‹ Décadence et chute du systême de finances de l'AngleterreChapitre 4 sur 5 · IS · texte numérisé non relu

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en France. Qiioique tout augmentât de prix aussi tôt rémission des assignats , l’on n’y achetait pas moins cher avec l’or ou l’argent les objets augmentés de prix , et l’on ne se plaignait d’autre chose, sinon que tout avait renchéri C’est encore là le langage en Angleterre ; on n’y parle encore que de la cherté des choses;

„,ais on V reconnoîtra bientôt que c’est une^ventablc

dépréciation, et qu’elle est Yc&ct ân fundtng système qui eu accumulant cette masse continuellement croissante de papier en circulation, fait descendre avec elle la valeur de l’or et de l’argent. Mats l or et l'argeit , à la fin , se révolteront contre la dépréciation et se sépareront de la valeur du papier : car a marche de tous ces systèmes paraît être , de donner au commencement la prépondérance au papier, et de la rendre à la fin à l’or et à l’argent.

Mais ce passage du commandement de l’or et de Parlent sur le papier , est une crise bien plus penlleu^e , dans le système des rentes ou intérêts consnmes que dans aucun autre d’émission de papier. Ce effet un symptôme de mort plutôt qti'une crise : c est le dernier coup pour ce système ; c’est une révolution entière et subite , c^ui s y

Si le papier est émis sans le constituer en intérêts ,

Onpeut en continuer les émissions, apres que sa

° d. celle «'‘-d'

ailsi que cela s’est vérifie en Anieriq France^ mais le système repose entièrement

L l’égale valeur du ^papier avec l’or et 1 argent.

Èlle subsiste aüssî îoiig-tcms (jue le papier contî^ nue de faire descendre la valeur de Tor et de l’argent au niveau où il descend lui-même ; et dans cet état-la même , celui d’une dépréciation égale successive , le ministre , quelqu’il soit , se trouvera assiégé de difficultés , a cause que les emprunts et les impôts votés pour chaque année suivante, se flétriront dans ses mains , avant que l’année expire ou que

I application puisse en être faite. Cela le forcera de recourir a ce quion appelle des billets de V exchiquitr ou de la marine;^ lesquels , augmentant encore la. masse du papier en circulation , précipiteront davantage encore la dépréciation.

Il faut savoir qu’en Angleterre on ne paye pas les impôts en or ou en argent , mais en papier , en billets de banque. Ceux qui payent des taxes un peu Considérables, les fabricans de bierre etd’eau-de-vie, savent qu il en est ainsi : j’en appelle à tout collecteur des douanes, ou à M. Whitbread, sur la vérité du fait*

II n y a point assez d’or et d’argent dans la nation pour payer les impôts en numéraire métallique , comme je Je démontrerai , et par conséquent il n’y en a point assez à la banque pour rembourser tous ses billets. L intérêt de la dette nationale constituée est payé à la banque avec le même papier que les impôts sont levés. Quand on trouvera , comme il doit arriver, une réserve générale à donner de l’or et de l'argent contre des billets de banque , ou la moindre préférence de l’un sur l’autre , alors chacun courra à la banque réaliser ses billets, comme il ea

a le droit ; chacun fera cela par mesure de prudence pour lui-même , et la vérité ou fausseté du système de finance par emprunts seront alors reconnus.

Etat de la banque Angleterre^

J ai dit dan^ le paragraphe précédent qu’il n’y a point assez d’or et d’argent en Angleterre , pour payer les impositions en numéraire métallique, et qu’il n’y en a par conséquent point assez à la banque, pour payer ses billets. Comme je ne veux rien avancer sur simple assertion , j’en appelle pour cette vérité aux écrits de M. Eden ( maintenant appelé Lord Auckland ,, et à G. Ghalmers , secrétaire du conseil de commerce et des Colonies, dont Jenkinson ( maintenant appelé Lord Awksbury ) , est président ( ces sortes de gens changent si souvent de nom qu’il est aussi difficile de les reconnaître que des voleurs ). Chalmers donne la quantité des espèces d’or et d’argent sonies du balancier de la monnaie ; et déduction faite de l’or léger qui a été refrappé , il dit que la quantité d’or et d’argent monte à environ vingt millions st. Il eut mieux lait de ne le point dire et de ne le point prouver , sur- tout, s’il avait réfléchi que le crédit public de l’Angleterre n’est que la méfiance endormie : cette quantité est beaucoup trop modique.

Be ces vingt millions sterlings , qui ne sont pas le quart de ce qu’il y a d’or et d’argent en France ( comme c’est démontré dans le traité de Necker. sur 1 administration des finances ) , trois millions au moins doivent se trouver en Irlande ; quelque partie doit etre ensuite répandue en Ecosse , dans les colonies Occidentales, etc. Il ne peut donc en rester, plus de seize millions en Angleterre , ce qui est quatre millions de moins que le montant des impôts. Mais en admettant qu’il y ait seize millions , pas plus du quart de cette somme ( quatre millions ) , ne peut être à Londres , quand chaque ville , bourg, village , hameau et ferme doivent bien en avoir un© partie , et que toutes les grandes manufactures auxquelles le numéraire métallique est indispensable , sont hors de Londres. De ces quatre raillions qui sont dans Londres , tout banquier , marchand , artisan, en un mot chaque individu doit bien en avoir quelque chose : est bien pauvre la boutique qui n’a pas quelques guinées dans son tiroir. Il est donc évident par toutes ces circonstances , que la quantité du numéraire métallique à la banque ne peut aller à deux millions sterlings , et ne va même probablement qu’à un million. C’est sur ce fil léger toujours exposé à rompre , qu’est suspendu tout le système d’emprunt de quatre cents millions sterlings , outre plusieurs millions de billets de banque. La somme réelle qui est a la banque , n est pas suffisante pour payerle quart seulement de l’intérêt d’une année de la dette nationale, si les créanciers exigeaient du numéraire métallique en payement ou changeaient immédiatement

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les billets dans lesquels iis sont payés; circonstance qui, chaque jour , peut arriver.

Une des amusettes qui a le plus contribué à faire durer le jeu comique du système , c’est que

^"int€ret est régulièrement payé. Mais comme l’intérêt est toujours payé en billets de banque , et que les billets de banque peuvent toujours être monnoyes pour cela, cette régularité de paiement ne prouve rien. Le point de la question est en ceci : la banque peutelle donner du numéiaîie métallique pour les biilets de banque avec lesquels on paie l’intérêt? Si elle ne le peut , et' c’est évident , il faut donc que quelques millions restent à la fin sans remboursement , et que les porteurs des billets qui seront présentés les derniers , soient dupes. Si Ton payait une fois la somme de numéraire métallique qui est à la banque, il est presque impossible d’imaginer comment elle se rénouvellerait. Il n’en viendra point par les impositions , car elles seront toutes payées en billets de banque ; si le gouvernement les refusait , leur crédit serait perdu du même coup. Il n’en viendra pas non plus par la rece^rè des lettres- de ^ change escomptées au commerce ; car tout commerçant paiera alors en biileîs de banque et pomt en numéraire métallique. Il n’y a donc pas de moyen pour la banque, d’en obtenir un nouveau supplément , dès qu’elle aura payé avec celui qu’elle possède à ce moment. Mais outre l’impossibilité de payer en numéraire métallique l’intérêt de la dette constituée , il y a mille personnes a |-.ondres et hors de cçtte ville , porteurs de billets de

banque reçus parla voie honnête du commerce, quî ne sont point des vendeurs ou agioteurs des actions des fonds publics : Ces personnes n'ont eu aucun profit à rémission des billets de la banque , comme Boyd et autres , qui, mus par leur intérêt, contractent ou prétendent contracter pour les nouveaux emprunts: et elles imagineront sans doute avoir tm juste droit à ce que leurs billets soient les premiers payés. Boyd a été bien fin pour changer en France son papier eti numéraire métallique ; il sera aussi rusé et aussi prompt, à faire inaintenam la même chose à Londres; car il a appiis à bien compter : et il est probable qu’U partira alors pour rAmériquê (5).

Ce n'est point une chose nouvelle que de voir les paie, mens arrêtés à la banque. Smith , dans son ouvrage de la richêsse nations ( liv. 2 , ch. dit qu'en 169Ô , les billets de V échiquier tombèrent de qua~ rante , cinquante et soixante pour cent ; que les billets de îa banque perdirent vingt pour cent , et qu’eiie arrêta ses paiemens.Ce qui arriva en 1696 , pourrait bien arriver en 1796. L'époque de cet évènement fut la dernière armée de la guerre du roi Guillaume. Il arrêta nécessairement rémission ultérieure des billets de Téch-iquier et de la marine^ il empêcha de lever de nouveaux emprunts; il força à conclure la paix c|ui fut faite l’année d’après, et il sauva, par elle, la banque, de banqueroute. Smith, parlait de l' état de la banque. , dans une autre occasion , dit , liv. 2 , ch. 2 : u cette compagnie fut réduite à la nécessité de payer en pièces de; six sois 55, Qj^aad uEie banque se sert du strata^c.m^

de payer en pièces de six sols , elle publie son insoîvabilité.

ÎI est digne de remarque , que chaque dérangement de iinance depuis que le système du papier s’est introduit , a causé dans les gouvernemens une révolution totale ou partielle. Le dérangement des finances de la France produisit sa révolution 5 le dérangement de son système d'assignats brisa ie gouvernement révolutionnaire , et amena la constitution actuelle. Le dérangement des finances de l’aftcien congrès d’Amérique et rembarras qu’il produisit dans le commerce, rompit le système de la première coiifédéiatipn , et produisit la constitution fédérale actiy^lle. Si maintenant , Ton peut raisonner par comparaison des causes et des évènemens , un dérangement dans les finances d Angleterre produira inévitablement un changement dans son gouvernement.

Quant au projet de M. Pitt , d’amortir la dette nationale en y appliquant un million sterling par an , lorsqu’il continue d’y ajouter chaque année plus de vingt millions, c’est comme s’il mettait un homme avec une jambe de bois à courir après un lièvre ; plus il court , et plus il en est loin.

De la mort du système de Jinancû de V Angleterre* . ... ^ /

Quand j’ai dit que îe système de finance par emprunts de l’Angleterre est entré dans ses dernières vingt années d’existence , je n’ai certainement pas prétendu dire qu’il durerait encore vingt ans , et qu’il expirerait alors comme un bail. J’ai entendu marquer cet âge de décrépitude , où la mort menace chaque jour, et où la vie ne peut durer long-tems. Mais }a mort du crédit où cet état qu’on nomme banqueroute , n’est pas toujours marqué, par ces degrés progressifs d'aune décadence visible , qui manifestent celle de la vie naturelle. Dans îe cours de celle ci , la vieillesse ne peut contrefaire la jeunesse ^ ni cacher l’abandan des facultés de l'âge viril. Mais il en est tout autremeut de la mort du crédit ; car quand toutes les approches de la banqueroute existent en réalité , . elles peuvent encore être cachées parles apparences. Rien n’est plus commun que de voir, en banqueroute, des personnes qui jouissaient d’un plein crédit le jour d’auparavant : et cependant, l’état de leurs affairis n’est pas plutôt connu, que chacun voit qu’elles étaient depuis long-tems insolvables. A Londres, le plus grand théâtre de banqueroute de l’Europe , ceci sera très-bien et sensiblement compris.

M, Pitt parle contiQuellemem de crédit et de res-

sources naiîonaîes. C’est - là précisément deux des. feintes apparences qui cachent les approches de la banqueroute. Ainsi que je viens de le prouver , ce qifil appelle crédit, peut exister dans un état d’insolvabilité, et n’est toujours, comme je l’ai défini, que le scmmcil de la méjiauce^

^uam aux ressources nationales , M. Pitt , comn^e tous les financiers anglais qui l’ont précédé depuis le comniencemtiht du système de finance par emprunts, s’est trompé sur la nature d’ùne ressource ;

dire qu ils ont donné purement, pour elle , la tromperie de leur système d’emprunts ; mais le tems a la fia la découvre. Ce qu’ils appellent et ce qu'ils ont appelé une ressource , n’en est point une ; c’est seulement V anticipation d’une ressource. Iis ont anticipa ce qui eût été une ressource pour la génération suivante , s’ils ne l’avaient consommé d’avance : le syslême de finance par emprunts , n’est qu’un sysême d’auticipatioris. Ceux qui rétablirent il y a cent ans , anti* cipèrent sur les ressources de ceux qui devaient vivre cent ans après ; car le peuple d’aujourd'hui est o’DÜgc de payer l intérêt des dettes qu’ris ont contractées , ainsi que celui de toutes les dettes contractées ildepuis ; et nous en sommes à la dernière. plume dont le poids va briser le dos du cheval. Si ce système avait commencé cent ans plutôt , la domine actuelle des impôts nécessaires pour payer l’iniéièt annuel de la dette à quatre pour cent ( en supposant qu’autant de folie eût pu durer si long -teins ), s’élèverait à deux cents millions steriings par an ; ic capiul

de la dette serait de 54S6 millions sterlings (6) -, selon la raison prbpottionnelle qui donne la dépense des guerres des cent années passées. Mais bien avant que ce système eût pu atteindre cette époque , la valeur des billets de banque par leur immensfe quantité ( c’est par un papier seulement qu’un revenu nominal aussi -considérable pourrait être levé), serait tombée aussi bas et plus bas encore que le papier-monnaie continental d’Amérique ou les assignats en France ; et qu^ant à lidée de les échanger contre de l’or et de 1 argent , ebe e^t trop absurde pour être réfutée.

Ne voyons nous pas que la nature , cians toutes ses opérations , s’élève sontre la base imaginaire 1 sur laquelle est construit le système de finance par emprunts? Elle opère toujours par des renouveüemens successifs, et jamais en accumulant des additions perpétuellement progressives. Les animaux et les végétaux , les hommes ei les arbres ont existé depuis le 'commencement du monde ; mais cette existence s’est soutenue par la succession des générations , et non point par une vie immortelle, donnée aux hommes et aux aibrcs , et en ajoutant continuellement à ce qui a une fois existé : pour faire place au nouveau ,’la nature se débarrasse de l’ancien. L’idiot de naissance comprend cela : l’imbécille agioteur seul ne s en apper^oit pas ; il croit que i art peut faire ce qui est impossible à la nature : il veut qu’il y ait ici un système nouveau, dans lequel l’homme n’aurait point amourir ; dans lequel le plan de la création s’exécuterait, cosmae

lefundhgsjstêmtde l'Angleterre, c’est-à-dire, opérerait par des additions continuelles de nouveaux êtres, et les ferait tous vivre ensemble dans une jeunesse e erne .e. Va , imbédlle ! compte les tombeaux ; et connais la folie de tes calculs. '

^ Mais en outre ; il est quelque chose de visiblement nsi e dans toute l’opération des emprunts. Il y a à peine un peu plus de quatre ans qu’il y eut à Londres une telle épidémie de banqueroutes , que tout l’édifcce commercial en fut ébranlé ; le crédit , toutes les affaires étaient en suspens , et l’état des choses ut tel, que pour empêcher ou retarder une banqueroute pnerale , le gouvernement prêta aux commérons SIX millions serlings , en papier du gouvernement. Maintenant, les commerçans prêtent au gouvernement 0 millions sterlings en leur papier; et deux parties, oyd et Morgan , deux hommes ass.ezpea connus , se disputent à qui seront les prêteurs. Quel est donc ce charlatanisme ? Il réduit l’opération des emprunts a un papier de connivence ; et les contendans ne disputent pas à qui prêtera , mais à qui signera , parce qu il y a quelque chose à gagner pour celui qui prête sa signature (7).

Tout agioteur des fonds publics , ou ministre , Anglais , vante le crédit de l’Angleterre. Son crédit , disent-ils , est plus grand que celui d’aucun pays de 1 Europe. Il est .une bonne raison pour cela ; aucune autre nation de l’Europe , ne pouvait être dupée par un aussigrossîercharlatanisme.Le fwi ding système , le système à rentes , à intétêts constitués , de l’Angle-

terre , sera un monument qui étonnera moins à cause de l’étendue à laquelle on l’a porté , que par la folie qui l’a soutenu.

Ceux qui ont précédemment prédit que ce système croulerait sitôt que la, dette s’élèverait à cent ou cenl cinquante millions , ne se sont trompés qu’en ce qu’ils n’ont point distingué entre l’état d’insolvabilité et celui de banqueroute.

L’insolvabilité commença du moment ou le gouvernement n’a plus été en état de payer l’intérêt de la dette, en numéraire métallique , ou de rembourser, de cette manière , les billets de banque avec lesquels on le payait; soit qu’on connût , soit qu’on suspectât cet état d’insolvabilité ou que l’on n’en eût pas d’idée. L’insolvabilité existe toujours avant la banqueroute ; car la banqueroute n’est que la publication 4^ cette insolvabilité. En affaires privées , il arrive souvent que l’insolvabilité existe et reste cachée plusieurs années avant que la banqueroute se déclare, lorsqu’on n’est plus en état de payer un sol pour livre. Un gouvernement peut se préserver de la banqueroute plus long-tems qu’un individu : mais Tinsoivabilité produira toujours , à la fin , la banqueroute du gouvernement et du particulier. Si donc la quantité de billets de banque émis , payables à vue , est plus grande que ce que la banque est en état de payer, la banque est insolvable ; et quand son insolvabilité sc déclarera , la banqueroute alors éclatera (^).

Parmi Us fourberies employées par les ministies

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