LE FER DANS L'ARCHITECTURE MODERNE
Après l'étude des ponts, Tune des plus intéressantes est celle des combles, où le fer tient une place de plus en plus prépondérante. Il fallait, en effet, trouver le moyen, le bois manquant, de couvrir de grandes surfaces, par diverses solutions, combles à deux égouts et à pignon, combles en pavillon, combles vitrés avec lanternes, coupoles, etc., qui toutes réclament l'emploi du métal. On avait fait l'essai du fer pour les charpentes de hangars industriels : pourquoi ne pas l'appliquer à des travaux d'utilité publique, tels que les halles et marchés d'une grande ville comme Paris. C'est le problème que Victor Baltard eut à résoudre et auquel il était peu préparé.
Le problème est toujours un problème de statique : un comble a des charges permanentes et accidentelles, réparties uniformément ou non suivant le mode de construction adopté, et la forme de la toiture, déduite du programme donné, sera définie par des conditions de stabilité auxquelles il faut satisfaire. Il y aura ou non à combattre des poussées, à répartir des charges sur des points d'appuis plus ou moins espacés, à créer des supports auxiliaires (fermes) dans la toiture ou à combiner une ossature résistante, comme cela aura lieu pour une coupole.
Comme on l'eût fait pour le bois, il faut prévoir une disposi-
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tion qui s'accorde avecle meilleur emploi de la matière : Téconomie Texige : de là, une série d'études qui supposent, chez Tarcliitecte ou l'ingénieur, des connaissances techniques 1res étendues.
La forme d'un comble se vérifie par les calculs ; mais elle résulte de l'initiative de celui qui sera le créateur de l'œuvre, et c'est là que se révèle la nécessité de cette formation du goût qui est la préparation essentielle à l'exercice de l'initiative. Tous les programmes modernes de construction métallique ne peuvent être résolus que par l'étude raisonnée des conditions d'équilibre résultant delà structure. Combles, planchers, pans de fer, auvents, escaliers, etc., tous sont astreints à une construction rationnelle d'oii dépend le décor.
En étudiant successivement ces programmes, nous constaterons qu'ils sont toujours soumis à des questions de construction; les combles en fer nous en fourniront plus d'un exemple. La division d'un comble par des fermes est, d'ailleurs, comparable à la division d'un plancher par des poutres, et c'est toujours la meilleure utilisation de la matière qui donne la solution.
L'emploi des fers laminés, dans l'architecture, est de date récente : les premières applications du métal aux planchers n'ont guère été faites avant le milieu du siècle dernier, et les architectes, pris au dépourvu par les progrès de la métallurgie, ont d'abord employé fort mal les fers à planchers, les noyant dans des hourdis de plâtre soutenus sur des petits fers (fentons et carillons), comme ils en avaient pris la déplorable habitude en hourdant les planchers de bois. Ce sont les travaux utilitaires (marchés, combles de gares, d'usines, etc.) qui suggérèrent, à quelques artistes, l'idée de l'emploi du fer apparent dans l'architecture.
On avait d'abord étudié, pour le meilleur emploi du métal, les profils en forme de V renversé (fers Zorès), puis en forme de rectangles évidés ou de double T donnant une solution meil-
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leure pour la résistance k la flexion. Le calcul prouvait, en effet, que la résistance est proportionnelle à la hauteur de la pièce et que la matière est bien employée lorsqu'elle est accu-
mulé dans les ailes, l'âme étant réduite aux dimensions exigées par la résistance à l'elFort tranchant.
Comme les laminoirs ne permettaient pas d'augmenter indé- Ëniment la hauteur d'un profil en double T, k épaisseur d'âme réduite, on imagina de réaliser ce profil, pour de grandes portées, par l'assemblage d'une âme en tôle et de deux ailes à l'aide de cornières rivées, dont les joints ont été alternés pour consti-
tuer une poutre aussi résistante que si elle avait été laminée d'une seule pièce. Enfin, on substitua à la tôle pleine des barres de fer plat ou en forme d'U constituant un treillis.
Duban employa, l'un des premiers, le fer apparent pour les plafonds du vestibule de Técole des Beaux- Arts précédant la salle Melpomène, sur le quai Malaquais. Les poutrelles et solives portent des remplissages en terre cuite.
Dans des maisons du boulevard Magenta, Paul Sédille, mettant en œuvre des poutres de fer apparent, les décorait par ajourages et par appliques de métal.
Dès 1845, Henri Labrouste avait déjà utilisé la fonte apparente pour les arcs et colonnes divisant, en deux travées, la grande salle de la bibliothèque Sainte-Geneviève et, plus tard, il réalisait, dans la salle de lecture de la Bibliothèque nationale (fig. 32), par rétablissement de neuf coupoles en fer laminé, reposant sur de légères colonnettes en fonte, un type de construction métallique élégante, permettant, sans exagérer les hauteurs, de bien utiliser une très grande salle, de Téclairer au centre de chaque coupole et de la diviser par des points d'appui assez espacés pour ne pas gêner la vue et pour servir, au contraire, de repères à l'appréciation des grandeurs. C'était un progrès considérable réalisé dans la construction des coupoles, si l'on songe au système adopté, en 1807, par la coupole de la Halle au blé, terminée, en 1811, sous la direction de Brunet.
Victor Baltard avait été l'heureux émule de Labrouste dans les applications du fer à l'architecture. La reconstruction des Halles centrales de Paris, entreprise d'abord par un pavillon massif en pierre que les Parisiens gouailleurs surnommèrent de suite le « Fort de la Halle », donna lieu à une série d'études très remarquables d'Hector Horeau, de Flachat, qui déterminèrent une modification complète du premier projet de Baltard. Un programme nouveau, comportant des pavillons de vente reliés par des rues couvertes, lui fut imposé et, secondé parl'in-
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génieur César .lolly, il en lira un excellent parti, divisant la surface à couvrir en pavillons carrés, séparés par des rues, et dont les points d'appui en fonte creuse, espacés pour correspondre aux divisions des boutiques, soutiennent une charpente métallique. Sur le périmètre extérieur, les points d'appui furent
évidés, latéralement, de larges rainures pour l'encastrement de clôtures en brique apparente, surmontées d'une pièce d'appui supportant des cliâssis : ceux-ci furent disposés pour recevoir les lamelles en verre de persiennes d'aération, arrêtées sous les arcs qui entretoisaient les supports. II était bien diflicile, au début, de rompre complètement avec les formes traditionnelles, d'autant que la matière fondue semblait se prêter à toutes les formes.
Les points d'appui furent donc des colonnes engagées, ayant