‹ Décor du métal; le cuivre et le bronzeChapitre 13 sur 24 · FOURS A FONDRE DE GRANDES PIÈCES · texte numérisé non relu

FOURS A FONDRE DE GRANDES PIÈCES

On emploie les fours Fiat pour des fontes de 100 à 500 kgr. et les fours Rousseau pour des fontes de 100 à 300. Çes fours sont mobiles dans leur ensemble ; ils reposent sur des fosses ou chambres à air où aboutit le conduit d’un ventilateur.

Le four lui-même est en tôle d’acier, avec revêtement intérieur en briques réfractaires. Il contient un creuset en plombagine recevant le métal à fondre. Le coke est placé dans l’espace libre entre le creuset et les parois du four.

La fusion de 500 kgr. de métal exige, non compris l’allumage, environ une heure et demie. Dans ces fours, la perte par évapo-

L' Art appliqué aux Métiers. — V.

ration n’esl que de 5 "/oi îieu qu’elle atteint de 12 à 15 dans les fours à réverbère. Ils sont aussi économiques au point de vue du combustible. Dans les fours à réverbère, on compte 1 kgr. de bouille de première qualité par kgr. de métal à fondre. Dans les fours Fiat ou Rousseau, la dépense de coke n’est que de 45 kgr. pour 300 kgr. de métal fondu.

Lorsque la fonte est arrivée à l’ébullition, le four est enlevé au moyen d’un pont roulant, le crochet d’un des treuils s’accrochant à une anse montée avec des tourillons qui sont soudés à une ceinture rivée avec l’enveloppe du four.

L’appareil pouvant ainsi osciller est amené au-dessus d’un bassin placé sur la tranche ou coulée principale du moule. Cette coulée est momentanément obstruée par une quenouille. Lorsque la fonte est complètement versée dans le bassin, la quenouille est soulevée et le métal se précipite dans tontes les parties du moule qu’il emplit jusqu’au dégorgement des évents.

Les fours Rousseau ne diffèrent des fonrs Fiat qu’en ce qu’ils utilisent le retour de flamme et réalisent ainsi une certaine économie.

Lorsque la pièce est nettoyée , elle passe dans l’atelier de « l'éparure ». C’est là que s’effectue le travail délicat au droit des recoupements des jets et des coutures, et ce travail doit être mené de telle sorte que sur aucun point ne puisse se produire une modification de forme. *

Le travail de ciselure est plus délicat encore, et pour obtenir un travail parfait il faudrait que le sculpteur fût lui-même ciseleur, retouchant le cuivre comme il retouche la cire pour donner à son œuvre les finesses ou les accents qu’il a prévus. La ciselure a généralement pins d’importance pour l’ornement que pour la figure, parce que pour celle-ci le sculpteur a poussé le modèle assez loin, de telle sorte que le plâtre réparé lui donne déjà tout son effet. Il en serait d’ailleurs de même pour l’ornement si le scnlptenr était mieux exercé à la composition déco-

LE CUIVHE ET LE BHONZE EN FRANCE

ralive et préparé, comme cela se faisait au temps de Ghiherti, à étudier d assez près la flore et la faune pour réaliser avec la même juaîtrise l’ornemenl d’un chambranle ou les figures d’un panneau. C’est en considérant à tort la sculpture d’ornement comme un

art secondaire que les sculpteurs ont fait des œuvres secondaires.

Au XVII® siècle, malgré l’influence qu’exerçait en France l’art italien, l’enseignement corporatif, continuant les traditions du Moyen Age, était assez puissant pour que l’art ne fût pas divisé par spécialités. La pléiade des sculpteurs qui collaboraient aux travaux de Versailles excellait aussi bien dans la composition

d’un groupe que dans celle d’une torchère ou d’un trophée, et les ouvrages de ce temps sont avant tout des œuvres de décoration monumentale.

[ ne conception particulière de l’art correspondait alors à une

Fig. 69. — Trophée de bronze ciselé ei, doré, dans le salon de la Pai.\, au château de Versailles.

idée, celle de l’incarnation de l’Etat dans la personne du Roi. Au XVII® siècle, l’art est vraiment un art royal , caractérisé par l’emploi général de l’or dans l’ameublement des châteaux et par le choix d’attributs ou d’emblèmes rappelant la majesté royale. Le goût italien pour la richesse d’un décor superficiel concordait avec cette conception d’un art somptueux où le métal le plus riche, l’or, avait nécessairement un rôle prépondérant. Le bois n’est pas riche par lui-même ; mais s’il est couvert d’or, il brille

comme une matière précieuse. On dora donc les balustrades en bois de la chambre du roi ffig. 68), les montants et traverses des sièges, les cadres et les panneaux sculptés des lambris. On dora aussi le cuivre et même le plomb : en même temps, les murs

Fig-. 70. — Serrure et verrou de bronze d'une porte des grands appartements, à Versailles.

furent revêtus de marbres qu’enrichirent des appliques de métal doré.

Ainsi s’explique et se justifie le décor fastueux des galerie et salons du château de Versailles. Ainsi se motive l’usage d’ornements rapportés, trophées, masques ou guirlandes, qui n’ont pas par eux-mêmes de destination, qui ne sont pas liés à la construction, mais qui rehaussent une paroi par des revêtements riches de formes et riches de matières.

Ce qui est caractéristique dans la sculpture du xvii® siècle, c’est le goût qui se maintient en France, en dépit des exagérations de l’école italienne. Ces trophées des salons de la Paix (lig. (39) et de la Guerre, ou de la Galerie des Glaces, sont des

Fig. 71 . — Serrure et verrou en bronze de la porte de la tribune de la chapelle, au château de Versailles.

œuvres de grand style dont l’afliliation à l’art antique est évidente, mais qui, par le choix et le groupement des attributs, par tous les détails de la composition, conservent des qualités de mesure qu’on rencontre rarement hors de France dans les ouvrages contemporains.

Dans le Salon de la Paix, le bronze doré s’applique sur un marbre coloré qui s’harmonise avec l’or. Sur ces trophées, le travail de ciselure est large ; il semble que le ciseleur, habitué à

travailler le cuivre au repoussé, ail conservé la tradition des modèles grecs qui mettent en valeur le métal par les jeux de lumière.

D’ailleurs il s’en faut que les procédés de la ciselure au repoussé aient été abandonnés, du xvn® au xviii® siècle. Nom-

Fig. 72. — Seri’ure moderne à l’œilîel (Musée du Conservatoire des Arts et Métiers).

breux sont les ouvrages contemporains d'orfèvrerie religieuse, cbandeliers, portes de tabernacles, etc., dont l’exécution est aussi habile qu’elle l’avait été précédemment.

Lorsque, à Versailles, la préférence accordée au bronze fondu et ciselé s’étend aux ouvrages de quincaillerie, les serrures, les verrous, les poignées d’espagnolette sont exécutées avec perfection, comme aux époques où ces ouvrages étaient en fer (fig. 70).

Les serrures des grands appartements ont été si souvent remaniées, et on s’est, dans ces remaniements, si peu préoccupé des appropriations de style, que souvent des portes du xvn® siècle

sont munies de serrures de la fin du xviii®. J’ai peine à croire que la serrure du Salon de la Paix, où la lyre d’Apollon voisine avec un sphinx, soit la serrure primitive.

A la chapelle, au contraire, il y a tout lieu de penser que la belle serrure à verrou horizontal, qui ferme la tribune royale (fîg. 71) et dont les attributs sont, sur le coffre de la serrure.

Fig. 73. — Groupe d’animaux l'oudus par Relier. Terrasse du château de Versailles.

deux enfants tenant la couronne royale . sur la gâche, les armes de France, date bien de la construction de la chapelle, qui fut d’ailleurs l’une des dernières œuvres de Mansart. Les serrures de la tribune ont la souplesse des ouvrages du xviiP siècle.

Le thème décoratif est celui qui convient au palais du Roi- Soleil. Mais il doit demeurer à sa place et ne pas être transplanté dans nos maisons modernes où il serait bien dépaysé.

(Jui nous empêche de créer une serrure dont les attaches soient étudiées pour bien s’appliquer sur le bois, et dont le décor nous

appartienne? L’interprétation de l’œillet par le sculpteur Ducuing, pour la serrure comme pour la clef (fig. 72), montre suffisamment l’orientation à donner à ces objets d’usage courant qui, lorsqu’ils ne sont pas des pastiches, sont généralement laids, faute d’une main d’artiste.

Fiij. 7i. — Zéphire. Figure de bronze décorant une cheminée du xviii' siècle, au château de Versailles.

Les travaux du château de V ersailles y avaient fait affluer des artistes et des artisans de tous pays. On cite parmi eux les frères Relier, fondeurs , originaires de Zurich, auxquels on attribue la fonte en une seule pièce de la statue de Louis XIV érigée sur la place des Victoires et détruite à la Révolution.

De nombreux groupes, merveilleusement patinés , et qui

ornent les bassins de la terrasse du château de Versailles, portent la signature des Relier. Sur l’un d’eux, où sont des animaux, la date de 1681 accompagne la signature (fig. 73).

L’art délicat du xviii® siècle a poussé plus loin encore que Tari du xvn® siècle l’interprétalion de la figure en métal. Il

Fip. 75. — Espaj;nolette en bronze ciselé dans le cabinet du Roi, au château de Versailles.

semble que dans la réaction contre l’art pompeux du règne précédenl, il y ait plus qu’un caprice de la mode. C’est un retour vers l’art spirituel et fin de la cour des ^’alois, mais aux formes décoratives assouplies, appropriées à la vie élégante et tant soit peu licencieuse qui succédait à l’apparente austérité des mœurs de la cour à la fin du règne de Louis XIV.

C'est encore \'ersai!!es qui nous offrira l’une des œuvres les

plus parfaites de cette époque, une cheminée dont la tablette est soutenue aux angles par deux gracieuses figures de bronze, Flore et Zéphire (fig. 74 1, sortant de deux consoles en forme de gaines, dont rornemenlalion délicate révèle le goût le plus lin tout en accusant les qualités du métal.

Fig. 76. — Cheminée en niarbi-e rouge antique, avec garniture de bronze, dans le cabinet attenant à la chambre du Hoi fChâtcau de ^’e^?ailles).

Flore relevant ses voiles d’un geste élégant forme le plus charmant contraste avec Zéphire. Le sculpteur a fait de celle cheminée une décoration vivante en quelque sorte et tout à fait originale.

Dans la cheminée du salon voisin sont des chenets à peu près contemporains, portant run un cerf, l’autre un sanglier, sur un sol jonché de branches de chêne et de laurier. Un salon de l’hôtel de Gastries, à Paris, a conservé intacte sa cheminée à décor de bronze encadrée dans ses lambris.

Au temps de Louis XVI s’accuse un retour du goût vers l’anliquité classique, qu’on imite dans ce qu’elle a généralement d’un peu raide et de conventionnel. Les chenets conservés au palais de Fontainebleau et dont les motifs de décoration sont des vases, aux anses formées par des serpents, n’échappent pa&

à cette critique.

A cette époque, la perfection de l’exécution n'est pas toujoursexempte de sécheresse et de mièvrerie. C’est le cas de la décoration du cabinet royal, achevée en 1789.

La pièce est complète avec ses lambrisempruntant leur décor aux inventions de la fin du siècle, avec ses serrures, son espagnolette (fig. 75) et surtout sa cheminée de marbre rouge antique (fig. 76), qu’enrichissent des appliques de bronze ciselé dues à Goutbière.

Il semble, à examiner cette cheminée, qu’on revint alors aux délicats rinceaux, aux chutes de feuilles ou de fruits qui furent en grand honneur au temps de F rançois F*' et dont la délicatesse donnait tant de prix au métal ciselé des frises, des pilastres et des consoles. Ce qui est vraiment admirable, c’est la perfection de la ciselure : elle ajoute un caractère de préciosité au masque, entouré de rinceaux, qui occupe le milieu du linteau, aux guirlandes de fleurs et aux rubans enlacés d’un serpent qui supportent les pièces accessoires de la garniture de la cheminée

(fig-

L’art, à celte époque, offre un singulier mélange de naturalisme et de convention, associant à un décor floral bien observé sur la nature des ornements traditionnels, inspirés de l’art antique. A cet égard, le Petit Trianon fournit de bien précieux documents, et sans entrer dans les détails du mobilier, il suffira de citer les appliques de bronze bien connues, formées de cors de chasse, attachés par des rubans à des branches de chêne.

C’est à l’école des ciseleurs du xviii® siècle que revient le principal mérite des œuvres exécutées sous le premier Empire, œuvres d’un goût moins sûr, où prévaut l’imitation de formes égyptiennes, grecques ou romaines, mais qui s’appuient encore sur les connaissances techniques de l’enseignement corporatif.

APPLICATIONS DU CUIVRE MARTELÉ A LA STATUAIRE EN FRANCE

Moyen Age et temps modernes.

La fonte du bronze pour la statuaire a donné d’admirables leuvres dans la Grèce antique et dans l’Italie au temps de la Uenaissance. Cela tient à ce que les artistes avaient une connaissance approfondie de la technique jointe à une entente parfaite de la décoration et que leurs modèles étaient composés en v ne de l’exécution.

De nos jours il n’en est pas toujours ainsi ; les sculpteurs parlent constamment de la couleur et cependant ils ont une tendance à vêtir leurs statues de sacs mal drapés où l’on chercherait vainement les oppositions de noirs profonds et de grands plans de lumière qui font le charme des statues anciennes et leur donnent vraiment cette couleur dont on parle trop mais qu’on n’obtient pas. Aussi est-il réconfortant de constater la faveur dont jouit depuis quelques années le procédé de martelage du cuivre appliqué à la statuaire. Quand l’artiste travaille lui-même la matière, marbre, bois ou métal, il est sur le chemin de la véri té. Lorsque sa main intervient pour traduire sa pensée, il tend à la perfection artistique. L’œuvre est moins bien tenue lorstpie du modèle en terre on passe à une épreuve en plâtre, puis à un moule, puis à une fonte : ces opérations successives

APPLICATIONS DU CUIVRE MARTELÉ A LA STATUAIRE

aUénuent singulièrement ia personnalité si l'artiste n’a pas la volonté tenace de composer son modèle de terre en vue de la matière définitive dans laquelle il prendra corps. Avec le martelage la main de l’artisan conduit l’œuvre jusqu’au bout.

C'est un procédé (|ui, appliqué d’abord en Oiient, eut eu France de très nombreuses applications pendant le Moyen

Fig. "8. — Châsse en cuivre repoussé à Moissat-Bas iPuy-de-Dônie).

Age. Dès le xii® siècle, ainsi qu’on peut le constater sur une châsse de Moissat-Bas ( Puy-de-Dôme ) , on exécutait en cuivre martelé des figures d’un grand caractère décoratif (fig. 78). Ce n étaient encore que des bas-reliefs dont l’exécution n’était pas plus difficile que celle des ornements. Un traçoir, sorte de poinçon, dessinait les contours enveloppant le métal qu’on repoussait à l’envers : la ciselure sur la face était faite avec des outils plus fins. L’outillage actuel ne diffère pas de l’outillage ancien : on emploie pour les fonds l’outil à mater dit « mate « ; la recingle, outil coudé, serré dans un étau, repousse

par conire-coup le métal des pièces embouties qu’on ne peut atteindre directement.

Dès le xiii'^ siècle on exécutait pour des plaques tombales des figures en ronde bosse de grandeur naturelle. Pour en éviter la déformation on appliquait le métal sur un noyau de bois (tombe de cuivre martelé au Louvre) . On peut citer aussi de belles tombes de bronze, celles des évêques fondateurs de la cathédrale d’Amiens, Evrard de Fouilloy (1 223) et Geoffroy d’Eu

Fig. 79. — Tombe en cuivre éniaillé de .Jean, fils de saint Louis, provenant de l'abbaye de Royaumont (Eglise abbatiale de Saint-Denis).

(1236). Six lions supportent la plaque tombale sur laquelle est étendu le prélat revêtu de ses vêtements pontificaux, les pieds appuyés sur un dragon.

Le chœur de l’église abbatiale de Saint-Denis conserve la tombe en cuivre émaillé du prince Jean, fils de saint Louis. Elle provient de l’abbaye de Royaumont ( fig. 79) . La plaque funéraire sur laquelle repose la statue en cuivre martelé est enrichie d’émaux cliamplevés : la décoration du soubassement, dans laquelle alternent les fleurs de lys et les tours de Castille, est seulement gravée.

Une statue tombale de même époque en cuivre repoussé est conservée dans le chœur de la cathédrale de Rurgos : elle représente un évêque dont la mitre et les vêtements sont enrichis de pierreries (fig. 80).

Ce qui est vraiment admirable dans le travail du cuivre

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repoussé, c’est la souplesse du modelé. On peut s’en assurer sur une pièce remarquable que possède le musée Saint-Jean d’Angers, un buste de femme du xiv® siècle (fig. 81) provenant évidemment d’une statue tombale. On peut encore admirer la maîtrise de la construction d’une figure sur le buste reliquaire de Saint-Ferréol.

Un autre reliquaire , celui du voile de sainte Aldegonde,

Fig. 80. — Tombe eu cuivre repoussé d'un évêque, dans le cliœur de !a cathédrale de Burgos (Espagne).

n’est pas moins remarquable pour la composition que pour l’exécution des deux anges qui forment les supports. Il y a dans la facture des draperies comme dans celle des figures quelque chose de vivant provenant de l’émotion que l’artiste a ressentie et qu’il a communiquée à son œuvre.

Lorsqu’au xvF siècle l’art français subit l’influence de l’art i talien, les statuaires préférèrent la fonte du bronze au martelage du cuivre, plus brutal peut-être, mais plus ferme, plus imprévu et plus vivant.

L'Art appliqué aux Métiers. — V.

A ^ ersailles, pour réaliser dans un temps très court un ensemble décoratif d’une extraordinaire ampleur, on fondait tout en cuivre ou en plomb, statues, bassins, lampadaires, appliques, serrures, etc.

Cependant la technique du martelage était jalousement conservée par nos artistes, ainsi qu'en témoigne l’admirable lutrin

exécuté par Leclère, Parisien, en 1783 (fig. 82), dans le chœur de l’église d’Evron (Mayenne). Pour le caractère décoratif, pour l’interprétation de la nature, c’est une œuvre comparable aux plus belles œuvres italiennes, et, pour la maîtrise de la ciselure au repoussé, elle suit les meilleures traditions de l’orfèvrerie du Moyen Age.

Ainsi se maintenaient à la fin du XVIII® siècle les qualités de composition et d’exécution qui font défaut aux ouvrages similaires du siècle suivant dont il subsistera bien peu de chose. N’est-ce pas la condamnation d’un enseignement artistique abstrait, qui n’a su faire ni au goût résultant d’une culture générale, ni aux connaissances techniques la part indispensable ?

C’est de nos jours que le travail de martelage a été repris pour la statuaire. Pour les figures ou ornements en ronde bosse de grande dimension, le cuivre est recoquillé sur un modèle en fonte donnant la première forme, modèle coulé sur le modèle

Ei". 81. — Buste de femme en cuivre repoussé, provenant d'une statue tombale ! Musée Saint-.Iean d’Angers).

APPLICATIONS DU CUIVRE MARTELÉ A LA STATUAIRE H 5

en plâtre du sculpteur. Le retrait de cette fonte donne plus que l’épaisseur de la feuille de métal et en battant le cuivre sur la fonte on retrouve la dimension du modèle primitif, grâce au jeu

Fig. 82. — ■ Lutrin en cuivre repoussé. Œuvre de l’orfèvre parisien Leclère 1783). Eglise d'Evroa (Mayenne).

nécessaire qui subsiste entre les deux métaux. Gomme dans les ouvrages en plomb repoussé, il faut soutenir le cuivre par une armature intérieure en fer.

Les outils servant au planage sont des maillets, des battes ou battoirs. Quand la forme est approchée, les outils de bois

sont remplacés par des outils en fer. Dès le premier battage, il est nécessaire de recuire continuellement le métal pour éviter

Les assemblages ont été faits de différentes manières

on les

a réalisés d’abord par coutures en juxtaposant les feuilles et en

opérant sur les feuilles assemblées par la brasure du cuivre jaune additionné de borax et fondu au chalumeau après échauffement au rouge de la pièce.

Aujourd’hui on se sert de la soudure autogène en faisant seulement quelques points de suture. La soudure est continuée sans interruption en suivant les joints.

On utilise la chaleur de l’acétylène ou de l’hydrogène combiné avec l’oxygène. Pour éviter l’oxydation du cuivre on fait apport d’un fil de cuivre dans lequel entre un réducteur comme le phosphore. Le cuivre est si bon conducteur qu’il faut échauffer toute la pièce.

Lorsque le travail est assez délicat pour nécessiter la ciselure au repoussé on garnit les évidements intérieurs, correspondant aux développements du métal de la face, en mastic de fontainier additionné de graisse et de goudron.

Un autre procédé, celui de la ciselure dite « arrachée », résulte du reperçage fait au ciseau et donnant un relief d’épaisseur appréciable. Le procédé, peu coûteux, donne d’excellents effets

, Fig. 83. — Reliquaire de la Couronne d’Épines, à N.-D. de Paris (Composition de Vdollel-le-Duc, exécution de Poussielguei.

APPLICATIONS DL' CUIVKK MARTELÉ A LA STATUAIRE 117

lorsqu’il est complété par la ciselure (ciborium du maître-autel et abat-voix de la chaire à la basilique de Montmartre).

Lorsque les pièces sont de très grandes dimensions, comme celles exécutées pour le Grand Palais des Beaux-Arts ou pour le pont Alexandre, il est indispensable de diviser le modèle en

Fig'. 84. — Figures eu cuivre repoussé, ornanl la souche de la flèche de Notre-Dame de Paris. Composition de ^’iollet-le-Duc, exécution de Monduit.

pièces fondues séparément qu’on assemble ensuite. On a réalisé ainsi en feuilles n’ayant pas plus d’un millimètre ou un millimètre et demi d’épaisseur des figures et même des groupes de dimensions colossales, formant le couronnement de combles.

Au milieu du xix'“ siècle, lorsque l’art du Moyen Age fut remis en honneur, des artistes tels que Lassus et ^"iollet-le-Duc firent revivre le procédé de martelage du cuivre. Ils eurent pour collaborateurs des orfèvres, tels que Poussielgue.

Sans doute les premiers essais, par exemple la châsse de sainte Radegonde par Lassus ou le reliquaire de Notre-Dame de Paris par Viollet-le-Duc (fig. 83), nous apparaissent un peu trop comme des pastiches du Moyen Age.

Fig. 85. — Figure en cuivre niarlelé de la Gloire, couronnant le tombeau de Paul Baudry au cimetière du Père-Lachaise. CEuvre d’Antonin Mercié.

11 faut, pour apprécier ces ouvrages à leur valeur, se rappeler que depuis la fin du xviii® siècle la tradition française était rompue et qu’il était doublement méritoire de la reprendre en composant des ouvrages dont la composition s’accordait avec la destination, et qui tiraient de la technique du métal leur principal edèt.

APPLICATIONS DU CUIVRE MARTELÉ A LA STATUAIRE

C’est au plombier Monduit que revient l'honneur d’avoir rétabli dans ses ateliers ce travail de martelage dont on fit la première application pour la flèche de Notre-Dame, reconstituée par ^^iollet-le-Duc (fig. 84).

Fig. 86. — Statue en cuivre martelé de saint Michel, couronnant la llèche de l’église du Mont-Saint-Michol. (Kuvre de Frémiet.

Depuis cette époque, les meilleurs parmi nos statuaires, Mercié et Frémiet, comprenant la valeur de ce procédé de travail, n’hésitèrent pas à lui fournir des modèles d’un beau caractère et parfaitement appropriés à la technique.

La Gloire (lîg. 85) qui couronne le monument funéraire de Baudry au cimetière du Père-Lachaise est un chef-d’(cuvre aussi

Fig'. 87. — Ciborium en cuivre repoussé, du maitre-aulel. à la Hasili(|ue de Montmartre. (Composition de L. Magne. Exécution de M. Poussielgue.

de l’église du Mont Saint-Michel a les mêmes qualités.

.Aucune technique ne rebutait Frémiel, aucun programme ne le laissait indifterent et il y appliquait sa belle âme d’artiste, (pi’il s'agît d’une couverture en cuivre repoussé pour les commentaires de Jides César ou d’un lustre de salle à manger pour

remarquable pour la noblesse du geste que pour la délicatesse des draperies dont l’exécution ne redoute aucun ajourage, aucune profondeur, aucune saillie.

Le saint Michel (fig. 86) composé par Frémiet pour la flèche

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un hôtel particulier. On reconnaît l’artiste au goût de sa composition, à la raatlrise de son dessin, à l’adaptation parfaite de son œuvre à la teclinique.

La décoration de la basilique de Montmartre a fourni l’occasion d’importants travaux en cuivre martelé. C’est le saint Michel du sculpteur Sicard dominant le comble de l’abside ; c’est le ciborium du maître-autel (fig. 87), ouvrage de dimensions considérables dont les panneaux en ciselure arrachée évitent par de grands ajourages tout effet de lourdeur. Ce sont encore les appareils d’éclairage, lustres du choeur, chandeliers du maîtreautel. Ainsi s’est formée, sous la direction de l’architecte, une école de repousseiirs-ciseleors dont le mérite égale celui des maîtres du Moyen Age.

L’extension donnée à l’enseignement du Conservatoire des Arts et Métiers peut fournir un nouvel aliment à ces procédés de travail du cuivre en les adaptant à des programmes nouveaux. Pour n’en citer qu’un, le cliaiiAPage par la vapeur à basse pression met en œuvre des radiateurs, qu’il faut protéger par des enveloppes métalliques très ajourées et pour lesquelles le martelage du cuivre est tout indiqué.

On peut tout espérer de l’habileté technique des ouvriers français lorsqu’elle est bien dirigée, dans le sens du goût et de la mesure. De belles compositions sauront toujours susciter leur enthousiasme et les élever jusqu’à la conception de l’art le plus affiné. Il suffit d'im monument pour faire école et pour recoiisiiliier sur la base la plus large une industrie qui semblait perdue.

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