LES EXCÈS POLITIQUES
lu mcdio virtus.
« Grand Dieu ! de mou pays tu connais les malheurs; n Ah ! s'il estun Français qui, trompant ses douleurs, « S'endorme, et, captivé par l'erreur passagère
« D'un songe plein d'appas, " Embrasse du bonheur l'image mensongère...
« Dieu! ne l'éveille pas ! »
•• Mais s il sauva la l-rante en combattant pour elle,
" Si , bravant le trépas, sûr de le rencontrer,
« Ce Français mille fois , à son devoir fidèle ,
« Vers un danger connu marcha sans murmurer...
" Pour prix de tant de gloire, hélas! et d'infortune
« Offerte en sacrifice à la cause commune,
« Grand Dieu! de ce beau songe, enfant d'vm doux repos,
« Accomplis la merveille, « Et, d'un bonheur réel entourant le héros,
« Dieu! parle, et qu'il s'éveille! »
C'est ainsi que mon cœur, noblement indigné ,
Instruit ma bouche à la prière , Quand je vois les soutiens de la France guerrière , A charge au sol ingrat que leur sang a baigné , î'.rrans, presqu'en exil sur la terre chérie. Dans leur pays natal chercher ime patrie;
Ou, las de faire cntcntlre une impuissante voix , Fuir chez un étranger qu'ils ont vaincu cent fois,
Et, tels que le jjrand Bélisairc ,
Traînant leur gloire et leur misère,
Tendre leur casque humilié
A l'obole de la pitié !
Les voilà donc les fruits de nos erreurs civiles ! O souvenirs amers ! ô coupables Français Qui se portent sans cesse, en leurs projets fragiles , D'un excès consommé vers de nouveaux excès! Ce peuple, dont jadis la patience extrême De vingt maîtres rivaux souffrait l'autorité, Déborde tout à coup, tel qu'un fleuve irrité. Et bientôt , réclamant et sceptre et;diadème , Défait, brise ses rois et devient roi lui-même.
a DITHYRAMBE.
Alors sous 1 aspect emprunté D'une figure virginale, Cachant sa laideur infernale , Une trompeuse liberté Répand le signal du carnage ; Chacun aux forfaits s'encourage, / Et, dans sa féroce chaleur, Chacun , d'une fausse couleur.
Masque les motifs de sa rage.
Au saint nom de l'Égalité, Ici le soupçon emprisonne; Là le crime égorge, empoisonne , Au nom de la Fraternité !
En vain, p^ifique rivale.
Une autre liberté , par des efforts prudens .
Cherchait à rallier les esprits trop ardens Sous sa balance plus égale....
Quelquefois, las du crime et prorapts à s'apaiser, Les partis à sa voix oubliaient leur querelle; Alors, dans ces niomens rendus calmes par elle, Quand lès yeux sur ses traits pouvaient se reposer, Grand Dieu ! que la déesse aux Français parut belle !
Que de sa voix les nobles sons
Prêtaient de charme à ses leçons!
Même il faut l'avouer, sitôt que du rarnai;c Nous pouvions écarter l'épouvantable image. Ce mot de citoyen , ce mot de peuple-roi ,
Cette pensée enchanteresse D'avoir Dieuseul pour maître, et pour seul frein la loi, Enflammaient de transports le cœur de la jeunesse.
lo DITHYRAMBE.
Et même des vieillards enivraient la sagesse.
MaisJa déesse en vain rappelle les partis, Ils ne l'écoutent plus ; l'un par l'autre engloutis, Ils renaissent bientôt, et leur rage est sans terme; Ils tombent, mais toujours l'échafaud est debout! La vertu la première y monte d'un pied ferme , L'opulence la suit... La hache a frappé tout! La fausse liberté gronde , s'irrite, éclate, Quand le fer est à peine un moment suspendu , Et, dans le sang du juste à grands flots répandu, De son bonnet sanglant ravive l'écarlate !
Ciel ! la France périt ! le couteau menaçant Brille aux regards de tous et va trancher la tète Du dernier innocent.
DITHYRAMUE.' i
Proclamé dans Paris, foyer do la tempête, Le signal de la mort, par l'écho transporté. De province en province, au loin s'est répété. • I^a discorde cruelle éveillant les alarmes, Aux Français divisés a partagé des armes. Et Bellonne sa sœur, d'un doigt ensanglanté, Montre à nos ennemis nos frontières désertes , Nos villes sans soldats àJeurs soldats ouvertes... Dieu fait tomber sur nous ses décrets absolus ! Quelques niomens encore, et la France n'est plus !
Quand soudain franchissant la céleste carrière. Une idole nouvelle apparaît à nos yeux , La gloire!... son front luit d'un disque radieux, Son corps semble en vapeur exhaler la lumière. Elle arrive , féconde en charmes séducteurs ,
Agitant des drapeaux et versant les honneurs ; Tout s'anime à l'instant, tout s'empresse autour d'el le, Déjà les bataillons sont rangés sous son aile ; On part : un cri s'élève , il annonce aux humains Que le peuple Français, bravé par les Germains, Va de tous ses rivaux rompre l'intelligence. Et dans l'Europe au loin promener sa vengeance î
L'Europe a frémi; De la France entière La jeunesse altière, D'ufl pas affermi , Force la frontière Du sol ennemi.
La peur la précède , Le nombre lui cède;
DITHYRAMBE. i3
Du Nord accablé L'habitant troublé , Sur son froid rivage , Que foulent nos pas, Que le fer ravage, Reçoit l'esclavage , Pour fuir le trépas.
Déjà, dans les projets où notre espoir se fonde,
Notre témérité réclame un auti'e monde.
C'en est fait, des esprits les transports sont changés,
Hier la liberté nous brûlait de sa flamme,
C'est la gloire aujourd'hui qui commande ànotre âme;
Plus debonie aux exploits; de nos droits négligés