II. — Grilles intérieures
{"* La grille formera une protection très haute pour une chapelle ou un chœur d'église.
2® Elle ne sera dans une grande salle qu'une clôture morale isolant une partie réservée.
3** Elle sera la clôture de sécurité d'un ascenseur.
4** Elle protégera contre les malfaiteurs une salle contenant des objets précieux.
5^ Elle ne constituera qu'un appui bas, par exemple un appui de communion devant une chapelle dans un édifice religieux.
D'une manière générale, elle sera à sa place partout où sera nécessaire une clôture laissant passer la lumière.
De là des solutions variables dans la composition et le décor, et pour lesquelles Tartiste trouvera, suivant la destination de l'œuvre et d'après son programme, Téchelle de la décoration.
En effet le programme obligera l'artiste à mettre d'accord les éléments de la composition de sa grille avec les dimensions qu'exige la résistance des arcs-boutanls ou des cadres, le battement des vantaux, la place des verrous, des serrures, des poignées de tirage, toutes obligations qui donneront à Tceuvre sa forme caractéristique.
Si nous reprenons séparément l'étude de différents programmes de grilles, nous constaterons que les conditions particulières de chacun d'eux peuvent concourir à une solution artistique.
Si les grilles forment clôture d'un jardin comme cela a lieu pour le jardin de l'Infante au Louvre ou pour le jardin du Musée de Cluny, la continuité de la clôture justifie une répétition de motifs. Les portes seules se prêtent à une composition
134 DPÎCOH DU FER
d'ensemble. L'essai fait pour les portes du pare Monceau n'est pas tout à fait satisfaisant; mais cela tient à l'époque où elles ont été conçues et à la méconnaissance des ressources qu'on peut tirer du travail du fer. On a fait un pastiche, adroit, mais un pastiche des ouvrages du xviii® siècle. Là est l'erreur qui se traduit par des défauts qui n'existent pas dans les grilles originales.
Dans les parties fixes, la hauteur de la grille el son décor sont les conséquences de la protection apparente ou effective qu'on recherche et nous avons vu par l'exemple des grilles de la place Stanislas, à Nancy, l'effet qu'on peut attendre d'une clôture purement décorative.
Naturellement les méthodes de construction et d'assemblage varient avec le programme. Telles grilles, fermant les baies de sous-sol d'un hôtel et en défendant l'accès, exigeront des barres et traverses de forte section, ne laissant entre elles que des vides réduits. L'assemblage h trous renflés pourra convenir et le décor ne consistera que dans l'ajustement des pointes des barreaux qui pourront être refendues et galbées.
S'agit-il d'un simple panneau destiné à protéger le vitrage d'une porte, les ornements seront plus fins pour correspondre à l'épaisseur des battants de la porte, et comme les saillies des assemblages à trous renflés seraient gênantes il conviendra plutôt de faire usage pour la composition ou de fers enroulés et soudés, ou de motifs de forge faisant intervenir un élément floral dans le décor.
Souvent la grille forme clôture d'un passage de voitures. Si elle est faite pour un service public, elle pourra comprendre deux portes de grande dimension pour l'entrée et la sortie, et deux portes secondaires pour les piétons.
Chaque grille formera alors un motif complet pour lequel il sera nécessaire d'étudier, avec grand soin, la résistance des bâtis d'encadrement, le mode de suspension des vantaux- ouvrants, la
force des paumelles forgées avec le bâti, le roulement des vanlaux sur pivots renforcés par des équerres.
C'est Tencadrement de chaque vantail combiné avec des traverses placées à hauteur convenable qui constitue Fossature résistante de la partie ouvrante : pour éviter d'alourdir les vantaux, les remplissages pourront être formés de barreaux plus fins dans lesquels s'intercaleront des motifs de fer forgé, accusant soit la destination de la grille, soit les emplacements des poignées de tirage, verrous, serrures, etc.
Lorsque la grille donne accès à une cour d'hôtel, elle est souvent doublée pour l'entrée et la sortie des voitures, et lorsque la place fait défaut, c'est un simple guichet pris dans un vantail qui sert à l'accès des piétons. Dans ce cas la composition de la grille doit être faite pour trouver, dans l'intérieur du cadre formant l'ossature résistante du vantail, l'ouverture du guichet: des fers convenablement disposés forment le battement, le bâti fixe et l'encadrement mobile de ce guichet.
Les traverses conservées au-dessus des parties ouvrantes doivent être étudiées en vue de recevoir les décorations de couronnement de la grille.
Les éléments principaux de l'ossature tels que les arcs-boutants, les cadres, les battements, les verrous, les poignées de tirage, les serrures peuvent former autant de motifs dont la fonction soit rendue apparente par le décor. Une poignée suffit pour le guichet : sa position est commandée par l'usage; on pourra l'appuyer sur des panneaux de tôle découpée et ajourée accusant la place qu'elle doit occuper.
Certaines grilles formant des divisions à l'intérieur d'un édifice pour marquer des emplacements réservés n'ont nécessairement ni la même hauteur, ni les mêmes formes. Elles se rapprochent plutôt des appuis et balcons dont la hauteur est depuis longtemps fixée par l'usage. Là encore il sera possible, sans interrompre^la continuité d'une grille d'appui, d'accuser par la
dimension des arcs-boutants, par la décoration des panneaux, les parties ouvrantes.
C'est surtout dans ces grilles de petite dimension qu'on pourra tirer parti des combinaisons de lignes droites ou courbes auxquelles se prête le dressement ou cintrage sur gabarits de fers pouvant se replier, reliés entre eux et sur les montants par des colliers, et terminés, à leurs extrémités, par des feuilles ou fleurs forgées occupant, par des motifs de décoration, les compartiments résultant du tracé. Ce qu'il faut chercher avant tout c'est l'échelle de la décoration (fig. 70), et il ne faut pas craindre avec le fer les grands ajourages et les finesses que justifie la résistance du métal. (Grille au Musée du Conservatoire des Arts et Métiers (fig. 70) et grille du chœur de l'église Saint-Michel de Bordeaux.)
Si habile que soit l'exécution, les erreurs d'échelle sont tellement choquantes qu'elles font tort à la perfection du travail technique. (Porte du Grand Palais, avenue d'Antin.) L'absence des lignes de construction n'est pas moins choquante et ne peut être rachetée par le luxe des détails.
Si l'on étudie quelques-unes des grilles récemment exécutées, notamment la grande grille qui, à Bordeaux (fig. 71), ferme le cimetière catholique des Chartreux, on se rend bien compte de l'obligation d'accorder la composition avec la destination de l'ouvrage. I/ouverture à clore a 5 mètres de largeur sur 7 mètres de hauteur, et bien que les épaisseurs aient été réduites aux nécessités de la structure, le poids de chaque vantail dépasse 1500 kilogrammes. On conçoit, en conséquence, qu'il était indispensable de suspendre la grille à des bâtis très résistants et d'en faciliter le mouvement sur pivots et paumelles forgés.
Pour assurer la rigidité d'une grille de cette dimension, chaque partie ouvrante doit être renforcée d'un cadre continu. A Bordeaux, il est formé de deux fers dont la destination est accusée par la liaison de traverses raidissant les montants et dont les intervalles sont garnis d'ornements forgés : leur but
n'esl pas seulement d'enrichir te cadre; il en rend sensible les dimensions.
La partie destinée à donner une protection effective forme un grillage de barres verticales et horizontales dont les divisions
e form<fe de cadrps en fera asscmbk-s et de
illicr sur les monlanla eL Icrmjnés par des
Gomposilion de L. MBRue, excculion de Bros
Muîéc du CunservaLitirc dcti Arl» el Métiers,
déterminent dans le cadre les panneaux rectangulaires qu'occupent les ornements forgés.
Les assemblages à trous renflés contribuent à la résistance du remplissage, d'autant plus nécessaire que de la rigidité des bar-
reaux dépend celle du cadre el par conséquent du vantail tout entier.
Pour rendre efficace la protection due à la clôture basse, des barres intermédiaires subdivisent le grillage formé par les grands barreaux : leurs extrémités refendues s'amortissent sur le cadre auquel elles sont attachées par des rivets à tête saillante.
La porte étant circulaire, deux traverses horizontales placées sous les naissances limitent un espace rectangulaire correspondant en hauteur à deux divisions du cadre et qui donne remplacement d'un motif de décoration s'accordant avec la destination de la grille.
Ce motif est formé d'une grande branche de palmier traversant une couronne en feuilles de chêne.
La naissance étant à 4 ™ 50 du sol, le grillage de soubassement n'a pas été prolongé et seules s'élèvent les barres verticales, amorties sur le cadre circulaire par des volutes qui évitent une impossibilité de raccord.
Des rosaces saillantes, interprétant la tête de pavot, occupent les angles du cadre et se répètent sur les traverses pour l'attache des rubans qui suspendent à la grille la palme et la couronne. Celles-ci ont été exécutées feuille par feuille et chaque feuille soudée sur la tige, puis repliée et ajustée suivant le tracé du dessin.
Une grille de pareille dimension n'est maniable qu'à l'aide de poignées de tirage, et la poignée peut former au milieu des barreaux, soit par elle-même soit par ses moyens d'attache, un motif de décoration.
Comme il importe de ne pas blesser la main et en même temps de lui donner prise, le fer a été tordu en hélice, mais en émdussantles arêtes.
Pour éviter la maigreur qui résulterait de l'attache d'une poignée sur un barreau, on peut lui donner comme fond des motifs de tôle découpés et repoussés au marteau et même superposer
<:rillf.s modernes 139
plusieurs motifs en accusant les attaches par des ornements de même travail.
De tels problèmes se prêlenl évidemment à des solutions
variées : celle-ci indique la possiliililé d'une composilioii décorative ne procédant pas d'un modèle ancien, évitant par conséquent les répétitions inutiles de forme, mais pouvant tirer aujourd'hui, comme on le lit jadis du travail du métal, un elîet décoratif satisfaisant.
Une autre grille de moindre dimension, celle qui forme clôture d'un hôtel avenue de Villiers (fig. 72), se prête pour la composition et Texéculion à des observations analogues. Elle clôt un portail double formé de deux arcs de pierre reposant sur une colonne centrale et donnant accès à la cour intérieure par deux portes. Tune pour l'entrée, l'autre pour la sortie. Le passage dessert deux hôtels appartenant à une même famille.
La grille, ne montant pas jusqu'au sommet du portail, n'est pas arrêtée sur tout son développement dans un bâti fixe. Il est alors nécessaire de consolider les bâtis verticaux par des contreforts ou arcs-boutants capables de résister aux efforts résultant de l'ouverture ou de la fermeture de la porte. Pour éviter de les alourdir inutilement, on peut, au-dessus des supports des parties ouvrantes, diminuer l'épaisseur des contreforts, ce qui permet de ne pas exagérer inutilement l'épaisseur des motifs de couronnement.
L'existence d'un guichet pour piétons dans l'un des deux vantaux exige l'établissement d'une traverse formant battement pour le guichet, à hauteur suffisante pour donner librement passage. L'emplacement déterminé par l'encadrement des vantaux détermine la dimension en largeur du guichet ; dans cette partie de la grille, les montants sont divisés pour former feuillure et fournir le logement du bâti de la petite porte.
Les deux traverses hautes constituent dans chaque vantail une sorte d'imposte fixe, garnie d'un cartouche prenant appui sur des branches de laurier forgées.
L'emplacement du guichet est accusé par la poignée de tirage donnant l'ouverture et la fermeture (fig. 73). Cette poignée en fer forgé et coudé est montée sur une tôle pleine, aux bords découpés et martelés, et dans la limite d'un cadre de fer plat une seconde plaque de métal découpé lui a été superposée, dont les feuilles dessinées par le découpage ont été travaillées au repoussé. Les fonds ont été dorés pour mettre en valeur l'ornement.
Les remplissages sur lesquels la poignée prend appui sont formés de barreaux verticaux et horizontaux assemblés à mi-fer. Dans le panneau supérieur, les fers carrés présentés sur l'angle sont assemblés à trous renflés dans les traverses.
Les motifs de remplissage des cadres des vantaux sont des fers plats posés diagonalement, terminés d'un côté par une volute, de l'autre par une feuille forgée et alternés de division en division pour donner une certaine souplesse à la décoration du cadre.
142 DKCOK DU FER
Ces études sur deux jjrilles de dimension différente mais de composition aucdot^ue montrent combien toute composition est subordonnée au programme de l'œuvre et combien aussi il est nécessaire pour Tartiste de connaître les ressources dont il peut disposer, afin de voir à Tavance sa composition rénlisée dans Tespace et de se rendre compte des différents moyens d'expression qu'il convient d'employer. Si la j^rille fermait un passage vilré, la composition serait autre.
Il est donc bien inutile de s'attacher dans une composition de ce genre à une répétition de formes anciennes, sous prétexte qu'elles ont subi l'épreuve du temps. Laissons chaque œuvre dans le milieu où elle est née et où nous pouvons Tadmirer sans réserves comme l'expression de goûts différents des nôtres à une époque différente de la nôtre.
Lorsque Lamour traduisait en fer par ajourage des formes architecturales imaginées pour la pierre, il n'était pas maître du style pas plus que des idées de son temps, mais il était maître de l'interprétation donnée par lui à des formes traditionnelles et, ce faisant, il était encore un créateur. En l'imitant nous ne serions que des copistes et des copistes inexcusables, parce que nous perdrions notre temps à ressusciter les formules traditionnelles d'un style mort que rien ne nous oblige à reproduire jusque dans l'interprétation spéciale à un métier.
Laissons donc une bonne fois de côté les copies de formes et préoccupons-nous seulement des programmes sans cesse renouvelés qui obligent l'artiste ;i être de son temps, à composer en fer des clôtures faites pour les baies qu'elles doivent clore, dont la décoration s'accorde avec les idées actuelles, dont chaque détail bien étudié à l'échelle de l'ensemble soit composé pour une place et réalisé suivant les moyens qu'autorisent les qualités du métal.
Ces observations ne s'adressent pas seulement aux artistes créateurs des œuvres, mais surtout aux amateurs qui, par igno-
GRILLES MODERNKS 1 43
i-ance. ivclament à lort el à travers les copies d'ouvrages qu'ils ont vu ici ou là sans comprendre qu'ils causent eux-mêmes les erreurs dont ils se plaignent, les imputant aux artiste» assez maladroits et assez dépourvus d'initiative pour les écouter.
Vig. -3. ~ Grilk des h(>lels Mirabaud. avciiiii' Ji' Villici-$.
Lors même que dans un édifice ancien, dans un de ces monuments historiques qui constituent la part la plus riche de notre piitrimoine artistique, il y a lieu de créer pour des besoins nouveaux, une grille, une porte, une tribune, un vitrail, on ne voit pas pourquoi cette cfuvre nouvelle serait composée sur des thèmes anciens. Lorsque, sons prétexte d'unité, on compose une
œuvre en copiant des formes connues, on sacrifie une qualité essentielle de Tartiste, la personnalité.
Est-ce qu'au xvi® siècle le peintre-verrier chargé d'exécuter un vitrail dans une église du xni® siècle ne faisait pas œuvre de son temps? Est-ce qu'il n'interprétait pas suivant le goût particulier à son époque les figures et les ornements, donnant à ses personnages le costume contemporain ? Cependant ses œuvres ne prêtent à aucune critique, parce que l'artiste conservait à sa composition les rapports de grandeurs et les oppositions de valeurs qui convenaient au monument, parce qu'en adoptant un dessin très différent de celui usité au xiii® siècle il cherchait des harmonies colorées, analogues à celles qu'on avait cherchées trois siècles plus tôt. On ne saurait prétendre que les verrières de la nef, exécutées vers 1500 à la cathédrale de Troyes, déparent cette cathédrale.
L'artiste ne serait critiquable que s'il négligeait d'accorder l'œuvre qu'il crée avec l'œuvre ancienne. C'est à cela que doit se réduire l'adaptation d'une composition moderne à un monument de style antérieur, et c'est faute d'enseignement artistique et aussi de raisonnement que d'éminents artistes, égarés par de fausses théories, se sont attardés à reproduire des formes anciennes en faisant abstraction de leur initiative.
Nous compliquons inutilement la création artistique en cherchant dans le passé l'inspiration qu'il faudrait tirer du présent, si bien que le public, habitué par nous à classer les styles suivant les apparences des formes, est complètement désorienté lorsque parait une œuvre originale qui échappe à tout classement.
Pourquoi chercher dans une œuvre ancienne la manière dont nous tracerons une rosace de feuilles dans un ornement carré ou dont nous utiliserons un fer plat en l'amortissant par des ornements forgés pour occuper un espace rectangulaire entre les barreaux d'une grille?
Si telle était notre impuissance et notre pauvreté d'invention, il faudrait renoncer à nous attribuer en matière d'art une prééminence que justifient des œuvres et non des copies ; mais les résultats obtenus depuis une quinzaine d'années montrent assez qu'on a compris l'obligation de renouveler, par une étude consciencieuse de la nature, les formes du décor et de demander seulement à la tradition les méthodes de travail, les procédés d'assemblage et de montage qu'elle peut nous enseigner. L'accord de la forme avec les qualités de la matière, dans l'expression juste d'un programme, suffit à déterminer aujourd'hui comme jadis le caractère artistique des œuvres.
La composition d'une grille nous a conduits à des observations générales qui s'appliqueront à des ouvrages de moindre dimension, balcons, appuis, rampes, qui procédant, comme les grilles, de principes bien définis, n'admettent d'autre décor que celui résultant de l'emploi judicieux du métal.
L'Art appliqué aux Métiers. — IV. 10
Balcons, appuis, rampes d'escaliers.
La composition des balcons est, comme celle des grilles, subordonnée à leur usage. La protection d'une rampe ou d'un balcon n'est efficace que si sa résistance aux efforts est dans le sens de l'appui. Il est donc nécessaire d'avoir la dimension la plus forte du fer en épaisseur, c'esl-à-dire dans la direction perpendiculaire à la longueur de l'appui. D'ailleurs il faut pouvoir compter sur une ossature solide résultant de l'assemblage de cadres dont les montants prennent appui sur les dalles s'il s'agit d'un balcon, sur les marches et les limons s'il s'agit d'une rampe d'escalier, et, lorsque les ouvrages sont à l'extérieur, exposés aux intempéries, il est préférable d'éviter les scellements du fer, qui risquent de faire éclater la pierre, et d'engager l'extrémité des montants dans les douilles de bronze scellées à l'avance avec toutes les précautions nécessaires.
Ces montants de soutien sont généralement espacés à des distances variables entre 1 mètre et 1 "* 30, mais ne dépassant guère ce dernier écartement.
Les barreaux ou panneaux de remplissage fixés dans les cadres sont compris généralement entre deux traverses haute et basse dont les extrémités sont scellées dans les murs.
Le plus souvent les montants et traverses s'assemblent à tenons ou à prisonniers goupillés et la subdivision des cadres
entre les montants principaux est réalisée par des barres déterminant l'emplacement des panneaux à remplir.
Avant que le travail du fer forgé ait été remis en honneur, on employait pour les balcons, au cours du siècle dernier, des panneaux de fonte exécutés sur dimensions fixes et se prêtant par conséquent très mal au remplissage de cadres en fer qui étaient de largeur variable suivant les dispositions adoptées pour chaque édifice. Cette nécessité de cadres en fer rendait d'ailleurs peu sensible l'économie à attendre l'emploi de la fonte ; car il est possible, lorsqu'on sait employer les fers de remplissage plies et montés à colliers sur les montants, de réaliser, à peu de frais, des rampes en fer d'aspect agréable ; il suffit d'intercaler dans les panneaux, déterminés parle tracé, des motifs d'ornement dus soit à la forge, soit au relevage par le marteau, qui fou missent les oppositions nécessaires de pleins et de vides en vue d'un bon effet décoratif. On obtient ainsi des ouvrages faits pour une place déterminée et on évite la banalité des balcons de fonte dépourvus, à cause du mauvais emploi du métal fondu, de tout intérêt artistique (Balcons d'une maison rue des Pyramides et d'Hôtels avenue de Villiers et rue Saint-Dominique.)
Sans doute l'artiste pourrait trouver une décoration appropriée au métal fondu, mais les frais de modèles compenseraient en pareil cas la dépense supplémentaire du fer forgé, qui sera toujours préférable à la fonte.
Le tracé des remplissages d'un balcon dépend généralement d'une composition linéaire définissant par des lignes droites ou courbes des motifs principaux et des motifs secondaires, créant des oppositions par ajourage et dessinant en quelque sorte une enveloppe décorative à remplir par des ornements de fer forgé ou de tôle repoussée. Parfois la composition plus libre se développe pour former un décor complet.
Par exemple, l'interprétation en fer d'un cartouche, imitant les formes souples du cuir, pourra, si l'ouvrage est de dimen-
sions réduites, être réalisée en tôle martelée fournissant une opposition de parties pleines aux combinaisons de fer plat dessinant les ornements à jour.
Si au contraire ce cartouche doit remplir un cadre de grande dimension, /un motif plein alourdirait considérablement le balcon.
Suivant la tradition du xyu!*" siècle, il serait préférable de dessiner le cartouche par son contour extérieur en doublant et même en triplant les fers pour affermir ce contour. Dans ce but, il peut être utile de garnir Tintervalle entre les courbes par des ornements les reliant. C'est le parti qui avait été adopté pour les grilles du chœur de Saint-Ouen de Rouen et celles de la place Stanislas à Nancy.
Dans un contour ainsi accusé, le fer forgé peut interpréter une décoration florale très brillante suivant un choix à faire de plantes à longues tiges et à larges feuilles correspondant au développement à donner au décor. (Balcon de deuxième étage à rhôtel de Beauffort, rue Saint-Dominique) (fig. 42).
Suivant la dimension du balcon et sa composition, il pourra être utile de doubler les traverses pour constituer aux motifs principaux d'ornementation un encadrement, que pourront garnir des fers inclinés ou cintrés, terminés par des volutes ou des feuilles forgées, et de parer ainsi à la rigidité des barres horizontales. L'assemblage des remplissages par colliers montés à chaud rend sensible en même temps la structure et la décoration.
La nécessité d'une ossature, dessinant par des lignes le cadre du décor, s'applique à toute composition où la décoration résulte de Tajourage. Même pour des appuis bas, tels que ceux qu'on dispose pour la communion dans les églises, on comprend bien la nécessité des subdivisions qu'exige la stabilité de Tappui et que l'artiste doit utiliser pour bien caractériser la succession des motifs d'ornement. Les mêmes observations sont applicables aux appuis de croisée qui sont, tantôt de petits balcons, si la
PKTITF, PKRRONNEBIK 149
croisée est ouvrante jusqu'au niveau du sol, tantôt de simples barres sur lesquelles sont fixés des ornements de remplissage occupant l'espace vide entre la barre et l'appui en pierre.
Fin. 1 1 — Dùparl d'une rampe du xvii' siôclc dans un ancien hiilel de Boi-dt'aiix.
PilaMi-e d'anjcle cumposc de quatre monUnls reccvanl la rampe rnrnice de len
eiilrelacés avet «rnemenl» de for baUii el repoussù.
A toutes les époques ces méthodes de composition rationnelle ont été appliquées aux balcons et aux rampes.
C'est en P'spagne, dans le pays oii les applications du fer ont été aussi abondantes que variées, qu'ont été conservés les plus anciens balcons en fer. Ils sont composés, comme les grilles du W et du xvi* siècle, tantôt de fers carrés et cbantournés assem-
150 DIÎCOH DU FER
blés dans des traverses et maintenus dans des plans verticaux, tantôt de barreaux de fer plat très rapprochés et galbés pour donner de l'aisance au corps quand les bras s'appuient sur la traverse haute. (Balcons à Tolède, à Saiamanque.) On retrouve des dispositions analogues en Italie, k la même époque. (Bal-
oiyc et remplissaKCH en foiTiic ;lfea et rivoes.
cens à Sienne, au premier étage d'une maison dans la \'ia di Citia face à la loge du Casino dei Nobili.)
On a même exécuté en Espagne, comme on le voit à la célèbre maison de Las Couchas à Saiamanque, de véritables moucharabiehs en fer composés d'un triple motif saillant de barreaux et traverses disposés sur plan circulaire et couronnés par une toiture conique en fer ajouré et repoussé.
Souvent en effet, dans les maisons espagnoles et italiennes, le
PETITE FERRONSEBIE 154
balcon se transforme en grille de protection, saillanle sur la façade, aftii de donner des vues latérales sur les rues ou les places, tout en formant la défense la plus efficace contre l'escalade. (Maisons de Salamanqiie. Palais Slrozzi k Florence.)
Souvent aussi les balcons d'appui, par exemple ceux de la tribune des orgues à la cathédrale de Léon, sont formés, comme
les grilles, de baluslres enrichis de feuilles soudées d'un travail extrêmement remarquable.
Les rampes et les balcons conservés en France ne sont guère antérieurs au xvii* siècle et ils caractérisent l'ingénieuse adaptation des forme» architecturales au travail du fer. Dans une rampe telle que celle de l'escalier donnant accès à la bibliothèque du Lycée Charlemagne (ancienne maison professe des Jésuites), comme aussi dans les balcons du château de Serrant en Anjou, le serrurier interprèle par des silhouettes découpées à jour
152 DÉCOR DU FKR
les balustres dont il dessine d'abord, avec le fer, le contour apparent.
Dans ce contour, les fers de la pause se retournent pour former des volutes, donnant appui à un noyau forgé et à des feuilles. Au sommet du balustre les fers se retournent aussi en forme de volutes et soutiennent un cadre correspondant au tailloir (fig. 11).
Les traverses se doublent au sommet de la rampe sous la main courante et s'amortissent, au droit des paliers, dans des pilastres forgés que couronnent des vases de métal. Entre les deux traverses courent des ornements en fer plat, assemblés par des colliers sur des fleurons qui fournissent les motifs pleins de décoration.
Des dispositions analogues, mais plus simples, avaient été adoptées pour les balcons d'un ancien hôtel sis à Tangle de la rue Saint-Antoine et de la rue du Petit-Musc et un grand nombre de vieilles maisons du quartier des Archives possèdent encore des rampes anciennes du xvii® et- du xviii'' siècle qui sont des chefs-d'œuvre de ferronnerie.
Un hôtel du xvii*^ siècle, à Bordeaux, a conservé (fig. 74) une rampe analogue appuyée, comme celle de la bibliothèque du lycée Charlemagne, sur le limon de l'escalier : les panneaux à enroulement, assemblés à colliers, s'amortissent, au départ de la rampe, dans un pilastre carré formé de quatre montants d'angle dont les vides sont garnis de feuilles forgées et que surmonte un vase décoré aussi de feuilles forgées. Les pilastres des paliers sont formés par le groupement de quatre fers tordus en hélice et terminés par quatre petites volutes.
Les balcons des palais de Versailles et de Trianon (fig. 75 et 76) sont conçus d'après les mêmes données, mais ils sont d'exécution plus savante. Des cadres en fer forgé y servent d'appui à des ornements de métal repoussé ; les fers sont combinés pour donner, par des surépaisseurs, les saillies nécessaires à Fenlacement
PKTITE FEBHONMilUE i53
des cadres (fig. 76). Les assemblages soiil encore rénlisés soil à l'aide de noyaux forgés, soil par des colliers.
Au milieu du wm' siècle, à l'époqiie où le serrurier Lamoiir exécutait les grilles de Nancy, on exagérait pour les rampes et balcons de l'Hôtel de Ville les formes contournées des coquilles et feuilles en fer battu, et ces exagérations expliquent le retour, vers la lin du wni' siècle, à des compositions plus pondérées.
K el gielitn moUrs en fers ci
C'est l'impression qu'on éprouve à Bordeaux lorsqu'on analyse le décor un peu surcbargé de la rampe (fig. 77) des bâtiments de la Bourse, œuvre de Gabriel, et dont le palier principal abontit ii une belle grille en métal forgé et repoussé.
Les balcons de maisons édifiées à Bordeaux à la fin du xvuT siècle sont généralement formés de cadres résultant de l'assemblage de montants et traverses et de barreaux remplissant ces cadrer. Ces panneauv assez allongés ont leur partie centrale occupée par un molif de décoration largement traité. C'est le plus souvent un cartouclie exécuté à jour pour enfermer des initiales de fer forgé, ou exécuté entièrement au repoussé, pour mettre en valeur quelques attributs. Ces motifs sont compris dans des enroulements de fer plats.
Quelques maisons ont conservé intacts non seulement leurs balcons mais aussi les grilles d'imposte qui, à Tentréeet au-dessusd'une porle pleine, permettaient de protéger un vitrage donnant du jour à rintérieur.
Le plus souvent les grands panneaux rectangulaires sont compris entre des panneaux plus étroits dont les fers verticaux se prolongent pour être scellés dans la dalle du balcon et qui forment ainsi les arcs-boutants nécessaires à la solidité de Tensemble. Souvent le motif central est indiqué par son contour enveloppant des fleurons de remplissage en fer forgé et des colliers ou des noyaux forgés rattachent entre eux les fers de remplissage. Les attributs rappellent la grande industrie bordelaise : ce sont des navires, des ancres accouplées, etc.
Les modifications de stylçs qui se traduisc^nt dans la ferronnerie par Tadoption, pour les remplissages, de combinaisons de lignes droites substituées aux lignes courbes sont très apparentes dans les maisons du cours du Ghapeau-Houge qui font face au Grand Théâtre de Louis. Des balcons de même style subsistent encore rue Royale, à Versailles.
Après la période d'imitation en fonte des balcons de fer forgé qui correspond aux deux premiers tiers du xix® siècle, on est revenu aux balcons.de fer forgé et on peut citer, parmi les premiers essais intéressants, ceux qui ont été faits pour une maison du boulevard Magenta, vers la fin du second Empire. Ges balcons ont été exécutés sur le dessin de l'architecte Paul Sédille. Ils prêtent à quelques critiques pour la complication des formes et la surcharge des ornements.
L'avantage d'un métal, tel que le fer, c'est de former une ossature très résistante avec des ajourages si bien que les lignes d'architecture ne se trouvent pas coupées par un balcon de fer comme par un balcon de pierre, et cela n'est possible que si, tout en réservant les oppositions de pleins et de vides, on ménage dans le balcon de grands évidements (Balcons d'une maison rue des
PETITE FERRONNERIE i55
Pyramides, de l'hôlel de Beauffort rue Saint-Dominique, d'une maison du Cours-la-Keiiie).
D'ailleui'S, le fer se prêle à des variétés de composition et c'est une erreur de répéter à tous les étapes les mêmes motifs de décoration sans économie appréciable, puisqu'il n'y a pas à utiliser, comme pour la Tonte, un modèle unique.
La Tonte n'est admissible qu'étudiée spécialement pour des
1 Basilique de MoiilDtartre.
(Cadres en 1er forgé el marlelÉ; panneaux en bronze ciselé.
ajourages ou des reliefs qu'on réaliserait difficilement par une seule pièce de fer forgé. D'ailleurs, l'alliance d'un métal fondu, tel que le bronze, avec le métal Torgé est très admissible et les essais qui ont été faits de nos jours sont de nature à la justifier. Je citerai par exemple la rampe exécutée au château de Chantilly, formée de rinceaux de fer forgé el polis qu'enricliissent des feuilles en tôle repoussée el des ornements de cuivre fondu et ciselé tirant un effet décoratif de la seule opposition de cou-
156 DÉCOR DU FEH
leur des deux métaux. Je citerai encore la grille du eh(L»ur de la Basilique de Montmartre (fig. 78).
Ce n'est pas à dire pour cela qu'on ne puisse faire, avec le fer seul, de beaux motifs de départ de rampe en fer forgé. Les études faites par nos élèves et notamment celles d'Emile Guérin * montrent assez ce qu'on peut tirer de l'analyse d'une simple branche de céleri pour constituer en fer un motif d'ornementation très ample.
Je pourrais citer encore les compositions de balcons faits sous ma direction, et réalisant par l'adoption du lierre, du chrysanthème ou de la vigne, dans un encadrement de fer, un renouvellement du décor. (Compositions de Fellion, de Guérin, de M*''' Cayon.)
A l'Exposition universelle de 1900, deux motifs de départ de rampe étaient exposés dans la section suisse : l'un avait pour thème un griffon et l'autre un dauphin. La rampe se continuait par des rinceaux de fer forgé.
On pouvait critiquer le défaut d'application de deux méthodes de travail différentes pour un même motif; par exemple, Texécution en forge du griffon s'accordait mal avec les ailes exécutées en tôle repoussée et beaucoup trop détaillées.
Avec le fer, il faut éviter de torturer le métal par des formes inutilement compliquées, et si les parties pleines, forgées et relevées au marteau, sont nécessaires pour faire opposition aux lignes du cadre, il faut se garder de superposer les motifs d'ornement au point que la composition semble confuse.
C'est le défaut de quelques œuvres modernes qui mettent plutôt en évidence la virtuosité que le goût de l'artisan. Le premier mérite d'un décor par ajourage, c'est d'être clair et très lisible à distance.
Ce sont des qualités indispensables pour les balcons de hauteur réduite ou appuis dont le but est de fournir au corps une
1. Celte rampe a été publiée dans PaU)um du Cours de l'Art appliqué aux Métiers. Impr. nat., 1905.
protection sufTisante et un soutien dans des fenêtres dont Touverlure est plus élevée que le sol intérieur, mais d'une hauteur insuffisante pour prévenir une chute. L'usage de ces appuis est très fréquent dans les villes où il importe le laisser pénétrer la lumière à l'intérieur des pièces, ce qui a pour conséquence la réduction de la hauteur de l'appui en pierre.
Les appuis en fer peuvent être décorés par des rinceaux courants entre deux traverses (appui exécuté par le serrurier Robert) ou former des ornements plus libres sous une traverse haute surmontée d'une main courante (appui exécuté à l'hôtel de Beauffort) ; mais on ne doit jamais perdre de vue que la composition d'un appui, comme celle d'un balcon, est avant tout subordonnée à la sécurité qu'ils doivent procurer par leur hauteur aussi bien que par la solidité des assemblages et des scellements de Tarmature. La sécurité exige même que les évidements dans les remplissages aient, comme limite extrême, des espacements de 15 à 16 centimètres, afin de ne pas donner passage au corps d'un enfant. Ainsi se justifient ces remplissages qui peuvent être faits en fer très mince, afin de ne point alourdir le balcon ou l'appui.
Ainsi la variété des méthodes de travail peut varier à l'infini, les formes décoratives à donner au fer en tirant parti de ses qualités de résistance qui apparaissent nettement dans tous les ouvrages où le fer est employé seul, tels que des armatures de puits, des chaires en fer forgé, des lutrins, des appareils d'éclairage et, d'une manière générale, dans tous les objets mobiliers qui, pouvant être exposés au feu, réclament l'emploi du métal, tels que les chenets, trépieds, etc.
Armatures de puîts. — Chaires, ambons et lutrins.
Appareils d'éclairage.
Les objets usuels pour lesquels ont été utilisées les qualités du fer sont extrêmement nombreux et ont donné lieu à des ouvrages de maîtrise parmi lesquels on peut citer les armatures de puits, les chaires ou ambons de quelques églises, des pupitres, des candélabres, des lustres, des flambeaux, etc..
S'il s'agit d'armatures d'un puits isolé comme celui de l'ancien Hôtel-Dieu de Beaune (fig. 79) qui date du milieu du xv® siècle, les supports verticaux sont réunis par une couronne que consolident des rayons horizontaux soutenus par des potences et réunis au centre pour le maintien de la poulie. Sur cette couronne prennent appui des pièces inclinées enrichies par des crêtes en fer forgé et formant comme les génératrices d'une toiture conique ajourée. Elles sont réunies au sommet et couronnées par un bouquet. Une crête ornée de feuilles de trèfle surmonte la couronne qui relie les trois supports terminés par de petites pyramides en métal forgé.
Le puits de Quentin Matsys à Anvers est plus ouvragé mais aussi plus confus ; les supports sont des faisceaux de petites colonnettes forgées sur lesquelles prennent appui des branches enlacées; les supports sont reliés par des arcatures trilobées qui se réunissent au sommet sur un culot soutenant une figure. Sur les arcatures s'élèvent encore des branches recourbées toutes
chargées de feuilles. De petites figiirines adossées au montant qui couronnent les supports s'appuient sur les chapiteaux forgés. Tout le monde sait la légende de Quentin Matsys, forgeron
Fig. 73. — l'iiiLs en fer foiiti: du xv BÎi'cle, dans la ciiiii' dp riliMcl-Ilîcu de Beaune.
devenu peintre par amour pour mériter la main de la fille d'un peintre en renom.
Non moins remarquable est le puits conservé dans la cour du château de Nantes (fig. 80). à proximité du grand logis. Ce puits comportait des poulies au nombre de sept correspondant h une margelle polygonale élevée d un degré au-dessus du sol de la cour
I 60 UÉCOIt Df FKlt
et couronnée pni' une sorte de corniche s'élargissant a» droit de contreforts correspondant aux supports pour donner la place des seaux ; chacun de ceux-ci reposait sur une sorte de plate-
à pl.is
forme taillée en pente et aboutissant à une •rjirgouille poui' rejeter l'eau dans la cour. Les montants li'ès simples reçoivent chacun, sur un assemblage à fourchette, une grande console qui se relève et se termine par une feuille forgée. Ces différentes consoles forment nu berceau qu'enlretoisent près du sommet, là où
PETITE FERRONNEIllE 161
se produit un cliangemenl de courbure, des fers montés à rivure. Entre les consoles sont disposés des fers tordus en hélice et réunis aussi au sommet par leurs extrémités tournées en
l-'ig. "
volute. Ce sont les supports des poulies rattachées aussi au sommet du berceau par des fer tordus que terminent des feuilles formant avec les extrémités des consoles une sorte de bouquet. On y a ajouté à une époque postérieure des fleureltes dont l'effet est un peu maigre. Un fleuron élancé ayant comme sup-
LArl appliqué snx Métierg. — IV, tl
port un fer chantourné couronnait ce berceau de fer forgé el un couronnement analogue existait au-dessus de chaque poulie. Tel qu'il est parvenu jusqu'à nous, ce puits du château de Nantes est un des ouvrages de ferronnerie les plus intéressants.
On trouve des ouvrages analogues en Espagne, notamment à Salamanque dans la cour de la Maison de las Couchas où le support de la poulie n'est qu'un arc pris entre deux contreforts.
Au château de Chaumout, c'est sur trois supports que sont montées les consoles soutenant la poulie.
L'équilibre sur trois pieds d'un support élancé est si bien assuré que le plus souvent les supports isolés ont cette forme de trépied adoptée dès l'antiquité pour les supports de réchauds.
Lorsque le puits est adossé, comme cela a lieu dans quelques vieux hôtels, notamment à l'hôtel des Ambassadeurs de Dijon, c'est une potence pivotant sur des colliers scellés à la muraille qui forme le support.
Souvent le triangle de la potence est garni d'ornements en fer fixés dans des rainures si le fer est aminci et repoussé ou montés sur le bâti par des queues de carpe si la pièce est forgée.
L'habileté des forgerons et marteleurs espagnols a été mise à l'épreuve du xv** au xvi® siècle pour le mobilier des églises. On a exécuté en fer des ambons, pris comme on le voit à la cathédrale de Tolède, dans les grilles du chœur ou simplement adossés à ces grilles, suivant la disposition adoptée dans la cathédrale de Zamora (fig. 81) où c'est un escalier en bois sculpté placé derrière la grille du ch(Bur qui conduit à l'ambon par une ouverture ménagée dans la grille.
L'ambon polygonal est soutenu sur une pyramide de métal ajouré, prenant appui sur une base de granit. Les arêtes de la pyramide sont enrichies d'arcatures forgées et l'ambon lui-même de forme polygonale a chaque panneau garni de rinceaux de feuillages formés de fers étirés sur un fond découpé à jour ;
PETITE t'EHKONNEKlF.
entre le» panneaux sont de petits contreforts qui forment l'ossature de l'ambon.
Ceux de la cathédrale d'Avila sont d'un travail plus précieux
encore. Ils sont placés de part et d'autre du chœur, souleiuis sur des colonneltes en forme de balustres dont le noyau est enrichi de feuilles soudées, et sur ces colonnettes s'appuient des consoles qui soutiennent en bascule l'armature verticale de l'am. bon. Sur l'un d'eux les panneaux sont encore formés d'orne-
ments architectoniques en fer étiré rapportés sur un fond ajouré (fîg. 7). L'armature est constituée par de petits contreforts en fer forgé que couronne une sorte de corniche. Sur la face principale, les ornements architectoniques font place à un écusson intercalé dans une couronne de feuilles. Cet ambon semble appartenir par les détails de son ornementation à Tart de la fin du xv^ siècle. L'autre ambon, quoique composé à peu près des mêmes éléments, accuse plutôt Tart de la première moitié du xvi*^ siècle (fig. 82).
Ici c'est le fer battu et repoussé qui fournit la décoration des plaquettes ou panneaux entre les colonnettes et traverses moulurées qui forment l'armature. Sur ces panneaux sont exécutés en haut relief des petites figurines dans des niches, à la partie supérieure, des rinceaux et des têtes de profil, à la partie inférieure. Des ornements analogues enrichissent les triangles du limon apparent qui suit exactement le mouvement des marches ; des balustres tournés, décrochés avec le limon et assemblés dans une main courante, constituent la rampe.
Une chaire de composition plus simple et d'un effet charmant est celle qui subsiste à l'église de San-Pedro d'Avila (fig. 83) et dont le soubassement est constitué par une cuve de granit reposant sur une colonnette. L'assise supérieure de la cuve est traitée comme une dalle moulurée à Textérieur et accusant la plate- forme sur laquelle s appuient de fins balustres : entre eux s'intercalent des décorations de fleurons et d'écussons traités à jour. Vers le milieu des balustres sont de petites consoles et à même hauteur sur la face principale un écusson. La main courante est en métal mouluré enrichi de guirlandes de fruits traitées en repoussé.
Ces exemples suffisent à indiquer la variété des ouvrages de ferronnerie et la souplesse des différentes méthodes de travail qu'on peut appliquer. La légèreté du fer et sa ténacité, peutêtre aussi l'habileté des forgerons, le firent préférer pendant longtemps au bronze, soit en Espagne soit en France, pour le
PETITE FEKItONNERlE 463
mobilier des église». Il ne semble pas pourtant qu'on ait exécuté au xvi* siècle dans notre pays des objets mobiliers aussi luxueux que ceux d'Espagne.
Les chaires en fer forgé consei'vées en France ne sont guère
i-ip. '
ampe e( appui
antérieures au xvii" ou au xviii^ siècle. Mais on sait que l'introduction en France de l'art italien abâtardi eut souvent pour conséquence, au temps de Louis XIV et plus tard sous la Régence, la destruction d'ouvrages considérés comme gothiques el qu'on remplaçait par des œuvres d'ordonnance classique. On peut citer
parmi les chaires en fer forgé du xviii*^ siècle celle qui existe dans Téglise de Jargeau (Loiret).
On connaît les lutrins en forme d'X conservés au Musée de Cluny et à la cathédrale de Tournai. Une étoffe tendue limitait Técartement des branches de TX. Des lutrins plus importants furent construits au xvii® siècle. Il en existe un à l'église Sainte-Croix de Provins (fig. 8i) dont le pied formé de grandes consoles est enrichi de feuilles et d'armoiries. Un autre est conservé à Téglise de Bruyères. On a jusqu'ici assez peu étudié ces objets mobiliers très résistants et très légers qu'on pouvait aisément déplacer et qui sont encore parfaitement utilisables. J'ai composé il y a quelques années pour le chccur de Téglise de Montmorency un de ces lutrins ou pupitres en fer dont la tige centrale porte un cadre incliné soutenant le missel et dont les vides sont garnis par des enroulements et des feuilles de fer forgé.
Le fer présente à l'extérieur de telles qualités de ténacité et de durée qu'on s'en est servi pour l'exécution d'enseignes montées sur consoles ou potences et qu'on a pu enrichir par la forge ou par le martelage d'attributs, de masques, de trophées. On en possède encore de nombreux spécimens exécutés au xvii** ou au xviii® siècle.
Mais c'est surtout pour les objets mobiliers en contact avec le feu que l'emploi du fer s'imposait. Aussi n'est-il pas surprenant qu'on l'ait utilisé comme support de lumière.
Les porte-lumière isolés les plus anciens sont des trépieds à base assez large pour assurer l'équilibre et soutenant sur une tige centrale des couronnes armées de pointes à bobèches sur lesquelles se fixaient les chandelles ou les bougies de cire. Le plus souvent ces couronnes au nombre de trois étaient étagées en retrait au-dessus les unes des autres. Des ouvrages de ce genre existent encore dans un grand nombre de nos églises. (Eglise de Vétheuil, Seine-et-Oise ; chapelle de Saint-IIerbot, Finistère, etc.)
On en cile d'analogues en Belgique (Ypres, Tournai, Lierrei; en Allemagne {Osnabriick, Cologne, \euss).
Les porle-himière conservés à Cologne et à Neuss élaient utilisés pour les cérémonies Funèbres. On en formait des chapelles ardentes figurées souvent sur des peintures anciennes et dont on peut se faire une idée par les ouvniges de mêlai forgé au repoussé qui sont conservées dans l'ancienne catliédrale de Salamanquc. notamment par la grille entourant un tombeau d'évêque et dont tout le couronnement est constitué par des supports de cierges (fig. 55).
L'appareil d'éclairage fixé à la muraille exige un support d'applique tantôt fixe tantôt mobile autour d'un axe vertical dont la forme la plus ancienne et la plus logique est celle de la potence. On conserve, au Musée Calvet d'Avignon , un portefanal qui a cette disposition et
, , , ,. ^ , Fin. M. - Lutrin Cl. fer r.>rpo.
dont les remplissages sont, duuf li^irlise SainU-Croix do Provins
comme dans Jes grilles contemporaines, formés de fers élirés sur un fond ajouré simulant une décoralion de rosaces et autres ornements archilecloniques.
On dut assez vile avoir l'idée de proléger contre lèvent la lumière de la bougie de cire ou de suif placée à l'extérieur en la défendant par une lanterne. Celle du Palais Strozzi à Florence peut être citée comme une des plus remarquables (fig. 85). C'est un véritable édicule de foi'me hexagonale, formé de colonnes reposant sur des consoles entre lesquelles sont ménagées de
DKCOIt UU I-Elt
petites baies formées d'une arcatnre double dont les colonnettes reposent sur les piédestaux d'une balustrade; tout le motif est monté sur un pied forgé soutenu en encorbellement par un support scellé clans la muraille. Au-dessus de la corniclie qui couronne les colonnes, celles-ci sont prolongées par des crocs en
Kijt. ni. - I.anlernc tu fer U-egi. ù l'aiijrli! il» P«lais Slro*/i, i Florence,
fer entre lesquels s'inlercaleiil des motifs de trois croissants dont l'ornementation délicate contraste avec la rudesse de larmature. L'œuvre est de la fin du xv" siècle ou du commencement du xvi' siècle.
Le Musée de Clunv conserve une lanterne en fer battu el repercé , provenant de l'hôtel du (-ygne , à Saint - Michel ; l'ouvrage parait être du commencement du xvii'' siècle. A la même époque appartient la belle lanterne eu forme de cou-
ronne fleurdelisée de Thôtel de Vogué, à Dijon, et qui a été si souvent reproduite.
L'éclairage au gaz n'a point modifié sensiblement les conditions de protection de la flamme brûlant à Tair libre, sauf pour la nécessité de prévoir des supports creux permettant le passage des tubes pour la canalisation du gaz. Le fer se prête d'ailleurs fort bien à ces combinaisons, que la lanterne, éclairant un passage, soit perpendiculaire au mur de face ou qu'elle soit placée sur l'angle (Lanterne h l'hôtel Mirabaud) (fig. 45).
Il n'en est pas de même pour l'éclairage électrique par lampes à incandescence ou lampes à arc, dont les conditions d'éclairage sont absolument différentes de celles de l'éclairage par une flamme à l'air libre telle que celle des bougies de cire, des lampes, à huile ou à pétrole, ou du gaz. C'est donc une erreur que d'avoir conservé, par esprit de routine, malgré les changements des sources de lumières, les formes anciennes de candélabres ou de lanternes en substituant simplement une ampoule ou deux charbonsà la flamme de l'huile ou du gaz. On le voit bien si l'on considère la forme des candélabres employés pour lampes à arc et qui est simplement la forme allongée d'un candélabre à gaz de modèle courant. Les essais qui ont été faits hors de France montrent assez qu'il serait possible de tirer du support d'une lampe à arc un effet décoratif.
Pour l'éclairage intérieur, sauf pour les vestibules d'entrée exposés à des courants d'air, les appareils d'éclairage à Tair libre suspendus aux plafonds appliqués aux murs ou posés sur des tables ou des cheminées ont donné lieu pendant le cours des siècles à des applications très variées.
Lorsque l'huile était la source de lumière, on a conservé pendant longtemps la forme de la lampe antique en bronze avec son godet muni d'un bec pour soutenir la mèche trempant dans rhuile et sa suspension à tige articulée assimilable à celle d'une lampe de mineur. Le Musée de Cluny garde encore des
170 niiCOR DU FER
lampes en fer dû xv" siècle de celle forme. Ce» lampes sont contemporaines des supports extérieurs en forme de potence qui fournissaient appui aux torclies de résine.
Nous connaissons assez mal les appareils d'éclairage usités au xvi" siècle à l'iulérieur des habitations. Nous savons cependant, par l'exemple de^ beaux chandeliers conservés au Louvre et provenant du château d'Écouen {fig. S6), que le fer forgé, martelé et soudé, était employé pour ces pièces d'une valeur artistique exceptionnelle. Un flambeau moderne en fer martelé (Musée du Conservatoire) montre que l'habilelé de nos artisans peut encore être mise à l'épreuve (fig. 87).
Dès le xvn*' siècle et peutêtre auparavant , on dut employer, pour l'éclairage, des bras d'applique en fer forgé simulant des branches de feuillage et terminées en pointe pour porter la hnnière (Bras d'applique an Musée de Cluny).
Pour la bonne utilisation de
Kl;,-. K6. — Chainli'liui- du xn- siècle en fer
maricié (.ijr.vciiflnui.1 chflipaini>:c,mrn. [a lumicrc, il pouvait être
nécessaire de la rendre mobile ;
c'est la disposition qu'on a réalisée au moyen d'une articulation
dont le Musée de Chmy conserve un spécimen. L'articulation
PKÏITE FEBHONNKltlK 171
et^l obtenue très simplement par la superposition de l'ers plats que traverse un même rivet. La partie principale du support est enrichie par des enroulements de fer mince et par des feuilles repoussées.
L'œuvre est sans doute du xviii" siècle, et c'est k la même époque qu'il convient d'attribuer un très beau lustre à six branches (fig. 88) (Musée de Cluny) dont la tige principale est ornée d'un médaillon fleurdelisé surmonté d'une couronne.
Les lumières sont portées par des consoles en fer que garnissent des feuillages du plus beau style.
Commedans les rampes et grilles contemporaines les motifs principaux sont constitués par des fers plats concentriques garnis d'ornements très souples qui réunissent
les deux fers donnant FIj;. rt. — Chanddiei modcmc fer mailelé. Coiiip..- ■ ■• , j 1 i^ilioii (le L. Maicnc. exécution de Brossct. (Miist'c
amSI l aspect de consoles <|u Cnscrvoloire des Arls cl Mélicn..)
à jour. On a trop souvent copié ces jolies formes sans les comprendre et sans obtenir en conséquence les effets réalisés au xvm* siècle.
172 Ut:<'.OK Dl' l'ER
Nous avons aujourd'hui, comme jadis, à composer des appareils d'éclairage, mais en tenant compte des qualités de la lumière. Or peut-on prétendre qu'un appareil, soutenant des bougies dont la flamme brûle fi l'air libre et de bas en haut, dont le pouvoir éclairant est faible, puisse convenir pour le gaz ou réleclricilé, à condition d'imiter, en porcelaine, la cire ou la
Kif,-. î"*. — l.'i
uléarine et de placer a rextréniité d'une fausse bougie un bec papillon uu une ampoule à incandescence?
N'est-il pas évident que la luniiêi-e électrique prmluile par r incandescence d'nn linéament charbonneux ou d'un fil métallique dans le vide peut être placée près du plafond sans aucun danger alin d'éviter de blesser les yeux par des points hunineux Irnp vifs et que, dans certains cas, il sera nécessaire d'obtenir une dilTusion de la lumière par de puissants rétlecleurs ou de la '3l/ùi\i>fi' Ui;r une eiivclo|))te Iranspai-ente?
Bien que de nos jours le bronze ait été préféré au fer pour les appareils d'éclairage électrique, les eïssais qui ont été faits pour adapter à ce mode d'éclairage le fer forgé ou martelé montrent assez qu'on pourrait bien souvent en faire emploi. Un appareil d'éclairage de salle à manger (Hôtel de M. tXervillé),
Fig. se. — Supporl cil ffr forL-c d'une lunipc H arc. Décor de chardons bleus. Composition de M"* Cayon, exéculioii île Kobcrt.
(Musée <lu Conservaloire des Arts et Méliei-s.;
exécuté sur les dessins de l'architecte ^'audremer, avec la collaboration du sculpteur Frémiet, est composé d'une sorte de couronne ornée d'une inscription et servant d'appui à des bras de lumière portant chacun comme une gerbe de petites ampoules qui, aux jours de réception, sont prises dans des guirlande,-* de Heurs suspendues aux bras de lumière et l'effet en est charmant. Un support de lampe à ai'cs [R'^. 89), exécuté pour le Musée
du Conservatoire, témoigne d'une entente remarquable de Tapplicalion du métal au nouveau mode d'éclairage.
Un lustre en fer forgé, composé par Robert et qui figurait à l'Kxposition de 1900, utilise pour l'éclairage électrique une fleur des champs dont les feuilles et les boutons suivent les mouvements de Tossature du lustre donnant par intervalles des motifs de décoration qui, par leur répétition, créent des parties pleines dans les lignes de construction. Les ampoulés de verre coloré ont la forme des fleurs el la monture est étudiée de telle sorte ([ue la fleur lumineuse soit aussi rapprochée que possible de sa tige.
Il y a là en effet un élément de décor qui, jusqu'ici, n'a pas été compris.
On a cru qu'il était possible de créer en métal une décoration et d*y rapporter une ampoule sphérique ou piriforme et on ne s'est pas rendu compte que cette pièce rapportée, isolée du support par la monture à douille ou à fourreau de baïonnette, ne comptait plus dans la décoration.
Aussi de nombreux essais ont-ils été faits pour mettre la fleur lumineuse à sa place dans son encadrement naturel de tiges et de feuilles, et ils ont abouti à la réduction de hauteur des montures combinées pour obtenir l'isolement nécessaire entre les pôles positifs et négatifs, afin d'assurer le passage du courant dans la lampe en évitant les courts circuits.
A cet égard, il y a encore beaucoup à faire et les sources de lumière qui ont été employées successivement depuis un siècle, gaz, huiles et essences minérales, électricité, ont pris les artistes au dépourvu. D'autre part, par une économie mal entendue, les fabricants ont négligé de demander aux artistes l'étude de formes appropriées à la source de lumière employée et c'est ainsi que nous attendons encore un type convenable de lampe à pétrole ou de lampe électrique.
A l'P'xposition de 1900 figurait, dans la section suisse, une
sorte de grand candélabre formant support de lampe à pétrole, et le ferronnier Robert avait exposé, la même année, des bougeoirs en fer forgé, préparés pour recevoir une ampoule électrique, dont la forme était séduisante.
Un autre emploi très justifié du fer est celui des armatures d'un foyer, plaques d'âtres protégeant les murs etsources d'émission de chaleur, landiers ou chenets.
Les plaques d'âtre ont été généralement exécutées en fonte de fer et elles ont donné lieu depuis le xv*' siècle à d'intéressantes compositions mettant en valeur par des écussons, des emblèmes, des enlacements d'ornements linéaires à reliefs très accentués, les qualités du métal fondu.
La forme des landiers et chenets dérive de celle du trépied qui est par excellence une forme de stabilité.
Les trépieds qui dans l'antiquité étaient généralement en bronze ont été de tous temps utilisés dans les pays méridionaux comme support de récipients de charbon ou « braseros » qui pouvaient être déplacés, servant à échauffer l'air d'une pièce ou simplement à chauffer des bassins remplis d'eau. Leur destination en avait fait un symbole d'offrande.
Les trépieds italiens qui subsistent encore, tels que celui de la maison de sainte Catherine à Sienne, sont, comme les trépieds antiques, appuyés sur trois supports soudés à une tige d'où partent ordinairement trois branches qui s'épanouissent pour soutenir le gril horizontal dont les trois barres recourbées se terminaient par des têtes d'animaux (fig. 5).
Le landier n'est qu'une variante dans laquelle deux des pieds du support sont dans un même plan, le troisième étant dans un plan perpendiculaire et servant de support aux bûches qu'arrête une barre de fer transversale portée sur des crochets de la tige.
Aux époques anciennes les artisans aimaient leur métier et l'art intervenait partout jusque dans le décor des pelles, des pincettes ou des grils.
Des fers plais s'enroulaient en volutes et réunis par des soudures ou des colliers formaient des motifs linéaires ajourés d'une grande délicatesse (Pièces conservées au Musée de Gluny).
C'est bien par l'application de l'art aux plus humbles objets que sont caractérisées les plus belles époques artistiques, parce que chacun prend plaisir à ce qu'il fait, ne ménageant ni son temps ni sa peine et tendant toujours à la perfection.
Au XIII® siècle on étudiait avec autant de soin, en France, une croix forgée qu'une crémaillère d'âtre ou une couronne d'office servant à la suspension des viandes.
L'habileté manuelle est aujourd'hui ce qu'elle était jadis et si l'initiative artistique était plus développée, si la passion de l'art gagnait le public, nous verrions sûrement en plus grand nombre des œuvres charmantes dignes de rivaliser avec les anciennes (Garde-feu, pare-étincelle et sellette de Robert).
Pentures, gonds, paumelles et charnières, marteaux, heurtoirs,
poignées de tirage.
Une des applications les plus importantes du fer est la ferrure des portes. Primilivenienl, les 'portes n'étaient composées que de planches jointives, raidies par des barres ou écharpes à rintérieur, et qu'on suspendait sur des gonds au moyen de bandes de fer plat appelées a pentures » qui se coudaient au droit de la feuillure de la porte et se terminaient par un œil forgé et encollé, recevant le mamelon d'un gond à scellement : la porte battait sans bâti dans la feuillure de la pierre et y était assujettie, au moment de la fermeture par un verrou rond ou rectangulaire, qui, pénétrant dans une gâche, pouvait y être condamné par le pêne d'une serrure engagé dans une boucle du verrou.
C'est seulement au xv"* siècle qu'on commença à employer les « huis enchassillés », c'est-à-dire les portes ferrées dans des bâtis, et cette disposition nouvelle modifia les ferrures des portes dont Télément principal devint la paumelle dérivée de la penture ou la charnière réunissant les deux parties de ferrures appliquées sur le bâti dormant et sur le battant de la porte.
Nous connaissons par les comptes de la fin du xiv^ siècle (comptes des bâtiments du duc de Berry), les noms des ferrures employées, mais, sauf pour les paumelles, nous ne connaissons
LWrl appliqué aux Métiers. — IV. 12
pas bien les pièces que désignaient les mots « eoublets, hardivelles ». C'étaient peut-être les fiches et les charnières.
On mentionne aussi les « verroils » et « courrils », ceux-ci désignant sans doute les verrous ronds dans les serrures dites à « vertevelie ». Le mot « corril » (curriculum) désigne encore le verrou dans les contes de la reine de Navarre.
Il faut observer tout d'abord que les ferrures étaient posées à plat et non entaillées dans le bois.
Les portes anciennes étaient généralement à un vantail. Quelques portes du xn® siècle étaient à deux vantaux. Des barres les condamnaient.
Si la porte était double comme à Tentrée des cathédrales, un meneau de pierre la divisait en deux parties distinctes, et le meneau qui formait battement soutenait aussi le linteau en pierre et le tympan sculpté que couronnaient les archivoltes.
C'est seulement au xiv^ siècle qu'on exécutait pour la cathédrale de Poitiers de grandes portes à deux vantaux dont les planches verticales forment alternativement bâtis et panneaux. Elles sont encore ferrées par des pentures.
Dès le xii*' siècle on avait cru nécessaire, pour maintenir la porte en bois, de multiplier les points d'attache des ferrures. Ainsi s'expliquent les volutes et autres motifs de décoration qui, tantôt isolés, tantôt soudés à la penture, rattachaient les planches par de longs clous dont les pointes étaient rabattues à l'intérieur (Portes de la cathédrale d'Angers, fig. 90).
Sur d'anciennes pentures, la branche horizontale est renforcée par un arc transversal soudé près du collet.
Cette soudure exigeait déjà certaines précautions à cause du renvoi d'équerre et de l'enroulement du fer pour former l'œil.
C'est au XIII® siècle que le ferronnier artiste a donné aux pentures la forme 'de tiges d'où partent de belles branches toutes garnies de feuilles et de fleurs, formant à la surface de la porte un magnifique décor dont le bois, souvent revêtu de peau,
formait le fond (pentures de la porte Sain te- Anne à Notre- Dame de Paris) (Frontispice). On soutenait par des pentures les planches des coffres comme les planches des portes (coffres du XIII*' siècle au Musée Carnavalet). .
Les progrès du travail manuel du fer avaient rendu possible l'exécution de ces belles pièces de forge dans lesquelles chaque feuille et chaque fleur, préalablement estampées en matrice, étaient soudées une à une sur les tiges secondaires, rattachées elles-mêmes par des soudures à la tige principale : on conservait à la queue de chaque feuille un talon de fer brut qui fournissait le métal nécessaire à la soudure. En soudant les brindilles les unes aux autres, on a constitué des bouquets suivant les contours du dessin reporté sur une feuille de métal ; comme la soudure à l'extrémité de la branche laissait une masse, on Ta garnie de feuilles soudées à leur tour avec épaulement formant embrasse et accusant la naissance des feuilles.
Lorsqu'on réfléchit au poids considérable des pièces ainsi composées et aux précautions à prendre pour éviter de brûler la pièce pendant ses multiples passages au feu, on est vraiment émerveillé de l'habileté professionnelle dont ont fait preuve nos artisans.
Jusqu'au xiii** siècle, c'était par enroulement en volutes des extrémités des fers, qu'était réalisée la décoration, bien que certaines pièces de forge, représentant comme tètes de clous des animaux ou des figures, témoignassent déjà d'une véritable maîtrise. A la cathédrale d'Angers (fig. 90) les armatures secondaires, celles qui servaient à lier à l'aide des clous à bédanne les planches jointives, sont repercées et terminées par des fleurons. A partir du xiii** siècle, c'étaient la forge eÇ l'estampage qu'on pratiquait couramment. La tige forgée -de la penture était terminée par des ornements estampés en matrice. Pour obtenir la matrice dont nous avons déjà parlé, on exécutait en forge la feuille qu'on ciselait à vives arêtes et qu'on
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impi'imail dans le métal après lui avoir donné une « cliaude », on avivait les arêtes du moule qui servait à son tour h estamper en relief la masse de fer ramollie au feu qu'on frappait dans l'élarape.
Kig. 90. — Peiituri;» <hi porlail nccidcntol de la cBlhMnilc d'Aiigera.
La difficulté de la soudure consiste daii^ Tobligation de ne pas brûler, au moment oii le chalumeau attise la flamme, les deux pièces à rapprocher et à réunir par la frappe. Il faut d'ailleui-s contrôler à tout moment la longueur de cliaque pièce en tenant compte de la soudure.
A .Notre-Dame de Paris la penture, dont la largeui- augmente de proche en proche, finit par être formée de liges soudées côte
SUSPENSION ET TIHACK DES POltTES \M
à ente ou superposées el soudée;^ aussi aux embrasses qui marquent le départ des rinceaux par un i-enflement de la lige renforçant aussi, a leur Jonction, les pièces chargées d'ornements multiples.
Suivant nue tradition ancienne, les ferrures appliquées sur la porte servaient d'appui à des anneaux de tirage que soutenait une tète de lion. Souvent dans les édifices du xin' siècle ces anneaux étaient en bronze (anneaux de tirage à télés d'animaux du portail sud de la cathédrale de Lausanne).
A Notre-Dame de Paris ils sont en fer forgé.
La soudure était pratiquée surtout en France.
Les beaux ouvrages de ferronnerie italienne qui ne sont pas antérieurs au xiv^ ou an xv* siècle sont presciue toujours
. ,' , '., „ ■■ , FiB.SI. -Pcnt.ircs" IV-Klisede HoiinivHl.
tormes de pièces torgées Comimsition de l,. Maguo. eiécution de Robert. .... U.Vor de lys.
séparément et reunies
par des rivures. Dans les ouvrages français la soudure rendait possible rexécution en une seule pièce de pentures très développées. Les pentures modernes de l'église de Bougival fournissent un exemple récent de ee genre de travail (fig. 91).
L'estampe ou étampe, véritable coin en fer trempé, simpli-
fiait le travail de forge, mais, la difficulté du travail augmentant avec les dimensions de la pièce, on eut Tidée d'amincir le fer par le battage et de le taillader sur les rives ; on en détachait ainsi des feuilles qu'on modelait au marteau et on évitait la multiplicité des soudures et les nombreux passages au feu qui en étaient la conséquence (pentures à la cathédrale de Garcassonne) .
On alla plus loin encore : en découpant le fer aminci, on pouvait modeler isolément des bandes de feuillage et les souder ensuite ou les river sur la bande de fer plat qui suspendait les vantaux et pour soutenir cette décoration on Tencadrait par des bandelettes de fer tordu ou chanfreiné, ou décoré au burin : le métal repercé pouvait encore élre modelé au marteau. Les pentures de ce genre ont été surtout utilisées pour la ferrure des meubles (Armoire du trésor de Saint-Germain-FAuxerrois)
(ag.92).
Ces ouvrages de ferronnerie vsont nécessairement liés aux menuiseries qu'ils doivent soutenir dans les mouvements d'ouverture ou de fermeture des vantaux et fixer dans les bâtis et feuillures. Il est évident que la largeur des champs sur lesquels s'appuient les ferrures, l'épaisseur des vantaux, leur mode d'assemblage entre eux et avec les bâtis sont autant de données qui déterminent la composition et le décor des ferrures de portes. Ce décor n'est possible que si la ferrure est posée à plat et en saillie sur le bois. Cela est vrai, non seulement pour la ferrure comprenant les différents systèmes de suspension et de tirage, mais encore pour la « serrurerie » qui désigne plus particulièrement les différents modes de fermeture.
Lorsqu'il s'agit d'ouvrages entièrement métalliques tels que les grilles, les poignées de tirage des vantaux, appliqués ou non sur des pièces formant fond, sont montés sur les barreaux de la grille, soit par leurs extrémités engagées dans des mortaises et rivées, soit par l'entremise de pièces filetées serrées par des écrous sur les barreaux (fig. 93).
Pour des poignées de tirage de portes en bois, le problème est différent. Ce n'est plus en effet sur le vide que se délachera la poignée, mais sur un fond de bois plein. La poignée s'appuiera de préférence sur une partie résistante de la porte, sur une traverse ou sur un montant et on aura dû prévoir dans les combinaisons de menuiserie, la surface d'appui à réserver. Si la
poignée prend appui sur un panneau, celui-ci sera établi en conséquence.
Jusqu'à la fin du xviii' siècle, on ne faisait guère usage des sonnettes, encore moins des timbres d'annonce, et la poignée était surtout un heurtoir dont le choc bruyant annonçait le visiteur.
Ces poignées ou heurtoirs existent encore en grand nombre sur les portes des anciens hôLels d'Espagne, à Tolède, à Salainanque, à Burgos. La poignée est généralement placée très haut,
184 UKCOH iii; l'Ei)
pour permettre sans doute aux cavaliers d'aunoncer leur arrivée sans avoir à descendre de cheval (poignées de la porte d'une maison de Tolède (fig. 94). de la porte du cloître de la cathédrale
de Tolède, de la porte de la cathédrale d'Avila) (fig. 95). Les portes espagnoles sont généralement bardées de clous dont la tige terminée par un bouton prend appui sur une rosace très
saillante de fer battu modelé au repoussé. Ces pièces soni souvent d'une exécution remarquable (Clous sur les portes de l'église San-Pedro et de l'église des Dominicaini^ d'Avila, sur la porte du cloître de la cathédrale de Tolède).
On peut en dire autant des poignées de verrous en 1er recoquillé telles qu'on en voit ans portes de' la cathédrale de Salamanque et qui ne paraissent pas antérieures au XYi*" siècle.
La forme de l'anneau k tête de lion qui subsistait à la fm du xui* siècle est de tradition byzantine; on eu trouve des exemples en France dans le Velay , au porche sud de la cathédrale du Puy, au portail de l'église de Brioude, c'està-dire dans la région oii les traditions orientales se sont maintenues le plus longtemps. Ces ouvrages, généralement en bronze, sont i) rapprocher de ceux qui subsistent en Suisse, à Lausanne et à Paycrne. Kig.oi.— Anneau Je iiruKceL»!iamis
clous à tcle sEtliLTJcrue^ sur hi porLi;
On en trouve d'analogues dans l'Ila- d"" ii-Mei'io TnièJo. lie méridionale et en Sicile.
En France, dès la fin du xiv' siècle, on exécutait des heurloii"» en fer auxquels ou donnait la forme d'un marteau à double branche monté sur une plaque dont un épanlement saillant recevait le choc du marteau. Les deux brandies se terminaient par des tourillons assurant la mobilité du heurtoir (Marteau du xv' siècle au Musée Calvet d'.\vignon).
Les collections publiques et privées conservent un grand
nombre de ces marteaux qui sont de véritHbles monuments d'architecture. L'un d'eux provenant de Châleaiidun simule une baie à meneaux, abritée par un auvent, dont les jouées sont évidées pour le passage des tourillons.
Un heurtoir provenant d'une maison de Troyes interprète une arcalure d'applique entre deux contreforts couronnés par des pinacles à crochets et surmontés d'une galerie flenronnée. Le marteau est un enfant tenant un écu. Les contreforts sont montés sur une plaque repercée et la ciselure a complété sur la (igurine le travail de forge.
Les heurtoirs arabes sont comme les anneaux byzantins exécutés généralement en bronze, mais dans l'Espagne du Nord, comme en France, comme en Allemagne, on préférait au bronze le fer forgé. Au xvT siècle on continuait à donner au heurtoir la forme d'un marteau, en remplaçant seulement les pinacles par des colonnes, et le marteau par une ligure allégorique, une sirène par exemple.
'"''' ''u7aihldraie7.\v^B'"'''''*'' l^arfois le heurtoir n'était qu'une tige verticale dans laquelle glissait un anneau, ce qui a pu donner lieu fi l'expression « frotter à la porte )> au lieu de " heurter à la porte •> ; mais le plus souvent l'anneau faisant office de heurtoir servait au tirage de la porte et la forme circulaire présentant le fer sur l'angle s'accommodait en général d'un décor linéaire assez simple réalisé par la gravure. En Allemagne, les tracés son! beaucoup plus compliqués et les fers enroulés occupent le centre de la poignée, tandis que d'autres s'en détachent donnant lieu à une certaine confusion de lignes.
Parmi les plus belles pièces exécutées an xvi* siècle on peut citer les poignées de tirage conservées à Chin y et provenant du château d'Anet. Une boucle les attache à un beau motif d'ornementation d'applique interprétant, en fer martelé et ciselé, les armes de France surmontées de la couronne et encadrées dans un élégant cartouche (fig. 96}.
Le bronze avait été préféré au fer pour les poignées des belles portes de Jean Goujon à l'église Saint-Maclou de Rouen. Celles qui ont été exécutées récemment pour le portail occidental de l'église de Montmorency, et que décorent des alérions. sont en fer forgé.
Dans la serrurerie allemande du xvi" siècle la forme la plus usitée pour le heurtoir est celle d'une poignée à deux branches dont se détachent des volutes qui risquent fort de blesser la main. Le heur-
, . (■ .i . > -, Fi(C. !>6. — IJirloiit-hc fer rcpoussi iriiiif
ton- en fer etanie qu on voit poi^nt-c d<- uihkc dunr ponc di. château à la porte de rilôlel de Ville
de Sion dans le Valais et qui a pris par l'étamage un aspect argentin, caractérise bien ces poignées d'un dessin compliqué qu'on trouve dans certains cantons suisses comme dans la Prusse rhénane (fig. 97j. Il y a loin de là si ces ouvrages de fer martelé et ciselé que nos ferronniers du xvi*^ siècle exécutaient pour le chi\teau d'Anet ou pour le château d'Ecouen.
Malgré les changements de style, les poignées en fer forgé et quelques-unes en fer poli des vieux hôtels français du xvii" et du xviii" siècle demeurent des œuvres d'un goût exquis et si bien
i88 DÉCOR DU FER
appropriées f) leur usage qu'on les a trop soiivenl imitées de nos jours.
L'une d'elles qui esl fixée sur la porle d'un vieil hôtel de Bordeaux portant la date de 1722 esl montée sur un fond ajoui-é, le
métal repercé formant transition entre le fer forgé et le bois (lig. 98).
C'est lii disposition qui a été adoptée pour la plupart des poignées de portes du xyii^ et du xvnr siècle. Elle avait l'avantage d'étaler en quelque sorte sur le panneau de la porte, par un décor de métal ajouré, la plaque d'appui servant au soutien de
SOSPRNSION KT TIRA<:i': DES HOKTKS 1H9
la poignée et de l'adapter au décor de la menuiserie (poignées en fer poli d'hôtels et de maisons à Bordeaux, poignées de tirage des maisons de Paris dans le quartier du Marais).
Les mêmes problèmes subsistent de nos jours el l'exécution d'une poignée de tirage pour un hôtel moderne (poignée de l'hôtel de Beauflbrt (fig. 99), rue Saint-Dominique) peut être
Vif. lifl. — Hcurliùr en Ter torffÈ de la porlc d'un Ii6tel de Bordeaux, iTli,
aujourd'hui comme jadis un sujet d'études se prêtant à la création d'une œuvre originale.
L'emploi du fer battu avait introduit, dans la quincaillerie, un élément nouveau de décoration. D'abord la feuille amincie f< l'extrémité pouvait conserver assez de métal pour être soudée. On la découpait, comme on le fait encore aujourd'hui, en tenant compte du développement à lui donner, puis on la repoussait en frappant, à l'aide du marteau, le fer battu, soutenu, au droit de
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la frappe, par un outil de fer pris dans un élau et aidant au modelage de la feuille.
Au xvii* et au xviii" siècle, on continuait encore à forger, et même très habilement, le fer aminci ; on en constituait des volutes dont le noyau est bien dégagé. Lorsqu'on employa le fer
ballu en feuilles minces assimilables à la lôle laminée, on monta les ornements à goupilles sur les pièces forgées, puisqu'on ne pouvait plus les souder.
Le repoussage du métal en feuilles exige l'emploi du Iraçoir, outil de fer qui, sous le marteau, sert à dessiner le contour, formant un sillon qui s'accuse au revers par un relief que suil le doigt, lorsque, pour repousser le métal, on guide la feuille sur
le mandrin en la frappant avec un marteau de forme appropriée. Les coups de marteau, donnés toujours dans le même sens, impriment aux ornements un modelé gras d'un excellent effet. Cependant malgré les ressources que fournit le repoussage de la tôle, on pourra toujours lui préférer le modelage obtenu par martelage des pièces forgées et soudées.
C'est le mode de décoration qui semble le mieux applicable à des pièces exposées à l'eau telles que des poignées de portes extérieures.