‹ Décor du métal: le ferChapitre 1 sur 27 · PARIS LIBRAIRIE RENOUARD — H. LAURENS, ÉDITEUR · texte numérisé non relu

PARIS LIBRAIRIE RENOUARD — H. LAURENS, ÉDITEUR

6, Rue de Tournon, 6

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Une pcnture en fer furgt de la porte Sainlc-Anne, A Noire-Dame de Paris.

TRAVAIL MANUEL Procédés anciens de décor.

Si les lois générales de composition sont les mêmes pour

toutes les œuvres, si elles sont indépendantes du choix de la

matière, les qualités techniques interviennent nécessairement

dans les moyens d'expression qui caractérisent chaque matière.

L'Art appliqué auz Méiieri. — IV. 1

La loi d'équilibre, appliquée à un programme tel que la construction d'un pont, a des applications différentes, suivant que le pont sera construit en fer ou en pierre.

S'agit-il de la loi de proportion ? L'échelle humaine est sans doute le point de départ ; mais pour chaque matière les rapports des dimensions seront variables : une colonne de fonte n'a pas les proportions d'une colonne de pierre et un support composé de fers assemblés s'écartera plus encore des formes et proportions traditionnelles d'un support lapidaire.

Vérifions encore cette différence de moyens d'expression pour la loi des contrastes. Avec le métal les oppositions naissent des pleins et des vides, et, suivant le mode de travail, forge ou reperçage, ces oppositions varieront. Par exemple la forge d'éléments ornés, réunis par la soudure, constituera une pièce résistante par elle-même et d'un aspect caractéristique. Le reperçage du métal, aminci par battage ou laminage, formera un panneau décoré par ajourage et n'ayant qu'un rôle secondaire dans la résistance, celle-ci étant subordonnée au cadre de fers spéciaux qui forme Tossature.

Ainsi la nécessité de connaissances techniques s'impose à tous ceux qui s'essaient à la composition, et, si l'on veut se rendre compte de la difficulté de créer, on remarquera que depuis plus d'un demi-siècle, malgré les progrès inouïs de la métallurgie, qui met à la disposition de l'architecte et de l'ingénieur des fers de dimensions telles que toutes les audaces sont possibles, nous en sommes encore à chercher les formes de la construction métallique. Et cependant nous ne sommes gênés par aucune tradition.

C'est que l'exercice du goût et de l'initiative artistique sont choses difficiles et délicates. Le raisonnement a toujours dans la composition un rôle prépondérant ; mais il doit s'accorder avec rémotion artistique sans laquelle Tœuvre n'atteindra jamais à la perfection. Plus le problème est ardu, plus il importe de

s'entourer, pour le résoudre, des renseignements qu'on peut tirer de la technique et de ses applications. Nous nous* attacherons donc à dégager des œuvres anciennes et aussi des œuvres modernes les enseignements qu'elles comportent.

Nous prendrons à son origine le travail du fer, si rudimentaire qu'il ait été, et nous en étudierons aux époques successives les procédés divers el les progrès. Nous trouverons, à chacune de ces époques, des œuvres qui, malgré leurs dimensions restreintes, ont atteint à la perfection artistique ; elles témoignent d'une habileté professionnelle d'autant plus digne d'admiration que l'outillage était plus imparfait.

Le fer a été connu dès la plus haute antiquité ; les Grecs avaient employé le fer à l'exclusion du bronze, dès le v® siècle avant notre ère, pour armer à l'aide d'agrafes et de tenons les assises d'architrave, de frise et de corniche des entablements de leurs temples. Ils avaient pu parer ainsi, dans une certaine mesure, aux dangers pouvant résulter des tremblements de terre, en rendant solidaires les différentes parties de la construction.

J'ai découvert en 1895, sous l'assise du socle de l'Erechtheion, une chaîne de fer enveloppée dans une gaine de plomb, et qu'une ouverture pratiquée dans le soubassement rendait visible. La continuité du chaînage est attestée de loin en loin par l'existence de coulures de plomb dans les joints verticaux ; je n'ai pu vérifier si la chaîne était formée de parties agrafées, ni si ces parties étaient de grande longueur. Il est probable que c'était là un travail exceptionnel, nécessité par la différence de niveau des murs opposés de TErechtheion et par leur faible épaisseur.

Le plomb, qui enveloppe les agrafes ou tenons de fer au Parthénon, a préservé le métal du contact de l'air et par conséquent de l'oxydation. Ainsi s'explique la conservation de ces pièces forgées en forme de double ï dont l'épaisseur ne dépasse

pas " 02, pour une largeur d'ailes de " H . La longueur des agrafes dans l'architrave atteint ^ 48.

Avant les Grecs, les Egyptiens avaient connu le fer, peutêtre même l'acier. Gomment expliquer la taille et la sculpture du granit sans un outillage approprié? D'après les pièces conservées dans nos musées, il semble que l'emploi du fer ait été restreint aux instruments agricoles et aux outils de métier. Aucune œuvre artistique exécutée en fer ne parait avoir été recueillie dans les fouilles, ni en Egypte, ni en Ghaldée, ni en Grèce.

Il semble même que pour les armes offensives, dont la longueur était limitée par les difficultés de la forge, l'usage du fer ne soit pas antérieur à l'Empire Romain. Les peuples Scandinaves employaient encore, dans les premiers siècles de l'ère chrétienne, le cuivre et le bronze pour les épées, les casques, les boucliers, qui par leur caractère artistique se rapprochent des œuvres primitives de l'art grec.

Lors de l'exploration des tombes franques, on a découvert en assez grand nombre, notamment dans les fouilles de Caranda (Aisne), des épées, des pointes de lances, des plaques de ceinture en fer damasquiné d'argent. C'est peut-être l'une des premières applications de l'art à ce métal. Il est vrai que le fer enfoui dans la terre et attaqué par la rouille a pu être détruit sans qu'il soit resté trace d'objets provenant de civilisations antérieures à la civilisation franque.

Les pièces de fer d'époque mérovingienne ou carolingienne^ conservées dans les collections publiques ou privées proviennent des sépultures. Les œuvres les plus anciennes qui aient conservé leur destination ne sont pas antérieures au xi® siècle. Ce sont des pentures, bandes de fer plat terminées par un œil forgé, et utilisées pour la suspension des portes dont les planches jointives étaient assemblées avec les pentures à Faide de grands clous « à bédanne » traversant les barres d'armature, placées à l'intérieur et rabattus sur elles.

TBAVAIL MANUEL

Ainsi sont exécutées les pentures des portes de la cathédrale du Puy : elles ne sont pas ornées. Celles d'une porte d'église à Marcevols dans les Pyrénées-Orientales ont un caractère arlistique plus accusé (fig. i).

Le métal était encore extrait de minerais très riches, en lopins

e de MarcevctU (Pj-K^ni-ca-Orieiilales).

•.s el enroulées en vnliilei.

de petit volume, et travaillé manuellement au feu de foi^e. Ces minerais étaient abondants dans les Pyrénées, el la renommée des forges catalanes élait univeraelle. C'est sans doute dans ces forges que furent exécutées les pentures anciennes qui subsistent à Marcevols, à Coustouges, à Corneilla de Confient.

Dl^COR DU FER

Il semble, à voir comment sont faites les volutes doubles des pentures de Marcevols, formant sous la bande de fer plat à cAtes relevées une décoration d'applique, que l'emploi de la soudure fut encore très limité. L'extrémité de la penliire est refendue et arrondie pour former un double enroulement : les volutes secondaires qui l'accompagnent sont exécutées à part, et leurs bords sont aplatis au milieu pour donner passage à la bande de fer qui constitue la penlure.

Vers le même temps, peutêtre même antérieurement, on exécutait, pour clore le cloître attenant à la cathédrale du Puy. une grîUe dont les barreaux, assez espacés, servent de supports à des enroulements de fer plat, soudés motifs par motifs, et reliés entre eux et avec les montants par des colliers fermés à cbaud (Ag. 2).

Les motifs alternés dessinent des entrelacs ajourés du plus beau style, véritable dentelle de fer masquant à peine Tarchiteclure des cloîtres.

Des grilles de composition analogue avaient été faites pour la clôture du chœur de l'église de Conques (Aveyron). Les motifs de fers plats enroulés sont beaucoup plus simples, mais leur mode d'assemblage est le même. Ces grilles formaient une

Fis. i. — Grille du iit' siècle au ct< de la cathédrale du Puy. Knroulem de ten plats soudés et nxcs nur Icsn laiitB par colliers fermés i chaud.

véritable défense, les barreaux se terminant par des pointes barbelées verticales : la défense était complétée par d'autres pointes barbelées fixées par des colliers sur les montants audessus de la traverse haute et présentées horizontalement pour empêcher l'escalade.

Des procédés semblables étaient en usage des deux câtés des Pyrénées ; on remarque encore à l'église San-Vicente d'Avila , une clôture de chapelle, qu'on peut dater de la fin du xii^ ou du commencement du xiri' siècle, et qui est formée de fers plats tournés en volutes, mais terminés à leur extrémité par un noyau, auquel sont soudés des fers enroulés, simulant des feuilles (fig. 3), Des colliers forgés réunissent les fers plats, groupés motifs , -...,. ., , ,

' Cl Fig, 3 — Urillc du xiiT" siècle fermant une cna-

Pr motifs, et d'autres col- polle à San Viccnle dAvila (Espagne) enmu-

letnentssoudus sur noyaux tmiUntdcs feuilles.

liers assemblent ces motifs

sur les barreaux montants de la grille.

Ces exemples pris dans des œuvres anciennes indiquent suffisamment les ressources qu'on peut tirer de simples enroulements de fers plats amincis et élargis graduellement pour constituer des volutes d'un etfet agréable formant par leur assemblage un réseau décoratif. Ce procédé est applicable encore aujourd'hui : une grille moderne, destinée à la clôture du ciborium de la basilique de Montmartre en est un exemple.

L'extraordinaire essor de Tart français à la fin du xii^ siècle est attesté par les progrès de la ferronnerie dans ses deux applications principales qui sont à cette époque les penUires et les grilles. Les pentures de la cathédrale d'Angers sont ornées par le procédé du reperçage ; à Orcival en Auvergne, les branches principales de la penture s'enrichissent de branches secondaires soudées et terminées par des feuilles ou des fleurs et même par des têtes humaines d'un travail assez fin.

On considéra bientôt la penture comme la tige principale d'une plante, d'où l'on détacha des tiges secondaires pour mieux relier les planches jointives de la porte, qu'on renforçait de barres correspondant à l'appui des pentures. Un procédé nouveau, celui de l'estampage, réalisé par le refoulement à chaud du fer dans une matrice, permit d'obtenir des feuilles qu'on souda une à une sur des brindilles rattachées aux tiges secondaires et celles-ci furent reliées aux tiges principales par des épaulements simulant les renflements des tiges qu'on observait dans la nature ; on les motivait par des groupes de feuilles qu'on soudait à plat et qu'on retournait pour augmenter le relief et la résistance de ces parties de la penture. On en trouve une application sur une porte de Téglise Saint-Etienne de Beauvais, mais c'est surtout sur les pentures conservées à la porte Sainte- Anne de Notre-Dame de Paris et reconstituées de nos jours aux autres portes par le serrurier Boulanger, qu'on peut le mieux apprécier l'extraordinaire richesse de ces faisceaux de tiges soudées jusqu'aux extrémités de la branche principale : on la coudait et on la terminait par un œil forgé pour la suspension de chaque vantail sur ses gonds (fig. 4).

Les progrès du travail de forge furent extrêmement rapides. On peut les apprécier sur quelques pièces conservées dans les trésors de nos églises ou dans nos musées. A l'église Saint- Martin de Brive, par exemple, on remarque un support à trois pieds forgés et terminés par des têtes d'animaux, en même

temps que des sièges pliants dont la forme rappelle celle des sièges antiques. Au Musée de Chiny est conservée une croi\ forgée, fort curieuse, dont chaque branche se termine en forme de fleur de lys et dont les motifs à quatre lobes résultent

Fip. -1. — Une des penlurcs lie la porte de la Viei^e à Notre-Dame de Paris, ilandes rot^ées, libelles soudées sur les li^ies principales et feuilles estampées, suudées

Bur le» ligeltcs ',xiii"-xiv" siècles}.

de la soudure sur les fers principaux des fers secondaires dessinant l'ornement. Le même musée conserve aussi un de ces trépieds, supporta de réchauds, qui furent très usités en Italie et dont les pieds forgés en forme de griffes sont soudés à la tige principale, portant sur des consoles chantournées les trois

DECOR un FER

branches du trépied. Celui qui subsiste à Sienne, quoique de forme analogue, est beaucoup plus riche (fîg. 5). Des feuilles rivées donnent sur la tige un renflement au départ des consoles qui forment avec les trois branches du trépied des cadres remplis par des panneaux de fer battu et repercé, sur lesquels l'ajourage dessine des écussons et des feuilles. On corsait ainsi le support en évitant les maigreurs des fers plats isolés.

Une pièce de forge bien curieuse est l'armature du puits conservé dans la cour du château de Nantes, dont les différentes pièces sont assemblées par des rivures ; quoique certaines parties aient été modifiées, le puits conserve ses supports réunis en forme de berceau et reliés par des fers chantournés supportant les poulies.

L'estampage en matrice très employé au xiii' siècle pour les pentures ne donnait rornement que sur une face. Il avait d'ailleurs l'inconvénient d'exiger un grand nombre d'" estampes » ou étampes, si l'on voulait éviter la monotomie des répétitions. On eut l'ambition d'interpréter plus librement la plante ou l'animal et de reproduire dans l'espace la silhouelle d'une feuille ou d'une fleur sortant d'une tige. On y parvint en amincissant le fer par le martelage, en le découpant suivant le contour de la feuille, en le relevant au marteau et en le soudant

Fig. 5. — Tripîeddu xv>sièclc en fcpforgi, avec panneaux en Ter baUu el repercé.

provenant de la maison de sainlc Galherinc, A Sienne.

ensuite sur la lige. C'est le travail qu'on exécutait en France du xiv' au xv« siècle et qu'on pratiquait aussi dans l'Italie du Nord où toutefois les pièces forçées sont plus souvent rivées que soudées. Tels sont les ornements un peu rudes de la grille

Kig, 8. — Petite grille delà colIecUoiiCarrand.à Florence. Travail Trançais du n* siècle.

Ker battu et repercé supportant des moulures en fer cltrè rivées sur le Tond.

Cadra en fer (jodronné, travaillé A jour et gravé.

qui entoure sur une place de Vérone le monument funéraire de Can Signorio délia Scala.

La magnifique grille qui, au palais public de Sienne, sépare le vestibule de la chapelle du Conseil est d'un travail analogue mais beaucoup plus délicat. Dans la frise haute sont des ornements de fer battu et repoussé, analogue à ceux qu'on exécuterait de nos jours en tôle laminée. On appliquait ainsi à un métal commun le procédé employé dès l'antiquité pour les métaux précieux qu'on amincissait en feuilles par te battage

et qu'on travaillait ensuite pour modeler, dans un contour tracé, une figure ou un ornement.

Les remplissages de la grille de Sienne sont comme ceux de la chapelle Rinuccini à Sainte-Croix de Florence, des ornements à quatre lobes que terminent des feuilles forgées : à Sienne, ces ornements sonl assemblés à Taide de colliers rivés ; à Florence, d'après la position de gros rivets saillants à chaque jonction, les ornements semblent avoir élé montés au moyen de prisonniers traversant les différentes pièces plutôt que soudés.

Un autre procédé bien plus remarquable avait été pratiqué en France et aussi en Kspagne. Il consistait à repercer une feuille de fer battu suivant un tracé ornemental et à en constituer en quelque sorte un fond sur lequel on soudait, brindille par brindille, des fers étirés ou forgés donnant les saillies sur le fond ajouré. C'est le procédé appliqué à Tune des plus belles grilles de travail français du xv** siècle qui fait partie de la collection Carrand à Florence et dont le motif principal est encadré par une bande de fer battu, godronnée, repercée et gravée (tig. 6).

C'est par un procédé analogue qu'ont été réalisés les panneaux ornant un ambon de la fin du xv*" siècle ou du commencement du xvï*^, situédansla nef delà cathédrale d'Avila(fig. 7). Ces panneaux forment autant de plaques, assemblées sur un cadre qui constitue l'ossature de l'ambon et que soutiennent des consoles amorties sur une colonnette en forme de balustre, pièce de forge enrichie par des feuilles soudées suivant un procédé qu'on appliquait en France au xvi'' siècle.

Le travail artistique du fer avait pris en Espagne, vers la fin du xv*" siècle, un développement extraordinaire. L'Espagne s'était enrichie des trésors du Nouveau Monde et la décoration des églises en bénéficiait ; chacune des chapelles devenait comme un musée d'objets d'art qu'on protégea par des grilles qui sont des œuvres de maîtrise. On protégea de même la partie de la nef qui fut isolée pour former le chœur du Chapitre

et qui abrilR des stalles aussi admirables pour le travail du bois que le furent les grilles pour le travail du fer. On peut en juger

sur une seule grille, celle qui ferme le chœur des chanoines à la cathédrale de /amora.

Le travail du martelage futalors poussé extrêmement loin. On exécuta au xvi* siècle, sur des plaques de fer martelé, des médaillons, des rinceaux et jusqu'à des figures en ronde-bosse. Le second ambon de la cathédrale d'Avila est un spécimen très

1* DÉCOB DU FER

précieux de ce nouveau mode de travail du fer; il nousfait connaître en outre l'élégance des pièces forgées qui conalituaient ces supports.

Le relevage au marteau demeura pendant longtemps pratiqué en France et en Espagne avant d'être appliqué en Italie. On lui préférait la forge et le montage par rivure des ornements forgés. Ainsi a été réalisé, à Sienne, un porle-étendard très remarquable, orné de cartouches et de griffons, et portant la date de i 487 ( fig. 8 ) . D'autres porte-étendards célèbres sont ceux qui sont conservés à Florence, à chacun des angles du palais Strozzi, Ce sont de superbes pièces de forge.

En France, au contraire, on appliquait au fer un travail analogue fi celui de l'orfèvrerie.

Ainsi sont traités les magnifiques flambeaux provenant du château d'Ecouen. Une pièce de forge qui en forme le noyau, servait d'appui à des feuilles martelées ou soudées. Le château d'Écouen devait être un musée de serrurerie artistique. Les plaques d'entrée de serrures recueillies soit au Louvre, soil au Musée de Cluny, mettent en évidence l'extraordinaire virtuosité des artisans qui exécutèrent, avec un métal aussi résistant, de délicates entrées chargées de figures d'attributs et d'ornements floraux (fig. 9).

Fig. 8. — Porle-étcndard. e

n fer for(té cl

rive, ni>-

sur une colonne dun pala

s de Sienne

ladatc<Icl4S7.

L'exécution des feuilles qui exigeait l'amincissage graduel du fer, son découpage, sa forge et sa soudure, présentait des difficultés qu'on tenta d'amoindrir en relevant au marteau des feuilles de fer battu d'épaisseur égale et en les montant au moyen d'embrèvements et de rivures au lieu de les souder, ce qui eût exigé les réserves de métal nécessaires.

Ainsi furent exécutées les magnifiques grilles du chAteau de

FiK. 9. — Serrure en fer marlclé, du xvi' siiïolc, provenaiil du chftLeau d'Ëcnuen (Musée de Cliiny.)

Maisons, conservées au Louvre, et dont les rinceaux modelés par martelage sont montés sur des tiges forgées (fig. 10) : les panneaux principaux sont encore des pièces de forge ayant pour soutien te caducée qu'enrichissent des branches de chêne et des épis de blé. On intercala dans les cadres des rosaces de fonte qui n'y font pas d'ailleurs très bonne figure.

Lorsque le retour vers l'art antique suggéra, même aux ferronniers, l'idée de réaliser en fer, soit des ordonnances architecturales, soit des balustrades, on eut l'ingénieuse idée de dessiner, à l'aide du métal résistant, des silhouettes laissant à jour les motifs qu'on sut garnir d'ornements de fer battu en leur donnant comme soutien des noyaux forgés. Une rampe ainsi

ib DÉCOR DU FER

composée, et qui date de la construction de l'ancienne maison professe des Jésuites à Paris, près de l'église Saint- Paul-Sain t-~ Louis, rue Saint-Antoine, donni; encore accès à la bibliothèque du lycée Charlemagne. Elle est formée de balustres en fer dont les bases, la panse et le chapiteau sont des fei's plats coudés et

Fift 10, — Pa

soudés terminés par des volutes soiis un cadre rectangulaire iîgurant l'abaque (lig. H). Des volutessecondairesreliéesparune bague et surmontées d'un fleuron garnissentta panse. La balustrade s'appuie sur le limon d'un escalier à la française. Entre la traverse qui surmonte les balustres et la main courante, est une frise de rinceaux en fer platdont les divers motifs sont réunis par des colliers.

On continuait d'ailleurs, au xvii*^ et au xvni" siècle, à exécuter en forge les ouvrages les plus variés, par exemple une cbaire

à prêcher à l'église de Jargeau, un lutrin a l'église Sainte-Croix de Provina. Le procédé est celui employé pour les balustrades et pour les grilles : les silhoiielles sont dessinées par des fers carrés ou rectangulaires, dont les intervalles sont garnis par des pièces

l'ig. 11. — Rampe du wii* siècle, dans l'i-scalicr de la bibliothèque du Lvcûe

Cliarlemapie ^A^cienne niBÎBon proresse de» Jésuites).

âalustres dessinés i jour par le mclai.

forgées et soudées, reliées par des noyaux sur lesquels s'appuient des feuilles ou des ornements en fer battu.

Ce procédé a eu sa principale application au xvnr siècle dans des grilles qui sont de véril.ables œuvres d'arcliitecture telles que ta grille du chœur de l'église Sainl-Ouen, à Rouen {iig. 12i,

L'Art appliqué aux Uitiert. — IV. 3

18 DÉCOB DU FER

œuvre d'un serrurier parisien, Nicolas FlambarHl742-l7i7), ou

celle de la place Stanislas, à Nancy, due au serrurier Lamour.

On excellait alors dans le repoussage et le relevage au marteau

e Sainl-Oucn, à Rouen.

:oIas Flambarl. Exemple de Ter fur^'é dessinant les lignes d'arc h i lecture et de remplissages eu fer baltu et relev<^ au marteau.

du fer battu en ornements, coquilles ou feuilles, qu'on assemblait par des prisonniers sur les cadres, en ayant soin, à l'aide d'un embrèvemenl, de dissimuler la naissance de la feuille sur le cadre. Les rinceaux et coquilles étaient généralement faits en deux pièces, ce qui facililait leur exécution et leur montage.

Ces procédés, abandonnés pendant la première partie du xix® siècle, ont été repris et perfectionnés de nos jours, et de magnifiques rinceaux ont été exécutés d'une seule pièce aussi habilement qu'ont pu l'être les anciens. Dès la fin du second Empire, sous l'influence d'artistes délicats, tels que Paul Sédille, le travail artistique du fer forgé et de la tôle martelée était repris dans les ateliers, et des grilles exécutées à l'entrée d'hôtels voisins du parc Monceau, rue de Lisbonne, avenue de Villiers, témoignent d'une véritable renaissance de la ferronnerie artistique.

On pratique donc de nos jours les procédés anciens du travail du fer et on a réalisé de beaux ouvrages qui tirent, aujourd'hui comme jadis, leur principal mérite du travail manuel.

Comment le travail mécanique, qui caractérise l'emploi nouveau du fer, peut-il se prêter aux applications de l'art? C'est ce qu'il convient d'examiner.

Procédés modernes de décor du fer et de Tacier.

METALLURGIE

La mélallurgie du fer est sortie, depuis un demi-siècle, des méthodes empiriques qui attribuaient les qualités du métal à l'emploi de certains minerais et à la tradition de certaines receltes concernant leur traitement ^

L'évolution de la métallurgie est due principalement à Textension des moyens de transports. L'établissement de rails métalliques pour les chemins de fer exigea la production du métal en quantité considérable et l'étude de profils spéciaux en vue de la meilleure résistance de ces rails.

Il fallut créer de vastes abris pour le départ et l'arrivée des trains en réduisant au minimum les points d'appui et en mettant à profit les qualités du fer pour des portées de toitures qu'il eut été impossible de réaliser avec le bois.

Bientôt il fallut résoudre des problèmes plus difficiles, traverser par des viaducs, portant des voies ferrées, des vallées larges et profondes, et utiliser le métal là où les matériaux lapidaires eussent été coûteux et d'un emploi difficile.

On a été plus loin : pour éviter les longs circuits des voies longeant Testuaire d'une rivière, on a osé franchir cet estuaire

1. L'ingénieur Le Verrier a clairement exposé, dans son ouvrage La Mélallurgie en France, les raisons des progrès inouïs de la métallurgie et du travail mécanique du fer et de Tacier.

sur un pont assez large et assez élevé pour ne pas gêner la navigation.

La métallurgie du fer comprend deux opérations : Textraction du métal de son minerai, Taffinage de la fonte, produit intermédiaire dans lequel le carbone est combiné avec le fer dans la proportion de 4 à 5 **/o.

Jadis, c'étaient les minerais anhydres, disséminés en filons dans les terrains anciens et secondaires, tels que le fer spathique (carbonate de fer), le fer oligiste, Thématite rouge (sesquioxyde de fer), l'oxyde magnétique qui fournissaient les aciers ou les fers de qualité (fers de Suède, de Styrie, etc.). En France, le carbonate de fer n'est abondant qu'à AUevard (Isère), et dans les Basses-Pyrénées. On trouve aussi dans les Pyrénées des oxydes anhydres qu'on employait dans les forges catalanes.

L'emploi des minerais hydratés déposés, par couches dans les terrains sédimentaires, ne s'est généralisé que depuis un quart de siècle, lorsque la métallurgie a dû produire le fer en quantité considérable pour des besoins nouveaux et après que la science eût facilité l'affinage du métal, quelle que fût sa provenance.

Tout d'abord les grandes usines qui se fondèrent en France, le Greusot, les forges de la Loire, recherchèrent les minerais riches d'Algérie et d'Espagne, ceux de Mokta et de Bilbao les exploitant à proximité des mines de charbon pour compenser, par l'économie du combustible, les frais de transport de la matière première.

Aujourd'hui, ces minerais sont exploités, de préférence, dans les usines du littoral, au Boucau, à Trignac, et les gisements de minerais hydratés, négligés antérieurement, fournissent, depuis la guerre de 1870, une grande partie du métal employé en France.

Ces minerais sont exploités principalement dans les départements de Meurthe-et-Moselle, des Ardennes et de la Haute- Marne, tandis que les usines du centre, celles de Montluçon et

de Commentry, utilisent encore, avec les minerais du Berry, des minerais étrangei's.

C'est dans les hauts fourneaux que le minerai est réduit par combinaison du fer avec le carbone donnant la fonte liquide. Les charges alternées de minerai et de charbon sont échauffées par la combustion des gaz qu'activent les machines soufflantes, insufflant par des tuyères Tair déjà porté à une température très élevée. Les scories résultant de la fusion des corps étrangers, argile, calcaire, silice, ont une densité différente de celle de la fonte et s'écoulent séparément. La construction des hauts fourneaux a progressé comme tous les ouvrages concernant la métallurgie. On en a augmenté les dimensions : pour protéger les parois intérieures contre l'action corrosive des laitiers, on a refroidi les parois extérieures par l'eau ou par l'air ; on a utilisé, pour l'injection de l'air, les gaz du gueulard et on a activé ainsi, par l'élévation de température, la fusion de la fonte. On a utilisé des briques de composition particulière pour les parois.

La fonte contient, outre du carbone, d'autres corps tels que le silicium, le phosphore et le soufre, qu'il faut éliminer. C'est par l'affinage, facilitant la réduction du carbone, que la fonte se transforme en fer.

Autrefois l'affinage s'opérait par une refonte, l'air oxydant le carbone et le fer s'isolant en grumeaux qu'on soudait par martelage ; c'est l'affinage pratiqué jadis dans les bas-foyers, puis dans les fours à pudler. L'acier ne contenant que quelques millièmes de carbone pouvait être obtenu directement par l'affinage, l'opération étant arrêtée à temps ; mais il était, en général, fabriqué par cémentation : le fer était recarburé au contact du charbon de bois. (Usines de Sheffîeld et usines de la Loire.)

L'invention, vers 1860, d'un nouveau procédé d'affinage (procédé Bessemer) transforma complètement la métallurgie. Dans

ce procédé, c'est par Tinjection de Tair comprimé au fond d'une cornue évidée de petits trous, nommée a convertisseur », et dans laquelle est versé le métal en fusion, que la température s'élève spontanément, Tair oxydant tous les corps étrangers, tandis que de la masse se dégagent des gerbes d'étincelles. L'affinage est tellement rapide qu'il faut à peine 20 minutes pour affiner 10 tonnes de métal.

L'avantage ne résulte pas seulement de la rapidité de la production ; le fer, que l'affinage peut transformer en acier, est très homogène et peut être obtenu en blocs de dimensions considérables.

Presqu'en même temps un autre procédé était réalisé par M. Martin qui utilisait le four Siemens pour obtenir l'élévation de température nécessaire à l'affinage du métal par la combustion, dans le four à réverbère, de gaz et d'air préalablement surchaufie dans des carnaux de brique portés au rouge et utilisant la chaleur perdue du foyer.

M. Martin réalisa ainsi, à Sireuil, la fusion de l'acier sur la sole d'un four Siemens en réglant, par addition de déchets de fer ou de minerais, sa teneur en carbone. L'opération, très favorable à l'obtention d'acier de qualité, n'est pas beaucoup plus coûteuse que l'affinage au convertisseur Bessemer, mais elle est plus longue.

Les deux procédés ont rapidement progressé et ont pu satisfaire aux besoins nouveaux de l'artillerie et de la marine en fournissant d'énormes lingots de métal homogène. L'outillage des usines a dû se perfectionner en même temps pour faciliter l'enlèvement et le transport à l'aide de grues très puissantes de cornues contenant plusieurs tonnes de métal.

Généralement l'opération est poussée trop loin dans les deux procédés et, le carbone étant presque entièrement brûlé, le bain se compose d'acier extra-doux mélangé d'oxyde de fer. Il faut donc par le « raffinage » rendre du carbone à l'acier et réduire

l'oxyde de fer pour éviter les pailles : on emploie, dans ce but, la fonte manganésée : le manganèse plus oxydable que le fer le régénère en passant dans les scories. Quant au carbone contenu dans la fonte manganésée, une partie s'allie à Tacier dont la dureté peut être réglée par la dose plus ou moins forle de cette fonte spéciale (spiegel).

On ne fabrique ainsi que les aciers durs. Pour les aciers doux, on emploie un autre réactif, le ferro-manganèse qui contient comme la fonte manganésée de 5 à 6 °/o de carbone, mais 80 ^lo de manganèse au lieu de 20 ^/o. On n'ajoute à l'acier que 5 à 6 millièmes de ferro-manganèse, ce qui donne environ un millième de carbone pour des aciers très voisins du fer fondu.

Pour les aciers extra-durs des outils, très riches en carbone, on les obtient en reversant l'acier doux dans la poche de coulée sur de la poudre d'anthracite ou du charbon de bois.

Dans les deux procédés, il restait à éliminer le phosphore dont quelques millièmes suffisent à rendre l'acier cassant. Il fallait éviter que l'acide phosphorique formé dans l'affinage ne se recombinât avec le métal au lieu d'être retenu à l'état de phosphate par des bases en excès, comme cela avait lieu dans le puddlage.

On y réussit en remplaçant, pour le revêtement des cornues et des fours, les briques siliceuses par les briques de magnésie et en augmentant la dose de chaux pour faciliter l'élimination de l'acide phosphorique à l'état de phosphate dans les laitiers. C'est le procédé Thomas qui a été appliqué au convertisseur Bessemer et au four Martin.

Les aciers Thomas sont en général des aciers doux, car, pour ne pas réintégrer le phosphore dans le métal, il faut ajouter le moins possible de carbone qui tendrait à réduire les phosphates des scories. Le procédé Thomas employé à Longwy et le procédé Martin, appliqué dans presque toutes les usines, ont rendu à la métallurgie des services considérables, en fournissant les moyens

d'obtenir, avec toutes les fontes, des aciers coulés de qualité. Ces découvertes ont déterminé des modifications dans la production industrielle du fer en France, les départements du Nord-Est bénéficiant de la proximité du minerai, ceux du Centre de la proximité des mines de charbon.

En réalité, Tacier qu'dh fabrique aujourd'hui, presqu'à Texclusion du fer, est très voisin du fer fondu et on peut l'obtenir en grands lingots, auxquels on peut donner toutes les formes soit par le laminage, soit par le moulage.

Le moulage a l'inconvénient de laisser subsister dans la masse quelques bulles emprisonnées par le refroidissement. On a essayé de parer à ces soufflures soit par la compression de l'acier dans le moule, soit par l'alliage de certains corps, tels que le silicium et l'aluminium, tendant à augmenter sa fluidité. Un autre inconvénient, celui de la cristallisation partielle, résultant du refroidissement lent de l'acier, est évité par la recuisson (claveaux du pont Alexandre) ou par la trempe.

Travail des Forges.

Les progrès des méthodes de travail du fer ont suivi ceux de son extraction et de son affinage. Il a fallu augmenter la puissance des engins, passer des marteaux de 10 tonnes à des marteaux de 100 tonnes, créer des presses exerçant un effort régulier de 4.000 tonnes, des laminoirs où l'on a passé des blindages de '" oO d'épaisseur. Avec Toutillage perfectionné on a pu exécuter le canon le plus lourd dans un seul bloc d'acier.

Martelage et laminage.

Le martelage permet de forger des pièces de toutes formes, le marteau agissant sur le point de la pièce qu'on lui présente. Le laminage a pour objet l'exécution sur profils spéciaux de pièces

qui prennent leur forme en s'araincissantel s'allongeant par leur passage entre deux rouleaux. Le marteau-pilon, en usage depuis un demi-siècle pour la forge, réalisait sur Tancien martinet un progrès considérable. La panne du marteau étant suspendue à la tige d'un piston mû par la vapeur, et le marteau retombant à volonté suivant l'échappement de vapeur, il était possible de forger de grandes pièces : on a pu, en donnant à la panne et à Tenclume des formes spéciales, façonner d'un seul coup le métal au lieu de le marteler, par exemple estamper une roue d'une seule pièce.

Le forgeage à la presse, en agissant plus régulièrement, à une température plus basse, a facilité le travail d'un métal moins doux en augmentant sa résistance. Cependant, le marteau-pilon garde sa supériorité pour la soudure, parce que la violence du choc expulse les scories que la presse risquerait d'emprisonner dans le métal.

Le laminoir inventé en Angleterre, à la fin du xviii® siècle, a d'abord été utilisé pour obtenir des tôles entre rouleaux plats ; puis on a creusé des cannelures dans les cylindres pour obtenir des barres de profils spéciaux. On a imaginé ensuite des laminoirs à rouleaux mobiles, les uns horizontaux, les autres verticaux, pour varier la section des profils.

Avec de pareils outils, on comprend qu'il fût nécessaire de supprimer les manœuvres à bras et de les remplacer par des manœuvres mécaniques. Il fallait, en effet, manier des masses énormes, les porter des fours jusqu'aux marteaux ou aux presses, les tourner sur l'enclume, etc. Les usines ont été organisées en conséquence : des files des points d'appui portent des voies de chemin de fer sur lesquelles circule un pont roulant muni d'un treuil qui se meut transversalement d'une extrémité à l'autre du pont. Il était ainsi possible, à l'aide de palans, d'enlever et de transporter, d'un point à un autre, les fardeaux les plus lourds. Les ponts roulants sont mus par l'eau, la vapeur ou l'électricité.

Construction métallique.

L'outillage d'un atelier de construction, dans lequel sont mis en œuvre les fers lamines provenant des forges, exige aussi tout un matériel de machines pour planer el cintrer les tôles, les

Fi)c. 13. — Alelicr mi>ilernc de consLrucUun mcUllique. Pont roulant.

cornières ou les fers spéciaux, pour les percer, pour les couper, pour les river (fig. 13). Des ponts roulants, des chariots sont utilisés pour le transport des pièces. La pression hydraulique ou la force électrique dislrihuée dans l'atelier facilitent lexécution mécanique du rivetage. Ce rivetage s'exécute à l'aide d'une mâchoire double, munie de pistons dont la pression de 80 ou 100 tonnes suffit à former régulièrement la tète du rivet préala-

bleraenl rougi dans des foui*s découverts, actionnés par une soufflerie. Tantôt le montage des pièces est fait à l'atelier; tantôt, si les pièces ont de grandes dimensions, le montage est fait à l'emplacement même de Touvrage et les procédés mécaniques varient suivant ces dimensions.

Les usines livrent les barres et les tôles toutes laminées aux dimensions des commandes qui fixent les tracés des différentes pièces. D'une manière générale, im atelier de construction doit être disposé de telle sorte que, dès l'entrée des fers laminés, les outils nécessaires au transport, au traçage, au repérage, au perçage, à l'assemblage et au rivetage des pièces soient disposés de manière à produire le maximum d'effet dans le temps le plus court. Ces tracés faits en vue de la réalisation de l'œuvre sont déterminés par les conditions auxquelles elles doit satisfaire. Les formes artistiques ne peuv^ent être^ dans la construction métallique^ que des formes de résistance.

D'ailleurs l'emploi exclusif de fers laminés dans la construction indique la possibilité de décorer le métal par le métal en ajourant les remplissages qui, dans les combinaisons des poutres et des arcs, sont le moins exposés aux efforts de traction, de compression ou flexion, et servent surtout de liaison aux semelles et chapeaux dans lesquels la matière est accumulée pour le maximum de résistance.

Les premiers essais de construction métallique ne sont guère antérieurs au commencement du siècle dernier. La construction du pont des Arts ne remonte qu'à 1801. C'est un décret du t septembre 1807 qui décidait la construction, à Paris, de la coupole de la Halle au blé, donl les arcs verticaux devaient être en fonte de fer et qui devait être couverte en planches de cuivre élamé.

Les premiers ponts el combles de fer étaient formés d'armatures combinées, suivant le système des charpentes en bois, par assemblages à tenons et mortaises ou à fourchettes, mais très étudiées

en vue de la résistance aux efforts qu'elles devaient supporter; car elles oui fourni la meilleure des épreuves, celle de la durée (fig. 14). Une travée du pont des Arts refaite en tôle et cor-

nièies du côLé de l'Institut ne semble pas donner un résultat meilleur que celui dû aux arcs parallèles, en fonte, bien combinés pour supporter une passerelle.

C'est sur le détroit de Menay que fut construit le premier pont en forme de tube, de 1846 à 1850. Ce pont en tôle pleine, œuvre de Ilobert Stephensoii fpont Britannia), donne passage

à une double voie de chemin de fer. Les piles sont espacées de J20 mètres.

Les ponts métalliques en poutres pleines ou en treillis furent dès ce moment adoptées pour les voies ferrées et leur montage fut généralement fait sur place par assemblage des différentes pièces, permettant l'avancée de la poutre dans le vide jusqu'à ce qu'elle reposât sur son support. (Ancien pont du Manoir, sur la ligne de Paris à Rouen, près de Pont-de-l' Arche, 3 travées pour une longueur de 200 mètres.)

L'ingénieur Polonceau essayait, à Paris, une autre combinaison pour le pont des Saints-Pères, celle de claveaux en fonte résistant, comme les claveaux en pierre, par pression sur leurs faces d'appui (fig. 15). C'est la disposition qui fut adoptée avec des éléments en treillis pour le pont de Mayence et que Tingénieur Resal a encore appliquée au pont Alexandre ; mais en combinant deux méthodes, celle de la résistance par pression des claveaux d'acier moulé et celle de la triple articulation permettant de considérer chaque tronçon d'un arc du pont formé de claveaux, comme une seule pièce dont les résistances seraient cumulées sur les articulations.

Pour les grandes halles abritant les trains de chemin de fer au départ et à l'arrivée, on utilisa d'abord les qualités de la fonte qui résiste bien à la compression et Polonceau imagina pour la gare de l'Ouest un système, dérivé de celui des poutres armées en bois, dans lequel des supports, en forme de bielles, et des tendeurs armaient les fermes principales en leur donnant des soutiens auxiliaires, leur permettant de résister aux efforts de flexion. Des colonnes en fonte, très espacées, pouvaient former, comme cela a lieu dans la gare du Nord, les supports de ces fermes sans qu'il fût nécessaire, comme on le tenta par la suite, d'établir des fermes d'une seule volée sans points d'appui.

Les fermes dites à la Polonceau ont été très fréquemment employées, dans la construction métallique, pendant la seconde

moitié du siècle dernier. Klles avaient l'inconvénient d'exiger un grand nombre de pièces soudées e( filetées d'exécution délicate et nécessitant dans la fabrication une grande surveillance. C'étaient les fourchettes embrassant les pieds de ferme et soutenant sur un

Fif. 15. — Une travée du pont des Saints-Pères (reuvrc du Polonceau),

Arcs parallèles en fonte creuse : dans les tympans, cercles évidés en Tonle

formant remplissajje et soutien des lon)(Crons du tablier.

épaulement forgé les masselotes filetées serrant Textrémité des sous- tendeurs. C'étaient les émérillons à filets de via inversés aux extrémités, facilitant le réglage des tendeurs des pieds de bielles et soutenus dans leur milieu par un poinçon. C'étaient encore les plaqnes évidées assemblant les bielles, tendeurs et sous-tendeurs, et résistant au cisaillement. Dans un but desécu-

DtXOR DU FER

rite, on imagina de conslruire, comme on le voit à la nouvelle gare de l'Ouest, des fermes du système Polonceau en employant non plus la fonte ni les pièces forgées, mais des fers spéciaux, laminés en U ou en double T, assemblés à l'aide d'équerres en fer plal et de boulons.

le poutres droilcs ù croi^iHons e de cliemin de fer.

Les fermes de ce système ont été de moins en moins employées depuis l'invention des fermes dites articulées. On peut alors construire d'une seule pièce la ferme et son support, el accumuler les résistances aux extrémités de la pièce dans des articulations réalisées par des rotules d'acier', facilitant les mouvements de dilatation et de contraction du métal et permettant

ainsi le calcul précis des sections à donner aux différentes pièces suivant la répartition des efforts.

Cette solution très ingénieuse n'était pas toujours applicable aux constructions civiles, à cause des complicaLions résultant de l'adossemenl aux grandes fermes des combles de constructions dont les planchers étages sont à combiner avec les supports, pour laisser aux grandes pièces métalliques le jeu nécesi^aire.

Fig. 1'. — Ponlde 11 arches de 100 mèlrea, à Muerclyk (Hollande) 18711.

Exemple de poutres droiles diles d'égale résislanec. avec varialion de la hauteur

de la seclion. la semelle reslanl horizontale.

Le problème est plus net pour les ponts dont les résistances sonl à calculer pour la charge fixe du tablier et pour la charge mobile des trains.

Plusieurs solutions se présentent et la configuration du terrain peut, dans une certaine mesure, déterminer le choix entre chacune d'elles.

S'il s'agit du passage d'une rivière dans une vallée peu accidentée, la solution qui s'offre la première est celle de la poutre droite reposant sur des piles plus ou moins espacées et élevées suivant les besoins delà navigation. (Premiers ponts de chemin

L'Art appliqué aoa Méliert. — IV. 3

34 DliCOH DU FER

de fer français. Ponts à double voie de Cologne el de Kehl (fig. 16). Pont à deux étages de Sesto-Galende.) On y a employé successivement les tôles pleines et les treillis en ayant soin d'entreloiser les poutres el d'augmenter la section des tôles vers le milieu de la portée pour résister à la flexion maxima.

La solution artistique consistait à faire varier progressivement la hauteur de chaque section, en rendant ainsi la résistance

Fig. 18. — Pont de Hambnunc. Eioçëration du syslèmc des poiilrcs d'égale résistance,

entraînant la variation de hauteur sur les semelles

comme sur les chopeaui de la poutre.

apparente, un proBl constant étant conservé pour les semelles et chapeaux de la poutre. Ainsi a été construit le pont de Muerdyk (iig. 17) ou Moerdjik, sur le Hollandsch-dich, hras de mer entre la Belgique et la Hollande, franchi par 14 arches de 100 mètres d'ouverture. Ce pont a été terminé en 1871, Celui de Rotlerdam, construit sur les mêmes principes, date de 1877. Les poutres dites d'égale résistance mettent en évidence les efforts variables auxquels résisle chaque section du pout métallique. Dans les ponts hollandais, ia variation en hauteur ne

s'accuse que sur le chapeau, les semelles que portent le tablier pestant rectilignes.

Aux nouveaux ponts de Hambourg (fig. 18) on a eu l'idée singulière d'accuser les variations de hauteur sur le chapeau et les semelles, et de ne conserver, dans le plan horizontal, que

le tablier : l'effet de cette combinaison est absolument désastreux au point de vue artistique.

Un autre système est celui qui a été appliqué au viaduc de Garabit pour une portée de 165 mètres (fig. 19). C'est une poutre en arc, formant une pièce d'égale résistance, avec accumulation de la matière au milieu : des articulations doubles placées aux pieds de la ferme parent aux effets de contraction et de dilatation. La solution, quoique intéressante, n'est pas parfaite, la résistance du métal n'étant pas toute utilisée et la forme d'arc ne fournis-

sant pas une solution vraiment artistique, puisque Tare résiste, en réalité, comme une poutre.

La difficulté du montage pour ces ponts à grande portée suggérait, aux ingénieurs anglais, une autre disposition qui a été le point de départ d'une série d'essais pour la construction, par encorbellement, d'arcs équilibrés supprimant les poussées sur les culées et leur substituant Pannulation des poussées par rétablissement de demi-arcs contrebutant Tare principal.

Ce système, perfectionné par les ingénieurs français après adoption des combinaisons à triple articulation, est assez intéressant pour mériter une étude spéciale. Il nous donnera la mesure de ce que peut être, dans la construction métallique, ime solution d'art.

Combinaisons à triple articulation. Fermes d'égale résistance.

Tout problème de résistance à la flexion suppose, dans les pièces qui y sont soumises, des fibres supérieures comprimées et des fibres inférieures étendues, de part et d'autre d'une fibre neutre par rapport à laquelle sont calculées, sous le nom de moment d'inertie, les résistances aux efforls que la pièce doit supporter.

Les problèmes d'équilibre exigent la connaissance pour chaque matière des conditions de stabilité qui lui sont propres et qui peuvent se prêter à des combinaisons nouvelles dont le calcul permet la vérification. Mais il est aisé de comprendre que ces combinaisons relèvent de l'initiative de celui qui crée les formes de résistances. Le calcul peut les vérifier, mais ne les crée pas.

Les problèmes de construction métallique auxquels a donné lieu la création des ponts de grande ouverture sont de ceux qui, depuis un demi-siècle, ont le mieux mis en évidence l'ingéniosité des constructeurs el, dans les études qui ont été faites, on peut dire que les progrès ont été constants.

Parmi les solutions étudiées, il en est cinq auxquelles peuvent être ramenés les différents essais : \ ^ celle des poutres droites, en tôle pleine ou en treillis dont le moment de flexion maximum est au milieu de la portée ; 2" celles des poutres dites d'égale résistance dont les ailes ou semelles ont un profil constant, mais

dont la hauteur augmente progressivement des extrémités vers le milieu de la pièce, accusant ainsi la variation des efforts dans chaque section ; 3® celle des articulations doubles et triples, qui est particulièrement la solution française et dont de très nombreuses applications ont été faites, précisant les points de passage des efforts et facilitant le calcul des résistances ; 4*^ celle des arcs équilibrés, montés par encorbellement, donnant sur la pile Teffort maximum correspondant au moment d'encastrement (rapplication aux ponts tournants est une variante de cette solution); 5® celles des arcs composés de claveaux exigeant la butée d'une culée, mais traités eux-mêmes comme des pièces d'égale résistance et munis d'une triple articulation (Pont Alexandre).

Après les ponts en poutres droites et ceux en poutres arquées, dites d'égale résistance ; il importe d'éludier les ponts en arcs équilibrés, montés par encorbellement. Nous constaterons de nouveau que les formes d'art s'accordent avec les formes de construction.

L'arc en métal (fonte ou fer laminé) résultant de l'assemblage, à l'aide de boulons ou de rivets, de petits éléments, assimilables à des claveaux, exerce des poussées, contrariées sans doute par les assemblages, mais dont la valeur est difficile à apprécier. La théorie des arcs et des différents systèmes de voûtes est encore à mettre au point pour le fer comme pour la pierre. La difficulté principale est l'ignorance où nous sommes des points d'application des poussées dans les divers systèmes d'arcs ou de voûtes et les méthodes empiriques ne donnent pas complète satisfaction. La statique graphique, en rendant sensible la répartition des efforts dans les différentes sections par un simple tracé linéaire, et en donnant, à échelle déterminée, la grandeur et la direction des efforts, a bien fourni des moyens de contrôle ; mais l'indécision subsiste pour le point d'application des poussées qui varie suivant la forme des arcs.

Les ingénieurs français ont donné une solution élégante du

problème en imaginant à la base et au sommet des fermes des rotules en acier, en obligeant ainsi en quelque sorte les efforts à passer par ces rotules et en rendant en même temps possible,

Fif;. 20. — PonL A arches dépassant &00 mètres d'ouverture, sur l'csluaire du Fortli

(li)[ne d'Edimbouri;^. Moulage dans le vide par cncnrbcllemcnL de bi-aiiches syniiilriques

s'équilibrant. Itaccordemenl des branches opposées par une poutrelle

d'é((ale rr>sïalauce.

sans déformation, les effets de contraction et de dilatation dus aux variations de température.

Une adaptation non moins intéressante est celle qui a été faite au métal du système de potences ou de consoles, précédemment imaginé pour le bois, et dont les ingénieurs anglais ont fait une magnifique application dans la construction du pont construit sur l'estuaire du Forth pour la ligne d'Kdimbourg,

40 DlCCOll Di; FER

ponl HKHe/ large et assez élevé pour donner passage sous ces deux arches de îiiO mètres d'ouverture à des navires de fort tonnage (flg. 20).

Dans cette disposition, la résistance atteint son maximum sur les pylônes qui sonl formés de quatre énormes tubes d'acier de Mil) mètres de hauteur, reliés par des croix de Saint-André et re|)osant sur quatre tours en maçonnerie.

(rest le système de consoles ou arcs équilibrés qui a rendu possible le moulage, dans le vide, d'un ouvrage colossal tel que le pont du Fortli. (Chaque élément de construction est rattaché symétriquement aux pylônes, de telle sorte que le système soit à tout moment en équilibre et lorsqu'on songe à l'importance des charges fixes et de la surcharge mobile, on n'est pas surpris des dimensions données aux énormes pylônes qui soutiennent les consoles.

Si l'on peut critiquer certaines lourdeurs, inévitables dans la conception et la réalisation d'un ouvrage de dimensions inusitées, pour lequel on ne peut se référer à aucun ouvrage similaire antérieur, on ne peut méconnaître la grande impression que produit le pont du Forth, impression bien voisine de l'émotion artistique.

Le pont du Forth a été construit de 1882 à 1890 et a occasionné une dépense de 7o millions.

Le même principe d'encorbellement a été appliqué aux ponts tournants teisque celui du port militait^ de Brest (Hg. 21). C'est en effet, t^ échelle réduite, le même problème puisqu'il s'agit de maintenir constamment en équilibre, sur ses pivots, chacune des branches tournantes du pont.

Uans le pont du Forlh, les deux grandes consoles lancées Tune vers Tautiv, dans le vide, sont reliés par une poutrelle mobile.

Des pi\>cédés analogues de construction ont été employés jKMir le pont Mirabeau, à Paris lîg. 22 . La disposition du pont

Mirabeau était comniandée par l'utilisation des quais comme ports de déchargement. Le pont se compose d'une grande arche centrale de 93 " 20 et de deux demi-arches de 32 *" 42.

Sept fermes en acier laminé, espacées de 3 mètres d'axe en axe sous ta chaussée et de 3 ™ 72 sous les trottoirs, forment l'ossature métallique.

Chaque ferme se compose de deux pièces symétriques reposant sur les piles par des rotules, reliées à la clef par une articulation, et équilibrées par les poutres en demi-arcs que des ancrages à bielles maintiennent sur les culées.

La partie supérieure du longeron de la ferme est rectiligne avec inclinaison de 0,02 par mètre, La partie inférieure, qui est en arc, a, à l'intrados, la forme d'une demi-parabole à axe horizontal dont les sommets sont, de chaque côté, ft l'aplomb du couronnement des piles. Le raccordement des arcs paraboliques avec des éléments rectilignes se fait sur les reins des volées.

42 DÉCOH DL' FEK

La hauteur de chaque demi-ferme est de '" 84 & la clef et de 5 '" 3") sur les piles.

Le longeron et l'arc sont confondus, à la clef, en un même panneau plein : dans la partie intermédiaire, ils sont reliés par

Fig. 22. — Potil Mirabcuu. à Paris iiruvrc ilc l'inK^Dicur Résal).

Ferme» A triplf articulation, équilil)r£cs aux cxtrfniitftt par des dcmi-rcriiies.

Trace parabolique des arcs.

des montants verticaux, espacés de deux en deux mètres, et par des barres de treillis de direction opposée sur la culasse et la volée.

Le longeron et l'arc sont des poutres à caissons ; les treillis et montants sont en double T; le longeron est continu au-dessus de la pile, tandis que les semelles des arcs sont interrompues et leurs extrémités appuyées sur une rotule en acier moulé par l'entremise d'un balancier.

Pour éviter la cristallisation due au refroidissement lent, Tacier a été recuit et trempé.

Le balancier est muni de deux tables sur lesquelles les semelles des arcs sont boulonnées : son noyau central porte, à la partie supérieure, un double talon fournissant un appui aux abouts des semelles et, à la partie inférieure, un demicylindre tourné qui pose sur les pièces de retombée.

Celle de ces dernières pièces, sur laquelle porte la rotule, est im coussinet en acier moulé tourné comme elle et engagée dans un sommier en fonte qui repose directement sur des libages en granit.

L'articulation de la clef est formée par des pièces d'acier moulé : les unes sont des plaques d'appui, rivées aux caissons d'about des volées ; les autres sont des flasques portant d'un côté un tourillon tourné, de l'autre un coussinet avec des portées et un collier. Entre les flasques et les plaques d'appui, sont interposées des plaques de réglage.

Les fermes sont entretoisées par des poutres en treillis; ce sont, au niveau des arcs, des croix de Saint-André en fer à T et, à la partie supérieure, des poutres en double T constituant les solives du pont.

Le tablier des volées est constitué par des tôles d'acier ; le tablier des culasses par des voûtes en briques de Bourgogne, hourdées en ciment. Celles-ci ont pour objet de charger les demifermes de culasse, moins longues que les demi-fermes de la grande arche.

La fonction des bielles d'ancrage est d'éviter l'abaissement ou le relèvement de la culasse sous les efl'ets de température qui déterminent, par les articulations, le relèvement ou l'abaissement de la clef.

Aucune partie du pont ne travaille à plus de 10 kilogrammes par millimètre carré.

Ce pont remarquable est Tœuvre de l'ingénieur Résal.

Le projet a été approuvé en 1893 et le pont mis en service le 20 avril 1896. L'exécution de la partie métallique est due à MM. Daydé et Pillé.

C'est sur des caissons métalliques qu'ont été fondées les piles qui ont pour appui la craie compacte.

Bien que le pont Alexandre III (fig. 23) ait été construit autrement, c'est-à-dire en claveaux d'acier moulé à section de double T et renforcés par des nervures, comme la surface de ces claveaux, suivant laquelle s'exerce la pression, a été rabotée en vue d'un contact parfait, la réunion de ces claveaux forme encore une poutre en arc constituée par deux parties symétriques s'appuyant à la clef et aux deux sommiers sur une articulation ou rotule en acier. Les boulons d'assemblage des claveaux n'ont pas de fonction dans la résistance.

L'arc ainsi conçu, du type dit à triple articulation, est assimilable pour chaque moitié symétrique à une poutre inclinée, et la section, variable suivant les efforts, peut être calculée de même.

Ici la poussée est considérable, en raison de la faible hauteur de la flèche, et pour y résister il était nécessaire d'établir en caissons métalliques d'énormes culées répartissant les pressions sur un sol assez défectueux qui correspond à une faille de la craie.

Le pont se compose de quinze fermes, constituées chacune par deux demi-arcs en forme de bielles s'arcboutant sur l'articulation centrale à la clef et reposant sur chaque culée par une autre articulation.

La longueur entre les abouts du tablier est de 107 ™ 50 et la largeur de 40 "» 20 ; l'écartement des fermes courantes est de 2 ™ 85.

La disposition d'une arche unique était commandée par les besoins de la navigation à cause du coude de la Seine et de sa largeur réduite.

La direction biaise du pont Alexandre rendait particidièrement délicat l'établissement des supports du tablier qui, à l'aide d'équerres en cornières, viennent embrasser l'aile supérieure de l'arc.

L'adoption de l'acier mouté a été justifiée pour 1» presque impossibilité de river des semelles dont l'épaisseur variait de

'" 052 à ■" 085 et de "■ 047 à (t '" 055. La hauteur de l'âme esl variable, son épaisseur étant uniformément de "' 05; ta largeur des tables est de "■ 65.

Pour les arcs des rives, l'épaisseur constante est de »' 05 et la'seclion est en forme d'U à âme courbe.

Le montage a été fait à l'aide d'une passerelle mobile lancée en bascule ; l'effort de flexion â vaincre ne peut dépasser certaines limites, el pour le lancement de la passerelle provisoire du

pont Alexandre III le fer a travaillé jusqu'à 27 kilogrammes par millimètre carré.

Pour les poutres en arc comme celles du viaduc de Garabit, la construction en a été faite en bascule dans le vide, la bascule étant équilibrée par des câbles fixés au rocher; mais ce n'est là qu'un expédient.

Depuis l'application du principe de Tencorbellement aux ponts à grandes portées, tels que celui du Forth, le montage dans le vide est facilité par l'équilibre constant des immenses consoles dont chacun des éléments est monté symétriquement.

Leur hauteur va décroissant au fur et à mesure de l'avancée dans le vide : ainsi s'établit la courbe d'égale résistance, déterminant la dimension de chaque élément, de telle sorte que, sur aucun point, il n'y ait excédent de matière inutilisée.

Les dimensions colossales du pont du Forth ont nécessité l'adjonction de pièces inclinées entretoisant toutes les parties de la construction.'

Dans ce système, il était possible de parer aux effets de contraction et de dilatation par la non-continuité des consoles sur lesquelles repose seulement la poutre intermédiaire qui prolonge le tablier.

Au point de vue de la solution artistique, on peut regretter le défaut de cambrure des pièces en arc ; il est nécessaire, en effet, pour des constructions isolées dans l'espace, de tenir compte du fléchissement apparent qui se traduit, pour de pareilles portées, par des abaissements réels, dus aux charges mobiles ou aux changements brusques de température.

Les ingénieurs français ont, ainsi que nous l'avons dit, cherché une solution élégante du problème dans l'emploi des articulations, de ces rotules en acier, qui se prêtent à des mouvements d'abaissement et de relèvement provoqués par le froid ou la chaleur et qui, pour de grandes portées, ne sont pas négligeables. Elles atteignent 0"" 25 pour les arcs du pont Alexandre et

ool nécessité certaines précautions pour le réglage de ces arcs suivant les mois de l'année où ils ont été mis en place. On a employé les vérins à ressort pour le décintrage.

Ainsi qu'on le voit par les exemples des grandes constructions métalliques récentes, il est possible, et même nécessaire, de tirer

de la conception même les formes de résistance à donner aux différentes pièces qui fournissent à la fois la solution scientifique et la solution artistique.

On sent bien que le problème, en apparence le plus simple, par exemple celui de l'élargissement, pour le passage des piétons, du tablier d'un pont ancien peut, suivant l'étude qui en sera faite, contribuer à l'embellissement de ce pont ou en compromettre absolument l'efTet.

L'application des articulations aux ponts métalliques, ainsi

48 DtîCOR DU FER

qu'aux combles à grande portée, a conduit à des solutions nouvelles assez intéressantes, notamment aux combinaisons d'arcs équilibrés, évitant les culées, ou d'arcs appuyés sur les culées par des sommiers articulés et soutenant, à hauteur convenable, par des aiguilles, le tablier du pont. Ce dernier système a été employé pour le pont du chemin de fer de TOuest (fig. 24) qui traverse la Seine à Grenelle, et qui est dû à l'ingénieur Bonnet.

Une combinaison analogue a été employée pour la passerelle établie, en 1900, sur la Seine; au quai Debilly, et le nouveau pont de Mayence a été établi suivant des données du même genre, mais moins nettes. Profitant des enseignements antérieurs, les constructeurs allemands ont porté en encorbellement, de part et d'autre de la voie principale, les passages pour les piétons.

Au pont de Brème, le système employé est celui des pylônes à branches d'arcs équilibrées reliées par une poutrelle d'égale résistance, et c'est sur des consoles saillantes soutenant de petits arcs qu'est porté le tablier correspondant à la circulation des piétons.

Ainsi de jour en jour, soit en France, soit à l'étranger, sont mises en pratique des méthodes de construction qui tendent de plus en plus à des solutions artistiques, réalisant, par des formes de résistance bien étudiées, l'accord indispensable de l'art et de la science.

GRANDE CONSTRUCTION METALLIQUE

Les systèmes articulés et les systèmes à encorbellement.

Nous avons vu que le mérite de la création des systèmes articulés revient aux ingénieurs français ; les premiers essais en ont été faits pour les combles des grandes galeries des Expositions universelles à Paris (Fermes de Dion, à l'Exposition de 1868, et de Gontamin, à l'Exposition de 1889).

En Angleterre, un autre système, celui des consoles montées à encorbellements, par éléments symétriques rattachés à d'énormes pylônes, fournissait une autre solution pour la construction et le montage des ponts ou viaducs de grande ouverture ; mais ce système nécessitait l'emploi, pour les pylônes, de supports massifs capables de tenir en équilibre les saillies des branches d'arcs formant encorbellement.

Une des premières applications de la triple articulation au système des arcs équilibrés avait été faite, par l'ingénieur Résal, au pont Mirabeau, dont les études remontent à 1884.

Presqu'à la même époque étaient commencées les études du viaduc du Viaur sur la ligne de Carmaux à Rodez.

Elles furent faites d'abord par les ingénieurs de la Compagnie du Midi, les unes pour un viaduc en poutres droites, à piles plus ou moins écartées, les autres pour un viaduc en poutres arquées à double articulation.

Aucun des deux systèmes ne paraissant donner complète satisfaction, un concours fut ouvert entre plusieurs construc-

VArl appliqué aux Métiers. — IV. 4

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leurs. Parmi les concurrents furent MM. EilTel, Daydé et Pillé, et la Société de construction des Hatignolles (anciens établissements Gouin).

Ce fui le projet de cette Société, dû à l'ingénieur Bodin, qui fut adopté et approuvé par le Ministre, le 30 août 1889. Le

Kir. Si. — Viaduc du Viaur. Œuvre de riiiBcnieur Bodin.

F'erme à Irïple Brliculation équilibrée jiour former balancier.

Jonction de deux de mi -renne s.

viaduc fut mis en service au mois de décembre 1902 (fig, 25), L'ingénieur Bodin avait associé le système français de la triple articulation au système d'équilibre dû à l'encorbellemenl. Le pont du Forlh, avec ses pylônes à quatre supports en forme de tubes et ses immenses consoles, avec la multiplicité des pièces en treillis formant enlretoises, est d'aspect confus. D'ailleurs, l'étude des résistances y était rendue difficile par l'indétermination des efforts dans les dilférfintes pièces, au point que, pour assurer la stabilité, certaines parties du pont métal-

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lique avaient dû être chargées de maçonnerie après la construction.

Au viaduc du Viaur, chaque pièce a sa fonction assurée. Les articulations déterminent, d'une manière précise, les passages des forces, leur direction et leur grandeur.

Il en est de même pour tous le» efforts intermédiaires, par

rig. 16. — Viaduc du Vïaiir. Munlagc de la ferme en équilibi'c.

suite de la jonction, sur un même point, à l'aide de goussets, des pièces droite^ et inclinées qui transmettent ces efforts aux demi-fermes en arcs, assimilables à des consoles et aux pylônes ou supports verticaux foi'mant, avec les demi-arcs, un balancier. Tout y est combiné de telle sorte que chaque pièce, par sa direction, sa composition et sa forme, rende compte des efforts qu'elle supporte, répondant à la définition d'un solide d'égale résistance, pour lequel la matière est bien employée et où rien n'est superflu.

Aussi la forme d'art apparaît-elle dans cette construction bien équilibrée.

L'équilibre est obtenu par la symétrie des éléments de construction métallique qui prennent appui sur les supports verticaux; l'application au montage de la méthode de l'encorbellement a facilité la construction du pont dans le vide, à une hauteur de H8 mètres au-dessus du fond de la vallée et avec une ouverture qui devait d'abord être de 250 mètres et qui a été réduite à 220 mètres, à cause des exigences imposées par des charges plus lourdes que celles prévues au programme primitif.

Les pylônes métalliques reposent sur des massifs en maçonnerie que couronnent des assises de granit. Ils sont formés de deux supports inclinés l'un vers l'autre dans le plan vertical et entretoisés deux fois, dans leur hauteur, par des poutrelles en treillis et par des croix de Saint-André, afin de déterminer partout ces combinaisons de triangles qui, pour le fer comme pour le bois, sont, par excellence, les formes de résistance (fig. 26).

L'inclinaison des montants de culée constituant les pylônes détermine, nécessairement, celle de tout l'ouvrage qui, de part et d'autre de l'axe longitudinal, est monté à fruit. C'est là une condition de stabilité aussi satisfaisante par elle-même que favorable à l'effet.

Les demi-arcs formant consoles et articulés avec les pylônes sur les supports en maçonnerie sont, en réalité, formés de deux membrures en caissons, l'une basse, de forme polygonale, s'élevant au fur et à mesure qu'elle s'avance dans le vide et que sa résistance diminue ; l'autre droite, portant le tablier. Intermédiairement, les deux membrures sont reliées par des pièces verticales et inclinées, suspendant et soutenant la semelle basse et résistant, suivant la position des charges, à des efforts de contraction ou de traction.

Toutes les pièces sont rivées entre les deux articulations et,

par conaéquenl, solidaires ; mais on a eu soin de les constituera double paroi, de telle sorte que les déformations pouvant résulter de l'exposition d'une face à la chaleur intense du soleil soient compensées et ne puissent intéresser la stabilité de l'ouvrage.

Dans ces conditions, les calculs sont très simplifiés : chaque demi-arc est calculé en tenant compte de la répartition des

charges permanentes ou mobiles et suivant la division des efforts dans chaque pièce ; c'est un problème de statique.

Puis on calcule k part les demi-arcs formant encorbellement qui reposent, à la naissance, sur les supports fixes et qui, au sommet, exercent une traction équilibrant, en partie, la poussée du demi-arc complet de l'arche principale, mais réglés à moindre longueur, de telle sorte qu'à aucun moment il ne puisse y avoir disjonction à l'articulation supérieure et que les deux demi-arcs de grande ouverture exercent toujours i'un sur l'autre une pression assez considérable pour serrer fortement la rotule d'acier sur laquelle ils s'appuient.

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Par mesure de précaution, on a même réuni, par deux bielles, la léLe de ces deux demi-arcs.

Les pièces de jonction et de contreventement des demi-arcs sont aussi à caissons, en forme de bielles, à cause des efforts qu'elles ont à supporter et pour éviter tout risque de flambement.

Les jonctions sur la membrure basse polygonale et sur la

membrure supérieure sont faites à Taide de goussets réunissants les divers efforts sur un même point afin de bien les définir.

Les pièces les plus intéressantes sont les pièces de jonction en tôle et cornières des pieds et têtes des montants des pylônes avec les membrures des arcs-consoles.

Du principe de construction résulte le système de montage. Il a été commencé par les parties formant encorbellement aux extrémités du viaduc. Chacune d'elles a été édifiée sur un énorme échafaudage de charpente, Tabout demeurant appuyé, chargé de maçonnerie et même ancré, afin d'équilibrer non seulement le poids de la console en demi-arc à monter dans le vide, mais le poids du chariot ou « baleine » glissant sur le tablier et servant à porter la grue de montage ou à soutenir un échafaudage à plusieurs balcons ; c'est sur cet échafaudage que s'appuyaient des échelles de meunier pour les ouvriers occupés au montage des pièces et à la pose des rivets (fig. 27).

Le montage des plus grandes pièces allant jusqu'à 42 tonnes a été rendu possible par le moyen de doubles palans, les uns fonctionnant électriquement et portés par « la baleine », les autres manœuvres à bras d'homme à l'étage intermédiaire, afin de régler aisément ce montage qui eut été trop rapide si l'électricité avait été employée pour les deux treuils. Ainsi ont été mises en place les pièces de tête des pylônes, sans difficulté.

Pour faciliter les effets d'abaissement ou de relèvement des extrémités du balancier, les demi-arcs en encorbellement se pro-

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longent chacun par une sorte de passerelle mobile, indépendante du système k triple articulation : cette passerelle repose, par des pivots, dans des crapaudines faisant partie de l'arc en encorbellement : l'appui sur la culée est un appareil à rouleau de dilatation.

Pour le pont ïroïlsky, sur la Neva, dû au même ingénieur,

les arcs-consoles sont aussi k triple articulation. Ils ont été montés à quai et transportés sur pontons jusqu'à leur emplacement définitif où ils reposent sur des culées en maçonnerie

Le problème se compliquait, sur la Neva, d'un pont tournant à ménager pour le passage des grands vaisseaux de guerre remontant le fleuve au cas oîi le port de Gronstadl serait occupé par des vaisseaux ennemis.

Toutes les pièces sont en acier doux, sauf les plaques de fonte

et d'acier moulé servant de sabot ou de support aux rotules {fig. 29).

Le pont Troïtaky a été construit de 1897 à 1903.

Quelques détails de construction sont à j^noter dans le viaduc du Viaur :

Dans les demi-fermes, la membrure supérieure, en forme d'U

Fig. ».— Ponl TroïUky. Arliculation du pied de ferme.

renversé a une bauteur variable de " 49 à " 80, maxima au-dessus des articulations des pylônes, minima à la clef et audessus des extrémités des encorbellements. Au droit des nœuds, l'âme est interrompue par des goussets qui servent à attacher les différentes pièces.

La membrure inférieure est analogue à la supérieure, mais la plate-bande basse est renforcée par plusieurs épaisseurs de tôle. En élévation, le raccordement du polygone, au droil de cbaque nœud, se fait par un arc de cercle de 10 mètres de rayon. La

plate-bande de renforcement transforme par place l'élément rectangulaire en caisson fermé.

La construction a été étudiée pour donner partout passage aux ouvriers en vue de la surveillance des pièces métalliques. Une circulation a été ménagée, à cet effet, sous le tablier.

En ce qui concerne les pièces d'entretoisement des tympans, les plus longues et les plus espacées sont à double paroi de section tubulaire, les autres en double T.

Bien que les barres diagonales résistent à la traction, elles ont été renflées pour les raidir en cas de vibration.

La membrure inférieure s'arrête par pans coupés sur les appareils d'appui et sa solidité est assurée par des équerres massives en acier, rivées sur le plateau d'appui, sur les goussets et sur les parois longitudinales du renfort. De même, les montants, près de la clef, sont en panneaux pleins, renforcés pour recevoir deux platines d'appui contenant les axes de l'articulation.

L'appareil d'appui comprend quatre pièces : un sommier en fonte, une plaque d'appui et deux supports d'articulation en acier coulé. Le support inférieur repose sur le sommier par une plaque en acier coulé et dix coins de réglage en acier forgé. Ces dispositions ont permis de faire coïncider les axes des deux parties de l'ouvrage, lors de la mise en place des nœuds d'appui des naissances. Le support supérieur de l'articulation est constitué par une plaque de ™ 05 d'épaisseur sur laquelle repose la platine.

A la clef, l'articulation est un cylindre en acier moulé et tourné, de ™ 75 de longueur et de ™ 20 de diamètre, sur lequel roulent des demi-coussinets en acier coulé. Le cylindre est terminé par deux collets d'arrêt.

On voit, par ces exemples, quelles ressources ont pu fournir, à la grande construction métallique, ces systèmes à triple articulation et à encorbellement qui non seulement ont rendu possible le calcul des différentes pièces en assurant, sur tous les points.

l'emploi rationnel du métal, mais se sont prêtés à des formes nouvelles qui satisfont au sentiment artistique aussi bien qu'aux données scientifiques.

Les fermes articulées de la galerie des Machines (fîg. 30) accu-

Fi^. 30. — Galerie (les Machines, (liluvre dcConUmiii. K.i|>osilion de ISSS.

saient déjà un progrès considérable puisqu'il avait été possible de construire, d'une seule pièce, des demi-fermes articulées au sommet et à la base, se prêtant, en conséquence, au mouvement de relèvement ou d'abaissement pouvant résulter des changements de température et réalisant, sans points d'appui, la couverture d'espaces considérables, sur une portée de Mo mètres.

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La tour KitTel, construite à la même époque, acciisail un autre progrès dans la disposition de supports inclinés portant une plate-forme, chaînés au sommet, mais nécessitant des culées pour l'amortissement des poussées à la base Ifig. 31).

Vif;. 31.— l'ii dc^s pyloiirsiinclinot. de la tour KIITl-I. IKS9.

On comprend quilsoit possible, désormais, pour de grandes consLruclions, telles que les halls des gares de chemin de fer, d'utiliser ces procédés nouveaux de consLruclion et <le les étendre à l'établissement de grands planchers portant en hascule, de combles de grande ouverture, à la condition de prévoir, dans les assemblages, le jeu nécessaire aux eil'ets de dilatation ou de contraction.

C'est ainsi que pour les projets de la nouvelle gare du quai d'Orsay, j'avais été conduit à étudier, en forme de croix, les supports du hall prenant appui sur le sol inférieur des quais et desservant les voies.

Les branches transversales de la croix soutenaient, de part et d'autre de l'âme, des poutres jumelles portant en bascule les poutrelles secondaires et les solives d'un plancher, qu'on prévoyait, pour l'éclairage des voies, dallé en glace coulée.

L'épine transversale du support diminuant de saillie avec les charges, s'amortissait sous l'arceau portant le chéneau du grand comble vitré et Tâme verticale du pylône se prolongeait pour former un arc avec remplissage en tôle ajourée qui aurait pu, je crois, se prêter à un effet décoratif nouveau si certains errements administratifs n'avaient pas créé une sorte d'antagonisme entre l'ingénieur et l'architecte, semblant faire de la construction et de la décoration deux études séparées.

Le travail du fer peut, seul, s'il est bien étudié et bien appliqué, fournir les moyens de décorer une ossature métallique ; mais pour cela, comme pour toute création artistique, l'initiative est indispensable et la science, nécessaire à la vérification et au contrôle des formes de résistance, serait, si elle était seule, impuissante à les créer.

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