‹ DecampsChapitre 19 sur 31 · P I F !■' E HARO DEVANT UNE MADONE · texte numérisé non relu

P I F !■' E HARO DEVANT UNE MADONE

Ii'apri* une cau-foric de François l'Ianienp.

ou poétiques. L’imagination, le savoir, la raison s’unissent dans un seul homme. Nés dans un siècle propice, au milieu de générations éclairées, sympathiques, tout leur vient en aide. Leurs pensées sont celles de la foule, leur langue est comprise de chacun. Chacun reconnaît dans les chefs-d’œuvre du génie l’expression forte, parfaite, absolue de ce qu’il sentait vaguement, la forme réelle, palpable, vivante, de ses obscures aspirations. Tels furent dans l’antiquité Phidias, et, dans un temps plus rapproché de nous, Raphaël ou Corrège ; mais dans les époques de transition comme la nôtre, rien de ce qui l’entoure n’aide le poète, et tout au contraire lui fait obstacle : la confusion des idées, l’ignorance ou l’hostilité d’une partie du public, la passion des intérêts matériels, l’oubli ou le mépris du passé, l’indifférence pour l’avenir, les convictions traitées de chimères... Que vient faire le poète dans ce désordre, et comment se conduira-t-il dans ce chaos ? C’est pourtant au milieu de ces circonstances mauvaises pour l’art qu’est né et qu’a vécu Decamps, et qu’entre les deux grandes écoles qui se sont de tout temps partagé le champ de la peinture, il a découvert à travers mille obstacles une route à lui, route moins royale que celle qu’ont suivie ses rivaux, chemin de traverse si l’on veut, mais qui passe à travers un pays nouveau dont il a été l’explorateur, et dont il reste le propriétaire principal et légitime. Nos neveux connaîtront Decamps par ceux de ses ouvrages qui resteront comme de trop rares vestiges à l’honneur de notre temps; mais ce qu’ils sauront moins que nous, c’est la quantité de germes féconds que ce vaillant et infatigable artiste a répandus autour de lui. On a. pris ses sujets, imité ses méthodes et ses procédés ; on a vu la nature par ses yeux. C’est après Géricault et après lui qu’on a trouvé le style et le caractère dans les sujets modernes, la vérité dans les sujets anciens, la vie partout. On s’est pénétré de son inspiration, et son influence, qui est patente et directe sur les peintres de genre et de paysage, se reconnaît d’une manière plus obscure dans les branches diverses de l’art. Decamps a semé à pleines mains; il n’a récolté qu’une partie de son grain, et c’est aux voisins qu’il faut demander ce qu’est devenu le reste. Ceci n’est pas un reproche à l’adresse de ceux qui ont reçu, ni une réclamation en faveur de celui qui a donné : l’œuvre sortie de l’atelier tombe dans le domaine public, et chacun peut en profiter. La jeune école n’a d’ailleurs pas été ingrate envers Decamps : elle a payé par des louanges excessives les services qu’il lui a rendus. On assure qu’elle revient aujourd’hui sur son enthousiasme, et qu'une

réaction très vive se produit contre Decamps : ce serait la fable renversée de Saturne, — les enfants dévoreraient leur père.

Un assez grand nombre des ouvrages de Decamps portent à un trop haut degré la date et la marque du moment où ils ont été exécutés. Ils manquent de ces caractères généraux, absolus, qui assurent la durée aux tableaux comme aux poèmes. Ils ont déjà vieilli; ils disparaîtront. C’est Ta part du temps et le tribut que les productions humaines paient aux dieux immuables avant d’entrer dans l’immortalité. Mais celles de ses compositions qu’il a marquées d’une empreinte personnelle et profonde vivront, et le nom de Decamps ne sera point oublié. La force créatrice, l’originalité sont des vertus rares à toutes les époques, et plus que jamais aujourd’hui. D'autres, parmi les artistes de ce siècle, ont pu viser plus haut que Decamps, et quelques-uns de ceux-là mériteront sans doute une place élevée; mais, quoi qu’il arrive, l’auteur de tant de pages belles et charmantes restera une des gloires les plus incontestables de notre temps, car aux qualités poétiques il a joint « la vraisemblance et le jugement partout », et « ces parties, dit Poussin, sont du peintre et ne se peuvent enseigner. C’est le rameau d’or de Virgile, que nul ne peut ni trouver ni cueillir, s’il n’est conduit par le destin. »

D'après une lithographie originale Je Decamps.

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