‹ DecampsChapitre 4 sur 31 · VOILA CE QUI VIENT DE PARAÎTRE · texte numérisé non relu

VOILA CE QUI VIENT DE PARAÎTRE

D'après une lithographie originale de Décampa, publiée clic/ ( î ilia ut frères, le 3i noflt i83u.

LES ARTISTES CELEBRES

La Suisse ne lui apprit rien, et je ne trouve dans ses premières lithographies que quelques traces assez insignifiantes du séjour qu’il y lit. L’Italie ne répondit pas non plus d’une manière complète à ses aptitudes et à ses goûts. Cette terre classique de la beauté ne convient pas aux natures excessives, et ce qu’il y avait d’entier, de violent, d’exclusif dans l’esprit de Decamps ne devait pas s’arranger du calme, de l’harmonie, de la proportion qui distinguent l’Italie. Le pittoresque ne lui manque cependant pas, et Decamps y a trouvé, outre quelques-uns des motifs de ses plus beaux paysages, de nombreux sujets anecdotiques qu’il a traités avec son talent habituel. On comprend néanmoins qu’un pays où la grandeur est unie à toutes les grâces, où les formes sont précises, toujours élégantes, et revêtues d’une couleur diaphane et magique, comme d’un vêtement léger, soit un contradicteur muet, implacable et incommode pour un homme qui avait certes, et à un très haut degré, le sentiment de la beauté, mais que le bizarre, l’imprévu, tout ce qui a un caractère violent et original, séduisait également. C’est l’Orient qui révéla à Decamps toute la portée de son talent, et qui lui montra qu’il était fait pour peindre autre chose que des singes, des chasseurs et des gamins. Les oppositions extrêmes d’ombre et de lumière, les scènes pittoresques, les ligures étranges, la vivacité, la variété des couleurs et des costumes, toutes les discordances qui s’harmonisent si merveilleusement dans ce pays magique, devaient vivement frapper son imagination de coloriste. D’autre part, la nature sobre de la côte d’Asie, cette mer, ce ciel splendide, les grands horizons du désert, ce que les habitants de cette terre patriarcale ont gardé de la beauté et des habitudes antiques tirent une impression profonde et indélébile sur ce qu’on pourrait appeler le côté poétique de son talent. Mais ce sentiment vif d’une autre nature et d’un autre art, ce sentiment qui inspire, qui domine la plupart des œuvres de sa maturité, ne se montre encore que par instants et en concurrence avec d’autres préoccupations dans ses premiers ouvrages. Il semble, et c’est un trait bien remarquable de ce bizarre esprit, que Decamps ait laissé pendant longtemps ses meilleures impressions grandir et se développer en silence. Il ne leur emprunte d’abord que des sujets qui ne dépassent guère en importance ceux de ses premiers essais, et tous ses efforts dans cette phase de son développement sont concentrés sur les détails techniques et de métier, si bien qu’on se demande s’il n’a pas confondu un moment le but de l’art avec les

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