QUINCAILLERIE ET SERRURERIE
Ferrures appliquées et ferrures entaillées. — Serrures.
Les progrès de Tari dans la serrurerie ont été dus surtout k remploi du fer apparent, appliqué sur le bois et non entaillé.
Jadis, Tartisan ne cherchait pas à esquiver une difficulté : il s'etforçail de la résoudre au mieux, en accusant la solution par un décor approprié à la destination de Tobjet.
Ainsi pour la suspension des portes, que les pentures fussent posées sur des gonds à scellement ou sur des supports à charnières, elles n'étaient jamais entaillées ni dissimulées sous le mastic et la peinture. De même lorsqu'on fit usage de bâlis fixes en menuiserie pour la suspension des portes ou des croisées, on n'entaillait jamais les équerres doubles servant à ferrer les vantaux mobiles sur les bâtis et qui portaient les nœuds de paumelles ou de charnières. L'équerre chanfreinée sur les rives, pour éviter la dureté des. arêtes, était renforcée aux angles et près des attaches.
Les ferrures apparentes peuvent, aujourd'hui comme jadis, orner, en les soutenant, les battants des portes et des croisées : les équerres, simples ou doubles, dont l'usage est constant, fourniraient aisément par la découpure des branches, par la réserve des emplacements des vis, par le renforcement des angles, d'excellents motifs de décoration.
Ces observations s'appliquent aussi à la fermeture des portes. Toute fermeture de porte suppose l'emploi d'un pêne, rond ou
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rectangulaire, glissant sous l'impulsion d'une clef qui, soulevant un ressort, dégage un cramponnet pris dans les entailles ou barbes du pêne et peut actionner ce pêne en avant pour la fermeture, en arriére pour l'ouverture de la porte.
Pour éviter le crochetage d'une serrure on a imaginé de nombreux systèmes dont le but est de permettre à la clef seule, faite pour la serrure, d'actionner le pêne.
Ce furent d'abord des garnitures en fer battu fixées sur le fond ou palàlre correspondant à des entailles horizontales et verticales de la clef : ce furent des combiDaisons de canons évidês pour le
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passage des liges des clefs forées; ce furent encore des condamnations à secret obtenues par des pièces dissimulant Tentrée.
Pour les serrures à une seule entrée, les garnitures, accessibles par un secteur évidé pour le passage de la clef, étaient contenues dans un renfort circulaire, d'où vint le nom de serrure « à tour ».
Plus tard, au commencement du xix^ siècle, on chercha à simplifier les garnitures en y substituant les gorges de ressorts soulevés par la clef : la sécurité était moindre. On imagina ensuite les serrures avec canon à combinaison dites à pompe, dont la clef à tige forée, pour être guidée dans le canon, est munie à Textrémité de crans correspondant aux entailles d'un barillet qui détermine, par sa rotation, les mouvements du pêne. Pour éviter le bouchement de la clef forée dans la serrure « à pompe » on réalisa le guidage dans le canon au moyen d'encoches prises sur la circonférence.
Ces différents systèmes ont donné lieu, pendant le cours des siècles, à des essais de décoration qui étaient la conséquence de l'application de la serrure apparente sur le fer ou sur le bois.
Les serrures les plus anciennes qui aient été conservées ne sont pas antérieures au xii*^, peut-être même au xiii*' siècle. Les garnitures étaient le plus souvent visibles ; parfois elles étaient contenues dans une boîte de fer battu emboutie dont les bords étaient relevés au marteau pour en permettre l'application sur la plaque d'appui ou palàtre. Ces serrures à boîte ou « bosse » ne laissaient paraître sur le vantail que le palâtre et le pêne d'un verrou glissant enlre deux coulisses rivées sur le palàtre. Une poignée soudée sur le verrou en déterminait le va-et-vient ; elle pouvait s'engager, par une boucle, dans une entaille de la serrure et y était condamnée par un pêne s'engageant dans la boucle.
Ce mode de fermeture était appliqué aux grilles. (Serrure de la grille du cloître (fig. 100) à la cathédrale de Ségovie.) C'est le système qui a été employé pour les serrures de coff'res pendant tout le cours du moven âge.
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L'entrée est souvenl horizontale. (Serrure à verlevelle du xiv* ou xv" siècle ifig. iOl ), au Musée deCluny; serrure du xvi" siècle à Tescalierde l'IiôLeldes Pénilenlesà Angers). L'entrée est enloiirée d'ornemenl:^ saillants servant à guider la clef. Celle-ci coiidainnait ou rendait libre le pêne de la serrure en engageant ou dégageant un cramponnel, lorsque, tournant dans un sens on dans l'autre, elle appuyait, ou non, sur le ressort de ce cramponnel.
Fijt- loi- — Serrure ù vprIev-oUc, fin siv* du \v* sitclc. (Musée de C'Iuny.)
Les organes essentiels de toute serrure ont été, dès l'origine, réunis dans une boîte ou coffre entre deux cloisons verticales dont l'une, le palàtre, sert d'appui aux différents organes et dont l'autre, qu'on a rendu mobile dans les serrures modernes, est le !• foncel •> ou faux fond servant â clore le coffre. De petits cylindres de fer, qu'on appelait au xiv'' siècle <■ estauques » (esloquiaux), rivés sur les cloisons, en maintiennent l'écartement; autour d'eux s'enroulent les ressorts, entre eux se meuvent les organes de la serrure et de bonne heure, pour garantir la fermeture on a fixé sur le palàtre des feuilles de fer battu ou garnitures correspondant aux enlaillesdu panneton de la clef, de telle
sorte que la serrure ne puisse être ouverte qu'avec une clef faite pour ces garnitures.
C'est d'après ces principes fondamentaux que, depuis le XII® siècle, est réalisée la fermeture des portes.
Mais en dehors de Touverture et de la condamnation de la serrure par la clef, il était nécessaire de pouvoir assujettir la porte dans sa feuillure sans la condamner.
On y parvenait à Faide d'un loquet, manœuvré par un poucier ou clenche ; c'est en réalité un levier mobile autour d'un axe et dont l'extrémité est prise dans une gâche à menlonnet. Un anneau placé à l'extérieur rendait possible le soulèvement du levier sur une bascule.
Le verrou pouvait être utilisé de même en le dégageant ou l'engageant dans une gâche à l'aide de la poignée qui déterminait son glissement dans les deux sens. La clenche et le verrou, combinés ou non avec les serrures, ont satisfait pendant longtemps aux différents modes de fermeture et d'ouverture des portes.
Jusqu'au xv'^ siècle, le principe de la serrure à bosse et à verrou plat apparent glissant dans les coulisses du palâtre a été appliqué.
Il en existe un intéressant exemple au château du Plessis- Bourré (fig. 102) en Anjou. (Serrures des portes de l'escalier.) Des arcatures forgées sont rivées sur le palâtre dont la partie appliquée sur la porte est ajourée. La poignée du pêne est une pièce de forge d'un travail très délicat.
Les serrures des portes de meubles sont traitées de même. (Serrure d'un meuble d'archives dans le trésor de l'église Saint- Germain-l'Auxerrois.)
La clef n'a d'autre office que de condamner le verrou. Une arcature de fer forgé dessine parfois l'entrée de la clef qui, à partir du xv*^ siècle, est généralement verticale.
Le meuble le plus usité au moyen âge était le coffre, muni
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d'un couvercle mobile aiiloiir d'une charnière, que des penliires fixaient sur la face arrière el sur le couvercle, (doffredu xv*" siècle dans le trésor de Saint-Germain-l'Auxerrois.)
La fermeture de ces coffres se composait d'une serrure dont le
palàLre orné était visible et dont la clef dégageait ou engageait par mouvement du pêne (qu'elle actionnait en appuyant sur un ressort et en a^'issant sur une barbe) un nioraillon portant en saillie une sorte de boucle ou « auberon » dans laquelle s'engageait le pêne.