VIII
Opérations et état actuel delà haîK^ue d^ A ngleterre .
Je vais maintenant montrer les différentes voies par lesquelles les billets de la banque sont jetés dans la circulation. Je présenterai après une estimation delà
pour tromper la nation anglaise et pour présenter les affaires sous une fausse couleur , celle dont M. Pitt a fait le plus d’usage . c’est le mélangé amphibie appelle halancG du eommerce. Cette balance du commerce çst un relevé des registres de la donane , où l’on note les Cbargemens qui entrent et ceux qui sortent , chaque année : et quand la valeur de i exportation , calculée d’après les prix mis aux objets par leurs propriétaires ou les employés des douanes , surpasse celle de l’importation , calculée delà menie maniéré ^ on dit que la balance du commerce est d’autant en faveur de la nation.
Les registres de la douanne prouvent assez bien que tant de cliargemens ont été exportés , et tant importés, 1/îais c est tout ce qu ils peuvent prouver j ou qu’on a voulu qu’ils prouvassent. Ils n’ont rien de commun avec la balance des profits et des pertes : et c’est ignorance que d’en appeller à eux pour cet objet : car la vérité est que plus la perte est grande une année ^ et plus ce qu’oa
( Si )
quantité totale ou du montant des billets de banque à ce moment en circulation.
nomme balance du commerce paraîtra s’élever d’après les registres de la douanne.
Par exemple, presque tout le convoi de la Méditérannée a été pris cette année par les Français; les cargaisons des navires qui le composaient , ne paraîtront point parconséquent , comme importations , sur tes registres de la douane; et par là, la balance du commerce , désignation par laquelle on entend ses profits , paraîtra plus grande, de la valeur de cette perte : et d’autre part , si elle n’eut pas eu lieu , les profits auraient paru d’autant moindres. Toutes 'les pertes qui arrivent eu mer aux cargaisons de retour , par accident , par les élémens ou les corsaires , élèvent la balance du côté des exportations : fussent - elles toutes perdues en mer, elles paraîtraient tou t profit, sur les registres de la douane 5 et de plus, toute cargaison d’articles exportés , qui ss
perdant , est cause qu’une nouvelle est expediee , ajoute de la même manière au cbté des exportations , et y figure comme profit. La balance de commerce cette année-ci paraîtra donc fort élevée, à^eanse que les pertes ont été considérables par les corsaires et les tempêtes.
L’ignorance dd parlement d’Angleterre , en écoutant «e mensonge banal dés ministres , la balance du commerce, est étonnante. Cela montre combien les membres sont mal instruits des affaires de la nation. Grey ferait aussi bien de leur parler grec , que de leur faire des motions sur l’état du pays. Ils comprennent mieux I4 chasse au renard et Iss réglés dei jeux.
La banque agît de trois manières ; comme banque d’escompte , comme banque de dépôt et comme banque du gouvernement. ,
D’abord comme banque d’escompte , la banque escompte les lettres de change du commerce ^ pour deux mois. Qpand un négociant a une lettre de change qui est à deux mois d’échéance , et qu’il a besoin d’en recevoir le paiement auparavant, la banque le lui avance , déduction faite dé l’imérêt , à raison de cinq pour cent par an. La lettre de change reste à la banque ^ comme une sûreté ou gage ; et au bout de deux mois, elle doit être acquittée. Tout cela se fait totalement en papier: car les profits de la banque , comme banqued escompte , viennentuniquementde ce qu’elle fait usage de son papier comme d’argent. La banque donne ses billets aux commerçans , quand elle escompte les lettres de change , et ceux qui acquittent ensuite celles-ci , donnejit encore à la banque de ses billets , en les payant. îl est bien rare que dans ces opérations il se donne quelque argent réel.
Si les profits de la banque sont, par exemple, de deux cents livres sterlings par an ( somme considérable à tirer du simple échangé d’un papier contre un autre , et qui montre combien les négocians de Londres sontpressés de fonds dans leurs paiemens, loin d’avoir à en prêter au gouvernement ) ; ces profits prouvent que la banque escompte , par an , une somme de quatre millions sterlings ou 666,666 liv. tous les deux mois. Conamç les lettres de change qui restent en dépôt à
la
îa banque, pour gage >se réalisent tous les deux mois ^ €t qu’eÜes ne s’élèvent pas pendant cet întervalie audelà de cette somme , il en résulterait que la somme des billets de ia banque , en circujation , ne devrait pas excéder celle-là. Cela suffit pour démontrer que Timmense quantité de ce papier qui inonde l’Angleterre et qui est répandu dans toutes les villes , bourgs , -villages et fermes des trois royaumes ^ ne peut venir de l’escompte des lettres de change.
Secondement tomme banque de dépôt , la banque doit recevoir et rendre les fonds qu'on place che2 elle , à la convenance des dépositaires , ou payer pour eux, sur leur ordre. Quand elle escompte beaucoup , elle doit nécessairement recevoir peu de dépôts. Personne en elTet ne donne de dépôt , et ne fait en mêmetems escompter de lettres de change s ce serait payer l’intérêt et prêter de Pargent, au lieu d’en emprunter moyennant ce sacri&ce. Les dépôts quisontanjourd'hui laits à la banque , ^ sont presque tous entièrement ea ses billets. ÎU ne peuvent par conséquent aider en riea la banque à payer ceux dont on peut lui demander le remboursetneru. Ei , en outre , les dépôts ne sont pas plus la pfopriété de la banque , que l’argent et les billets de banque qu’un négociant possède dans son comptoir, ne sont la propriété de son caissier. On ne peut donc encore mettre , sur le compte des (iéppis faits à la banque , aucun grand accroissement de ses billets dans la circulation , au-delà as ce qu’y jette l’escompte des lettres de change.
Troisièmement , la banque agit comme banquier
du gouvernement ; et c’est là une dépendance quî menaced’une ruine certaine toute banque publique. C’est par elle que le crédit d’une banque est forcé au-delà de ce qu’on devrait le faire aller , et qu’on le pousse même au-delà de ce qu’elle peut payer. C est pat elle que la banque d’Angleterre a surchargé la circulation d une quantité aussi énorme et aussi disproportionnée de ses billets , et qu elle les a émis . non pas , en conséquence de valeurs réelles dont elle aurait été dépositaire , mais précisément, pareequ’elie n’en avait point.
Quand la trésorerie est vide , et c’est ce qui arrive presque tout le courant de chaque année , ses coffres à la banque sont vides aussi. C’est alors que le ministre a recours à ce que l’on appelle billets de l’exchiquier et de la marine. Ils donnent continuellement naissance à un nouvel accroissement des billets de banque, qui sont lancés dans le public, sans qu’il y ait à la banque aucune valeur réelle pour les payer.
Ces bîHeîs de Texcliiquler et de la marine, qu on émet, comme je l’ai dit, parce que la trésorerie et scs coffres à la banque sont vides et ne peuvent satisfaire aux demandes qui surviennent, ne sont autre chose , qu’une reconnaissance que le porteur a droit à recevoir telle somme. On peut les considérer comme un arrêté de compte , dans lequel le débiteur reconnaît ce qu’il reste devoir , et dont il donne une note courante , afin que sur elle , son créaacîcr puisse trouver de largenU
Quelquefois la banque escompte ces billets, cornrriS ëlle escompté les lettres de change du négoce : quelquefois elle les achète des porteurs ait prix courant , et quelquefois elle convient avec le ministre de leur attacher un interet . et de les laisser dans la circulation. Dans tous les cas 4 il se fait Une nouvelle émission de billets de la banque 4 qui sont jtués dans le public, sans què celk-ci ait reçu aucune valeur réelle, comme banquier du gouvernement, pour les payer. La banque , en outre , n a pas d’argent do son propre , car celui qui fut souscrit aux premiers jours de son établissement pour commencer son crédit, a été prêté au gouvernement et dissipé il y a biefe îong-temSé
a La banque , dit Smith, Hiv. 2 . ch. 2.) agit non seulement comme une banque ordinaire . mais en* 59 core comme une grande machine d'étar. Elle reçoit ï» et paye la plus grande partie des rentes dues aux il créanciers du public jj ^ c’est une chose digiiQ de Remarque que le public ou la nation est toujours mise à la plade du gouvernement, en pariant des dettes )* Elle fait circuler , continue Smith , les billets de #0 I exchiquier , et eiie avance au gouvernement le f> montant annuel de rimpôt terntorial et sur la bierre, f» dont la recette éprouve Iréquemment plusieurs 55 années de retard (avances qui sont encore faites en billets de la banque pour lesquels elle ne reçoit aucun fonds réel;, u Dans ces opérations diverses, ajoute Smith , le devoir de la banque envers le îj public peut Lavoir quelquefois forcée , sans aucune
Il faute de ses directeurs ♦ de surcharger la cîrcuîatîom IJ de papier-monnaie , par ses billets, ii Comment le devoir de la banque , envers Ig public « pcut-il Tobligef à surcharger ce public , de ses billets ou promesses auxquelles elle ne peut faire honneur , et à exposer ainsi les individus du même public à être ruinés ? Le paradoxe est trop fort pour être expliqué , car la banque va uniquement sur le crédit que lui donnent les individus qui reçoivent et font circuler scs billets , et non sur i on propre cxéàit ou sur propres valeurs réelles dont elle est entièrement dénuée. Si c’est cependant son devoir d’exposer le public à tant de dangers , c’est au moins également le devoir des individus de ce public de recevoir leur argent , et de prendre soin d’euxmêmes î délaisser aux gens en place, pensionnaires et fournisseurs du gouvernement , aux sociétés monarchiques et aux membrès des deux chambres du parlement, qui ont voté pour livrer l’argent du public , au signé même du ministre ; de laisser, dis«je , à ces gens là, de soutenir , s'ils le peuvent , le crédit de la banque et celui de ses billets qui ne peuvent plus êt^ payés en numéraire effectif , et auxquels on doit hypôthéquer aussi loin qu’ils peuvent aller , les biens de ceux au profit de qui ils ont été émiS et , qui les ont fait émettre.
Il y a toujours eu, et il existe encore une dépendance mystérieuse et suspecte entre le ministre et les directeurs de la banque , laquelle ne sc manifeste pas autrement, que par Taugmenta^tion continuelle des billets e» circulation. C est pourquoi, sans entrer
ifiûi d’autres détails sur tous les sttatagêmes par lesquels îes billets delà banque sont émis et jettes dans le public , j’en viens , comme je i’ai annoncé , à offrir une estimation de la quantité totale des billets de la banque en circulation.
Suite et estimation des billets de banque en circulation.
Quelque disposition qu’aient les gouvernemens à extorquer par des taxes l’argent du peuple, il est à leur rapacité une limite qui vient de la nature meme des chose». Cette limite est la proportion entre la quantité d’argent chez une nation , et celle qu il est possible d’y lever par les impôts. Le peuple a autre chose à faire de l’argent que pour^payer des impôts. Ce n’est qu’une partie proportionnelle de cet argent qu’il peut réserver pour eux , comme ce n’est aussi qu’une autre partie proportionnelle qu’il peut en appliquer aux locations , à 1 habillement et aux autres usages particuliers. Ces proportions se trouvent, s’établissent d’elles-raêmes , et cela avec tant d’exactitude , que si une partie excède ses proportions , toutes les autres i’en ressentent.
Avant l’invention du papier-monnaie ( les billets de banque ) , il n’y avait pas d’autre monnaie en An-
gleterre que l’or et l’argent , et la tomme la plut forte qui fut levée par les impôts à cette époque, n excéda jamais Je quart du numéraire que possédait la nation. G était beaucoup , quand les impôts s’élevaient là. Du tems de Guillaume III , ils ne s’élevèrent jamais à quatre millions , avant l’invention du papier , et la quantité d’argent que possédait alors la nation , est estimée à seize millions. Les mêmes proportions s’établirent d’elles- mêrnes en France. Jnsques à la révolution actuelle , il n’y eut pas de papiermonnaie , et lés imppts furent levés en numéraire d or et d argent. Les impositions lés plus fortes n’excécîèrent jamais vingt-deux millions sterlings , et I4 quantité d or et d’argept que possédait alors la France , selon Necker et d'apres ce qui est sorti de la monnaie (Voyez son traité dé Tadministration des finances), était à'peu-prés de quatre-yingt-dix millions sterüngSc Pour passer cette limite du quart en Angleterre , on Iqî oblige de créer du papier-monnaie 5 et la tentative d^outre-passer ce quart en France , ou Ton ne piU introduire du papier , renversa le gouvernement. Cette propprüon du quart est donc une limite posée par la nature meme des choses , quelque quantité que soit celle du numéraire circulant.
Le montant des taxes en Angleterre est de ving$ millions St. pleins ; il en résulte que la somme d’or, d'argent èt de billets drculans , pris ensemble , doit ^ élever à quatre-vingt millions sterlings. La quantité d or et d’argent est , selon le secrétaire du lord AYvksburry , Ge. Chalmers , ainsi que je l’ai di|
plus haut H, de vingt millions sterlings ; et par conse*quent, le montant total des billets de banque en circulation est de soixante millions sterlings. Celle somme énorme étonnera les plus stupides agioteurs , et comblera la crédulité des Anglais les plus dépourvus de réflexion: mais n’y eût- il que le tiers de cette somme , la banque ne pourrait payer un demi éca par livre sterling (B).
Jl y a quelque chose de cuneiix dans les mouvemens de la machine moderne et compliquée du système de hriancc par emprunts ; et ce n’est qu’à ce iTiomem qu il développe les mouvemens plus étendus. Au commencement il met de grands moyens dans les mains du gouyernenient , rnais ensuite il les lui retire complv-tement.
Ce système commença par lever des revemis , sons le nom d’emprunts *, et par ce moyen le gouvernement devint prodigue et puissant. Les préteurs prirent le nom de créanciers ; et quoiqu'on découvrit bien vite que les préteurs n’étaient que des vendeurs poùr le, gouvernement, ces prétendus prêteurs ou les personnes qui achetèrent après les fonds publics , se crurent non seulement créanciers , mais encore , le? seuls créanciers.
Cependant, tel a été l’eiFet de cette machine complir quée , qu’elle a produit , sans quon.s en apperçut-, uns ^utreiamille de créanciers, plus nombreuse , beaucoup plus formidable^ et en tout beaucoup plus réelle, queU prernière s car tout porteur de bilicts de banc^ue
«n créancier, un créancier réel ; et ce qui lui est dâ , tôt pnyaoie a vue, sur demande.
Ladeue par conséquent que le gouvernement doit ar.x^ individus , est composée de deux parties ; l'une environ de quatre cents milHons sterüngs , portant intérêt , l’autre , environ de soixante millions payable à vue , sur demande. La première est appellée la dette constituée , due jjour les emprunts et portant intérêt ; la seconda est la dette due pour les billets de la banque.
La seconde dette , celle due pour les blîîcts de la banque , a été en grande partie contractée pour payer les intérêts de la première , tellement que d.Hns le fait bien peu ou même rien du tout de ces intérêts na été payé par le gouvernement. Tout ici a été fraude et tromperie. Le gouvernement dabord contracta une dette , dans la forme des emprunts , avec une classe du peuple , et ensuite il en contracta, clandestinement , une autre avec une .autre classe du peuple , par le moyen des billets de banque , pour pay’er 1 intérêt de la prémiere. Le gouvernement agit par Im œême en contractant celle-ci , et il fit de la banque, une machine pour contracter l’autre.
C’est cette seconde dette qui change le siège des pouvoirs et l’ordre des choses ; car elle met au pouvoir d’un petit nombre des porteurs des billets de la banque , n’eussent-ils d’autre motif de mécontentement que le dégoût qu’inspire Tacte de Pitt et
de Grenviîle sur îcs séditions; elle met , dis - je , au pouvoir d’une petite partie des porteurs des billets de banque, les moyens de s’opposer à toute mesure du gouvernement , qu’ils jugent contraire à leur interet , et cela , non pas pat des société» ou des assemblées populaires , mais , par l’opération simple et aisée de retirer au gouvernement leur crédit ; c’est- a -dire , en demandant individuellement à la banque le payement de tous ses billets qui peuvent tomber dans leurs mains. Pourquoi Pitt et Grenviîle prétendraient-ils que ceux qu’ils rnsulieat et injurient , commuent de soutenir les mesures de Pitt et Grenviîle , en donnatit crédit à leurs billets ou promesses de payement. Aucune émission nouvelle dp billets ne pourra alors se faire ^ quand on demandera le payement des anciens, et que le numéraire métallique de la banque s’écoulera journellement ; on ne pourra non plus fairp aucune nouvelle avance au gouvernement ou à l’empereur, pour pousser en avant la guerre , ni émettre de nouveaux billets de i’exchiquier.
ii La banque , dit Smith ( liv- lî ? chap. ÎI) est f» une grandi machine d'état et il ajoute dans le même paragraphe; u la s clidité de la banque est égale à celle du gmxvernemenl Anglais , ce qui est la même chose que de dire ; la solidité du gouvernement est égale à celle de la banque , et rien depluâ. Si donc la banque ne peut payer , /c grand tréserier du saint cmpire romain [SRIAC"^) ] n’est plus qu’un banque- (*)
(*) Partie d® rhiscriptioji de la guhiée anglaise.
îGutîer. Quand la folie inventa des titres, elle ne réfléchit pas^ sur leur application ; car depuis que le gouvernement d’Angleterre est dans les mains trésoriers , il n’a cessé oc courir à la banqueroute ; et quant au grand trésorier apparent , il est depuis long . tems en banqueroute. Qiielle misérable perspective l’Angleterre a devant les yeux l
Avant 1755, il n’y avait pas de billets de banque ^ü»dcssous de vingt livres sterlings. Durant la guerre de cette époqiie , l’on en ht de dix et de quinze; et maintenant depuis la guerre actuelle, l’on est descendu jusqu'à en faire de cinq livres sterlings. Ceuxci circuleront principalement parmi les boutiquiers , les boucliers, les boulangers, les revendeurs au marché, les propriétaires de petites maisons , les aubergistes , etc. Tout le haut rang du négoce et de la classe opulente était déjà surchargé^ selon l’expression de Smith , de billets de banque. îi n’y avait plus dç place ou l’on pût jetter une quantité nouvelle additionnelle 4e ces billets , hors la classe du peuple, que je viens de désigner ; et le moyen de l’cn saturer comme les autres , lemedieur, était sans doute d’émettre des billets de cinq livres : conduite semblable à celle d’un homme insolvable et sans principes , qui sur le point de faire banqueroute pour des millions , emprunterait des sommes aussi modiques que cinq livres sterlings , des domestiques de fa maison, et ouvrirait le leridemaia sa faillite 1
Mais quelque secours et soulagement monicnt^ni,
que le mmistxe Pitt et sa banque aient pu attendre de ce bas stratagème, l’émission des billets de cinq livres , il ne fera que mettre davantage encore la banque hors d’état de payer les billets de plus forte somme, et il hâtera la destruction du tout : car les impôts même de petites sommes qui étaient auparavant payés en argent , le seront maintenant en ces billets 5 et la banque se trouvera bientôt presque sans autre argent que celui que pourra rendre la taxe d’une guinée sur chaque tête poudrée.
Les billets de banque sont la partie la plus essentielle des finances de l’Angleterre ; ce qu’on appelle la dette nationale constituée en rentes , n’est qu une bagatelle , quand on la leur compare ; et cependant , on n’a jusqu’à présent rien dit de ce qu il en est de ces billets. Niais il faut certainement qu on sache sur quelle autorité , celle des ministres ou des airecteurs , et sur quelle base, l’on en a emis une aussi immense quantité. J’en ai fixé le montant à soixante millions sterlings ; j’ai produit des faits : mais ca outre ; leur quantité excédant évidemment beaucoup celle de Tor et de l’argent, confirme cette estimation ; et encore , n’y eut-il de billets que le tiers ae soixante millions , la banque ne pourrait payer un demi écu de la livre sterling : car , comme je l’ai dit , il ne peut venir à la banque aucun nouveau supplément d’argent, parce que toutes ks taxes seront payées pn papier.
Qiaîpid le système des emprunts commença , on
ne faisait pas de doute que tous les emprunts seraient im jour remboursés. Non- seulement le gouvernement accrédita cette opinion , mais encore il commença à rembourser : petit à petit on s’écarta de ce principe , et on l’abandonna. Or , il est facile de voir que les billets de la banque suivront la même route ; car leur montant n’est autre chose qu’une autre dette , sous un autre nom. ‘Il est probable que M. Pitt proposera à la fui de les constituer en rentes. Alors les billets de banque d’Angleterre ne vaudront pas les assignats de France. Les assignats ont une solide propriété en réserve dans les domaines nationaux ; les billets de banque n’en ont point : et, en outre, les
revenus de l’Angleterre baisseront à ce qu’ils étaient avant que le système d’emprunts commençât , à trois ou quatre millions sterlings. Le grand trtsoTiir demandera alors un million pour lui seul ; et le grand trésorier apparent voudra encore avoir trois quarts du second million , pour payer ses dettes. En Froitce , ait Sterne, ces cheses sont mieux ordonnées n.
Conclusion^
^ J’ai maintenant dévoilé la système de finance de FAngleterre aux yeux de toutes les nations : car cet écrit sera publié dans toutes les langues. En le composant , je me suis acquitté d un acte de justice envers Icÿ citoyens nombreux des nations neutres , à qui
ce système frauduleux en a imposé , et qui ont leur propriété compromise dans l’évènement.
Comme citoyen des États-Unis d’Amérique^ et autant qu’un individu peut le faire , j’ai vengé ( si je puis employer cette expression sans aucun sens immoral ) , les rapines politiques , commises sur le commerce des Américains , par le gouvernement Anglais : j’ai rendu , pour la France , à cc gouvernement machiavélique, ce qu’elle lui doit eu matière des finances ; je termine en , renvoyant à M. Pitt les mêmes expressions dont il s’est servi contre elle : et je dis , le système de finance de l’Angleterre «* EST SUR LE BORD , BIEN PLUS , DANS LE GOUFFRE MÊME DE LA BANQUEROUTE jî.
Thomas Pa i n e.
Fatis ^ 19 Germinal^ an IV de la Hépublique Française , ^ Avril 1796.
i^OTES DU traducteur.
( t ) The funding..system : J’ai traduit le système à
rentes , à mtérêts constitués , le système par emprunts j ou le système des fonds publics'^ j’ai encore tenté de faire passer en français funding^sjstème , comme les Anglais ont eux-mémesreçu notre mot Assignats ^ ^ü’ils écrivent
sans autrement le traduire.
Mats VOICI quelques notions essentielles à avoir sur les fonds anglais.
L’kypothéque n’est que sur l’intérêt , et ne porte nullement sur le capital. Jamais personne ne s’est flatté , et le goiiverncméiit n’a nie.ine j'amais séiieusemejit promis ^ que le principal serait remboursé : l’intérêt seul est bypotbéqué sur les impôts qui sont affletés au payement de l’intérêt de chaque emprunt ; et tous les emprunts faits depuis le commencement du système , réunis , forment à-peu-près ce qu’on appelle la dette consolidée , à laquelle Pitt a tant et tant ajouté.
(2) Le système de finance de la France ii’avait point le Vice radical de celui d’Amérique, i^’un el l’autre ont eu le même principe , V émission , comme le ditTb. Paine ^ du capital j mais leur fin. ne devait certainement pas etre la meme : celui d’Amérique avait marqué Pécueil , et la France devait d’autant mieux le faire éviter au iien. Par un amortissement successif^ ^volontaire ou
fôrcê , iî lui est facile de le conserver intact ^ autant que dureront ses besoins 5 elle peut le rajeunir avant i’ouver* iure de chaque campagne.
Ce qui fait la différence de l’Amérique et de la France à cet égard , c’est que la France ^ très^populeuse , offre des terres en toute valeur pour le gage de ses assignats , et que la valeur de ses armées accroft sans cesse ce gage, par l’acquisition des biens nationaux compris dans les conquêtes qu’elles font sur ses ennemis. Des imbeciiles j il est vrai , des fripons et des perfides sont venus ^ qui ^ d’un côté ^ ont émis à profusion ses assignats pour les déprécier , et de l’autre , éteint un moment son énergie , et corrompu son esprit républicain ÿ mais son gouvernement constitutionnel aura dans peu tout rétabli.
L’Amérique , ,au contraire, n’avait que des terres sans culture et sans habitans à donner en extinction de son papier. Le moyen qu’elle pût amortir, comme la France celui qui surebargeait sa circulation ? Ses ennemis venaient l’attaquer d’au-delà des mers , et eût-elle ete plus forte ^ elle ne pouvait faire sur eux des conquêtes qui étendissent ses ressources.
Il a fallu , je le répète , rimbécillité , la fuponerie et la perfidie liguées ensemble , pour jetter les finances de la France dans la ruine où on les a précipitées , et d où la force du gouvernement constitutionnel va les tirer.
Au 9 Thermidor, U y avait six milliards d’assignats ea circulation 5 la dépréciation était de 4 à 1 : quelle eu ose aisée alors que d’amortir quatre milliards des assignats en circulation , sur un milliard de biens nationaux , à ce? taux de la dépréciation! L’état était libere , le système de finance rajeuni , et il recommençait jusqu’à une nou-
Vélle operâtîon semblable , qui , après une oxl deit^é campagnes ^ lui aurait encore rendu toute sa vigueur. Voyez le projet pour retirer une grande masse d’assignats par des moyens qui multiplieront les familles aisées , les travaux y toutes les reproductions p et seront un ciment solide à la Hépublique et à l’union des citoyens^ Il a ©té distribué à la Convention , en nivôse , an III , il y a quinze mois > et a été répandu dans le public j par le Traducteur.
(3) 4oc) millions steriings ! On sait que la livre sterling vaut vingt-quatre livres de France 5 ainsi 400^0005000. X livres tonrnois 5 valeur jfis:e j que doit l’Angleterre , ou plutôt son gouverneiixent Hano^
^rien^^
La France qui 5 au lieu d’emprunter, a émis son capital, n’avait encore , deux mois après le 9 Tberinidor , que six milliards d’assignats en circulation : ils étaient tombés à 4 pour 1— . 5 avec son esprit public, elle pouvait les retirer et les amortir sur i5co millions de ses doinvaincs , sans produire aucun décliirement , et sans presque faire de tort à personne.
Qu’on compare ensuite sa population et son territoire avec la population et le territoire de l’Angleterre , on trouvera! que celle-ci n’étant réellement que le quart Je l’autre, sa dette est proportionnellement quatre fois plu5 considérable. Sans aucun gage pour le capital et n’ayant d’iiypotbèque , pour les intérêts, que des impôts dont la source va tarir , l’Angleterre se trouve accablée d’une dette qui est pour elle vingt-six fois plus forte que celle que la France se trouvait avoir contractée par ses assignats^ à l’éqoque de Tbermidor.
Les
Les manœuvres de nos ennemis pour dépréciernos assignats , et renverser nôtre système monétaire , tournent à leur confusion* Les mandats réduiront les assignats à. une somme bien moindre de i5oo millions j et c’est à la. décharge de cet Etat qu’on voulait renverser par cette manœuvre, que vient la dépréciation factice des assignats. On ne souffrira sans doute plus celle des mandats , en présence de l’application immédiate de leur gap à leur amortissement, et de l’impatience des républicains.
(4) La proportion trouvée par Thomas Payne , de l’accélération de la chôte du funding système , forme une suite , ou une série de termes qui croissent dans un rapport qu’on pourrait appeller sesquialtère , ét dont chaque
ra.
terme étant désigné par m, celui qui le suit est mXj
( 5 ) C’est une chose vraiment ravissante que la contemplation deseffetsmerveilleux de la nature des choses ou de ce qu’on appelle autrement les décrets de la providence.
Boyd qu’on a dit avoir été à Paris le banquier de Pitt pour payer les troubles qui, après le lo Août, ont amen* le 3i mai , Boyd a fui , et il est arrivé sauf à Londres, avec sa fortune. Pitt paraît le récompenser aussi-tôt , en mettant en vente exclusivement chez lui les annuités de ses emprunts. Cette préférence excite de grandes jalousies , opère de la fermentation î l’intérêt cependant dee parties la comprime , et les nouvelles annuités que Boyd est chargé par le ministre de répandre , finiront probablement de faire sauter le gouvernement anglais , sa banque et ses trois royaumes par le même homme qu’il avoit employé contre la Convention et see aesignatt»
X f ^ ^ Voye* le tabîeau' donné page 1 1 , d’après la réglé invariable de la progression des dépenses de l’Ang-eterre, fixée par la nature même des choses , et c^ue T. Paine a découverte.
)486jOOO^oooX24 = i3i, 664)000, 000 de livres tournois, valeur métallique , somme monstrueuse que l’imagination ne peut se représenter , et qu’on ne suit qu’avec peine, même la plume à la main. L’intérêt à payer annuellementpour cet énorme capital étant de 220 millions st. 320,000,000X24=5,280,000,000 de livres tournois’
valeur métallique. Qu’on juge maintenant où et quand le /unding-sjstême de l’Angleterre doit crever dans la progression de cette charge énorme qui doit nëcessaire- TOcnd’écraser bien loin avant que seulement la cinquième partie porte sur son dos. Or , sa charge s’en approche à ce moment avec une progression accélérée^ qui, chaque jour , chaque heure , chaque minute augmente sensiblesnent ^ et est toujours plus effrayante.
’ ( 7 ) C’est celui qui ouvre la vente des annuités : il
les jette dans le publ^fc , et après avoir paru le seul prêteur , lui et ses amis qui l’aident et qui gagnent avec lui dans cette opération , ont maintenant bien la sagesse de n en pas garder pour un sclieling,
( 8 ) 6o?ooOjOOoX^4-^i544o>oo050oo livres tournois ^ valeur métallique. On voit que lefimdm^-sjstème se perd aussi dans les milliards : mais il n’a pas les mêmes resseurces qUc. les assignats ^ pour se relever de la dépréciation , ou pour ne pas périr, si elle- se précipite^ et cela par ce qu’il lî’a d’iiypotîîèque que les brouillards de la Tamise , à moins qu’une révolution ne fasse trouver, comme en France , des bie:î{s katioxaux.
traducteur à ses concitoyens auteur au peuple français
Thomas Paine au Conseil des Ci7iq Cents et a celui des Deux Cents Cinquante,.
Paragraphe Objet de P auteur dans cette dis^ cussion,
§. II. Système de finances d* Angleterre ^ d^ Amérique et de France,
§.III. Symptômes de décadence du système Anglais ( fundirg System ).
§. IV. En continuation. Symptômes de décadence du système Anglais.
§. V. Causes de la décadence du système de finance de V Angleterre .
§, VI. Fiat de la banque d^ An gleterre
§. VII. De la mort du système de finance de P Angleterre,
J. VIII. Opérations et état actuel de la banque d’Angleterre,
§. IX. Suite et estimation des. billets de banque en circulation
§. X. Conclusion,
Notes du traducteur.
PageJ
la
Fin de la tahlei^