‹ DeburauChapitre 21 sur 27 · AIN · texte numérisé non relu

AIN

L’'ABOYEUR

Mais on l’emboîte.

MONSIEUR BERTRAND Ecoute ça !

CLABOYEUR Sacré Bon Dieu !

Pourquoi l’emboîte-t-on ?

MONSIEUR BERTRAND

Parce qu’il est trop vieux | (Deburau lentement s’est approché de la rampe cf, sur un geste de supplication qu'il lui a adressé, le public a fait silence. On entend des spectateurs qui disent encore :

— Il va parler !

— Silence!

— On va l’entendre parler |

— Oh! Quelle chance!

— C’est la première fois qu’il parle sur la scène ! — Je le croyais muet!

— Silence!

ABOYEUR Comme il doit avoir de la peine!

(Deburan owre la bouche — mais il lui est impossible de prononcer un seul mot. I] explique alors par gestes au public qw'il est malade, qu'il ne peut plus jouer, gw'il a paru en scène pour la dernière fois. I] lui fait ses excuses, et 11 lui fait ses adieux. Un silence absolu règne alors dans la salle. Deburau laisse couler les larmes qui lui montent aux yeux, puis il fait un dernier geste, c’est un baiser qu’il envoie, un baiser triste et lent, et le rideau tombe. Les spectateurs se lèvent sans prononcer un mot et la salle se vide sans bruit.)

(Paraît alors Laurent, venant des coulisses.)

MONSIEUR BERTRAND Eh ! Bien, mon ami, quel désastre !

LAURENT Oh! C’est navrant.

Pauvre bonhomme, il est effondré dans sa loge. Il pleure... c’est affreux !

MONSIEUR BERTRAND Tu le plains, toi, Laurent ?

Il ne reste plus qu’à faire son éloge !

LPAUIRIEINEE Je le fais un peu tard, il est vrai, mon ami.

C’est que, vois-tu,

Quand on est glorieux, qu'importe un ennemi.

Un ennemi de plus,

C’est fort peu, je suppose,

Quand ils sont déjà si nombreux !

Mais un ami nouveau quand on est malheureux, Je crois que, ça, c’est autre chose.

MONSIEUR BERTRAND Mais sûrement, mon cher, et je te félicite.

(S’adressant à l’aboyeur qui vient d'entrer.)

L’afiche, s’il te plait.

ÉABOVEUR Bien, patron, tout de suite.

(L”’aboyeur sort.)

L’as-tu pris dans tes bras ?

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