DIOCESE D E
(h S EE N ss.
Par Monfcigneur JEAN - JOSE PH LANGUET, Archevêque deSsn.
AK QUEBEC Chez Bréwn © Grimuar, É B Proi vince. M,DCC,
En effet, le premier volume imprimé en Canada, c’est le Catéchisme de Sens, par Mgr Jean-Joseph Languet, archevêque de Sens. Il fut publié à Québec, chez Brown et Gilmore, imprimeurs de la Province, en 1765, ettiré à 2009 exempluires. C’est un petit volume de 177 pages et malzré son tirage relativement considérable pour l'époque, il n'est pas facile, aujourd’hui, d’en trouver des exemplaires parfaits,
“ De plus, continue M. Gagnon, je crois qu’il pourrait bien y avoir eu à cette même époque, d’autres mandements imprimés, à part les deux mentionnés plus haut, car on voit Knos, dans son journal des opérations militaires de 1759 (vol. 2, p. 103), en reproduire un, du 18 avril 1759, dans toute sa longueur, C’est le même document que l’on retrouve à la page 134 du volume deuxième de la collection des mandements des évêques, publiée en 1888. L’évèque Pontbriand parle encore dans celui-ci, des préparatifs immenses que fait l'ennemi pour prendre le pays ; mais il en parle d’une manière qui démontre que le danger est encore bien plus évident et plus certain qu’il ne l’était dans le premier mandement cité, qui ne porte pas de date ; d’où je conclus avec assez de raison, que le premier de ces mandements, non daté, fut publié vers le commencement d'avril 1759. Si je parle ici de ce mandement,
que Knox cite au long dans son ouvrage, c’est que suivant moi, il semble bien douteux que Knox eût pu facilement venir en possession d’un mandement de l’évêque de Québec, s’il n’eût pas été imprimé ; car enfin, nous ne voyons pas nulle part dans l’histoire qu’il se soit établi des relations bien intimes entre l’armée anglaise et les curés de cette époque qui cependant étaient les seules personnes en état de lui en fournir une copie mauuscrite ; étant imprimés, ces documents pouvaient alors facilement tomber entre les main: des laïques. D'ailleurs, du fait qu'il y a déjà deux de ces documents, imprimés cette même année, ne peut-on pas conclure que celui-là aussi a été imprmé comme les deux autres ?
“Il se trouve aussi, entre les mains des collectionneurs de papier-monnaie, certaines pièces imprimées qui avaient cours à la même époque, et qu'on peut appeler des reconnaissances ou lettres de crédit, dont Bigot fit un grand usage pour faire ses paiements. L’aspect de ces “ reconnaissances ” wa rien qui nous éloigne de croire qu’elles aient été im primées au pays.
“ Toujours pour appuyer mon avancé, je reproduirai ici quelques extraits d’une correspondance parue dans L'Union Libérale (Québec, 28 décembre 1888), qui se rapporte précisément à la découverte de ces deux
imprimés qui venaient. d’être portés du public.
à la connaissance
“ Dans le récit de son voyage en Amé dit, à la date du 2] août 1749, merie maintenant en Can autrefois.”
rique, Kalm
: “Il n'y a pas d’impri-
ada, quoiqu'il y en ait eu quoiq y
“Kalm pêche ici Par Concision. I! aurait fallu nous dire jusqu'à quelle année remontait cet “ autrefois, ” Car j'ai une certaine répugnance à croire meries qui auraient existé sa més,
aux imprins imprimeurs ni impri-
“ Quelques mois avant la date où Kalm disait : “il n’y a pas d'imprimeries maintenant au Canada, ” ie ministre de la marine écrivait au marquis de la Jonquière (4 mai 1749) : “ Monsieur de la Galissonnière a proposé d'établir une imprimerie dans la colonie ; laquelle il représente devoir y être d’une grande utilité pour la publicrtian des ordontances et des règlements de police, *..,: ,,: jugeant pas à propos de faire la dépense d’un Dar. ii Stablissement, il faut attendre que quelque imprim-:. se présente pour y pourvoir, et dans ce cas j'examinerai à quelles conditions il pourrait convenir de Jui donner un privilège.”
“ En voilà assez Pour rendre peu probable l'existence d’une imprimerie avant l’année 1749. En effet, il s’agit
ici à proprement parler de l'établissement d’une imprimerie dans la colonie ; autrement, monsieur de la Galissonnière aurait demandé au roi de reme:tre sur pied une institution déjà existante ; et en vigueur les privilèges déjà accordés. Comment aurait-il pu vraisemblablement exister une imprimerie autrefois, lorsque, pour en établir une, le roi semble attendre le moment où un imprimeur se présentera pour s'engager à faire les dépenses d’un pareil établissement ? C'était pour le ministre de la marine, une belle occasion de parler de cette imprimerie d'autrefois, si réellement elle avait eu vie, de nous dire si elle avait été supprimée et pourquoi, etc.
“ Nous voilà arrivé au point culminant !
“ Taffirme qu'il y a eu une imprimerie à Québec avant celle de William Brown. Je prouve cet avancé au moyen d'imprimés qui nous sont restés.
“ Dans le cours de l’année 1759, dite l’année du siège, Monseigneur de Ponthriand à adressé au clergé et aux fidèles deux mandements imprimés : l’un donné vers le mois de mai, l’autre le 28 octobre.
“ L'aspect typographique seul de ces mandements fait présumer le lieu de leur origine. En effet, ils portent un certain cachet qui les fait reconnaitre pour des gens du pays.
“ Mais la preuve la plus convaincante en faveur d'une presse qu'aurait possédé Monseigneur de Pontbriand, c'est la nature même des sujets traités dans ces deux mandements.” (Gagnon. Essai de Bibliogaphie Canadienne, pages 381-395.)
En effet, on n’a qu’à lire ces mandements attentivement pour se convaincre qu'ils n'ont pas pu étre imprimés en Europe. Afin de le démontrer d’une manière plus absolue, je vais reproduire in extenso le premier de ces mandements, en appelant l'attention de mes lecteurs sur les endroits qui nous portent à Supposer, sans l’ombre d’un donte, par leur nature, l'existence d’une im primerie à cette époque, au Canada.
Pour le vulgaire, ces citations peuvent sembler oiseuses : mais pour le chercheur qui aime à voir toutes les assertions soutenues par des documents ou des preuves irréfutables, ces reproductions ont une valeur réelle. Quiconque é:rit sur l’histoire doit faire Connaître les sources où il puise ses renseignements et au besoin citer amplement les documents sur lesquels il se base pour appuyer ses assertions.
Le mandement qui suit a dû être fait à la fin du mois d’avril ou au commencement de mai 1759 :
‘HENRI MARIE DUBREUIL pr PONTBRIANT, par la Miséricorde de Dieu et la grâce du Saint-Siège, évêque de Québec, conseiller du Roi en tous ses Conscils, au Clergé et aux Fidéles de notre diocèse, Salut et Bénédiction en Notre Seigneur J. C.
“ De tous côtés, Nos très chers Frères, l’'Ennemi fait des préparatifs immenses, ses forces au moins six fois supérieures aux nôtres se mettent déjà en mouvement : nos préperations sont plus lentes, le Fleuve est à peine entièrement navigable, les semailles qui pressent et qu’on ne saurait faire avec trop de soin vous retiennent dans les Campagnes. Le défaut de vivres fait reculer les mouvements autant qu'il se peut. Tout nous semble manquer à la foi et jamais la Colonie ne s’est trouvée dans un état si critique et si dangereux, Jamais nous avons été si dépourvus, et menacés d’une manière si vive, si universelle, si opiniâtre. C’est véritablement aujourd’hui plus que jamais que nous devons dire que notre unique ressource est le secours puissant du Seigneur. Faites donc, Nos très chers Enfants, tous vos efforts pour le mériter, ou du moins pour n’y point mettre d'obstacles, pour réussir, détruisez en vous tout ce qui peut déplaire à Notre Dieu. Ainsi c’est le péché qu’il faut expier et auquel il faut renoncer. Notre conversion et celle des pécheurs et la persévérance des justes est le grand objet qu’ doit d’abord nous occuper, persuadés, que nous devons être, que si nous recher-
chons véritabiement le Seigneur Notre-Dieu, il : : -ré-
sentera à nous comme notre Souverain défenseur. “Quærite primum Regnum Dei te hæe omnia adijicientur vobis.”
“ A ces causes, Nous avons ordonné et ordonnons ce qui suit, le St, Nom de Dieu invoqué :
“1° Dans les paroisses des Campagnes, le premier dimanche de chaque mois, il sera fait une procession, sans porter le S. Sacrement, à l'endroit et à l'heure que choisira chacun des messieurs les curés, Dans cette Procession, on chantera les litanies des Saints et le Psaume “ Miserere Mei, Deus.” et immédiatement les Antiennes et Oraisons ordinaires. Le prêtre fera une amende honorable au nom des pêcheurs, qu’on peut
prendre dans le Rituel au dimanche de la Trinité, page 429,
“2° Tout Prêtre Séculier ou Régulier ajoutera aux Oraisons de la Messe l'Oraison du missel “ Deus, refugium.”
“8° Dans toutes les Bénédictions du Saint Sacrement, on chantera le trait “ Domine, non secundum, ” avec les Versets et l'Oraison pour la Rémission des péchés.
“ Sera le présent Mandement lu et publié au Prône des Meises l'atcissiales, le premier Dimanche après réception d’icelui.
“ Donné à Québec, sous notre seing et le Sceau de nos Armes et la souscription de notre Secrétaire.
“ (Ainsi signé.) + H. M, Ev. de Québec.
“Ces Prières publiques dureront jusqu'au premier Octobre.
“ Par Monseigneur, “ Huserr, Ptre. Séc.”
Comme on peut s'en convaincre par la nature même des premières lignes de ce mandement, il est évident qu'il a dû être imprimé au pays. En effet, cette énumération détuillée des maux dont souffrait la colonie à cette époque précise n'aurait pu être faite longtemps avant la publication du mandement, car il aurait fallu pour cela que la lettre pastorale fût préparée l’automne précédent et envoyée en Europe pour être imprimée pendant l'hiver.
Or, l’automne précédent, l’ennemi ne faisait pas encore “ de préparatifs immenses ”, il ne pouvait pas être non plus question “ des semailles qui pressent ”, et qui retiennent les habitants “ à la campagne ”, il aurait été prématuré de dire “ qu’on ne saurait faire ” ces semailles “avec trop de soin ”, le fleuve n’aurait pas été, non plus, “ à peine entièrement navigable.”
Mais le second mandement, daté du 28 octobre sui- Vant, contribue plus encore que le premier à nous confirmer dans le fait qu'il y a eu une imprimerie en Canada, quelque modeste qu'elle fût, avant 1764, Lisons plutôt :
“ Vous n'y oublierez pas, dit Mgr de Pontbriant, ceux qui se sont sacrifiés pour la défense de la patrie : l’illustre nom de Montcalm, celui de tant d'officiers respectables, ceux des soldats et des miliciens ne sortiront pas de votre mémoire. Par inclination, par devoir, vous prierez vec ferveur pour le repos de leurs âmes. .”
Et à la fin du mändement, il ajoute :
“ Dans les villes de Montréal et des Trois-Rivières, on fera deux services solennels, le prernier pour M, de Montcalm et les officiers, le second, pour tous ceux qui sont morts dans la dernière campagne, .”
Les termes de,ce dernier mandement sont encore plus décisifs que ceux du premier. Car nous savons d’une manière certaine que Montcalm, blessé mortellement à la première bataille des Plaines d'Abraham est mort le 14 septembre 1759, Or, entre le 14 septembre, date de la mort de Montcalm, et le °8 octobre, date du second mandement précité, il ne s'est écoulé que aua-
rante-quatre jours. A cette époque les communications inter-océaniques étaient loin d'être rapides, On ne pouvait pas, même avec des vents aussi favorables qu'on pouvait les espérer, effectuer l'aller et le retour dans quarante-quatre jours.
On doit done conclure, en toute assurance, que ces deux mandements ont été imprimés ici,
“ Je suis porté à croire, conclut Gagnon, que le premier de ces mandements fut imprimé à Québec, et le second à Montréal. La petite presse en effet devait suivre Monseigneur de Pontbriand. Or, ce digne évêque, pour éloigner dé ses yeux la scène de désastre qui détruisait les travaux de tant d'années, se transporta à Montréal à la fin de septembre : c'est là qu'il donna son mandement du 28 octobre, et c’est là aussi qu’il mourut, au mois de juin de l’année suivante,
“On peut se demander avec raison pourquoi Monsei gneur de Pontbriand n’imprima pas tous ses mandements ; car tous les autres, sont des copies manuscrites ... Peut-être parce que ça prenait moins de temps ; les scnibes devaient être plus communs que les imprimeurs.
“T1 faudrait maintenant trouver quand et à quelles conditions Monseigneur de Pontbriand obtint le privi-
lège d’une imprimerie et aussi ce qu'est deve 4 & ve presse, quelque petite qu'on la suppose,”
De tous les faits qui précèdent, il ressort avec évi. dence que les deux mandenionts auxquels nous avons fait allusion, ont été imprimés au pays, M, J.-Edmond Roy, qui partage l'opinion de M, Gagnon, quant à l’existence d’une imprimerie au Canada en 1709, écrivait ce qui suit dans L'Un on Libérate du 10 août 1888 :
“ Je me souviens d'1voi- :u dans les régistres, autre-
fois bien ardemmeut fouillés, dns vecmis d'intendance et d’'Amirauté imprimes —ce: vèrnns étuieut d'intérèt local, et je ne crois pas qu'on af pa troubler messieurs les typographes de France pour leur donner une forme
à Gutenberg. Cette presse a dû être sous le contrôle exclusif de l'administration coloniale. —On ne badinait pas dans le temps sur les permis d'imprimer.”
M. Roy a trouvé un imprimeur, habitant l'Ile d'Orléans, et dont il est menticn dans le recensement de 1666 : “ Achille Masson, imprimeur, engagé domestique chez Jacques Johau dit Laviolette.” Mais cet imprimeur n’a pas dû exercer son métier au pays, car on peut être sûr qu’en 1666 il n'existait pas d’imprimerie en la Nouvelle-France. Le nom de ce Masson n’est pas même mentionné dans le Dictionnaire Généalogique de Mgr Tanguay.
Mais que sont devenus cette presse et ces caractères d'imprimerie, quelque primitifs qu’ils fussent ? Nous n’en savons rien. Nous ne savons pas, non plus, si Mgr de Pontbriand avait obtenu le privilège du roi de rigueur alors, à quiconque voulait exploiterune imprimerie. Personne, que nous sachions, n’en a soufflé mot.
S'il est évident qu’il ait existé une petite presse en 1759, devons-nous conclure que l’origine de l’imprimerie au Canada, doit remonter à cette époque ? Je ne crois pas, car les seuls échantillons qui nous restent de cette petite presse ne sont que des feuilles volantes.
L'honneur de la fondation de l'imprimerie dans notre province doit rester, jusqu'à preuve du contraire, à Brown et Gilmore, et le premier imprimé canadien, la Gazette de Québec, dont le numéro prospectus fut publié le 21 juin 1764.
La Gazette de Québec à cessé de paraître le 30 octobre 1874.
C’est à Québec à qui revient l’honueur d’avoir été le berceau de l’imprimerie. Ce n’est que onze ans plus tard que parut la première plaquette imprimée à Montréal. Elle était intituiée : Règlement de la Confrérie de l'Adoration Perpétuelle du Saint-Sacrement et de la bonne mort, et fut publiée par F, Mesplets et C. Berger.
C’est une petite brochure in-32, de 40 pages, dont on ne connait que quelques exemplaires, conservés jusqu’à nos jours,
Cependant, s'il fallait en croire les assertions du Dr Hubert Neilson, dont l’encètre, Samuel Neilson, a hérité de l'atelier que William Brown avait à Québec, le catéchisme de Mgr. Languet ne serait pas le premier volume imprimé dans la province de Québec,
Dans une Correspondance qui parut dans le Muil de Toronto, en 1888, en réponse à un article de M, Philéas Gagnon, qui signait du pseudonyme de Biblo d’intéressantes études dans l'Union Libérale, le Dr Neilson affirmait, en s'appuyant sur le journal de Brown et Gilmore, qu’il a en sa Possession, une brochure qui
parut avant le catéchisme mentionné plus haut, Cette brochure serait intitulée : Presentment of the grand juries, their worship’s strictures thereon, and the grand juries remarks on these strictures,
M. Neilson m'a assuré, dit Gagnon dans le Courrier du Livre vol, III, page 188. avoir en sa possession un exemplaire de cette brochure intéressante, Là peu près 36 pages in-4 : mais malgré tout le zèle que j'y ai mis, je n’ai pu réussir à la voir de mes yeux pour en donner le titre exact.”