‹ Décadence de la monarchieChapitre 34 sur 37 · ARTICLE XXII · texte numérisé non relu

ARTICLE XXII

«c Déclarons le témoignage de deux gardes, conforme dans la x> répétition en confrontation qui en sera faite, suffisant pour la » conviction des accusés, saufles reproches procédant d'ailleurs x) que de leur qualité de gardes. »

Ces articles ont pour but de simplifier les procédures, d'empêcher les faux-sauniers adroits ou conseillés par des avocats, d'échapper au supplice, sous prétexte qu'il n'y ti pas contre eux de preuves légales.

D'ailleurs, l'ordonnance de 1670 proscrit de demander aux témoins s'ils ne sont pas aux gages des parties. Des juges mal intentionnés auraient pu rejeter, en conséquence, les témoignages

des gardes de ferme. L'article 22 proscrit cette chicane ; il ordonne qne des hommes payés par les parties de Taccnsé soient à la fois ses délateurs et ses témoins; que ce malheureux soit puni de mort sur leur témoignage. Cela serait contre le droit naturel, contre l'humanité, contre la justice, s'il était question d'un crime ordinaire, d'un assassinat, par exemple, ou d'une action entre des êtres de la même espèce ; mais ici c'est un crime privilégié, et l'accusé n'est jamais, après tout, qu'un malheureux de la lie du peuple, qui n'a pas un écu, au lieu que

les cautions de Laurent David

Ajoutons que, selon l'ordonnance des aides, il est défendu aux juges de faire aucune information sur la vie et mœurs des commis ; quoique décrétés d'ajournement personnel pour malversations, ils conservent le droit d'être crus en justice. Si la même chose a lieu dans les gabelles, ce dont je ne doute pas, on voit quelle admirable facilité cela donne aux fermiers pour se débarrasser des faux-sauniers, ou gens ayant la réputation de l'être : deux gardes bien stylés au métier de. témoins suffisent pour toute une province.

GONDORCBT.

Il existe dans les archives de l'une des deux préfectures de Paris un registre sur la couverture duquel on lit : Trésor royal. — RoUe des six derniers mois, 1 771 . — Première expédilian. Ce registre est bien authentique, car il porte à la fin la mention d'une approbation écrite, quinze ans après, de la main même du roi suivant, Louis XVI, ainsi conçue :

« Somme totale du contenu au présent rolle, soixante dix- D neuf millions, quatre cent soixante-douze mille, cinq cent x> sept livres un denier.

» Fait, examiné, calculé et arrêté en mon conseil royal des x> finances, tenu à Versailles, le vingt-troisième jour de janvier D mil sept cent quatre-vingt-six.

I» Signé : Ijouîs, et plus bas : Gratter de VergenneSf Feydeau

» de MarviUe, Hue de Miiroménil, BauUongue, de Cakmney Le* y> noir, »

Nous ne donnerons pas ici le détail fastidieux et interminable des dépenses de la maison du roi. Nous nous bornerons à en extraire quelques articles dont la comparaison est quelquefois piquante.

On y voit figurer deux noms devenus depuis littéraires^ mais qui appartenaient alors Tun à Tintrigue, Tautre à la domesticité de la cour :

ce Au sieur de Beaumarchais, mHk dnqua'rUe'Six livres pour 10 quatre voyages de Fontainebleau à Paris et les retours, de » Tordre de Madame. ï>

(c A la demoiselle Genêt, lectrice de Mesdames, six cents livres y> pour le payement de ses chaises à porteurs, pendant Tannée » 1771.»

Mademoiselle Genêt n'est autre que madame Campan, âgée alors de dix-neuf ans, et n'ayant pas encore échangé son nom de famille contre le nom de son mari.

Dans ce registre la littérature est beaucoup moins bien traitée que la garde-robe ; car, à côté des deux précédents articles, on trouve les trois mentions suivantes :

x> Au sieur Habert, Tun des apothicaires du roi, sept cent cin* r> quante livres, pour indemnité, à cause de la cherté des four- » nitures pendant le quartier de juillet 1771 . )»

<K Aux garçons de Tapothicaire du roi, trots cents livres pour D leur tenir lieu de gages en la dite année 1771. »

a Aux demoiselles Peignot, ouvrières de la garde-robe des » Enfants de France, deta cents livres pour Tannée 1771. »

Nous trouvons dans le même document la mention d'un usage ignoré, sans doute, de la plupart des académiciens d'aujourd'hui :

a Au sieur Dudos, secrétaire de l'Académie française, trois

» cents litres pour le motet chanté en présence de rAcadémie » le jour de Saint-Louis, en 1771. »

« Au sieur de Buffon, trésorier de l'Académie des sciences, i> pour le mot et chanté en présence idem, ledit jour, trois cents » livres, d

Une autre note justifie le titre que les acteurs de la Comédie Française prenaient de comédiens du Roi :

« Aux cdmédiens français, douze mille Hcres pour leur sub- » ûstance pendant Tannée 1771. »

Viennent ensuite les favoris richement dotés :

a Au sieur de Maupeou, chancelier de France, honoraire, » soixante-qtuxtre mille livres pour une année de sa pension » échue le !•' octobre 1771. »

a A madame la princesse de Talmond, vingt-huit mille livres » pour idem, échue au mois de juillet 1771 . x>

Les intérêts du ciel étaient traités avec quelque lésinerie :

QC A la demoiselle Lakay, en considération de sa conversion » à la religion catholique, deux cents livres pour une année de )» sa subsistance échue le 10 août 1771 . »

Mais en revanche :

<x A la dame Du Barry, pour le rembourseiuent fait en exécu- » tion de Farrët du conseil du 9 décembre 1771, de douze mille » livres' ie rentes perpétuelles à prendre en celles créées par 9 édit de février 1770, appartenantes à la due dame Du Barry^ » par déclaration devant Le Pot d'Auteuil et énoncée au dit ar- 7> rêt, trois cent mille livres. y>

Ces deux articles, par lesquels nous terminerons cet extrait» prouyentque sous Louis XV les convertis n'étaient pas les mieux payés.

dépense: s DE (MADAME DE POMPADOUR.

On sait que Jeanne-Antoinette Poisson, mariée fort jeune au sous-fermier général Lenormand d'Étiolés, ne tarda pas à devenir la maltresse de Louis XY. La mère de madame d'Étiolés, ambitieuse, intrigante, avait toujours rêvé pour sa fille le rôle honorahk auquel elle venait de parvenir. Elle lui fît, en c($nséquence, donner une éducation brillante , et lui inspira surtout le goût des arts. Ce fut en 1745 qu'elle fut reconnue maîtresse en titre du roi et créée par lettres-patentes marquise de Pompadour.

C'est de cette année 1745 que date le manuscrit dont nous . allons nous occuper. C'est un petit in-4o sur papier gros et gris. Écrit en petit caractère et sans orthographe, il parait être de la main de quelqu'un qui fut attaché à la maison de la marquise, et a été composé sur des notes dont un grand nombre ont été écrites par madame de Pompadour elle-même, ainsi qu'il est facile de le voir quand le copiste, ne se donnant pas la peine de changer ce qu'il a sous les yeux, parle à la première personne comme dans cet^'article : J'avais en taisselle d'argent pour, etc. ; et dans cet autre : Gages de mes domestiques, dix-neuf années, etc. Il est recouvert d'une feuille de papier jaune, sur laquelle est écrit : Énorme dépense, La première feuille porte ce titre : État des dépenses faites pendant le règne de madame la marquise de Pompadour^ à commencer le 9 septembre 1745 jusqu'au 15 d^avril 1764. — C'est le jour où elle est morte.

La première partie du manuscrit est consacrée aux dépenses des bâtiments. Madame de Pompadour aimait beaucoup les constructions. Non-seulement elle fît réparer à grands frais plusieurs propriétés qu'elle avait achetées, mais encore elle fit élever on assez grand nombre de maisons. Son jeune frère, Poisson, connu sous le nom de marquis de Marigny, qui fut directeur général des bâtiments du roi, la seconda dans ses vues. H dirigea particulièrement la construction du charmant château de Bellevue. qui a depuis appartenu à Mesdames de France, et dont il ne reste plus de traces aujourd'hui. — Ce chapitre est intitulé : État des

wmmes payées par ordre du roi par le sieur MorUinarlel sur les travaux et bâtiments de Crécy^ Bdlevue et autres endroits, sut-' vant les mandements visés par les sieurs de P Assurance et d'Isle, Maurenzel.

Crécy et Aunay. — Crécy était un fort joli château, faisant aujourd'hui partie du département de Seine-et-Marne. Madame de Pompadour en fit l'acquisition en 1748, pour la somme de 650,000 livres. Elle acheta en même temps 1 40,000 livres la terre d'Âunay, qui touche à Crécy. Les travaux qu'elle y fit faire, pendant les années 1748, 1749, 1750, 1751, 1752, 1753 et 1754 s'élevèrent à la somme de 2 millions 903,267 livres 7 sous 4 deniers.

/.a Celle est une charmante propriété à la porte de Versailles. Madame de Pompadour Tacheta 260,000 livres en 1749. Les sommes payées pour Tembellissement du château, pendant les années 1749 et 1751, s'élevèrent à 70,114 livres 15 sous 4 deniers.

En 1749, Louis XV lui donna une portion du terrain du petit parc de Versailles, sur lequel elle lit construire une jolie habitation qu'elle appela son Ermitage, La construction de l'Ermitage lui coûta 269,001 liVres 10 sous 11 deniers.

Madame de Pompadour ne s'arrêtait pas dans son goût de construction, qu'elle sut faire partager à Louis XV. Elle venait de créer un charmant bijou dans sa propriété de l'Ermitage : elle voulut construire un véritable château, avec son parc et ses jardins. Il existait sur la côte qui domine la Seine, entre Sèvres et Meudon, des terres qui appartenaient au roi; Louis XV les lui donna, et grâce au goût de Marigny, l'on vit s'élever l'une des plus jolies habitations princières des environs de Paris. Bellevue, nom que méritait bien cette charmante maison, fut construite en 1750. Elle revint à 2 millions 589,724 livres 11 sous 9 deniers.

Outre ces propriétés, madame de Pompadour avait encore des habitations particulières dans les principales résidences royales : à Versailles, à Compiègne, à Fontainebleau et à Paris.

A Versailles, le roi lui donna, en 1752, le terrain sur lequel se trouvait, sous Louis XV, la pompe ou tour (Peau, détruite

en 1680. Elle y fil construire un hôtel qui lui revint à 210,844 livres 12 sous 1 0 deniers. C'est aujourd'hui Y Hôtel des Réservoirs ou restaurant Duboux. On avait fait construire contre le mur du réservoir de l'Opéra un corridor qui permettait d'aller du château dans cet hôtel. Madame Dnhausset en parle dans un endroit de ses Mémoires : « J'avais, dit-elle, un très-joli appartement à l'hôtel, où j'allais presque toujours ^ couvert, etc. »

Dans son hôtel de Compiègne, elle dépensa, en 1751, 1752 et 1753, 48,232 H\Tes 7 sous 8 deniers.

A Fontainebleau, elle fit construire, en 1 753, à l'imitation de celui de Versailles, nn Ermitage qui revint à 237,000 livres 18 sous 4 deniers. Elle acheta à Paris l'hôtel d'Évreux, qu'elle paya 730,000 livres, et y dépensa, en 1754, 95,169 livres 6 sous.

On trouve encore, au chapitre des dépenses des bâtiments, diverses sommes pour les institutions religieuses. Ainsi l'on voit pour le couvent des Ursulines de Poissy, dont sa tante du côté maternel, madame Saiute-Perpétue, était l'abbesse, une somme de 4,905 livres 15 sous 10 deniers, et pour les dames de l'Assomption de Paris, une autre somme de 52,225 livres 4 sons 1 1 deniers. Enfin l'on voit le marquisat de Pompadour y figurer pour 28,000 livres, dépensées en 1753.

Dans ce chapitre des dépenses des bâtiments se trouvent les noms de tous les entrepreneurs et artistes qui ont été employés soit à construire, soit à embellir ces diverses maisons. Les artistes qui ont travaillé au château de Crécy et à Aunay sont : RousseaUy Verbeck et Pigalle, sculpteurs ; à la Celle, RousseaUf sculpteur; à l'Ermitage, près Versailles, Rousseau et Vtrbeck, sculpteurs et Rysbracky peintre de fleurs; et à son hôtel de Versailles, Rousseau et Verbeck, sculpteurs et Rysbracky peintre; à Bellevue, Coustmiy Rousseau, Maurisan^ la veuve ChevcUier et Verbecky sculpteurs; Nelson^ Gaveau, Brunellyt Ou4ry^ peintres ; Janson, la veuve Cropel, dessinateurs ; Martinière, émaiUeur; à l'hôtel d'Évreux, à Paris, Verbeck, sculpteur; à l'Ermitage dô Fontainebleau, Verbeck.

A la suite du chapitre des dépenses vient un journal com-^ mencé le 19 septembre 1745 et tcrmmé en mars 1764, dans lequel est inscrit, mois par mois, ce que recevait madame de Pom-

padaur pour ses dépenses ordinaires. On y voit que pendant ces dix-neuf années, les recettes, pour ses dépenses ordinaires ont été de 1 million 767,674 livres 7 sous 6 deniers, et les dépenses de f million 977,207 livres 11 sous 6 deniers. €e journal peut donner lieu à quelques curieuses observations. Madame de Pom* padour touchait une pension qui lui était payée tous les mois, sans compter les sommes qu'elle recevait du roi comme cadeau, toujours pour sa dépense ordinaire. Cette pensi<(n était, la première année, de 2,400 livrés par mois ; en 1746, 1747, 1748 et 1749, les sommés données s'élèvent souvent jusqu'à 30,000 livres dans un mois; puis, dans les années suivantes, pendant lesquelles la passion du roi pour sa maîtresse s'était beaucoup affaiblie, on voit la pension se régulariser et se réduire presque constamment à 4,000 livres par mois.

On remarque encore que, pendant les premières années, madame de Pompadour reçoit du roi des étrennes qui disparaissent aussi dans les années suivantes : ainsi, eu 1747, année du plus fort de la passion de Louis'XV, elle reçoit 50,000 livres d'étrennes; en 1749, elle n'en reçoit plus que 24,000, et depuis 1750^ on ne les voit plus jQgurer dans les comptes.

Les sommes qu'elle recevait du roi étant moins fortes, et ses dépenses babituelles étant toujours fort considérables, il fallait trouver d'autres ressources. C'est dans le jeu et dans la vente de ses bijoux que madame de Pompadour trouve le moyeu d'équilibrer les receltes avec les dépenses. Ainsi, on la voit gagner au jeu à Mariy, Je 15 mai 1752, 9,120 livres, et le 31 du môme mois, 28,800 livres; en 1760, elle vend des bracelets de perles 12,960 livres; en 1761, elle vend encore des bijoux pour 9,601 livres; en 1762, sa vente de bijoux et le gain du jeu lui rapportent 20,489 livres.

Ce journal est tei^miné par une récapitulation dans laquelle les recettes et leur emploi sont compensés année par année, et qui montre, comme on Fa indiqué en donnant le chiffre des Recettes et des dépenses, que madame de Pompadour savait trèsbien dépenser tous les ans ce qui lui était donné, et ne faisait aucune économie.

A la suite de ce journal se trouve une sorte de -dénombre-

ment des richesses de madame de Pompadotir et des dépenses autres que celles des bâtiments. C*cst particulièrement à cette partie que s'applique la remarque faite plus haut, sur la manière dont l'auteur du manuscrit fait souvent parler madame de Pompadour elle-même. Tous les articles de cette partie sont curieux et méritent d'être cités, les voici :

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