‹ DeburauChapitre 6 sur 27 · LA DAME · texte numérisé non relu

LA DAME

Oui, oui, certainement...

Mais malheureusement Tous vos amis aussi.

C’est vraiment merveilleux comme on écoute ici ! C’est assez déplaisant… Et ça me gêne pour parler.

Allons-nous-en.

DEBURÂÀÂU

Où voulez-vous aller ?

LA DAME Ailleurs, tout simplement.

DEBURAU Ailleurs ?

LA DAME Oui. Pourquoi pas ?

Rien n’est plus simple.

Assurément.

LA DAME J'ai ma voiture, en bas, Là... devant, qui m'attend.

DEBURAU Ben, oui... je sais bien, mais.

LA DAME Mais quoi? Vous avez peur ?

Oh! Non, madame, non. je n’ai certes pas peur. Mais je.

(IL fouille dans ses poches.)

LA DAME Vous cherchez l’heure ?

DEBURAU Non, non, du tout.

Mais tout à coup Je m'aperçois Qu'un petit médaillon. que j’ai toujours sur moi. Ah! Non... non, le voila... le voilà... je le tiens !.…. (17 a sorti de Pune de ses poches un petit médaillon.) Ah! C’est que, voyez-vous, j’y tiens.

J'y tiens bien plus qu’à la prunelle de mes yeux.

LA DAME C’est un portrait ? ,

DEBURAU Mais oui, madame.

Ce n’est pas qu’il soit précieux...

É * y Lex

S LE te

2 ais c’est le portrait de ma femme. ee = Regardez comme elle est jolie. | à a | LA DAME .

Elle est charmante. > Be. . DEBURAU | ne

. Très.

à ES sûr qu’elle vous Re

C’est une créature absolument plaisante.

Et je regrette infiniment

Qu elle ne soit pas là, vraiment !

“4} aurais voulu

Vous la faire connaître.

Enfin, je lui dirai que nous nous sommes vus, ä Le ces œillets. si vous voulez me le permettre, L Pr veux, de votre part, ce soir, les lui remettre.

Eu.

De | LA DAME Quels œillets ?

+ : DEBURAU … Vos œillets ! der se LA DAME œillets ?

| Comment. ce n’est pas vous ? | AA AME | Mais non, monsieur, du tout.

D EBURAU

PAMDANLE Ne nous excusez pas. Mes hommages chez vous !

DEBURAU Merci, madame. adieu. je n’y manquerai pas.

(Elle disparaît si rapidement qu'il a à peine le temps de

Paccompagner jusqu’ à la porte.) ®

CLARA Comment... elle s’en va?

MONSIEUR BERTRAND Elle est partie ?

DE BTERAAU à part ÆElle est moins bien.

JUSTINE

Eh ! Bien, Tu la laisses partir ?

DEBURAU Et sans le moindre repentir !

Que veux-tu que j’y fasse — elle est vraiment moins bien.

RO BILLARD dont on entend seulement la voix Deburau !… Debutau !.….

DÉAPTRR AE Hein ?..… Quoi? Mais qui m'appelle ?

(Robillard paraît alors essouflé et brandissant un journal. )

ROPLILEARTD Deburau !. Deburau !..… DEBURAU Quoi ?

ROBTILE AR D Tu sais la nouvelle ?

DEBURAU Quelle nouvelle ? Non.

ROBTELARD Tu ne la connais pas ?

Tu n’as pas lu ce-soir le Journal des Débats ? Le Journal des Débats ?

ROBILLARD

Mon ami, quelle affaire |

C’est fou ! C’est inouï!.… C’est extraordinaire ! Ce journal par hasard m'est tombé sous la main... Regarde. k

DEBURAU « Deburau » !?!?

RO BEL IA D Signé : Jules Janin!!!

MONSIEUR BERTRAND Non ?

LAURE NT Sut lui ?

JUSTINE Ho ! Fais voir...

LAPENACE C’est vrai ?

MONSÉEDRSPERIRANT Quelle réclame | | FATIRENST Un article méchant, sans doute ?.… C’est infâme!

Méchant ?

DEBURAU Pourquoi méchant ?

ROBILLARD Mais non, mon vieux, mais non...

(A Laurent.) Sois tranquille, d’ailleurs. je n’ai pas vu ton nom! (A Laplace.)

Ni le tien.

Ni le mien!

Car

Il n’est uniquement question que de Gaspard.

LAURENT

Uniquement ?.. Ah! Ca. c’est drôle!

Tu dis «c’est drôle ».. et puis tu hausses les épaules. Si c’est drôle vraiment, pourquoi ne tis-tu pas ?

MURS AIN E Oh! Lis vite tout haut l’article des Débars.

Que je lise tout haut ?

Ah! Voilà le problème |!

Il faudrait savoir lire.

DEBUR AU Eh ! Bien, lis-le toi-même. à Je lis mal en effet.

CLARA Tu plaisantes ?

DEBURAU Vraiment.

Je ne peux même pas parler facilement...

Et par gestes, plutôt, aisément je m’exprime. (A Laurent.) Toi tu parles. même en jouant la pantomime | Lis l’article, veux-tu, sur ton ami Pierrot ?

LANUERSE N°T Avec plaisir.

DEBURAU À toi.

MONSIEUR BERTRAND Silence.

D'E B URAUr

LAURENT lisant « Deburau ».

« Le plus grand comédien de notre époque, Jean-Gaspard Deburau, est né le 31 juillet 1796. Il est Deburau comme Talma était Talma. Il à fait une révolution dans son art. Il a véritablement créé un genre nouveau de Paillasse. Il a remplacé la pétulance par le sang-froid, l'enthousiasme par le bon sens. Acteur sans passion, sans parole et presque sans visage, qui dit tout, exprime tout, se moque de tout, qui pourrait sans mot dire jouer toutes les comédies de Molière, inimitable génie qui va, qui vient, qui regarde, qui ouvre la bouche, qui ferme les yeux, qui s’en va, qui fait rire, qui attendrit, qui est charmant. Vous êtes dans un jour d’ennui et vous voulez vous distraire sans fatigue, allez aux Funambules, allez voir Deburau, allez... Ce n’est plus qu’aux Funambules que vous trouverez aujourd’hui ce plaisir sans fiel, ce rire sans obscénité que la comédie nous promet depuis si longtemps.

« Aux Funambules, il y a mille acteurs en un seul. Or, ces mille acteurs, ces mille visages, ces mille grimaces, ces mille postures, cette joie brusque, cette douleur d’une minute, cette tendresse si prompte à commencer et à finir, tout cela à la honte de nos théîtres, tout cela n’a qu’un nom et s’appelle Deburau ! »

(La consternation se peint sur le visage des comédiens.)

FA PTNCE Eh ! Bien!

JEUSTINE C’est merveilleux.

PRTTAT I a n°2 L2

de De SE &d hu es ss £ Rorr \ A

Es \

ELAURENT Quel article !

ROBIEEARD Admirable.

MONSIEUR BERTRAND Comme publicité, vraiment, c’est formidable !

END'OMEUR qui regarde alternativement Laurent et Laplace - Lequel est le plus embêté ?

CLARA Jules Janin. j'espère !

ROBILLARD Il dit la vérité.

MADAME RÉBARD

Mais oui, certainement.

MONSIEUR BERTRAND

Quelle publicité !

Pour notre cher petit théâtre, quelle aubaine |

ROBILLARD Eh ! Bien, que ressens-tu ?

Je sens un peu de haine, Il me semble,- chez eux — tu n’as pas remarqué ?

ROBE LAR D - Laisse-les donc. es

Mais nof.… Il faut leur expliquer.

ROBILLARD Mais leur expliquer quoi ?

Je ne sais pas. leur dire...

Que c’est la vérité... que je sais très mal lire. Regarde-les, mon cher, ils discutent tout bas. Ils m'en veulent...

ROBIELARD Mais non.

LD'EDURCLS Mais si. Je ne veux pas.

Je n’ai pas proposé d’ailleurs cette lecture. (Se tournant vers ses camarades.) Dites-moi — j'ignorais l’article, je vous jure... Et je le trouve absolument exagéré.

PACE Mais pas du tout,"mon vieux.

JUSTINE Non... tu l’as inspiré !

Mais non, voyons, c’est ridicule.

so

Et pourquoi « Deburau », poutrquoi? «Les Funambules », J'aurais compris.

ROBILLARD Je ne suis pas de ton avis.

FAPLCACE C’est très bien comme ca.

MONSIEUR BERTRAND Oh! Moi, je suis ravi!

DEBUR AU

Moi je ne le suis pas.

Il faut penser aux autres.

Voyons, pourquoi mon nom et pourquoi pas les vôtres ? Si je jouais tout seul...

FAURENT Dis donc ?

Quoi donc, mon vieux ?

SUR ENT Est-ce que tu connais ce monsieur ?

DÉS BARR AU Quel monsieur ?

FAP LAICE

Ce monsieur qui te”fait tant de peine.

Tu ne le connais pas ?

SI

LAURENT Le connais-tu ?

DEBURAU à Robillard La haine!

(Aux autres.) Si je connais Janin ?.. Mais naturellement.

LAURENT

Ah! Tu le connais, lui... lui, personnellement ? DEBURAU Beaucoup. Il est charmant. très fin, très sympathique. L'APLACE Tu le connais ?

DEBURAU Janin ?.. Beaucoup.

LAURENT Ah! Tôut s’explique !

L'ARBLACE

à Clara et à Justine Il le connaît |

N’en dites rien.

LAURENF C’est convenu.

ROBILCLARD

Quoi! Tu connais Janin ?

Fra

DEBURAU BEBURAU Je ne l’ai jamais vu.

ROBTILLEA RD Alors. pourquoi ?.. C’est imbécile. je proteste…. DEBURAU Non, non, tais-toi — je ne veux pas qu’on me déteste.

J'ai senti qu’ils étaient jaloux... ça s’est calmé !

Oh! Etre aimé!

As-tu vu leurs figures,

Ces nez qui s’allongeaient

Et combien ils rageaient

Pendant cette lecture ?

Oh ! Que c’est bête et que c’est triste... et que c’est mal! Nous aurions bien mieux fait de cacher ce journal.

ROB EEE ANR D

L'article est excellent, moque-toi donc du reste. Cet homme t’a compris...

D'EÉBURAU Ces hommes me détestent.

ROBILLARD Qu'est-ce que ça peut te faire ?

DEBURAU Des ennemis.

ROBLLLARDT Il en faut !

DEBURAU Non.

ROBILEARD Mais si!

D'ÉBURAU Mais non.

ROBILLAE AR D

Mai si — courage | On ne peut pas n’avoir pourtant que des amis.

DEBURAU Eh ! Ben, c’est bien dommage !

Vois-tu, je ne peux pas suppotter qu’on m'en veuille. Ça me fait du chagrin, beaucoup, réellement.

Et j'aime tant que l’on m’accueille D'un sourire ou d’un mot charmant. mer. faire plaisir... "être senul je crois, Même pour être adroit, que c’est bien plus adroit. Du moins c’est comme ça que je comprends la vie. Moi, je ne suis pas un héros, Je ne veux pas que l’on m’envie.

Je ne suis qu’un pauvre Pierrot Mélancolique et fatigué.

Et qui fait semblant Detrésoar, Comme il fait De D’être blanc.

MADAME RÉBARD Gaspard, Datmot::

DEBURAU Lequel ?

MADAME RÉBARD

Je pars.

Mais je voudrais veux-tu me donner ton avis.

* (Puis elle ajoute, plus bas.) Veux-tu que nous soupions tous les deux quelque part ?

LR BTER AU Tous les deux ?

MADAME RÉBARD Pourquoi pas ? N’en as-tu pas envie ?

Énuer- Oh! Très...

(I fouille dans sa poche.)

MADAME RÉBARD

Eh ! Bien, alots ?.. Il va me montrer le portrait | Bonsoir.

DEBURAU Quoi, tu m'en veux ?

MADAME RÉBARD

Du tout, du tout.

Bonsoir, mon vieux.

Il faudrait être fou !

Mais, quand même, merci pour tes jolis œillets.

MADAME RÉBARD Quels œillets ?

DEP B EREÆU Tes œillets.

MADAME RÉBARD

Quoi, mes œillets ?' Ah! Tu croyais.

DEBURAU Oui, je croyais. Ce n’est pas toi ?

MADAME RÉBARD

Non, pas du tout.

À demain !

DEBUR'AU À demain! Ça c’est plus fort que tout!

(Madame Rébard sort — et Deburau pose sa gerbe d’œillets sur une table.)

MONSIEUR BERTRAND Deburau !

D'EB RU Mon ami ?

MONSIEUR BERTRAND Je m'en voudrais ce soir Si je ne faisais pas un geste magnifique.

Si je ne faisais pas simplement mon devoir.

Etant donné que le public Ne te marchande pas le plaisir qu’il éprouve,

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