais.

Et je lui plais, s’il faut l’en croire, éperdument.

Vous ne comptfenez pas,

N'est-ce pas ?

MADAME RABOUIN AN

Je comprends toujours mal ce qui n’est pas sérieux.

MARIE DUPEESSIS

Si vous le connaissiez, vous comprendriez mieux.

MADAME RABOUIN Déjà vous m’étonnez en étant si peu sage, Mais il m'étonne, lui, peut-être davantage.

Il est riche ?

MARIE DUPLESSIS Oh! Du tout — le pauvre homme, il n’a rien.

(Elle y pense — et elle ajoute :) DS

C’est ce qu’il a de bien!

MADAME RABOUIN

Ah! Vraiment? Maïs alors, comment s’explique-t-il, “Ce luxe éblouissant dans lequel vous vivez ?

MARIE DUPLESSTS H ne lexplique pas — sans doute il croit rêver.

MADAME RABOUIN

Il est si peu subtil ?

Voyons, voyons, voyons, ce n’est pas un enfant.

MARIE DUPLESSIS Presque.

MADAME RABOUIN Vous le vantez !

PPARIESDUPLESSES Mais non, je le défends.

MADAME RABOUIN

Enfin !.… Je vous avoue

Que si j'avais pensé que ce fût à ce point,

Je ne me serais certes point

Permis

De dire à l’un de mes amis

Qu'il pouvait aujourd’hui se présenter chez vous.

MARIE DUPLESSIS Se présenter ?.. Qui ça?

C’est un jeune homme que vous ne connaissez pas.

MARIE -DUPLESSTS Un jeune homme... qui doit venir ?

MADAME RABOUIN Il est peut-être déjà là.

MARIE DUPLESSIS Comment, vous avez dit. et sans me prévenir.

- MADAME RABOUIN

Jénarien dite ur

C’est lui qui m’a dit de vous dire

Qu'il allait venir aujourd’hui.

Mais rien ne vous oblige à le laisser entrer.

Si vous ne voulez pas le voir —

Oh ! la chose est bien simple, en somme —

Vous n’avez qu’à ne pas le recevoir.

Vous ferez ce que vous voudrez.

Je vous dis seulement que c’est un tout jeune homme... Presque aussi distingué qu’il est joli garçon.

Mince. très élégant. de très bonnes façons.

Follement amoureux de vous depuis un mois.

Il ne l’a jamais dit à personne qu’à moi —

Mais il m'a dit à moi qu’il était fou de vous...

Qu'il voulait vous connaître. à tout prix — voilà tout. Si vous ne voulez pas. tant pis !.. Ce n’est pas grave. Mais, franchement, je vous l’avoue,

Je ne vous voyais pas dans un rôle d’esclave.

Esclave du plaisir que l’on donne... pas vous!

MARIE DUPLESSIS Il. est. brun?

MADAME RABOUIN

Oui, plutôt. Ah! Ce n’est pas un mime...

Et ce n’est pas non plus un fou,

5; DEBURAU Certainement.

Il ne vit pas, lui, dans la lune, Seulement.

Seulement il veut mettre à vos pieds sa fortune Et songez qu'après tout

Ce n’est pas un grand crime.

Il vous à vue. il vous adore...

Alors.

Voilà.

Ah!

Et c’est si rare, en somme,

De pouvoir trouver la fortune et la beauté

Chez le même homme !

Vous n’avez rien à faire aujourd’hui? Non? Eh! Bien, Voyez-le — pour le voir. Quoi, ça ne coûte rien. Faites ça, croyez-moi — vous serez très contente. Et, voyons, ce serait folie, en vérité,

Quand une occasion si rare se présente...

De ne pas la laisser au moins se présenter !

Qu'est-ce qui vous chiffonne et vous fait hésiter ? Je vous dis qu’il est riche.

MARIE: DIUPLESSIS

Eh! Bien, oui, justement, N’insistez donc pas trop sur cette qualité |

MADAME RABOUIN

Je puis y renoncer d’autant plus aisément Que je l’ai presque probablement inventée.

N'en faites pas état. C’est une calomnie.

J'ai, voyez-vous, cette manie

De prendre mes désirs pour des réalités.

Et, très sincèrement, Je ne me souviens pas qu’il m'en ait dit un mot. Et sachez seulement — Ca, j'en suis sûre — qu’il est beau.

(Un coup de sonnette.)

On a sonné. Quelle heure est-il ?

MARIE DUPLESSIS

Il est...

MADAME RABOUIN Le quart.

Un quart d’heure avant l’heure, alors, c’est lui — je pars!

MARIE DUPLESSIS Oh! Non, ne partez pas.

MADAME RABOUIN Ça vaut mieux. À demain.

(Elle s'éloigne.)

MARTESDUPIMESSTS À demain.

MADAME RABOUIN

revenant Sur Ses pas Un instant, s’il vous plaît — montrez-moi votre main. (Marie lui tend sa main.) Merveilleux !.. Allez-y — merveilleux! A demain.

(La femme de chambre est entrée et elle présente à Marie une carte Sur un plateau. Marie montre cette carte ce

SCSI

MARIE DUPLESSIS C’est lui ?

MADAME RABOUIN C’est lui. Tenez... on peut le voir d’ici.

(Elle a soulevé la portière qui sépare le boudoir de la galerie.)

MARTE DUPÉESSIS regardant C’est vrai qu’il est charmant.

(A la femme de chambre.) Faites entrer.

(A Madame Rabouin.) Merci.

(Madame Rabouin et la femme de chambre sont sorties l’une à droite, l'autre à gauche. Marie reste seule en scène pendant un instant, puis la portière se soulève ef un jeune bomme paraît au fond. Is se regardent tous deux pendant : quelques secondes, puis comme une flèche il traverse le théâtre et vient se jeter aux pieds de Marie qui s’est assise.)

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