‹ Déchéance Sociale et ÉducationChapitre 5 sur 28 · TT EE · texte numérisé non relu

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ciez comme un poisson d’une pomme ; ce qui vous est surtout à cœur, c’est le « qu’en dira-t-on », c’est le jugement du voisin et surtout de la voisine, car la femme est un juge prompt et sévère, celle-là surtout dont le passé fut fécond en aventures diverses. Le beau scan- ‘dale, en vérité, si notre demoiselle voyait ses flancs s’élargir avant l’heure légale ! .

Avec un garçon, au contraire, de tels accidents ne sont point à craindre : ses malheurs en amour ne se trahissent par aucun signe extérieur aussi frappant qu’ une grossesse, el c’est là l’essentiel, car on pourra toujours caser le bon jeune homme 3; Sa façade reste nette, il est comme le dit l'apologue « un sépulcre blanchi » ; que l’intérieur ne soit que pourriture, cela importe peu et ne nuira en rien au mariage que l’on projette.

Îlest cependant évident que pour l'instant, du moins, votre fils est exposé de par la liberté qu’on lui laisse, à des accidents dont, en dernier lieu, les autres jeunes filles auront leur part au même titre que la vôtre, quand l'heure du mariage aura sonné pour elles.

Dans cet ordre d'idées, il y a quelques années, M. le Professeur Fournier eut l’idée d'organiser une sorte de referendum au sujet d’un projet inédit. Il ne s'agissait de rien moins que faire aux jeunes gens des classes supérieures des lycées, un cours très succint quoique suf-

fisant pour leur montrer le péril des affections véné-

riennes, de la syphilis tout particulièrement et leur dicter la conduite à tenir pour les éviter.

C’est ici que l’on peut apprécier cette profonde vérité de Descartes : « La pluralité des suffrages n’est pas une preuve qui vaille rien pour les vérités un peu malaisées à découvrir .» En effet les réponses assez nombreuses reçues à ce sujet par le maître, font ranger leurs auteurs en trois groupes : les favorables ; les indifférents ; les indignés.

Ces derniers ont, paraît-il, conservé cet espoir qu'un jeune homme de dix-huit ans peut avoir couru les cabarets interlopes et les filles de joie sans perdre ses

illusions.

« Vous allez déflorér ainsi des innocences, et ternir d’un souffle impur le cristal d’âmes encore vierges » (1), a-t-on écrit à l’'éminent syphiligraphe. Ce à quoi celuici répond en priant ses interlocuteurs de fouiller dans leurs souvenirs de collège et de se rappeler les conversations et les lectures clandestines des aînés, de ces malheureux êtres dont un soupçon de moustache ombrage la lèvre, et qui végètent, pris entre ces deux puissances également redoutables : la puberté qui tend à les émanciper, à en faire des hommes, et la crainte du pensum à perpétuité qui s'efforce de les réduire à un état voisin de l’abrutissement.

Done, ces moralistes s’opposent à la conférence prophylactique. Ils sont nets, aimant mieux sentir planer

la catastrophe, aimant mieux la voir frapper leur fils

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