Fournir Doit-on instruire.., etc
Lavabre 2
que prononcer un mot pour l’éviter. Toute discussion serait superflue devant cette opinion ; passons.
Autre groupe : les incrédules, dont on devine le sourire désabusé et narquois. Ils sont bien représentés par ce monsieur qui textuellement déclare : « Tenez, moi, on m'a fait une forte morale à dix-huit ans, et même, On m'a conduit au musée Dupuytren visiter un tas d’horreurs. J’élais donc très savant en théorie ; eh bien, cela ne m’a pas empêché quelques semaines plus tard, de me livrer à des perfectionnements de pratique dont je n’ai pas eu lieu d’être satisfait ! »
Voilà, parbleu ! un superbe exemple. M.X... vit bien tranquille durant dix-sept annéés. Un beau jour, il croit s’apercevoir que son fils s'agite et coule vers les femmes des regards d’une impudicité notoire ; il prend aussitôt, une résolution énergique, son héritier par l'oreille, et le traîne sur l'heure à Dupuytren lui terrifièr l’Ame par la contemplation de condyÿlomes, ulcères, chancres, végétations, bubons et autres «tas d’horreuré », en présence desquelles pas un mot d’explication, et pour cause, ne sort de ses lèvres paternelles. Autant eût valu le mener à un cours de danse !
Comment peut-on espérer qu’un exemple saugrenu, jeté ainsi tout de go dans la vie d’un jeune homme, puisse servir à quoi que ce soit, n ayant point été préalablement pressenti par une longue accoutumance à l’ anatomie et à la physiologie, sans lesquelles la OL est, je l’ose dire, incompréhensible au dernier point.
Ces incrédules ajoutent encore, ainsi que le rapporte
le Professeur Fournier, qu'il est impossible de réfréner
Palo Pres
les élans d’un jeune gaillard qui vibre sous la vigueur de ses dix-sept ans, devant |’ « aimable invite d’une jambe bien modelée ».
Oh ! laissez-moi rire ! Point n’est besoin d’avoir, je vous assure, ni l’âme ni le coup d'œil d’un Léonard de Vinci, pour se rendre compte d’abord que les jambes bien modelées ne courent pas les rues, et en second lieu que celles disponibles n’ont pas, à beaucoup près, la spécialité d’aguicher les jeunes gens dont, par notre temps de sport, l’éducation esthétique est des plus limitées.
Je n’en veux pour témoin que la littérature moderne qui nous présente le plus ordinairement l’initiatrice . comme une Hébé d’une indiscutable maturité, partant,
d’un galbe tout à fait relatif.
Or, rien ne me semble si navrant et si piteux à là fois, que ces lamentables clients des cliniques de voies urinaires qui ont récolté chancre ou rétrécissement au- près d’une hétaïre dont l’image et le souvenir, loin d’être un soulagement à leurs maux, ne se peuvent évoquer que comme un affreux cauchemar.
. La jeunesse moderne manque de goût, c'est entendu, Le mot d’idéal n’a plus déjà pour elle aucun sens, tous ses actes le prouvent, mais à qui la faute ? Le grand coupable en ceci n’est-ce pas la famille qui se décharge du lourd fardeau de ses devoirs d’éducatrice, et abandonne l'élevage de ses fils pour un quart à l’Alma Mater, pour le reste au ruisseau.
Ce mode d'éducation porte ses fruits: avec l’aide de
a misère, il fournit les criminels ; dans les milieux de
rang élevé il crée des individus sans conscience et sans discernement, n'hésitant pas devant les pires turpitudes Pourvu qu'ils soient assurés de l'impunité.
Avant d'ouvrir au collégien assoiffé de liberté, la porte du café-concert, ouvrez-lui donc celle du musée ; invitez son imagination à se former un idéal plastique en présence de la statuaire antique et laissez-le de lui-même Comparer avec cel idéal ce qu'il voit des péripatéticien-
nes errant dans la ville.
Avant de laisser entre ses mains les produits de la néo-littérature où se coudoient le détraquement cérébral et l’obscénité, mettez-le à même de faire quelques incursions dans le domaine de la physiologie et de l’histoire
naturelle.
Cette éducation artistique et scientifique n’est pas d'une mince influence à mon avis, et nombre de pexseurs illustres l’ont formulé bien avant moi.
Grâce à elle, vous éviterez qu'à la fayeur du clairobscur d’un music-hall la première poupée odieusement maquillée qu’il rencontrera ne semble à votre fils une exilée de l’Olympe prestigieuse, admirable, adorable..…, Ou au moins suffisante pour ce qu'il en compte faire, en risquant les pires contagions par sa sottise et son inexpériencce.
Reste maintenant le dernier groupe des parents dont
parle le Professeur Fourier : ceux qui voient favora-
blement l'inauguration d’une instruction prophylac:ique des maladies vénériennes.
Oh! ceux-là, ils sont ineffables!
« Bravo, crient-ils pour leur fils, prèchez-lui dès le collège la crainte salutaire de la vérole! » Cette simple phrase résume toute une psychologie. |
Ceux-là aussi veulent, de bonne heure, faire de leur fils un homme. A cette fin, il est à peine sorti de nourrice qu'ils tournent vers l’État omnipotent et monopolisateur un visage suppliant : « Faites-en un bon fonctionnaire, sembléent-ils dire, enseignez-le nourrissez le, gardez-le le plus longtemps possible et... prèchez-lai accessoirement la crainte de la vérole ; nous | autres, nous ne nous en chargeons pas.
« Ternissez, à professeurs, le cristal de cette âme vierge ; nous, nous ne voulons rien savoir. Une telle œuvre est trop dégoûtanie : nous vous la confions.
. «Si cela tourne mal, nous aurons alors tout droit de nous plaindre ; nous n’aurons pas, du moins, trempé dans une telle abomination |! »
Eh bien, c’est pouriant à ce point que nous en sommes encore: le poids des préjugés, de la fausse pruderie qui pèsent actuellement sur toutes les questions touchant aux régions dites honteuses et à leurs maladies est incroyable. Nous croyons avoir fait un grand pas dans la civilisation, parce que tout en continuant à célébrer le culte de Priape, fils de Bacchus, dans l'intimité, nous en parlons peu en public. Quelle erreur ! « {l y à des vérités plus dangereuses à taire qu'à dire, écrit le
D: Carrière, et qu'il faut avoir le courage de proclamer
hautement lorsqu'il s’agit de parer à un véritable péril social (1). »
Que penser donc, aujourd’hui,de ces pères qui mieux qu'indifférents, disent sans détour : « J'aime mieux voir mon fils gagner une maladie que lui enseigner les moyens de l’éviter. » L
Des conseils paternels, le Professeur FourNIER semble ne pas faire grand cas, quant à leur influence. « M'’est avis, dit-il, que pour nombre de jeunes gens, une conférence scientifique faite au collège sur les sujets en question, aura bien plus de portée, bien plus d'effet utile que tous les avertissements et recommandations émanant du foyer familial. »
Ce qu'il faut surtout reconnaître, c’est que les conseils émanant du père sont trop tardifs et le plus souvent, fort mal présentés.
Les manières sont tout, disait TALLEYRAND.
Ce précepte trouve ici son application plus que partout ailleurs.
Si de but en blanc, simplement parce qu’il est bien disposé, le père appelle son fils dans son cabinet et lui , commence avec des mines de circonstance un discours moralisateur confinant à la mercuriale sur les malheurs dont il sera frappé en cas de faiblesse, oh! alors. la partie est perdue d'avance. Pour le jeune coq dont l'esprit
vagabond suit par la fenètre le vol capricieux des oiseaux, le père prêchant la croisade contre la femme, la
femme jeune et belle surtout, prendra la tournure d'une