‹ DeburauChapitre 24 sur 27 · MÉNARD · texte numérisé non relu

MÉNARD

.- . Le fil s’était cassé.

Le fil s'était cassé. de lui-même. (4 Robillurd.) Tu vois

Tu vois, mon horoscope, il n'avait pas menti.

MÉNARD | Ma foi, je ne sais trop ni comment ni pourquoi... DEBURAU Laisse, ne cherche pas — moi j'étais averti

Qu'il devrait un jour se casset.

Or, ce soir, il m’a dit : « Assez ! »

Vous n'avez entendu, je pense, aucune plainte Et le mieux que j’ai pu j’ai caché mon émoi, Mais lorsque ce rideau léger de toile peinte Est descendu ce soir entre la salle et moi,

Il m'a semblé si lourd,

Il avait un tel poids,

Que j'ai bien compris que c'était pour toujours Et qu’il est descendu pour la dernière fois.

Il est tombé comme un couteau de guillotine !

Pauvre rideau fané que je trouve joli, Tu sers de couverture au livre de ma vie.

C’est le dernier feuillet d’un livre qu’on termine,

Et le livre achevé s’est refermé tout seul.

Pour un soldat, c’est un drapeau

Que l’on jette sur son cercueil.

Pour nous, c’est un grand voile noir.

On pourrait déroger à cette loi commune,

Et j'aimerais assez que l’on mît ce rideau

Sur mon cercueil, le soir

Où j'irai dans la lune!

Le rideau, s’il te plaît,

Pour un nouveau Pierrot qui débute ce soir !

Regardez bien. vous allez voir.

(Le rideau s’est levé comme ne enchantement.)

Oh! C’est parfait.

Il était descendu de lui-même pour moi,

D Mais toi,

Vois donc comme il t’accueille,

Ma parole, on dirait qu’il est monté tout seul ! Allons ! File! Sur scène ! Allez ! Dépêche-toi !

(L’enfant a escaladé les bancs et le piano qui le séparaient du théâtre. I] gesticule à présent sur scène.)

Oh! Comme il court l. Et qu’il est jeune ! Il est ravi! Oh ! Regardez-le, c’est charmant.

ROBILLARD Mais tu pleures — pourquoi ?

Parce que je l'envie.

Il va connaître tant de joies |

Fais ton entrée. Allons ! Vite. du côté cour. Entre en dansant. Non, non, tu couts.

Entre en dansant.

… Voilà... c’est ça! C’est ravissant,

Approche encor un peu.

Prends tout à fait ma place — elle est juste au milieu. Et maintenant, dis-moi bonjour,

Un grand bonjout.

Voilà... c’est ça... très bien!

LAURENT

Dis-lui comment tu fais pour exprimer la faim.

Ah! Oui. Dis que tu meurs de faim.

Non, c’est trop gros, fais-le plus fin.

Voilà, très bien.

ROBILLARD Et le remords d’avoir volé ?

DEBURAU Ah ! Oui, c’est vrai, mais ça, c’est un peu compliqué. Approche-toi... plus près. Je vais te l’expliquer. Lorsque tu veux...

(I parle bas à Poreille de son fils.)

MONSIEUR BERTRAND Psst !. Amédée !

Dis donc.

LAB OURS Patron ?

MONSIEUR BERTRAND Puisque la chose est décidée, Enfle ton boniment, n'est-ce pas de grands mots ! Et présente-le bien

Comme un nouveau Pierrot Qui doit détrôner.. les anciens.

L’'ABOYEUR Je peux parler du père aussi ?

MONSIEUR BERTRAND Pour quoi faire? Lui, c’est fini.

Occupons-nous donc du présent.

Si tu parles du‘père, alors, oui. parles-en Pour dire que son fils est aussi bien que lui. Et tu peux même aller plus loin:

Dis-leur qu’il le rappelle avec trente ans de moins. Dis-leur que le talent peut être héréditaire Et qu’il travaille avec son père Depuis déjà plus de deux ans.

Et trouve encor Un petit détail amusant, Tiens, par exemple, celui-ci.

Ne soit pas trop précis, Mais dis-leur que j’ai pu l’obtenir à prix d’or. Va vite.

Envoyez le rideau | Le cours est terminé. Vous pourrez commencer, messieurs, quand vous voudrez.

BOOBA D C’est très bien, mon vieux Deburau.

EYEBIUR AU Quoi donc ?

| ROBILLARD

Ce que tu viens de faire.

D’avoir donné tous tes moyens à ce petit.

: DEBURAU = C’est le devoir d’un père. z LAURENT è de Ça ne fait rien, mers C'est très bien D Dé lui avoir tout dit.

. Ge, JUSTINE è Oui, toi qu’on a connu jadis si réservé, rte C’est étonnant |

à | ROBILLARD Un autre aurait pu conserver Un D Plus d’un secret certainement |

| (L’aboyeur est sorti en emportant l’afiche.)

| LAURENT | Oui, c’est très bien, très bien de lui avoir tout dit.

4 ROBILLARD no D D C'est surprenant.

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