a victoire superbe a rompu l'équilibre
Kt le peuple héros succède au peuple libre !
i4 DITHYRAMBE.
Mais que dis-je? ô douleur! nos ennemis jaloux , Instruits en l'art de vaincre à force de défaites , Assouvissant enfin leurs vengeances secrètes, Ont soudain retourné nos bronzes contre nous; Et bientôt ébranlé dans son vain artifice ,
Et sur son faible appui, De notre gloire enfin s'écroule l'édifice...
Et la France avec lui !
Tel Sisyphe, épuisé de covu'age et d'haleine, Vers la cîme d'un mont roule péniblement
Et son rocher et son tourment.
Il s'efforce, redouble, arrive... Mais à peine Il va fixer la roche au sommet désiré ,
Où son repos est assuré ,
La masse énorme mal assise,
DITHYRAMBE. i
Chancelle, un moment indécise, Puis retombe, et Sisyphe, avec elle emporté, Va se débattre au loin sur son immensité.
Ainsi tombe soudain , par sa gloire entraînée, La France qu'au tombeau le Ciel a condamnée. Des débris confondus de ce vaste pouNoir, Qui faisait trembler tout devant sa renonmiée. S'exhale un reste de fiunée.
Et ces mots affreux : Plus d'espoir!
O spectacle cruel! ô douleur imprévue!
Je frissonne à l'aspect de cet affreux revers! Fuyons! mais où trouver un point dans l'univers, Pour consoler mon âme et reposer ma vue? Partout d'états anciens les débris sont semés,
i6 DITHYRAMBE.
Le monde offre à mes yeux une ruine immense,
Et les signes de deuil sur la terre imprimés
De l'homme en tous les temps m'attestent la démence.
Je vois la mort s'étendre où s'élevait l'orgueil,
Et dans mon cœur s'acci'oîtmadouloureuseétreinte!..
Ninive a disparu , Palmyre est au cercueil;
Mon pied hevu^te un vieux marbre, on me dit : c'est
Corynthe !
L'image du trépas semble assiéger mon œil ! Thèbes ! que me veux-tu ? lambeaux de Babylone !
Savans débris ! instruisez-moi ; Parlez ! tout est précepte en ces lieux pleins d'effroi : Ici je lis autour d'un fragment de colonne :
'< Jadis Ecbatane a voulu , « Rêvant l'espoir trompeur d'un empire absolu,
n Jusqu'aux bornes du monde étendre sa frontière... « Ecbatane est dans la poussière! »
Là de ses rois déchus Meinphis redit les noms ; Plus loin c'est Sparte, Athène, où l'écho des portiques Murmure sourdement les dogmes politiques
Des Lycurgues et des Solons.
Ailleurs, aux bords du Tibre, en cette métropole Qui par la croix encor commande aux nations, La Victoire éplorée, auprès du Capitole, Semble, aux nouveaux Romains, peuple vain etfrivole, Redemander encor leurs Dieux, leurs Scipions....
Mais c'en est fait, morte à la gloire, Rome nest désormais grande que dans l'histoire ; C'en est fait, T}T, Carthage, Athène ont existé;
Et le voyageur attristé,
Foulant d'un pied contraint leur cendre expiatoire, Et leurs champs aujourd'hui muets, inhabités. S'écrie en soupirant : « Là furent des cités ! »
Que dis-je ! elles vivent encore, Reproduites au sein du moderne univers;
Plus instruits et non moins pei'vers.
Les peuples d'aujourd'hui, du couchant à l'aurore. Des peuples d'autrefois répètent les travers. Dans ces temps que Clio lègue à notre mémoire, De nos jours, en pleurant, j'ai reconnu l'histoire: La Vendée est Pharsale, Arcole est Marathon ; Hélas ! et de Zama la sanglante journée , Avec son deuil affreux, parmi nous ramenée, Naguère à Waterloo n'a que changé de nom !
Ravir aux mains di-s rois le sceptre hérédilaire. Voilà l'effort comnniii dos peuples de la terre ; Retenir en lenrs mains et le sceptre et ses droits, Voilà l'efibrt des rois.
Ils l'ont juré sur le théâtre
De cette lutte opiniâtre, La mort mettra fin seule à leur acharnement. A peine l'univers d'un choc sanglant respire, Qu'à l'ébranler encor tout leur effort conspire;
Toujours ime paix d'un moment
Sert à préparer l'aliment Qui nourrira le feu d'une éternelle guerre... Et mon âme a frémi du repos de la lerr»- !
Où \unt tes deu\ partis avec rage emportes
Mortels! où courez- vous? malheureux ! arrêtez !...
Peuples! tel, abjurant sa vieille obéissance,
Poursuit la liberté, qui trouve la licence;
Ainsi le trait part, vole et dépasse le but.
Rois ! si vous exigez , pour indigne tribut ,
Un docile esclavage , une éternelle peine ,
Tremblez! l'esclave un j our peut s'armer de sa chaîne!
Peuples et rois !
Le sceptre est un fardeau , partagez-en le poids.
Mais plutôt poursuivez , assouvissez vos rages ,
O mortels obstinés dans vos égaremens !
Et bientôt de vos mains les plus fameux ouvrages,
Vos villes et vos monumens , Subissant du vainqueur les caprices sauvages, Et sillonnés par lui jusqu'en leurs fondemens,
DITHYRAMBE. mi
Descendront au niveau du sable des rivages. Ou , par grâce échappés au soc dévastateur, tTos superbes palais, mutilés par la guerre, [l'ont, dans l'avenir, par un stérile honneur. De leurs débris douteux tourmenter l'antiquaire.
Pour toi, riche Univers, à peine encore éclos, Ajnérique ! regai'de et, par delà tes flots , Vois notre continent couvert de larges plaies; Iremble qu'un jour ton sein n'offre de tels tableaux ! Cherche un bonheur plus sur par des routes plus vraies; Mais qu'ai-je dit ? pourquoi , vers des bords si lointains , Pourquoi , désespérant de nos propres destins , Porter à l'étranger une leçon mûrie.
Fruit d'une expérience acquise en ma patri«- ?...
France! si tu renais, si dans un jour plus beau, Ta main peut soulever la pierre du tombeau , Suis lo conseil d'un fds que ton amour embrase : Fais asseoir ton bonheur siu' une double base; Balance tes pouvoirs , soumets le peuple au l'oi, Le roi lui-même au peuple, et tous deux à la loi: De cet.accord savant de puissance et de crainte Naîtra la liberté, fille de la contrainte.
Cependant, ô surprise, ô suaves transports ! Quel tableau d'allégresse à mes yeux se déploie ! Mon cœur brisé succombe à l'assaut de sa joie ! Secouant tout à coup la poussière des morts, La France reparaît; et, sous les longs efforts De sa tremblante main par le malheur lassée, Relève par degrés sa grandeur terrassée;
DITHYRAMBE. ii
Et l)ioiitôt, accordmil los partis inégaux, Entrelace à leurs yeux le sceptre et les faisceaux.
Puisse-t-ellc bientôt couronner son ouvrage! Et plus tard les enfans qui croissent dans notre âge , Se rappelant des jours moins sereins que les leurs, Diront à nos neveux, exempts de nos malheurs : « La France avait flotté, par une crieur contraire, «Du système anarchique au pouvoir arbitraire; « Mais , ramenée enfin à la sage unité
«D'un gouvernement limité, « Elle s'y reposa, comme entre deu\ abîmes, - Trop tôt pour ses rivaux, trop tard pour les victimes,
-< A temps pour sa félicité ! n
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