LES BALUSTRADES ET LES HALCOSS
comporlail bien à l'instar du cliàteau, une galerie double à deux étages précédant l'escalier; les appuis du premier élage sont pleins, décorés, suivant le goût du jour, de médaillons d'empereurs inscrits dans des couronnes de feuillages (lig. 1 16). An cliâtean d'Kcouen, les appuis ne sont iiccusés que par des moulures.
yig. 115. - Appiii du Jiihécle li![:lisc de In Maildciiic H Tr<iyc8.
CependanI dans l'aile du cliàleau de Hlois, édifié sous François I"'', où les appuis de fenêtres soni pleins et chargés d'armoiries ou d'emblèmes, la balustrade k hauteur de la base du comble est magnifiquement décorée de balustres, alternant avec les initiales couronnées du Itoi et de la Heine. L'idée de traiter en sculpture ajourée de letlres ou de devises une balustrade d'appui, a été d'ailleurs souvent appliquée du xv' au xvi" siècle, à l'église <le La Ferté-Bernard par exemple, ou au clocher de l'église de Louhans.
Au château de Blois, les baluslrades rampantes de l'escalier
ont donné lieu à une composition charmante (fig. 107) : de fins baluslres enrichis de feuillages s'adossent à des pilastres dont les chapiteaux et les bases, appuyés sur des moulures rampantes, suivent le mouvement des marches.
Une disposition du même genre avait été adoptée pour la balustrade du jubé de la cathédrale de Limoges. De gracieux baluslres y alternent avec des pilastres qui, tantôt sont décorés d'arabesques, tantôt servent d'appui aux niches abritant des figures de haut-relief (fig. 117).
A Chambord, Texécution rapide de Tédifice ne permettait point Fétude ni la réalisation d'œuvres aussi parfaites ; on y employa des baluslres, petites colonnetles à double panse évidée d'une gorge vers le milieu, et constituant les supports de la main courante. (]ette disposition avait évidemment l'avantage de la rapidité crexécution, car les baluslres étaient tournés suivant un type unique ; aussi l'appliqua-t-on aux rampes de l'escalier intérieur à double volée.
Dans l'école parisienne, on avait conçu autrement l'application des ordres à l'ordonnance d'un balcon. Sur la façade de l'église de Belloy, la balustrade est formée d'une ordonnance de petites colonnettes, très finement étudiées à la manière des colonnettes d'ordre ionique en bois sculpté, qui forment la balustrade de la tribune au château d'Kcouen. A la chapelle d'Ecouen, ce sont de hautes consoles de pierre qui portent la tribune.
C'étaient là des raflinements auxquels se plaisaient les maîtres français du xvi** siècle, les Pierre Lescol, les Philibert de l'Orme et les Jean Bullant, et qui se maintinrent sous les règnes de François P*" et de Henri II. Sous Henri H, l'introduction dans le décor des entrelacs, associés à des cartouches de forme souple et à une ornementation florale, modifia sensiblement le décor des balustrades, et fut le point de départ d'une évolution caractéristique du décor, dont on trouve la trace en Allemagne et dans les pays du Nord jusqu'au xvir siècle. Il faut reconnaître toute-
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fois qu'en passant la fronlière, la (léeoralioii traditionnelle s'est singulièreraenl alourdie.
A partir du xvn'' siècle, les appuis de pierre ne sont plus formés que de bahisires dont les profils, un peu lourds sous Louis XIII, sont plus élégants au temps de Louis XIV. Les balustrades entrent, comme on le voit à A'ersailies. dans le décor
des jardins, couronnant des murs de terrasse comme à l'Orau- },'erie, ou formant au-dessus des combles qui ne sont plus apparenta, une sorte d'attique ajouré, que divisent des piédestaux portant des vases ou des groupes de figures.
C'est qu'en etfet, sous Louis XI\', les artistes se préoccupaient beaucoup plus des etl'ets d'ensemble que des détails, et il ne leur répugnait pas de répéter sur toutes les terrasses de Versailles le même type de balustre.
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On ne peut mécoiinnihe d'ailleurs l'efFel dû aux répétitions d'une même forme, el dont on avait fait usage dès le wi' siècle, anssi bien au chàleau de Chambord qu'au cbâleau de Serranl.
Dans cei-iaines régions, j>articulièremen( à Bordeaux, les tailleurs de pierre praliquaienl encore an xvir siècle, avec une ingéniosité remarquable, l'usage des appareils les pins compliqués, soil ponr soutenir les escaliers el leurs balustrades, soit pour supporter des tribunes. On a un remarquable exemple de trompes
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cylindriques ainsi employées, poui" les tiibunesde l'église Notre- Dame à Hordeaiix ; mais les balustrades étaient en fer forgé. A Versailles, les balustrades les pins inlëressaiites sont celles
(l'appui au couronni:
delà chapelle ifi{î. HHi; elles ont été exécnlées -k l'iiilérieur en bronze ciselé. Les socles et mains courantes éLanl en marbre, il s'agissait là d'une décoration intérieure d'une exceptionnelle richesse qui justiliait une étude particulière; mais k l'extérieur,
remploi des balustrades de type uniforme était général aux xvn'* et xviu'' siècles; on peut citer comme Tun des meilleurs types, celui qui fut employé dans la cour de Thôtel de Soubise. (Archives nationales. )
Le problème des balustrades est aujourd'hui ce qu'il était jadis, et la solution varie suivant que Fappui de pierre est pris entre les tableaux d'une baie, ou que le balcon est complètement isolé. Dans ce dernier cas, le choix de la matière pour la dalle du balcon n'est pas indifférent ; cette dalle portée sur saillies de consoles ou soutenue par un profil d'encorbellement, doit être en pierre dure, imperméable à l'eau, et taillée en pente jusqu'à un profil de larmier, si le balcon est de petite dimension; jusqu'à un caniveau recueillant l'eau aux extrémités, et la projetant au dehors par des gargouilles ou des tuyaux, si la dalle, qui doit être monolithe, a une grande surface. Si le balcon se développait en longueur, il serait indispensable de le composer de dalles à joints recouverts de telle sorte que l'eau puisse s'écouler à l'extérieur, dalle par dalle, suivant des penles écartant l'humidité des joints.
Pour l'appui, on adopte souvent le principe de balustres ou de colonnettes, posés sur une plinthe continue et supportant une main courante : les colonnettes ou- balustres sont des monolithes dont la porlée sur la plinthe est préparée par un lit de pose ménagé entre les glacis. Il faut en effet que la main courante, comme la plinthe, aient leur face de dessus taillée en pente, pour éviter tout séjour d'eau. Au cas où l'évacuation est faite par caniveau pris dans la dalle, les pentes de la dalle réservent aussi le lit de pose de la plinthe, et, de place en place, sont pratiqués les évidements nécessaires au passage de l'eau. Il est entendu que la plinthe, comme la main courante, étant très exposée aux intempéries, doit être en pierre très résistante (fig. 119).
Lorsque le balcon est porté en saillie sur des consoles, il importe, aussi bien pour la bonne construction que pour l'effet,
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que le profil de ces consoles soil très ëliidié en vue de la résislance qu'elles doivent offrir à un effort qui alleinl son maximum au di'oil de l'encast renient de la eonsole.
La (iéectration d'un appui de balcon en pierre n'est pas assujettie à une oi'donnance de colonnettes ou de bahistres. Si ce balcon saillit en avant d'une pièce de réception. Ibrmant motiT dans le décor d'une façade, il peut être intéressant île décorer plus librement la dalle d'appui comprise entre la main courante et la plintbe, et de traiter à jour la sculpture qui v est a])pli-
DECOR DE LA PIERllE
qiiée ; cette disposition a été adoptée pour les grands et petits balcons d'hôtels construits il y a trente ans, avenue de Villiers. Il importe en ce cas de réduire Tépaisseur de la dalle d'appui et, pour assurer sa résistance, il est bon de ménager au sommet et à la base de la dalle, comme on le ferait pour des panneaux de bois, des languettes qui s'engagent dans des rainures de la main courante et de la plinthe. A défaut de ces hmguettes, on peut employer une barre de cuivre posée sur champ formant chaînage et encastrée aux angles des balcons dans des pilastres qui donnent aux dalles un bon soutien.
Lorsque le balcon est en tableau, les piédroits de la baie font office de pilastres soutenant les cadres de pierre dans lesquels, soit par un chaînage vertical de cuivre, soit par des languettes de pierre, on assure la rigidité des panneaux. Il est inutile d'insisler sur l'importance de ces procédés de construction dont dépend la résistance et par conséquent la durée de Tœuvre.
La pierre nous apparaît de plus en plus comme la matière la j)lus propre à prouver la nécessité, pour toute composition décorative, de Taccord des formes avec la structure.
LES CHEMINEES
Piédroits, corbeaux et linteaux.
Hottes inclinées ou verticales. Arcs de décharge.
La construction crune cheminée en pierre est, à elle seule, tout un enseignement de composition décorative. Le programme en est très précis : la cheminée doit fournir en effet un âtre, de dimensions suffisantes, pour donner le maximum de chaleur rayonnante ; elle doit en outre évacuer, par un conduit pris dans le mur, la fumée à Texlérieur.
Si ce conduit peut être de section restreinte, par rapport à la dimension de Tàtre, il est évident que la fumée, résultant de la combustion, ne change de volume que graduellement et que, malgré le tirage d'un haut conduit, cette fumée serait refoulée dans la pièce au lieu d'être évacuée, si elle ne pouvait se détendre dans une sorte de cône ou de pyramide creuse, raccordant Tàtre avec le tuvau vertical.
Une cheminée ainsi composée doit êlre assez large pour permettre à plusieurs personnes de se grouper autour du feu, et comme l'évacuation de la fumée exige rétablissement d'une hotte saillante rejoignant le cjnduit, il faut que cette hotte, droite ou inclinée, soit assez basse pour recueillir la fumée, assez haute cependant pour qu'une personlie debout ne risque pas de la heurter de la tête.
Mais si la hotte doit être saillante, les piédroits qui limitent
Tàtre ne doivent an contraire avoir qu'une saillie réduite, afin de ne pas encombrer la pièce.
Or ces piédroits sont tenus de porter, par encorbellement sur des sommiers, Tétroite languette de pierre qui forme la hotte ou cofiVe montant jusqu'au plafond, languette mince à la partie inférieure, mais qui s'épaissit en montant à Tintérieur pour se raccorder avec le conduit vertical. La construction de la partie basse de la hotte ou manteau, qu'elle soit réalisée par un linteau ou par un clavage, exige, pour éviter toute poussée ou flexion, fincorporationdans le mur de forts sommiers recevant les abouts du manteau, sommiers qui, maintenus par la charge du mur supérieur, font obstacle à tout écartement des assises de la liotte.
Toutes ces conditions d'équilibre, qu'il est indispensable de remplir, déterminent avec précision les éléments de la composition d'une cheminée de pierre, et la fonction de chacun d'eux. Dès le xin'' siècle, eu France, les architectes avaient bien compris les nécessités de structure d'une cheminée, et la décoration qui pouvait y être appliquée.
Les piédroits arrondis ou polygonaux, pour éviter les angles vifs toujours gênants, sont prolongés par des encorbellements de chapiteaux ou de consoles, sous les sommiers de la plate-bande qui porte la hotte, et, en raison des exigences de la construction, les cheminées se superposent d'étage en étage, chaque atre se prolongeant par un coffre étroit mais long, afin d'éviter la saillie des souches, qui accusent à l'extérieur les conduits de fumée.
D'autre part, avec les planchers de bois apparent, il importait d'écarter du feu les chevêtres ou lambourdes qui encadraient le colfre saillant : il était donc naturel que ce coffre déterminât l'emplacement du foyer de la cheminée situé au-dessus, le coffre de la cheminée inférieure passant derrière celui de la cheminée supérieure, et, comme une partie du plancher eût reposé sur la hotte, on la déchargeait par un arc reportant le poids sur les piédroits.
LES CIIRMINKES 207
Les cheminées les plus anciennes ne coniporlaienl pas de superpositions ni d'adossemenls de coit'res : le liiyau d'évacuation de la fumée correspondait à une cheminée unique ; il était cylindrique, et se terminait au-dessus du comble par une toiture conique de pierre, sui-niontantiine série de fentes verticales laissant passage à la fumée, tout en ménageant la protection du conduit contre la pluie.
l'ne construction très ancienne, dite maison des Aufflais ou Maladrerie, et qui est située au boitl de risie, près de Périgueux, conserve deux de ces cheminées anciennes, dont les couronnements réalisent celle évacuation de la fumée etcetle protection des conduits. La hotte de l'une d'elles est tronconique, formant saillie à riiitérieur de la pièce, et n'étant eu ((uclque sorte que tévasemenl
uyau cylindrique. (
" ,.«r une loiluic c.miqiic.
aussi la disposition des
cheminées que l'architecte Revoil a relevées, l'une i^ l'abbaye de Senanqiie, l'autre dans une maison de Saint-(îilles. l'ne cheminée du même genre existe dans les dépendances de la cathédrale du Puy. Les coui'onnenienls des souches cylindriques ou polygonales existent encore en assez grand nombre : on peut citer un cou-