‹ Déclaration du PartiChapitre 4 sur 9 · IDE · texte numérisé non relu

IDE

présentée au Congrès de Bordeaux

le 17 Octobre 1926 par M. Maurice SARRAUT

au nom de la Commission de la Déclaration —k —

CMP YEE( GE) /

Citoyens,

A l'heure où s’achèvent les travaux d'un Congrès qui vit s'affronter, souvent avec passion, mais toujours avec noblesse, des thèses divergentes, il nous plaît de constater le sentiment profond de confiance unanime dans la vitalité de notre Grand Parti, qui se dégage de ses délibérations. Nos adversaires, toujours à l’affût de nos divisions, et toujours empressés à verser. de l’huile sur le feu doivent faire leur deuil de leurs espoirs trop pressés. Le Parti Républicain, Radical et Radical-Socialiste, conscient des grands devoirs que lui impose la gravité des circonstances et, s’élevant d’un coup d'ailes au-dessus des dissensions personnelles, a choisi avec une calme résolution les voies que sa fidélité et son dévouement envers la démocratie lui dictent pour l’avenir.

Pour les déterminer avec précision 1l convient de s'expliquer loyalement sur le passé récent.

Le malaise du pays républicain.

Il serait à la fois puéril et dangereux de dis-|

simuler le malaise qui pèse depuis plus d'un an! sur le pays républicain. Si celui-ci est pleine- |

ment satisfait de l'orientation générale de la

politique extérieure, 1l demeure préoccupé par | la situation intérieure et fort anxieux de son !

évolution.

L'origine de ce malaise, nous la trouvons | dans les circonstances qui ont suivi la victoire |

remportée le [1 mai par les partis de gauche ünis dans uñe pénsée commune contré l'adversite commun.

Le corps éléctoral, bien que desservi par une forme de scrutin qui gênait la claire expression de ses désirs, avait manifesté À cette date, et de la façon la plus catégorique, sa volonté. Il voufait, dans son ensémble, qué cette union répu-

blicaine qui. sous l'appellation de CARTEL

DES GAUCHES, venait de triompher, ne fut pas le CARTEL D'UNE MINUTE, mais

survécut à la période électorale, qu'elle conti- |

nuât au Parlement et au Gouvernément, sous la formée d’une politique d'action pratique et con-

certée. La tâche à accomplit dans tous les do- ! P

miaines était immense. Pour être menée à une heureuse fin, elle exigeait, de la part de tous

ceux qui accepteraient de s’y employer, un re-|

noncement momentané aux controverses d'écoles, et une collaboration étroite et cordiale des hom-

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mes et des partis qui, ayant combattu, et vaincu ensemble, ne devaient plus avoir qu'un seul but : concentrer toute .leur action vers un certain nombre de résultats tangibles, attendus par la démocratie.

Notre Parti s'est efforcé, dès le début de la législature de mettre tout en œuvre pour que se téalisât la volonté du suffrage universel. Il ne pouvait cependant, en raison même du nombre de ses représentants, qu'être à la fois un volant et un pivot, car il ne disposait de la majorité ni à la Chambre n1, encore moins, au Sénat.

Même en groupant avec lui les Républicains- Socialistes et les Socialistes unifiés, le Bloc ainsi formé demeurait à la merci des modérés, des réactionnaires et des communistes qui, en fait, devaient confondre le plus souvent leurs suffrages contre des ministères cartellistes. Au début, le prestige de ses succès récents, et son apparence de cohésion permirent au cartel de rallier sur sa droite par le soutien de Républiçains qui n'étaient pas de ses élus, une majorité peu considérable. mais qui paraissait sufñsante pour tenir et pour agir. Malheureusement, cette majorité devait s’émietter au fil des jours, parce qu elle ne fut pas assez unie, et, par suite, assez forte, pour agréger autour d'elle la masse flottante des hésitants, des timides, de ceux qu flairent le vent ou qui n'acceptent la discipline que du bout des lèvres.

Sur sa gauche, le parti socialiste pouvait, dès la première heure, apporter à notre parti le con-

cours effectif d'hommes éminents dont l'intelligence, au contact aigu des réalités qui se chargent volontiers de faire la part du rêve et celles des dures nécessités, ont exercé, dans les conseils des gouvernements, une influence des plus heureuses. Nos chefs les plus qualifiés, avec l'’assentiment exprès du Comité Exécutif, sollicitèrent ce concours de l’organisation off cielle du parti S. F. |. O. S'il est juste de reconnaître que leurs instances trouvèrent, dès l’abord, un accueil cordial parmi de nombreuses personnalités socialistes, 1] faut cependant constater qu’en définitive l'offre de notre Parti s'est heurtée à une réponse négative. Entre deux attitudes : la collaboration directe sur un programme commun bien déterminé, comportant naturellement le partage des risques et des responsabilités du pouvoir, et la politique excluant ces risques et ces responsabilités, le Parti Socialiste a cru devoir se prononcer officiellement pour la seconde. |

On peut dire que dès ce jour-là le grand élan qui emportait la démocratie française se trouvait, sinon brisé, du moins fortement ralenti, en s'écartant du gouvernement le Parti socialiste. s’il demeurait, en effet, fidèle aux décisions de ses congrès, dissipait, quelque soutien loyal et courageux quil apportât au premier cabinet Herriot, le rêve de labeur intrépide et vigoureux formé par les électeurs du 11 mai.

Peut-être, en assumant seul le pouvoir, notre Parti commit-il l'imprudence — qu'il devait

expier — de trop présumer de ses forces et de s'abandonner à l'illusion. Le soutien socialiste sans la participation ne devait et ne pouvait pas suffire à assurer une action gouvernementale énergique et ordonnée. C'est à toutes les heures du jour et de la nuit qu'un Gouvernement doit prendre ses décisions; 1l n’est le maître, ni des événements, ni des incidents qui surgissent tout à coup et qui exigent parfois des s0lutions concertées mais rapides. La présence, dans son sein, d'élus socialistes, mandatés par leur parti, était nécessaire à cette solidarité dans l’action réclamée par le pays, comme elle était indispensable à la constitution d'une majorité qui, entraînée par l'élan d’une politique de grande allure, se fut certainement réunie. (Applaudissements.) Du moment que cette présence faisait défaut, deux dangers naissalent pour le Parti Radical-Socialiste, détenteur du Pouvoir, mais ne pouvant en quelque sorte l'exercer qu’ad referendum: d'abord, l'isolement, et par là même, la fragilité, la précarité dans l’action: en second lieu, l'obligation pour vivre de se résoudre à des concessions qui, affiblissant cette volonté ferme et têtue, celte confiance dans l'avenir par lesquels peut seul être poursuivi un grand effort politique et social l'obligeaient à naviguer sur une mer semée d'obstacles sous la surveillance tenace de naufrageurs aux aguels. (Nouveaux applaudissements.)

Car’ cette situation ouvrait désormais à la

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