‹ Déclaration présentée au Saint-Siège par les rédacteurs de "l'Avenir". [SignéChapitre 2 sur 2 · Le pouvoir du Pape doit être modéré par les canons · texte numérisé non relu

Le pouvoir du Pape doit être modéré par les canons

Nous rejetons cette proposition, en tant qu'elle suppose , ou que le Pape ne peut pas s'élever au-dessus des canons, lorsque le bien de l'Église le demande , ou que ce n'est pas à lui qu'il appartient de juger souverainement si le bien de l'Église le demande. Noua considérons dès-lors cette proposition comme principe de schisme, et spécialement parce qu'elle attaque la légitimité et la valj$lé

(0 Monarchi» forma m noa fuisse immediatè in Ecclesîâ à Chrmo UiMiuitam. Hœc propoùtio e*t haretiea , sehitmatiea , ordinii hierarchici eubieffiva, et paeU EecUeiœ perturbativa. Censure du livre de Marc-Antoine de Dominia , par la faculté de Théologie do Paris. ColUctio /«f«* , Toni. J , nsrt. II page io5.

àn coneordat de 1801 , par lequel le Pape s'est placé au-dessus des canons.

6. Dans les matières de foi, le jugement du pontife romain n'est irréformable qu'après que le consentement de l'Église s'y est joint.

Nous rejetons cette proposition , particulièrement i° parce que les Papes n'ont jamais soufTert qu'on tînt douteuses un seul moment l'autorité de leurs décisions adressées à l'Église entière ; 2 0 parce que cette proposition est contraire à la profession de foi sanctionnée par le huitième concile général, suivant laquelle on doit suivre eu tout le Siège apostolique, dans lequel réside l'entière et vraie solidité de la religion chrétienne , et ne point réciter dans les sacrés mystères les noms de ceux qui sont séparés de la communion de l'Église catholique, c'est-à-dire, qui n'ont pas en tout les mômes sentimensque le Siège apostolique (1); 3° parce que cette proposition implique une des propositions suivantes :

Ou que le pape venant à tomber dans l'erreur en décidant, comme Pape, une question de foi, l'Église adhéreroit à cette erreur, ee qui renverse complètement l'iniaillibiuté qui lui a été promise par Jésus-Christ.

Ou que le corps des évêques ramèneroit le Pape à la vraie foi ; ce qui suppose quo le centre d'unité peut se trouver hors de l'Église romaine ;

Ou enfin que l'autorité du Pape, d'une part, et celle des évêques de l'autre, se balanceroient mutuellement, c'est-à-dire, qu'il est possible que l'Église , ayant à sa tête un Pape très-légitime, avec un concile très- régulièrement assemblé, soit néanmoins dépourvue pendant quelque temps de l'autorité suprême qui donne la dernière force à ses décisions.

Ces trois propositions sont rejetées par nous, comme directement contraires à la foi catholique.

7. On doit obéir aux ordres d'un évéque, dans le cas môme où it , ,

(0 Prima sains est recta fidei regulam custodlre, et à patrum traditione nuMatcnus deviare ; quia non potest Domini nostri Jesa Christi prastermitti ■«ntentio dicentia : T» et Peirus , et super kane petram adifieabo Eecletiam nùatn. Hsec quas dicta suntrerum probantur efTectibus ; quia in sede apostolicà immaculata csl semper servata religio. Undè , sequentes in omnibus apoatolicam pedem, et pradicanles cjus omnia constituta , spero ut in unâ communions vobiscum, qoam eedes apostolicà praedicat , esse merear , in quâ est intégra et vera ehristianœ religionis soliditas; promittens oliam sequestratos à conouauntone Ecclesiso catholicœ , id est , non in omnibus consentientes sedi apostoUtas, oorum uouiiua inter sacra non recitenda esse mysteria,

prescrirait de signer et d'approuver une déclaration improuvée par

le Saint-Siège.

No ii9 rejetons cette proposition comme principe de schisme. Du pouvoir temporel et do la société politique et civile.

8. Il n'existe pas deux puissances distinctes, IHino spirituelle, l'autre temporelle.

Nous repoussons celte proposition comme contraire à la tradition de l'Eglise.

9. Les roi» et les princes sont, par l'ordre de Dieu, indépendante, dans les choses tempot elles, de toute puissance ecclésiastique.

Nous ne rejetons point cette proposition en tant qu'elle implique la distinction des deux puissances , mais en tant qu'elle suppose :

Ou que les choses temporelles n'ont pas pour règle fondamentale la loi divine ;

Ou que la puissance ecclésiastique n'est pas l'interprète de la loi divine, dans ses rappo*ts avec l'ordre temporel;

Ou enfin que les rois ne fcont pas soumis , aussi bien que lest autre» hommes, aux décisions de la puissance ecclésiastique, interprétant la loi divine dans ses rapports avec l'ordre temporel. *

Nous rejeton» ces trois: piopositions comme contraires à la tradition de l'Eglise.

10. Le peuple n'est pas soumis non plus à une loi divine de justice, indépendante de sa volonté : il n'a pas hesoin d'avoir raison pour valider ses actes.

Noue rejetons cette proposition comme renfermant l'athéisme, et comme subversive de la société.

11. Les individus, les famille», les peuples n'ont que des droits résultant» des concessions des princes.

- Nou» rejetons cette proposition , comme subversive de la société, -Ainsi que la précédente, et impliquant également la destruction de -la loi divine de justice.

De l'amissibilité du pouvoir.

ta. Lè pouvoir est de droit iuamissible , et ne peut jamais cesser d'être légitime , lor» même que ceux qui en sont investis deviendroient tyrans ou; destructeurs de l'ordre social spirituel ou temporel.

Nous rejetons cette proposition comme absolument contraire à ta doctrine de l'Eglise , manifestée par les actes des Papes et des conciles généraux.

i3. Dan» l'ordre social catholique, le suprême pouvoir spirituel

n'a pas le droit de décider des questions de conscience , relatives à la légitimité du pouvoir temporel.

Nous rejetons également cette proposition, comme formellement contraire à la doctrine de l'Eglise manifestée par les actes des Papes et des conciles généraux , de sorte que , si cette proposition étoit vraie, ilfaudroit admettre que l'Eglise s'est trompée, ou a trompé le monde sur la nature et l'étendue de sa propre autorité.

14. La doctrine des théologiens , selon laquelle la communauté a droit de résister, pour sa conservation, à ce genre d'oppression qui constitue ce que le sens commun appelle tyrannie , est fausse, antisociale et identique au principe de Rousseau sur la souveraineté du peuple.

Nous rejetons cette proposition comme fausse en elle-même , et injurieuse à l'enseignement commun des théologiens les plus autorisés par l'Eglise.

De l'ordre légal.

15. En soutenant que les diverses formes légales, d'après lesquelles le pouvoir politique s'établit et se transmet, supposent radicalement le consentement de la communauté, la plupart des théologiens ont enseigné uue doctrine fausse et anti-sociale.

Nous rejetons cette proposition pour les mêmes motifs que la précédente.

Observation générale.

Eu rejetant les propositions qui viennent d'être énoncées, et en adhérant aux doctrines antérieurement exposées, nous ne nous appuyons pas fondamentalement sur nos propres conceptions. Le principe fondamental d'après lequel nous adhérons à ces doctrines, c'est qu'elles appartiennent respectivement ou à l'essence même du catholicisme, ou à la foi de l'Eglise, ou à la doctrine de l'Eglise , quoique non encore revêtues d'une définition expresse, ou à l'enseignement commun des théologiens catholiques. Nous rejetons, d'après le même principe fondamental , les propositions que nous avons énumérées.

De C application de ces doctrines d l'état actuel des choses en France.

Les faits qui concernent l'état actuel de la France ne rentrent point par eux-mêmes dans une exposition de nos doctrines. Mais comme nous appliquons plus ou moins immédiatement ces doctrines à ces faits, nous croyons devoir indiquer aussi les principales conséquences pratiques que nous en tirons.

Nous adhérons pleinement aux décisions du pape Pie VIII, qui

approuvent le serment de fidélité au Roi des Français , et nous désapprouvons tout prêtre qui , oubliant ses devoirs , oserait inquiéter à ce sujet les consciences.

Nous protestons en même temps que nous ne devons obéissance au gouvernement qu'à condition qu'il sera lui-même fidèle au pacte social, désigné sous le nom de Charte de i83o, qu'il a juré d'observer, qui est le titre même de son existence , et qui ne lui a conféré des droits qu'en stipulant les nôtres.

Ceux de nos droits qui intéressent plus particulièrement la religion, sont : i°la liberté de la presse, a' la liberté d'éducation, 3» la liberté d'association.

Nous voulons la liberté de la presse , comme garantie nécessaire de tous nos autres droits, et en particulier de nos droits religieux. Car nous ne pourrions livrer cette liberté au gouvernement, politiquement séparé de toute croyance, sans lui donner le pouvoir d'empêcher, à son gré, la défense de la religion. Que si l'on dit que la liberté doit exister pour le bien et non pour le mal, nous répondons que , quoiqu'il en soit de ce principe abstrait, a n'est susceptible ici d'aucune application. Car, en dernière analyse, ce seroit toujours le gouvernement qui , de fait , jugerait souverainement de ce qui est bien ou mal, vrai ou faux. Attribuer ce droit au pouvoir politique, ce seroit ruiner la base même du catholicisme.

Nous réclamons, en second lieu, la liberté d'éducation, parce que , sans elle, le gouvernement serait maître d'opprimer les consciences, et d'anéantir la foi catholique dans notre patrie. L'état déplorable de l'éducation en France, telle que l'a faite le monopole de l'Université, ajoute un nouveau poids aux motifs qui nous pressent Je demander continuellement cette seconde liberté.

Nous réclamons, troisièmement, la liberté d'association, et, en servant aussi, sous ce rapport, les intérêts généraux du pays, nous croyons servir en particulier les intérêts de l'Eglise , puisque cette liberté comprend celle des communautés religieuses, dont l'existence dépendrait sans cela du despotisme administratif et des triomphes successifs des partis.

A ces divers égards , notre libéralisme est celui des catholiques belges, qui ont établi ces libertés dans leur patrie, celui des catholiques irlandais, qui les défendent ou les réclament.

Enfin , nous savons que , dans un ordre social catholique, l'Eglise et l'Etat doivent être unis. Mais tel n'est plus l'ordre social de la France; et la situation des choses, qui s'aggrave chaque jour, nous 'ait vivement désirer que l'Eglise et l'Etat y soient complètement séparés, et, surtout, que Rome puisse instituer directement nos évêques, comme elle le pourra bientôt pour la Belgique. Mais nous

respectons à ce sujet les limites qu'il ne nous appartient pas de franchir. Nous reconnoissons , sous ce rapport, comme sous tous les autres , son autorité, aussi pleinement que nous nous confions en sa sagesse, et, si nous protestons contre la conduite des gouvernements, qui abusent des concordats pour tromper les intentions de Rome et opprimer l'Eglise, tout ce qui, dans le régime des concordats, porte le sceau du souverain Pontife n'en demeure pas moins inviolable et sacré pour nous.

Conclusion.

Si, dans les principes que nous professons, il y a quelque chose qui soit contraire à la foi ou à la doctrine catholique, nous supplions le Vicaire de Jésus-Christ de daigner nous en avertir, lui renouvelant la promesse de notre parfaite docilité. A Dieu ne plaise que nous puissions jamais mettre nos sentiments particuliers à la place de la tradition de l'Eglise, dont il est l'interprète souverain. Ce qui se passe autour de nous, ce vaste chaos d'opinions ne nous avertit que trop combien chaque homme doit se méfier de ses lumières si foibles, si bornées. Pour nous , la soumission qui est notre premier devoir comme catholiques, est en quelque sorte notre être comme écrivains. Toute parole de révolte dans notre bouche seroit le suicide de toutes nos paroles. Car notre premier principe, le principe vital de nos écrits, l'ame de notre intelligence, c'est que la vérité n'est pas un bien qui nous soit propre, et, depuis notre doctrine sur la raison jusqu'à notre foi en la Chaire éternelle, de toutes parut nous sommes comme enveloppés d'obéissance. Nous finirons», avee la grâce de Dieu , comme nous avons commencé. Après qu e nous aurons traversé des jours pleins d'épreuves et de combat» , lorsque notre dernier soupir aura marqué le terme de nos travaux, on pourra, sans être démenti par aucun souvenir de notre vie» nous en avons l'espérance, on pourra graver sur nos tombes ces mots «le Féoélon : O sainte Eglise de Rome! si Je t' oublie, puissé-je m* oublier moi-même !

Paris, a février 1 83 1 .

F. t>B La Mhnn.us , prêtre; P. Gebbet, prêtre; HonnSACirBB , prêtre; H. Lacordairk. prêtre; C. os Coiw ; A. Babtets; d'Aclt-Dimeswil ; vicomte Ch. de Mosti- "UMMftT; J. d*Orticwf; A. »b Sali fis \ Dag terre :

Habbl Tancrel , Rédacteur en chef ;

W aille.

Rédacteur- gérant.

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