‹ Débuts de l'imprimerie [microforme]Chapitre 2 sur 14 · L'ECRITURE AVANT L'IMPRIMERIE · texte numérisé non relu

L'ECRITURE AVANT L'IMPRIMERIE

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Avant l'établissement de l'imprimerie, le seul moyen à la disposition des anciens Pour conserver les travaux de leurs écrivains était le manuscrit sous ses diverses formes. Une des plus anciennes manifestations de l’art graphique, c’est le boustrophédon, écriture qui a été en usage dans l’antiquité chez les Etrusques et les Grecs. Ce système d'écriture consiste à tracer de gauche à droite pour la première ligne, de droite à gauche pour la seconde, et ainsi de suite, (C’est ce qui a fait dire aux Bénédictins, dans leur Nouveau traité de Diplomatique, que cette écriture “ caract:rise parfaitement l’action du laboureur conduisant une charrue trainée par des bœufs, qui après avoir tracé son premier sillon, en forme un autre à côté, et poursuit de la sorte son travai:, jusqu'à ce qu’il ait acheé la ligne” De là l'origine de l'expression boustrophédon, qui vient de deux mots grecs.

Les anciens étaient très versés sur les arts graphiques et on a conservé jusqu’à nos jours des chefs-d’œuvre de calligraphie enluminée. “II existe à la bibliothèque impériale de Vienne, dit Ludovic Lalanne dans ses Curiosités bibliographiques, un fouillet d'environ 58 centimètres de hauteur sur 44 de largeur, et qui contient sur un seul de ses côtés cinq livres de l’Ancien Testament écrit par un Juif, savoir : Ruth, en allemand ; l’Ecclésiaste, en hébreu; le Cantique des Cantiques, en latin: Esther, en Syriaque: et le Deutéronome, en français.”

“ P. Bales, dit le même autéur, célèbre calligraphe anglais, présenta en 1575 à la reine Elisabeth, une bague dont le chaton, de la grandeur d’un demi sou anglais, contenait, écrit d’une manière très lisible, le Pater, le Credo, les dix com mandements, deux courtes prières latines, son nom, une devise, le jour du mois, l’année de Jésus-Christ et celle du règne d’Elisabeth.”

Ces tours de forces étaient très communs, Je pourrais en mentionner une foule d’autres non moins curieux,

Les anciens ont employé divers moyens pour consigner et conserver les observations qu’ils faisaient, Les Babyloniens se servaient de briques gravées ; les Egyptiens, de tessons ; les Romai ns, de bronze et d’i-

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voire ; les Grecs, les Celtes et les Romains faisaient: aussi usage de peaux tann'es. Pétrarque avait une veste de cuir sur laquelle il écrivait pendant ses promenades. Nous avons eu aussi les papyrus et les palimpsestes, Les intestins d'animaux, après avoir subi un repassage spécial, servaient souvent de parchemin, avant la découverte de la peau de mouton parcheminée, Zonare raconte dans ses Annales que la bibliothèque de Constantinople, avant qu’elle fut incendiée sous l’empereur Basilicus, renfermait l’Illiade et l’Odyssée d’Homère, écrites en lettres d’or sur un intestin de serpent de cent vingt pieds de longueur.

Le parchemin et le vélin succédèrent aux manuscrits sur papyrus.

On : fait usage de toutes sortes de matériaux pour transmettre l'écriture. La toile, les étoffes diverses, la soie ont tour à tour été employées. Boileau n’ü-t-il pas consacré ce mode d'écriture par ces vers :

Prendrai-je son jupon bigarré de satin, Qu'’ensemble composaient trois thèses de latin, Présent qu’en un procès sur un certain privilège Firent à son mari les régents d’un collège,

Et qui sur cette jupe à maint rieur encor, Derrière elle faut lire ‘ argumentabor.”

L’encre et le papier étaient connus des Romains, sous l’empereur Auguste. Le papier de chiffons remonte vers l’an 107 ».

| Il JEAN GUTENBERG, INVENTEUR DE L'IMPRIMERIE

L’honneur de l'invention de l'imprimerie revient à Gutenberg dont on a célébré, à Mayence, en 1900, le cinq centième anni;crsaire de naissance. L'événeent a eu du retentissement dans le temps.

Jean Gænssfleisch de Sulgeloch dit Gutenberg est

né à Mayence vers 1398 ou 1400, Il descendait de la famille noble de Gænsstleisch. Le nom de Gutenberg

a été orthographié de trois ou quatre façons différentes : Gudinberg, Gutenberger, Gutenburch : mais c’est l'orthographe dont je me sers en tète de ce chapitre qui est la plus universellement adoptée,

Vers 1420, Gutenberg fut ‘orcé de quitter sa ville natale, à la suite d’une révolution qui y éclata, quelque temps après la nomination de Conrad LIL à l’électorat de Mayence et son entrée triomphale dans sa capitale en compagnie de l’empereur Ruprecht. On

ne connaît rien de ce qu'il fit pendant les quatorze aunées qui suivirent son départ de Mayence, mais en 1434 on le retrouve à Strasbourg où il s'occupa d'abord du poli des pierres précieuses et des glaces et autres arts tenant du merveilleux. En cette mème année, Gutenberg fit arrèter pour @ ‘*+ un nommé Nicolas, greffier de la ville de Maye. , quise trouvait par hasard à Strasbourg. Mais sur les instances des mugistrats de cette dernière ville, qui craignaient des complications sérieuses entre les deux villes, Gutenberg fit relâcher son homme,

Deux ans plus tard, Gutenberg fut traduit devant les tribunarx de Strasbourg, à la demande d'une fenime du nom d’Ennel, pour rupture de bans. Les records de ce procès ne nous disent rien de la position sociale de Gutenberg à cette époque. Rien non plus nous fait entrevoir que cette femme ait exercé une influence quelconque dans l'existence de l'inventeur, Elle ne le suivit pas à Mayence lorsqu'il y retourna vers 1440, et elle devait étre morte en 1444, car il n’est plus question d’elle dans les documents de l’époque.

En 1436, Gut \nberg forma ovec Jean Riffe, André Dritzehen et Anton Heilmann, uns association pour l’exp'oitation de certains secrets. Dans l'acte de société qui fut fait par écrit les intérêts étaient divisés

en quatre parts : Gutenberg s'en était réservé deux, et il avait fait souscrire à ses deux associés une somme de 100 florinx. Dritzehen étant tort, deux de ses frères réclameèrent de Gutenberg une somme de 100 forins ou leur alinission dans la société, Il en résulta, comme ça arrive de nos jour:, un procès célèbre grâce auquel nous pouvons donner certains détails intéressants sur l'inventeur des caractères mobiles,

Onze témoins furent entendus de part et d'autres, et Gutenberg fut condamné à payer à chacun des frères de Dritzehen la somme de 15 florins, sur les 100 qu'ils réclamaient, Les pièces de ce procès prouvent clairement que Gutenberg s'occupait d'imprimerie, qu'il avait une presse et des pièces qui servaient à imprimer, Il ressort de la preuve que Giatenberg était un homme de génie et de probité, qu'il avait inventé ou qu'il possédait des connaissances précieuses dans l'art mécanique. Au nombre des témoins comparurent Hans Riffe, muire de Litchtenau, et Antoine Heilmann, un prêteur d'argent. Tous les témoins rendira hommage à l'honorabilité de Gutenberg, ainsi qu'à son habileté non seulement comme mécanicien, mais comme inventeur. Tous dirent qu'il était un homme d'énergie, un homme supérieur, né pour dominer,

Au quatorzième siècle, la carrière des arts et de la

mécanique n’était pas ouverte à tout le monde, et il était difficile et mème dispendieux d’entrer dans ces carrières. L’appreutissage était très long. Il y avait des monopoles à cette époque reculée, et ces monopoles étaient protégés par les lois du temps. Tous les détails de fabrication, de préparation, étaient considérés comme des secrets qui se vendaient très cher et dont ne se départissaient pas ceux qui les détenaient.

C’est dans le dossier de ce procès qu’on trouve la plus ancienne mention d’impressions à l’aide de caractères mobiles, Gutenberg déclare dans son témoignage qu’il possède trois arts distincts : le taillage des pierres, le polissage des nuroirs, et le secret d'une invention merveilleuse sur laquelle ses associés fondaient de belles espérances,

Ces faits du plus haut intérèt demeurèrent inconnus jusqu’en 1745, date à laquelle les pièces du fameux procès furent découvertes par l’archiviste Wenkler et et Schæpflin, dans une vieille tour de Strasbourg, le Pfennigthurm. Ces pièces ont été publiées par Schæpflin dans ses Vindiciæ Typographicæ. Léon de Laborde, dans son étude sur les Débuts de l'imprimerie à Strasbourg, en a donné une réimpression, avec quelques passages en fac-similé, ainsi qu’une traduction.

Il ne sera pas sans intérêt de citer des extraits de quelques-unes de ces pièces, La première débute ainsi :

“ Barbel de Zabern, la mercière, à déposé qu’elle avait, pendant une nuit, causé avec Andres Dritzehen de chose et d'autre, et, qu'entre autres paroles, elle lai avait dit : “Ne voulez-vous pas à la fin aller dormir ? ” Mais il Jui aVait répondu : “ I] faut avant que je termine ceci.” Alors le témoin Parla ainsi : “ Mais Dieu me soit en aide, quelle grosse somme d'argent dépensez-vous donc ? cela a tout au moins coûté 10 florins.” I] lui répondit et dit : “Tu es une folle, tu crois que cela n’a coûté que 10 florins ? Entends-tu, si tu savais ce que cela m'a coûté en sus de 300 florins comptant, tu en aurais assez pour toute ta vie, et même que cela m'a coûté 500. Et ce ne serait rien, si cela ne devait pas coûter encore, c’est Pourquoi j'ai engagé mon avoir et mon héritage, ‘“ Mais, dit ce témoin, saintes douleurs, si cela vous réussit mal que ferez- Vous alors ? ” I] lui rédondit : “ Cela ne peut Pas nous mal réussir, avant un an révolu, nous aurons recouvré notre capital, et serons tous bien heureux, à moins que Dieu ne veuille nous accabler.”

“ Femme Ennel, femme de Hanns Schultheiss, le marchand de bois, a déposé que Lorenz Beildeck vint

une fois dans sa ai on, chez Claus Dritzehen, son cousin, et lui dit : “ Cher Claus Dritzchen, feu Andres Dritzehen avait iiij (quatre) pièces couchées dans une presse, et Gutenberg a prié que vous les retiriez de la presse, et que vous les sépariez les unes des autres, afin que l’on ne puisse comprendre ce que c’est, car il n’aime pas que quelqu'un voie cela.” Ce témoin a aussi déposé que, lorsqu'elle était chez Andres Dritzehen, son cousin, elle a aidé à faire cet ouvrage nuit et jour.”

“ Lorenz Beildeck a déposé que Jean Gutenberg l’envoya une fois chez Claus Dritzehen, après la mort de Andres, feu son frère, pour dire à Claus Dritzehen, qu’il ne devait montrer à personne la presse qu’il avait sous sa garde, ce que ce témoin fit aussi. Il me parla, en outre, et dit qu’il devait se donner la peine d’aller à la presse et de l'ouvrir au moyen de deux vis, qu’alors les pièces se détacheraient les unes des autres. Il devait ensuite placer ces pièces dans la presse ou sur la presse, et personne, après cela, n’y pourrait rien voir ni comprendre.”

“ Hans Dunne, l’orfèvre, a déposé qu’il avait, il y a trois ans environ, gagné de Gutenberg près de 100 florins, seulement pour les choses qui appartiennent à l'imprimerie.”

Matrices à caractères primitives,

Presse primitive,

“ Le texte, parfois fort vague de ces procès-verbaux, dit Lalanne, a été examiné et commenté de cent manières par ceux qui se sont occupés de l'origine de l'imprimerie, chacun cherchant à en tirer parti pour le système qu’il voulait faire prévaloir.

“Les quatre formes dont il est qu'stion dans ces pièces étaient-elles mobiles ou fixes ? Schæpflin soutient la première opinion et Fournier la seconde. Etaient-elles métalliques ou xylographiques ? Schæpflin soutient qu’elles étaient de plotab, Fournier et Meerman qu’elles étaient de bois.”

Cependant, si l’on examine attentivement les témoignages qui ont été rendus au célèbre procès en question, on conçoit aisément que les impressions que faisait Gutenberg à cette époque devaient ètre faites avec des caractères métalliques et mobiles. Il a pu se servir de blocs xylographiques, mais il appert par la preuve qu’il avait acheté du plomb et qu'il l'avait fait fondre,

En tous cas, un fait ne peut être contesté : c’est que Gutenberg ait fait, à Strasbourg, des essais d'impressions, quoique les vestiges n’en aient pas été conservés jusqu’à nos jours. Il y a bien, à la Bibliothèque Nationale de Paris, deux gravures sur bois d’une gram-

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maire latine dont le caractère ressemble énormément à la Bible Mazarine, mais cette ressemblance, réelle ou imaginée, n’est Pas assez forte pour que l’on puisse conclure sûrement que cette grammaire a été imprimée par Gutenberg.

“En outre, il est probable, dit M. de Laborde, qu’il Composa en lettres mobiles quelques feuilles d’ouvrages dont il avait le manuscrit à côté de lui : ilavait sans doute réimprimé le Dont ou quelque autre volume de cette importance, et lorsqu'il s’offrit à ses associés, il pouvait déjà entreprendre un ouvrage autrement considérable, une Bible, par exemple.”

Gutenberg avait laissé entrevoir qu’il serait prêt à livrer son invention au public pour l'exposition d’Aixla-Chapelle qui devait avoir lieu en 1439 ; bion que l'exposition fût retardée d’un an, Gutenberg n'était Pas encore prêt en 1440, ce qui découragea ses associés, qui l’abandonnèrent à ses propres ressources,

Il appert par le Livre de cotisations de Strasbourg que Gutenberg était arriéré dans ses taxes, de 1436 à 1440 : mais en 1443, elles furent payées par Ennei Gutenberg, qui devait être sa femme. Etait-ce la même qui l'avait poursuivi pour rupture de bans ?

Gutenberg vécut pendani plusieurs années à Stras-

bourg. Mais en 1445 ou 1446, selon Lalanne, ou vers 1448, selon Dupont dans son Histoire de l’Imprimerie, il retourna à Mayence, sa ville natale, dans l’espérance d'y recevoir plus de secours. En 1450, il s’associa à Jean Fust ou Faust, par un acte dont le texte a été conservé jusqu’à nos jours.

Fust était un riche orfèvre de Mayence à qui Gutenberg confia les secrets de sa découverte, selon quelquesuns ; d’autres prétendent que c’est Fust qui instruisit (Gutenberg dans les secrets de la typographie, Cette dernière hypothèse n'est que très peu partagée, et pour Cause, car elle n'est étayée sur rien de positif et n’a été invoquée que par esprit de castes.

Fust prêta à (iutenberg S00 florins à six pour cent d'intérêt pour permettre à ce dernier de confectionner les ustensiles nécessaires à l'imprimerie, et, en outre, 300 florins en or pour les frais généraux : l'installation, gages des employés, l'achat du parchemin, ete. Les ‘eux associés devaient avoir parts égales dans les profits, et Gutenberg pourrait dégrever ses outils qu’il - avait donnés comme garantie collatérale en remboursant à Fust les 800 florins qu’il en avait reçus.

Mais le succès ne devait pas encore sourire à Gutenberg et il ne fut pas plus heureux avec son associé de

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Fac-similé du Caractère de la bible dite de 36 lignes.

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Fac-similé du Caractère de la bible dite de 42 lignes.

Mayence qu'il ne l'avait été avec ses compagnons de Strasbourg. Fust lui intenta un procès en 1445, dont l'acte originale nous a été conservé, par lequel il lui réclamait 2,020 florins. La société fut par le fait dissoute, et Gutenberg fut condamné à payer. Il se trouva dans l'impossibilité de rembourser son créancier,

Fust était un préteur d'argent, et avant qu’il risque son capital dans uue entreprise aussi problématique et inconnue jusqu'alors, Gutenberg avait dû montrer à son bailleur de fonds des pièces d'imprimerie pour l’engager à investir les 300 florins dont il est question, même aux conditions onéreuses que Gutenberg dût accepter.

“ Gutenberg, dépouillé, dit Dupont, perdant à la fois l'honneur et le profit de ses travaux, réduit pour ainsi dire à la misère, ne se laissa point abattre par ces nouveaux revers. Grâce au secours de Conrad Humery, syndic de la ville, il monta une nouvelle imprimerie.”

Dupont cite comme ayant été imprimée par Gutenberg une Bible dite aux trente-six lignes ; mais Lalanne prétend que le seul monument typographique qu’on puisse lui attribuer est un grand ouvrage in-folio connu sous le nom de Catholicon, portant la date de 1460, et intitulé : Summa quæ vocatur Catholicon, edita a .Joane de Janua.

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