LE FER DANS L ARCHITECTURE MODERNE
lique, que la forme est absolument liée à la structure, puiaqu'elie résulte de l'expression juste d'un problème d'équilibre pour lequel le métal, et le métal seul, peut fournir la solution tout enlière, scientifique et artistique.
Celle solution, c'est à nous de la trouver en lirant du mêlai
ce qu'il peut donner. Les remplissages d'une poutre ne sont pas nécessairement des treillis, et puisque c'est par opposition de pleins et de vides que le métal réalise la loi des contrastes, qui nous empèclie d'user des moyens de travail des tôles laminées, découpage, ajourage et même repoussage, pour éviter les maigreurs qu'on reproche au métal mal employé?
Nous en ferons la preuve en étudiant toutes les applications du fer dans la maison moderne.
PETITE CONSTRUCTION METALLIQUE
Combles et planchers^ cours vitrées, auvents, marquises,
cages d'ascenseurs, bow-windows.
L'emploi du fer dans Tarchitecture, malgré le nombre et la variété des applications, correspond à des programmes beaucoup plus complexes que ceux des ponts ou des combles à grande portée. En effet, les exigences de l'habitation ont pour conséquence Talliance du métal avec d'autres matériaux et il importe de trouver des solutions qui se prêtent à ces combinaisons de matériaux différents.
Cependant les qualités de résistance du fer, sous une faible épaisseur, lui assignent, dans la construction moderne, un rôle prépondérant. Les conditions mieux connues de l'hygiène imposent aux constructeurs non seulement pour les salles publiques de lycées, d'hôpitaux, de casernes, de grands établissements financiers, mais encore pour les habitations privées, l'introduction plus abondante de l'air et de la lumière, et le fer facilite la création dans les façades de larges ouvertures à supports très espacés, ménagées dans toute la hauteur de la construction ou réduites aux étages inférieurs, les ouvertures étant surmontées de poutres tubulaires afin de répartir, sur les piliers, la charge des autres étages. (Maison, rue des Pyramides.)
Le système des planchers en bascule, imaginé jadis pour soutenir en encorbellement les saillies des pans de bois, peut être développé dans la construction métallique pour soutenir ces
PETITE CONSTRirCTION MÉTALLIQUE 8i
cages vitrées on bow-windows qui amplifient la surface du vitrage en prenant des vues de côté et ajoutent ainsi ft l'agrément de l'habitation.
Le fer facilite aussi l'établissement d'abris vitrés fournissant pour les voilures une descente à couvert, à l'entrée ou à In sortie
fig. 40. — Veslibiilc de le An
d'un établissement public, ou un abri précédant le vestibule d'un hôtel ou d'une maison.
Le problème se complique, suivant les dimensions de l'ouvrage, de la nécessité de supports et de dispositions à prendre pour le bon écoulement des eaux pluviales. Si l'abri est de très grande dimension, c'est un véritable comble métallique, à croupes ou à pignons, ayant pour supports auxiliaires des fermes reposant du côté du mur sur des consoles, de l'autre sur des siip)>orts isolés prévus pour réserver un emplacement à des tuyaux de
LArl tppliiiaé aux Méliert. — IV. «
descente* Le doublage des tôles dans les fermes peut ajouter au décor par ajourage celui du relevage au marteau.
Si Tabri, moins important, est adossé à une façade, on le portera sur des consoles scellées dans les murs, ou on suspendra, à Taide de tendeurs scellés aussi, mais au-dessus de Tauvent, les fermettes en tôle et cornières assemblées souvent dans une cerce et soutenant, sur des pannes légères, les fers à vitrage en forme de simple T.
Suivant la surface utilisée, il conviendra de recueillir les eaux dans un chéneau, en les ramenant vers le mur par inclinaison du vitrage, pour faciliter leur évacuation, ou il sera possible de laisser le vitrage rejeter directement l'eau sur le sol.
Si Tauvent est peu saillant, on pourra même supprimer les fermettes et porter directement sur une cerce en bascule, appuyée sur des consoles, ou soutenue par des tendeurs, les fers à vitrage.
Considérons un autre programme, celui de Tascenseur qui, . pour des maisons à étages multiples, est devenu une nécessité de la construction.
Le programme en est aussi très variable. L'ascenseur peut être extérieur ou intérieur. S'il est extérieur, il importe de ne pas obscurcir, par des passages, les fenêtres placées au-dessous.
Quel que soit le système employé pour le mouvement de l'ascenseur, il y a des organes mécaniques, piston, tiges de guidage, glissières, chaînes de suspension, etc., qui ne peuvent avoir d'autre forme décorative que celle résultant de leur fonction- Mais le plus souvent, ces ascenseurs sont placés au centre d'escaliers et doivent être protégés par des cages grillagées ou vitrées dont la légèreté est la qualité essentielle et dont le décor peut s'accorder avec celui des rampes d'escalier.
Dans ces ouvrages interviennent de nouveaux moyens d'assemblage dont il est possible de tirer parti au point de vue déco-
ratif. On n'est plus limité à Tajourage des tôles et au cintrage et dressage .sur gabarit des cornières qui les réunissent. On peut faire intervenir le travail de forge et, avec lui, le mode d'assemblage spécial aux grilles, celui dit « à trous renflés ».
La forge étend considérablement le champ du décor rendant possible l'exécution en fer massif d'animaux ou de rinceaux de feuillage soudés à l'armature de fer.
Les portes d'ascenseurs ont été l'occasion de compositions très délicates pour nos ferronniers. Empruntant à notre flore française les éléments du décor, ils les ont subordonnés à la construction d'une porte métallique et ont réalisé ainsi des œuvres de goût, d'un caractère franchement moderne.
Si l'on compare ces œuvres de travail français aux ouvrages similaires allemands ou suisses qui figuraient à l'Exposition de 1900, on peut apprécier des différences de goût qui se sont manifestées à toutes les époques.
Etudions de plus près ces différentes applications du fer dans l'habitation et retenons d'abord que pour le bien employer il faut le laisser apparent.
Par exemple, s'il s'agit d'un plancher, la ténacité du métal autorise le montage à jour des remplissages d'une poutre sans qu'il soit nécessaire de faire un hourdis, c'est-à-dire de la remplir de matériaux de construction qui la chargent inutilement et qui appellent l'enduit masquant l'ossature. A quoi bon employer le fer, si c'est pour l'habiller de plâtre et pour donner, parla peinture, à cet habillage l'aspect d'une poutrelle de bois?
Tant que nous n'aurons point perdu la manie d'imiter, en plâtre ou en toute autre matière plastique-,^ les formes caractéristiques et traditionnelles des matériaux de construction, nous serons incapables de rien créer.
Supposez au contraire que, traitant, par ajourage des tôles qui relient les ailes d'une poutre (fig. 40), le décor des pièces principales d'un plancher, et laissant apparaître les ailes des solives qui
reposent sur cette poutre, nous ayons Tidée d'appuyer sur les solives des remplissages formés soit de voutains en briques émaillées, soit de briques enduites pour recevoir une peinture décorative sur Tenduit, nous tirerons le décor du plafond de sa construction même.
Nous éviterons la monotonie des plafonds unis en plâtre et du décor en pâtisserie des angles de leur corniche. La division du plafond par les fers constituera autant de motifs dont le peintre saura tirer parti en accompagnant d'ornements appropriés les champs des solives et en amortissant par des motifs d'ornementation continus ou séparés les tympans formés à la rencontre des voutains ou caissons avec les murs.
Le remplissage en panneaux de bois, portés sur des fourrures que des boulons apparents fixeraient sur l'âme des fers, fournirait, le cas échéant, un autre élément de décoration. On pourrait même éviter le procédé barbare du scellement au plâtre des lambourdes, en vissant ces lambourdes sur les ailes des fers et en évitant les descellements préjudiciables au bon établissement d'un parquet.
Il y a donc moyen de tirer parti du fer pour les planchers, comme on tirait jadis parti du bois, et la décoration peut être aussi variée que le mode de remplissage des solives, exécuté en matériaux quelconques, briques émaillées ou enduites, panneaux plats de terre cuite, fourrures et entrevons en bois, etc.
On ne sait pas encore bien user de la variété des méthodes de travail pour éviter les maigreurs d'une ossature métallique, qui tiennent, le plus souvent, au défaut de liaison des éléments constitutifs d'une pièce principale, poitrail, ferme de comble, etc. La tôle mince qu'on peut décorer par ajourage ou relevage au marteau et le fer forgé utilisable pour des pièces de soutien, équerres, goussets, fournissent tous les moyens d'éviter la rigidité des lignes et de mettre en valeur les résistances (fig. 41).
l'EÏITE CONSTRUCTION MtTAI.LIQUR 85
Tout ouvrage de ferronnerie résout, en elîel, un problème d'éqnilibre cl il importe que les conditions de stabilité de l'ouvrage soient rendues .ipparenlef*. La construction des auvents métalliques dont nous avons parlé fournil, à cet égard, d'intéressantes indications. L'ossa- ' tnre est comme celle <run comble, formée généralement de fermettes légères en tôle et cornières sur
lest|uelles s'assemblent, à ■
espacements réguliers, des pannes portant les fers à vitrage. Tantôt ces fermettes sont portées en encorbellement sur des consoles de même composition, fortement scellées dans la muraille, tantôt, si l'espace à couvrir est considérable, les fermes constituent l'armatiire d'un comble reposant sur de fins supports de fonte on de fer laminé.
Or ces fermettes peuvent tirer de raioui-acedcs tôles,
^ <^ Ki.' Il ll.'.tnil ^'i..... rs...n» .1/. ^^.nhl.. ..;t.A
et même de leur repoussage, des effets décoratifs extrêmeineut variés, d'autant plus intéressants que ces tôles ajourées, reliant les ailes et semelles des fermettes, rendront compte de leur résistance.
Si la marquise vitrée abrite ou protège l'entrée d'un vestibule
86 DKCOR nu FER
d'Iiôlel, donl la cour n'a génëralemeni qu'une surface limitée, il sera parfois nécessaire de supprimer les points d'appui el même d'éviter les saillies de consoles gênantes pour l'accès de la porte. Dans ce cas, la suspension de la marquise parait fournir la meilleure solution et elle peut fournir, si elle est étudiée, un
motif de décoration s'accordant avec l'ordonnance d'une façade.
Ainsi à l'hôlel de Beaufforl, rue Saint-Dominique (fig. 42), les tendeurs, attachés à deux consoles de fer forgé, soutiennent, en résistant à la traction, une marquise donl la saillie dépasse 3 mètres et qui a 7 mètres de largeur. Le tendeur faisant ici I oflîce d'un cordage double esl décoré suivatit sa fonction et la
console en fer forgé, évidée pour le passage du tendeur, est enrichie de feuilles découpées qui laissent apparente l'extrémilé de la pièce.
L'art naili'a toujours de l'expression juste d'une nécessité de structure.
Équc
rres de cUf,
iieau en Ter
apparent cl
l'hotol Mir
'abaiid, 44.
avenue de V
Voyez l'équerre en fer d'un cliéneau portant la planclie de rive : entaillez celte équerre dans la planche, dissimulez-la sous une feuille de métal, vous aurez donné à un problème intéressant une solution déplorable tant au point de vue décoratif qu'au point de vue de la conservation du bois.
Supposez au contraire l'équerre apparente servant k lier ensemble les planches de rive laissées apparentes aussi (fig. 43);
88 DKCOR DU FER
les exigences de la construction s'accuseront par les branches de Téquerre qui se développeront de part et d'autre de la lige centrale, masquant le joint d'assemblage des planches ; il faut trouver sur ces branches de Téquerre la place des tire-fonds ou boulons; la tige se terminera donc par un motif d'amortissement, et de la sincérité de Texpression va naître une forme d'art.
Plus nous entrerons dans Tétude des détails d'exécution, plus nous reconnaîtrons qu'il est indispensable de bien connaître les méthodes de travail du fer et de la fonte, afin de bien les appliquer soit pour la résistance, soit pour l'effet décoratif, suivant la destination de l'ouvrage. Cette destination nous déterminera à employer de préférence tel ou tel procédé, ici la forge et la soudure, là le découpage, le reperçage et le repoussage du métal, chaque procédé pouvant, suivant le choix du thème décoratif, fournir le moyen d'expression approprié.
Prenons par exemple une porte en tôle ajourée. Ici c'est par une opposition de pleins et de vides qu'on obtiendra le dessin d'une tige portant des boutons et des fleurs, et se prêtant par le reperçage du métal à l'interprétation la plus délicate. Ce sont en effet les attaches à réserver qui aideront, avec les contours découpés, à l'interprétation simplifiée de la plante faisant comprendre la naissance des boutons et des feuilles sur la tige. C'est par découpage à la scie, pouvant donner toutes les finesses de contours, que peut être réalisée une décoration de ce genre.
La tôle ajourée peut se prêter k des travaux de toute nature. Ainsi, pour maintenir de grandes souches de cheminées donnant prise à l'action du vent on peut préférer, à de simples tendeurs n'agissant que sur des ancres, une ceinture continue en tôle dont le reperçage peut fournir un charmant élément de décor et qui, embrassant la souche tout entière, en assurera mieux la stabilité (fig. 43).
Considérons de nouveau les cages d'ascenseurs qui peuvent donner lieu à des compositions originales, puisque là encore il n'y a aucune tradition.
En Amérique, la hauteur inouïe des maisons a fait de l'ascenseur un organe de la construction, et dans certains établissements de Chicago la clôture des cages d'ascenseurs a donné lieu à des développements qui ne sont pas toujours d'un goût parfait, mais qui indiquent ce qu'on pourrait faire si le métal était bien employé.
Lorsque la cage est isolée à l'extérieur et que la communication s'établit par des passerelles, on comprend l'utilité des combinaisons de ferronnerie qui permettent de porter ces passerelles en bascule et de créer des planchers vitrés en dalles coulées, afin de ne pas arrêter le passage de la lumière.
Ces passages vitrés sont d'ailleurs le complément nécessaire des combles vitrés des grands halls dont ils facilitent la bonne utilisation en donnant sans danger accès aux châssis d'aération, en rendant facile la manœuvre des stores et en livrant passage aux ouvriers en cas de réparation.
Un des derniers établissements de crédit édifiés à Paris, l'hôtel de la Société Française de Reports et Dépôts, a été étudié en vue d'une construction entièrement métallique pour toutes les parties correspondant en sous-sol aux salles de dépôts de titres et d'argent. Non seulement, en pareil cas, le fer constitue la meilleure des protections contre le vol, mais il permet, par l'emploi des garnissages de plancher en dalles armées, à combinaisons prismatiques, de donner à une profondeur de 7 mètres une diffusion de lumière suffisante pour qu'il soit superflu en plein jour de recourir à la lumière électrique (fig. 39).
Non seulement les planchers et leurs supports sont en métal, mais aussi les escaliers et les ascenseurs, les marches des escaliers étant formées de plaquettes cannelées d'un alliage d'antimoine et de plomb, très résistant sous le pied et arrêté sur un nez de marche en cuivre.
L'édification du hall vitré a été aussi l'occasion d'une étude de construction métallique, les supports reposant par
rinlermédiaire de consoles sur les piles de pierre dure qui portent les étages supérieurs; l'eau pluviale, ramenée par les pentes vers une cour intérieure, circule dans de larges chéneaux, tandis qu'un cordon de vapeur placé au-dessous, è la base du comble vitré, empêche tout refroidissement.
La question du chauffage a été résolue par la vapeur à basse pression circulant dans des galeries de ronde qui isolent complètement les salles de dépôt des murs extérieurs. La vapeur est distribuée à la partie haute de ces galeries de sous-sol dans des batteries d'éléments à ailettes en fonte sur lesquelles l'air frais pris à grande hauteur et conduit jusqu'au sol inférieur du soussol par de grandes gaines d'aération, s'échauffe et, se distribuant dans des conduits verticaux, vient fournir à chaque étage et pour chaque pièce un renouvellement d'air pur dont la température peut être aisément graduée par le réglage des batteries dont les robinets de commande sont extérieurs.
Là encore le fer a été utilisé pour former, à la hauteur où est recueilli l'air frais extérieur, une frise ornée abritée par la saillie d'un chéneau et formant une sorte de diaphragme pour arrêter la poussière.
Dans le même hôtel la construction du grand escalier et de l'ascenseur qui se meut dans la cage s'est prêtée à une étude de construction métallique aussi bien pour les supports des paliers formés d'arcs et de consoles en tôle et cornières ajourées que pour les rampes ornées de motifs forgés (lîg. 44).
Si l'on connaissait mieux les ressources du métal on en ferait plus souvent l'application soit aux grandes baies inondant de lumière de grandes salles ou des cages d'escaliers, soit à ces bow-windows qui, portés sur l'encorbellement des planchers pourraient fournir à chaque étage des surfaces considérables à la décoration translucide. Ce sont là autant de programmes nouveaux, se prêtant à une disposition originale dont le fer seul peut fournir la solution.
PETITE CONSTRUCTION METALLIQUE 9i
On pourrait encore tirer un autre exemple des supports de lampes à arc utilisées pour l'éclairage des places et des boulevards. La difTusion de la lumière nécessite l'élévalion à 7 ou 8 mètres du sol du foyer lumineux et sans dépasser les bornes
de la critique je crois pouvoir dire que les supports de type uniforme des lampes de nos boulevards ne réalisent pas ce qu'on pourrait attendre d'une application artistique du fer. Une simple lanterne de cour peut èfre étudiée de manière à fournir une agréable silhouette (iig. 45).
Il serait bon de ne pas oublier que le travail de forge a lou-
92 DKrOH DC FER
jours élé pratiqué en France avec mailiise el qu'il peut se pi-êtei', encore aujourd'hui, à la réalisation de programmes nouveaux.
N'esl-il pas possible d'enrichir nos combles de pièces de métal
traitées avec souplesse, comme le furent jadis les ci'oix en fer des églises de village.
Voyez l'enseignement à tirer d'une simple croix de fer forgé originaire de Bourgogne et datant du xv'' siècle. Chaque motif de fer carré a été exécuté à part : le fer coudé deux fois el aminci aux extrémités a reçu de part et d'autre deux ornements en fer plat, dont l'un extérieur est terminé par une feuille de
trèfle forgée. Ces ornements ont été Tun après l'autre soudés sur chaque barre coudée, et ces barres, réuniesà chaud, ont été chantournées jusqu'à Texlrémité de chaque branche de la croix. A chaque extrémité on a soudé, parallèlement aux branches, quatre feuilles en fer martelé et découpé qui redressées ensuite et galbées ont pris la forme d'un fleuron. On voit par l'exemple d'une petite pièce combien il importe de connaître les procédés de travail et les ressources qu'on en peut tirer.
Ces procédés semblent avoir été jusqu'ici réservés aux ouvrages de ferronnerie, grilles, balcons ou rampes, pour lesquels ils ont été pratiqués de longue date et maintenus par la tradition. En comparant les œuvres modernes aux anciennes, nous verrons s'il ne serait pas possible de développer encore el de perfectionner ces procédés .
FERRONNERIE. LES GRILLES DU Xll- AU XVI' SIÈCLE
Fer forgé, soudé, estampé^ repoussé, martelé. Assemblages à colliers, à trous renflés, à prisonniers rivés. ■
Les exemples tirés des ouvrages les plus simples, d'une équerre de chéneau, d'une ceinture de cheminée, montrent clairement que Tart y intervient pour rendre sensibles les nécessités de la structure au lieu de les masquer et pour en tirer un effet décoratif. Si cela est vrai pour des pièces d'applique n'ayant qu'une fonction secondaire dans une œuvre d'ensemble où interviennent des matériaux différents, cela est plus vrai encore pour des ouvrages isolés, tels que les grilles, dont la silhouette décorative résulte de l'ajourage des deux faces et dont l'ossature est tout entière apparente : c'est le métal qui fournit alors la structure et le décor.
A l'origine, quand le travail de la métallurgie ne pouvait donner que des barres de petite section et de faible longueur, ce sont les fers aplatis et cintrés en forme de volute qui formèrent les premiers motifs de décoration des grilles; nous avons donné comme exemple les fers enroulés de la grille du cloître de la cathédrale du Puy : ils étaient superposés à plusieurs épaisseurs et soudés pour former des volutes à plusieurs branches semblant issues des barres verticales, comme de liges, et qu'on fixait sur ces barres par des colliers fermés à chaud mais non soudés. Dans la grille de la cathédrale du Puy, les
LES GRILLES DU Xir AU XVr SIECLE 90
traverses horizontales ne relient les barres verticales qu'à la base el au sommet.
Ce mode de décor par fers plats enroulés est l'un de ceux
qui dut s'offrir le premier à la pensée de l'artisan : il était
réalisable par des moyens simples et il a été constamment employé du xu" au xiii* siècle.
Un autre exemple non moins caractéristique de ces ornements en volute existe à l'église de Conques dans l'Aveyron (fîy. 46). La grille qui ferme le chœur est composée de même d'une série d'enroulements soudés entre eux molif par motif, chaque
motif étant lié par des colliers aux barres verticales qui forment les divisions. Ces barres sont terminées au sommet par des pointes barbelées à quatre branches et le système de défense est complété par d'autres fers barbelés présentant leurs pointes presque horizontalement, pour empêcher Tescalade, et terminées à l'extrémité supérieure par des têtes d'animaux forgées. Le travail de forge était donc pratiqué dès le xii® siècle aussi bien que la soudure, et si les assemblages des motifs forgés et soudés étaient réalisés par des colliers on connaissait déjà le mode d'assemblage caractéristique des grilles, celui dit à trous renflés qui facilite sans afTaiblissement de matière le passage des barreaux dans les traverses. Dans ce mode d'assemblage, le fer des traverses est refoulé et repercé à chaud à espacement régulier afin que le métal des traverses conserve son épaisseur autour des barreaux.
Tantôt, cet assemblage est fait pour des barreaux rectangulaires se présentant de face sur le petit côté ; tantôt il est fait pour des barreaux carrés placés sur l'angle. Dans ce cas, les ornements de remplissage, s'il en existait, étaient fixés par des encoches sans soudure ni rivure : un témoin de ce genre de décoration existait encore au siècle dernier sur une grille de la cathédrale de Constance.
Dans le Midi de la France et dans le Nord de l'Espagne, où Ton exploitait les riches minerais des Pyrénées, les forgerons exécutaient des ouvrages de maîtrise dont quelques-uns subsistent : nous avons cité, comme l'un des plus intéressants, la clôture d'une chapelle dans l'église de San Vicente d'Avila (fig. 3). L'ouvrage qui date de la fin du xii® siècle, ou du commencement du xui^ siècle, tire tout son effet d'une série d'enroulements de fers plats formant cinq épaisseurs superposées et dont la volute principale se termine, au centre, par un noyau forgé servant d'appui à cinq petites feuilles enroulées. A la jonction de chaque motif compris entre les barres verticales est un ren-
LES GKILLF.S DU XIl" AU XVl" SIÈCLE 97
forL soudé, simulant le renflemeiiL d'une lige au dépari des feuilles.
Il existait, autrefois, un ouvrage du même genre dans la collection du peintre verrier Didron ; un panneau du xni' siècle.
Kitr. 1". — Grilles i Irmis ronlli'ii pnitt'iîeniil des lombi-aux dans le cliiltre
de la cathédrale de lliirKti". Fers assemblés au enrré et fers
assemliK'H dia(;onalemeiit.
et de composition analogue, est conservé dans la collection Lesecq des Tournelles : il provient de l'ancienne abbaye d'Ourscamp.
L'assemblage dit à trous renflés dut être imaj^iné pour renforcer l'armature qui recevait les panneaux à enroulements de fei-s plats.
L'usage des grilles solides formant défense se niaiiticnait
L'Art ap/iJi(/rre nue .Ked'ers. — IV. 7
98 df:cor du fer
encore au xiv® siècle. Je Tai constaté, en dépouillant les comptes des bâtiments du duc de Berry, où sont mentionnées ces grilles que l'on comparait à des toiles d'araignées et qu'on appelait des « araignes ou yraignes » de fer. Elles formaient des grillages à mailles serrées et devaient être fort lourdes : le poids de Tune d'elles, indiqué dans les comptes, était de 7.500 livres. Le réseau de ces grilles défensives était souvent complété par lei? pointes barbelées des barres verticales. Ainsi sont traitées dans le cloître, à la cathédrale de Burgos, des grilles protégeant des tombeaux (fig. 471.
Dès le xiv^ siècle on eut l'idée de réaliser, par les mêmes procédés, des motifs de remplissage qui, assemblés deux à deux par des colliers, dans un cadre de barreaux et de traverses à trous renflés, dessinèrent un ornement à quatre lobes (Panneau conservé au Musée des Arts décoratifs).
On trouve encore au Musée de Douai un panneau fort intéressant d'une grille de même époque, dont les ornements à quatre lobes étaient aussi montés par des colliers sur l'armature de barres verticales et horizontales ; mais ces colliers ont en grande partie disparu. Les barres étaient assemblées entre elles par des tenons rivés.
Ce procédé d'assemblage, par des colliers et des rivures, fut constamment pratiqué du xiv® au xv® siècle dans l'Italie septentrionale. La grille qui, à Vérone, entoure le tombeau de Can Signorio délia Scala, ne comprend que trois fortes barres verticales sur chaque face, deux aux angles, une au milieu et des traverses hautes et basses (fig. 48).
Dans ce cadre rigide entrent une série de motifs à quatre lobes rivés sur d'autres motifs, dans lesquels s'intercale la petite échelle, arme parlante de la famille délia Scala ; les motifs sont reliés entre eux par des colliers et forment un réseau justifiant bien le nom d' « yraignes » donné à ces ouvrages et que de gros tenons rivés fixaient sur l'armature. Sur la traverse haute
LES GRILLES DU Xli' AD XVl'' SIECLE 99
sonl rivées de même de» feuille» forgées formant défense. L'uîiivre manque de délicatesse.
Le travail de forge élargissait le champ du décor du fer. et le forgeron pouvait inlerpnHer en métal l'animal et la flore.
Mais le travail élail encore rude et on eut l'idée d'exécuter, en métal durci par la trempe, des ornements qu'on frappait en creux, alin que le fei- estampé à chaud dans la matrice reproduisit l'ornement en relief: deux matrices auraient pu donner l'ornement sur les deux faces; mais en général on se contenta d'une seule matrice pour ces feuilles estampées de divei's modèles qui eurent leur principale application dans les branches des pentures.
La forge donnait un travail beaucoup plus libre et facilitait dans les détails une interprétation plus consciencieuse de la nature. Elle est le vrai travail du fer: en la pratiquant, l'ouvrier devient mailre de la matière qu'il assouplit à sa volonté, s'il est habile, exécutant séparément des pièces ornées qu'il soude ensuite pour former, par leur groupement, des compositions d'ensemble, dont le développement est presque illimité.
L'assemblage de panneaux quadrilobés formant un réseau continu entre les traverses a donné lieu, en Italie, à d'intéressantes applications. (Grille d'une chapelle dans l'église Saint-Augustin de San Gemignano ; grille de la chapelle Rinuccini à Sainte- Croix de Florence, clôture en fer de la chapelle de la sacristie à Sainte-Croix de Florence, grilles au Palais Public de Sienne) (fig. 49).
Malgré la perfection de ces ouvrages, le montage est encore fait par rivures ; mais la tête du tenon rivé devient un motif d'ornement formant une sorte d'étoile à plusieurs branches, en même temps que les fers des cerces, sur lesquelles sont soudés les quatre lobes, sont profilés de moulures qui les allégissent.
C'est en honneur de la Nativité du Christ, ainsi que l'indique rinscription d'une frise, que fut exécutée la clôture de la chapelle Rinuccini à Sainte-Croix de Florence dont chaque panneau^ formé de six motifs, s'encadrait dans l'armature et y était fixé par des rivures (fig. 50).
La clôture de la chapelle de la sacristie à Sainte-Croix, qu'on attribue à la fin du xiv® siècle (1371 ), mais qui par tous ses détails semble bien plus appartenir à la seconde moitié du xv*", est un type d'un procédé d'exécution qui fut alors très employé en France et en Italie.
Il consistait à découper sur le fer battu un décor architectural qu'on renforçait ensuite à l'aide de fers moulurés et rivés ou soudés sur le fond ; on obtenait ainsi des reliefs qui permettaient de subordonner les motifs secondaires aux motifs principaux qui les entouraient.
LES GRILLES DU Xll AL XVr SIKCLF; lUl
L'emploi du fer mouluré étiré à chaud sur plaque de fer battu et repercé fut général, en France, au xv^ siècle, au moment où l'on abandonna le décor floral pour des combinaisons linéaires dérivées de l'architecture de pierre. Nous avons donné
comme type de ce mode de travail une grille française de la collection Carrand à Florence.
L'ne des plus belles applications de ces procédés a été faite à l'entrée de la chapelle du 1" étage au Palais Public de Sienne (fig. M). Les panneaux forgés à motifs quadrilobés sont enchAssés dans une armalure forgée et couronnés par une frise
102 DÉCOR DU FKIt
de mêlai ajouré soutenant une corniche de fer forgé que surmontent des ornements très saillants et lerminés en pointe pour porter des cierges. La grille a été exécutée de 1+35 à 1445 et elle me paraît être contemporaine de celles de Sainte-Croix de Florence.
Fit;. ^'*- — Oi-illc de la chupcllc Riiiucciii CaJrvs en ban-eaux moulurés formanl pumi
ù quntrc lobcR, mi>nt<^s à rivui-vK perdue», entre U's harroou.i d "
Les mêmes méthodes étaient en usage en Espagne à la même époque; la grille d'origine ^espagnole conservée au Musée du Louvre (fig. 52] est' exécutée aussi en fer mouluré sur fond ajoui'é dont chaque panneau simule un ienesUage enchâssé dans des contreforts et couronné par une galerie à la frise enrichie
LES GRlI-tES Dr Xir At XVr SIKCLE
d'ornements en fer ballii et repercé. C'est le procédé qu'on appliquait vers la lin du \v^ siècle aux ambons de la cathédrale d'Avila.
La résistance d'une grille comuiande la disposition des bar-
reaux qui, s'ils sont méplats, ont leur face la plus large en épaisseur; s'ils sont carrés, ils sont très fréquemment présentés sur l'angle. Cette présentation, très usitée au xV siècle dans la ferronnerie espagnole, avait l'avantage de donner des oppositions vives d'ombi-es et de lumières.
A ta Cartuja de Miraflores, près de Bnrgos, la grille qui, dans le chœur de Téglise, entoure les tombeaux de don Juan II et d'Isabelle (fig. 53) est formée de baireaux présentés d'angle. Ces barreaux forgés dessinent, par alternance de branches son-
liisi'C (lu t^uvrc.)
dées très ouvertes sur un barreau et de losanges soudées entre deux embases sur le barreau suivant, une série d'arcatures inspirées des décorations architecturales. La solution est aussi ingénieuse que celle imaginée par les ferronniers fran^-ais qui, au xvn" et au xviii^ siècle, dessinaient, parleurs contours, des ordonnances de pilastres.
LES GRILLES DU Xtl" AU XVl' SIÈCLE 105
A la Gartuja de Miraflores de petits contreforts couronnés de pinacles forgés occupent les angles, interrompant une frise très élégante de feuilles ajourées, prise entre deux traverses couronnant les barreaux.
Du XV* au XVI* siècle, l'Espagne s'était enrichie des trésors des pays conquis et les églises bénéficiaient des largesses des donateurs illustres qui édifiaient une chapelle pour y dormir leur dernier sommeil ou pour y ensevelir des membres de leur famille. Ils la paraient de beaux rétables en marbre ou en bois
lOG DÉCOR DU FKR
sculpté peint et doré, de statue», de pièces d'orfèvrerie, et pour garder ces trésors, il importait d'avoir des grilles hautes qui devinrent elles-mêmes d'admirables motifs de décoration.
Ces grilles fermaient des chapelles, mais elles fermaient aussi le chœur des cathédrales; elles isolaient du transept, comme aux cathédrales de Tolède ou de Zamora, le chœur des chanoines, et le travail artistique du fer se généralisait au point que des chaires, des ambons, chefs-d'œuvre de maîtrise, étaient exécutés en métal et dorés.
Une belle grille, de décoration simple, donne accès, dans la cathédrale de Ségovie, au cloître qui longe la nef au nord. Comme à la Cartuja de Miraflores, les barreaux portent au milieu de leur longueur et entre des embases des ornements forgés dessinant alternativement des losanges et des arcatures polylobées, exécutés par des procédés analogues. La grille porte encore une vertevelle ou verrou rond glissant dans des coulisseaux et doublée d'une patte forgée munie, à ses extrémités, d'une boucle ou moraillon entrant dans une serrure à bosse, et qu'un mouvement du pêne, actionné par la clef, condamnait en fermant les deux vantaux de la grille.
C'est à l'aide des mêmes moyens qu'est décorée la grille fermant le chœur du chapitre à la cathédrale de Zamora et protégeant entre autres trésors des stalles de bois sculptés, qui sont parmi les plus belles de l'Espagne (fig. 54). Ici le fer carré a été chantourné dans la hauteur des barreaux, entre les motifs à losanges qui forment une décoration continue horizontale à mihauteur. Les barreaux ont des bases à profils délicats, comparables aux bases de l'architecture de pierre. Ces bases forgées se développent autour des pilastres qui terminent la grille et qui sont formés de fers verticaux placés aux angles encadrant des rinceaux de feuillages exécutés en fer battu découpé et martelé sur lesquels se joue la lumière.
Il est à remarquer que les barreaux ne sont pas longs et que
LES r.HILLES DU XII^ AU WY SIÈCLE 107
des traverses accouplées pour encadrer des rinceaux de fer martelé et IravaUlé à jour forment des coupures, nécessitées peutêtre par les diffîciiltés du travail. On trouve ces coupures répétéesjusqu'ii trois fois dans la magnifique clôture de fer forgé qui entoure le tombeau d'un évêque dans une chapelle ouverte sur
les cloîtres de l'ancienne cathédrale de Salamanque. L'œuvre est de la fin du xv* siècle ou du commencement du xvi« (fig, î)5i. Elle réalise une ordonnance complète de pilastres placés aux angles et au milieu des grandes faces, pour constituer une ossature rigide arrêtée sur des embases, forgées et entreloisée par des traversessur lesquelles sont rivées, à rivets saillants, des plaques de fer ballu et repoussé figurant, à la traverse basse, des anges et
lOS DÉCO» Dl! KER
à la traverse haute des têtes de mort, que séparent des motifs d'ornements. Ces pilastres sont encore constitués par des cadres garnis de feuillages ajourés.
Mais ce qui constitue l'originalité de cette clôture, c'est son
couronnement de porte-cierges, formant au somnïet chapelle ardente pour les cérémonies de commémoration. De beaux cartouches dorés et peints s'intercalent dans les supports du luminaire entre lesquels se jouent des figures et des animaux symboliques. Le métal repoussé forme l'ornement principal des porte-cierges. Si l'œuvre est un peu chargée, elle témoigne d'une extraordinaire ingéniosité et d'une habileté rarement dépassée.
LES GRILLES DU Xll" AU XVl^ SIÈCLE UJ9
Toutes les grilles conlemporaines ont les mêmes qiialilés. Celles du chœur de la cathédrale de Tolède (fig. 56) sont de vrais monuments d'architecture, compoplant sur un soubassement des
Fi),-. ri<5. — Grillr rci-maiil le chirui- de la calhé<lrale de Tolède. Barreaui for^L'a. Frise cil mitnl ajouré cl rcpoiiBsé.
supports à gaines et ligures humaines, des « ternies ». arrêtés sur une traverse à frise ornée de motifs repousses formant une première armature. Cette partie basse de la grille qui occupe [es deux tiers de sa hauteur est surmontée d'une ordonnance de balustres d'un superbe profd qui couronnent les sup-
ports à gaines el qui s'arrêtent à un entablement complet de métal à architrave et corniche réduites. Tout le développement ornemental est donné à la frise d'où émergent une série de têtes de haut relief, exécutées au repoussé, entre lesquelles s'intercalent d'autres motifs d'ornement. Les barreaux forgés sont euxmêmes d'élégants balustre.^à profils galbés interrompus fréquemment par des bagues.
Dans la partie inférieure de la grille sont compris deux ambons dont les appuis sont en mêlai repoussé, comme ceux de l'un des ambons de la cathédrale d'Avila. L'ambon octogonal est décoré aux angles de figures séparant les panneaux. Il repose mal sur une colonne tronquée en marbre.
Bien que moins riche, la grille qui clôt le chœur du chapitre, à la cathédrale de Tolède, est encore un monument d'une richesse inouïe.
Elle a comme motifs de couronnement des porte-cierges traités dans le goût de ceux du tombeau de Salamanque, mais d'un dessin plus élégant encore. Les supports en orfèvrerie de l'aulel du chapitre qui sont conleniporains, mais exécutés en bronze ciselé et doré^ sont aussi des chefs-d œuvre.
Il ne semble pas que le travail artistique du fer ait jamais eu en France, au moins au xvi** siècle, un pareil développement.
Un monument de ferronnerie extraordinaire a été érigé aussi dans la cathédrale de Grenade pour clore la Capilla Real qui contient les tombeaux des rois catholiques (fig. 57).
Comme dans les exemples précédents, l'armature est formée d'ordonnance de pilastres et d'entablements de métal repoussé formant armature et dont les intervalles sont occupés par des barreaux forgés enrichis eux-mêmes en leur milieu de motifs soudés à décor de lignes d'architecture et de feuillage. Aux pilastres s'adossent des figures de haut relief. Sur le tout est une grande frise formée par les scènes de la Passion traitées en silhouette à l'aide du métal repoussé.
LES GKILLES DU Xll' AI.' XVI*" SIÈCLE Hï
Ces procédés étaient encore usités en Espagne au xvii* et au xviii^ siècle, comme on peut le constater à Ségovie en considénint la grande grille de clôture du chœur du chapitre. Ici la
- Crillc rerniBiit la Cnpilla ! du pilastie* Tumiaiit nrma raiidc frise truitùc en silhoucllc u
grille est plu» simple et la richesse est tout entière dans les motifs de couronnement formés de fers enroulés qui servent d'appui à des feuilles d'ornement en métal repoussé.
La clôture du tombeau de Maximilien, à Innsbruck, est traitée autrement. Les enroulements et enlacements de fers plats y ont
le rôle principal elles feuilles disséminées dans le décor semblent destinées à en rompre la monotonie. Les motifs de couronnement qui encadrent les écussons sont traités beaucoup plus largement et sont d'un bel effet.
On remarque que le fer doit présenter son plus grand côté dans le sens de la résistance, c'est-à-dire en épaisseur. Les grilles dans lesquelles il a de face sa plus grande dimension, sont lourdes el semblent peu résistantes (Grilles du Chiostro Verde à Santa-Maria Novella de Florence).
FERRONNERIE LES GRILLES DU XYl* AU XYIIh SIÈCLE
Travail de fer forgé pour les cadres et de fer battu et martelé
pour les remplissages.
Dès le xv^ siècle se manifestait, en France comme en Espagne, une tendance à imiter en fer les formes de Tarchitecture lapidaire, mais en les adaptant au travail du métal. Le fer dessinait à jour les lignes principales, accusant le décor par des ornements forgés, auxquels on substitua peu à peu des ornements en fer battu et repoussé au marteau. Les deux procédés étaient très dift'érents. Avec le fer forgé Tornement conservait l'épaisseur nécessaire à sa soudure et on pouvait réaliser de magnifiques pièces d'un seul volume ; mais elles étaient pesantes et l'amincissement du fer par le battage devait conduire à rajustement, dans des cadres forgés, de remplissages en fer aminci relevé au marteau, que Ton fixait à l'aide de rivures. C'est le procédé qui fut employé des deux côtés des Pyrénées du xvii** au xviii® siècle.
Ce qu'il faut retenir des grilles antérieures au xyii** siècle, c'est l'utilisation qu'on y fit des qualités du métal pour obtenir des œuvres d'un caractère artistique incontestable mettant en évidence par l'élégance des formes, la ténacité du métal.
Les grilles du chœur et des chapelles de la cathédrale de Léon (Espagne) et celles qui forment la protection des tombeaux devant
LArl appliqué aux Métiers. — IV. 8
114 DHCOn IIL' FER
les enfeiis du transept à l'ancienne cathédrale de Salanianque (fig. 58), sont des œuvres de goût dont la simplicité impose un démenti à l'exubérance proverbiale du décor dans l'art espagnol. Il est intéressant de constater sur la grille d'entrée du chœur, à la cathédrale de Léon, les recherches d'oppositions entre les barreaux qui forment la clôture et les motifs d'ornements floraux qui viennent rompre la monotonie des lignes droites.
Vip. âS. ~ Grilles |>riilû):caiil des ciirciiii. dans te [ranscpL stul de l'ancienne cBlhëdralc de Salamanqui:.
Ce sont des qualités que développèrent les artistes français au xvii*^ siècle et dont il est utile de noter les premiers essais.
Les grilles espagnoles qui sont, comme nous l'avons vu, de véritables monuments, donnant place à des ouvertures pour l'accès d'ambons saillants exécutés eux-mêmes en métal, admettaient dès le xvi° siècle ces oppositions dont la grille fermant lu chapelle des rois catholiques dans la cathédrale de Grenade fournit le plus extraordinaire exemple.
Au xvii^ siècle les grilles espagnoles perdaient leur caractère de défense. Celles qui ferment le chœur des chanoines à la cathédrale de Ségovie ne sont que des clôtures légères (fig, 59).
LES GRILLKS DL \vf AV XVlll'' SIÈCLE Ho
A partir du xvii'^ siècle se généralisait la nouvelle méthode de décoration du fer. KUe consistait à battre le métal en feuilles minces, à le découper suivant un tracé calculant k l'avance son
Fig. 39. — Gritic fermanl le choeur des chanuines iloiin la caLhi^drale de Sé|;<>vic. wii' siècle. Couronne me ni de rînceaui en fer inarlel<5.
développement et sa rétreinte, puis à le relever au marteau à froid. On obtenait ainsi des modelés gras, laissant à la surface du métal des facettes qui jouaient avec la lumière.
Dès le xv*' siècle, on avait bien utilisé le fer battu en plaquettes minces, disposées le plus souvent dans des encadrements
de fer chantourné et on avait obtenu par la superposition de ces plaques ajourées, repoussées et même gravées, une ornementation très délicate. On Tavait appliquée à des encadrements de grilles, à des coffres de serrures, à des pentures. On avait même exécuté en fer aminci et repoussé des ornements d'applique, les uns soudés, les autres rivés sur des pièces forgées et, à une époque où le travail de la forge était le plus en honneur, on avait réalisé, par la soudure des feuilles martelées et bien galbées sur des noyaux forgés, des pièces de maîtrise, telles que les chandeliers conservés au Louvre et provenant du château d'Ecouen.
Mais c'est seulement au xvii® siècle que le procédé réservé jusque là à la serrurerie fine s'étendit au décor de la ferronnerie et qu'on exécuta de grandes pièces en fer battu et repoussé, telles que les tympans à figures et rinceaux des grilles du château de Maisons, qui forment actuellement la clôture de la galerie d'Apollon et de la salle des bronzes antiques au Louvre, au-dessus des portés à panneaux forgés.
On se préoccupait alors de réaliser en métal mince obtenu par le battage, comparable à la tôle laminée, des ornements d'exécution plus large et en même temps plus facile que les ornements forgés et pour donner l'illusion de la naissance des feuilles en fer battu sur les tiges forgées, on entailla celles-ci en donnant à l'entaille une forme de queue d'hironde. Les feuilles montées dans ces entailles étaient affleurées et traversées par un tenon dont la saillie aplatie formant rivure maintenait l'ornement dans son cadre.
Au moment où le goût pour les ordonnances à l'antique s'étendait à toute la décoration architectonique, le serrurier interprétait par ajourage avec une extraordinaire sûreté de goût, ce décor, réalisant plus habilement même qu'on ne l'avait fait en Espagne au xvi® siècle l'interprétation d'un pilastre ou d'un entablement. Les lignes d'architecture sont réduites à des cadres
LES <;RILLES du XVI* ad XVlIl" SIKCLF. 117
de fer forgé dont les ajustements sont assouplis en vue d'éviter la sécheresse des lignes et les courbes sont amorties par des noyaux qu'enveloppent des ornements repoussés du plus beau stvie.
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(arroaiix dans Ici
(oiibasseiiieiil.
A l'église de Saint-Riquier dans la Somme i (if;;. Hlli, la clôlure du transept noi'd est consLituée par des pilastres dont les chapiteaux et les bases amortissent le cadre de fei' forgé : la partie vide de ce cadre est garnie par des rinceaux de feuillages traites à jour el, au-dessus de Teutablement qui couronne les pilastres,
H8 UlvCOR DU KEH
des vases contenant des lys sont dessines par leurs conloui's.
Si l'arliste interprète en fer une forme de portail usitée jusque
là pour la pierre, comme on le voit à l'entrée de l'Hôtel-Dieu de
Troyes [fîg. 61 ), les piédroits de la grille constituent des pilastres
Fig.SI.— Grille <l entrée de niAUl-Dicu de Truycs tTâK .
llarreaux dans un cadre orné couronné p«r une archivolle 4 jour que surmouleiit
des rinceaux el carlouehes. Barreaux arr^lés sur den noyaux forgés
aux exlrémilés et dans les panneaux d'encadremenl.
à impostes dont les moulures se retournent, couronnant par une archivolte le grand chambranle ajouré dans lequel se meut la grille ouvrante ; sur l'archivolte s'appuient de grandes consoles enrichies de feuilles relevées au marteau et qui servent de soutien aux armes royales surmontées d'une croix.
LES GHILLES DV \\t' AU XVlir SIHCLK 119
Ce ne sont là que des œuvres secondaires si on les compare aux grilles admirables qui ferment le chu-ur de l'église Saint- Ouen à Itonen (fig. 62). Leur analyse pourrait tenir lieu de tout un enseignement, aussi bien pour F interprétât ion en métal d'une
rille» du chd-iii- de Itiilise Saint-Oueii. A lloiicn. Joun: ilcssinniit les Iikiii-'s d'archilcolurc.
ordonnance architecturale que pour ta richesse d'une composition qui met à profil les procédés nouveaux d'exécution, en créant par opposition de pleins et de vides un ensemble décoratif du plus grand efîet.
Si l'on étudie la porte ouverte dans cette clôture, on constate
DECOR DU t'KR
que les pilastres, les entablements, les vases couronnant les pilastres (lig. 63), sont réduits à une ossature de fer forf^é, qu'enrichissent par place des ornements de fer aminci et repoussé, si bien que les bases et chapiteaux de pilastres ou les moulures
d'une travée tics grilles du cliicur en. Interpréta lion d'une comifhc, de va*e* par le fer balUi el repoustié.
d'architraves et de corniches n'ont aucune lourdeur : ils paraissent au contraire indispensables pour enfermer dans un cadre solide les barres de remplissage.
ASaint-Ouen de Rouen, l'artiste, qui était un Parisien, Nicolas Flambart, a vraiment fait preuve d'initiative artistique par Tinter-
LES GRILLES DU Wl' Ali XVIll'' SIÈCLE 121
prélation originale qu'il a donnée aux ornements, modillons ou oves, traités par ajourage et en silhouette. Ne conservant de la clôture que les lignes verticales et les assouplissant par des enroulements, il a motivé l'ajuatenieiil des feuillages en
PiR. 64. — Uùtail des panneaux dune IravCv <lv (rrillu du cliœur
de l'c).''isc SHiiil-OuGn, i Koucn. Feuilles de fer batlu et reeoqiiillé rivi'es
sui- les rinceaux rorités. Interpréta lion pur le eadre de nictal
d'une ordonnance iiinique.
les appliquant aux noyaux ou consoles pour relier les parties pleines aux parties ajourées (lig. 6t). II a réalisé mieux encore qu'on ne l'avait fait en Espagne ces belles décorations continues dans le sens hoizoïital qui font oublier la rigidité et la sécheresse des barreaux.
Bien que moin.s importante la grille qui ferme le chœur de la
cathédrale d'Amiens mérite d'être citée parmi les ouvrages du XVIII® siècle les plus intéressants pour l'interprétation en métal des thèmes décoratifs de l'architecture classique.
Pour les grilles de Saint-Ouen la virtuosité de l'exécution s'accuse surtout dans le couronnement des portes dont le décor varié témoigne d'une extrême liberté.
C'est par des qualités du même genre que se distinguent les grilles exécutées par le serrurier Lamour sur la place Stanislas à Nancy (fig. 65). Les pilastres y forment encore les cadres des barres de remplissage et la corniche y est réduite à une simple moulure de couronnement, contribuant ainsi à la légèreté de cette magnifique clôture. Les montants verticaux sont assemblés à la partie inférieure dans une sorte de sablière et couronnés par une double traverse que relient des parties pleines en fer battu.
Ainsi sonl constitués de pilastre à pilastre ces cadres rigides dans lesquels les barres de remplissage terminées par des enroulements et reliées entre elles par des assemblages à mi-fer ou par des noyaux soudés constituent des panneaux qu'enrichissent des applications de coquilles ou de feuilles martelées. Ces ornements ne sont pas en général emboutis d'une seule pièce, mais formés de deux pièces raccordées sur l'axe dont l'ajustement à mi-épaisseur du fer est à peine visible et supprime une difficulté d'exécution.
Ce qui est à remarquer à Nancy, à Rouen ou à Amiens, c'est la distribution savante des parties pleines qui laissent apparaître partout les lignes de construction. Tout effet de maigreur est d'ailleurs évité par ces décorations de fer repoussé qui, épousant les contours des barres, rompent par leurs subdivisions la hauteur des barreaux et facilitent au droit des ouvertures l'ajustement des piédroits et des arcs.
Quelques parties des grilles de Nancy sont plus simples, constituées seulement de barreaux principaux, réunis au sommet par des rivures aux enroulements de fer, qui amortissent les
LES GRILLKS Dt.' XVI* AU XVIll" SIÈCLE 123
barreaux itiLermédiaires et donnent, par alternance des motifs, nn effet décoratif très satisfaisant. L'arc-boutant qui forme l'amortissement de la grille sur le mur d'appui est lui-même formé d'im double cadre el enrichi par des remplissages en fer méplat qui redessinent les contours déterminant l'empla-
cernent des feuilles des rosaces ou des coquilles ^fïg. 66). Des ouvrages de moindre dimension, tels que les grilles des chapelles de has côté sud à la cathédrale de Noyon, ne sont pas moins intéressantes à consulter. On reprenait alors le système d'ornementation par rinceaux de fer plat présentant de face leur petit côté et s'assemblant au moyen de colliers pour former des panneaux compris entre des frises qui divisaient la grille dans sa hauteur.
DËCOR DL' FEU
Une grille de clôture d'une cliapelle dans le même édifice est décomposition beaucoup plus simple (fig. 67), Ce sont encore des rinceaux de fer plat qui la constituent mais leurs tiges issues d'un culot de feuilles martelées figurent, par les enroulements qui les
, à Nancy.
terminent, de grandes palmes, sur lesquelles prennent appui des ornements repoussés très délicats. La clôture se divisait ainsi en trois motifs dont les couronnements étages suivent la forme des rinceaux.
On retrouve les mêmes méthodes de composition à Bordeaux : elles sont appliquées à une petite grille formant la cour d'une maison du xvin* siècle.
LES GRILLES DU XVl" AU XVIIl' SIÈCLE i25
D'ailleurs la ferronnerie d'art eul à Bordeaux à celle époque un extraordinaire développement. Les maisons des quais, celles du cours du Ghapeau-Kouge, conservent encore en grand nombre des ouvrages de ferronnerie, grilles, panneaux d'im-
posle, ferrures de portes extérieures, poignées et serrures de portes, rampes d'escalier, témoignant d'une véritable maîtrise. Des édifices tels que l'église Xotre-Dame ont gardé intacte leur décoration de ter forgé on repoussé, balcons de tribune, clôtures de chapelles et de chœur, et le décor de métal repoussé y alterne avec l'ornementation du fer forgé.
Les bâtiments de la Douane et de la Bourse, qui furent Tœuvre de Gabriel, ont conservé aussi de très beaux ouvrages de ferronnerie, notamment les rampes des grands escaliers et les portes de métal qui donnaient accès des paliers dans les salles ; elles sont enrichies de médaillons travaillés au repoussé comme les clôtures de Téglise Notre-Dame . Comme dans tous les ouvrages du XVIII® siècle, les feuilles recoquillées s'affleurent par entailles avec les noyaux ou barreaux sur lesquels elles prennent appui.
L'art français faisait école et nous trouvons jusque dans l'église Sainte-Pauline de Trêves des grilles intéressantes, ayant les mêmes dispositions que les grilles françaises contemporaines.
A la fin du xviii® siècle le travail de la ferronnerie commençait à s'écarter, dans la forme et la dimension des ouvrages, de la technique propre au métal. Je citerai comme exemple, les grilles du chœur de l'église Saint-Germain-l'Auxerrois commandées, dit-on, en 1767 au serrurier Dumiez, mais dont le travail accuse plutôt Tart en faveur sous le règne de Louis XVI (fig. 68). Les cadres y sont inutilement lourds comme aussi le couronnement des portes comprises entre deux traverses sous le fer mouluré qui couronne laigrille. Les lys et rubans sont en cuivre fondu et d'une belle exécution.
Il semble que le polissage du fer pratiqué pour ces clôtures n'ajoute pas grand charme au travail de forge en faisant disparaître la trace de ce martelage qui conserve quelque chose de la personnalité de l'ouvrier artiste. Le fer n'est pas le bronze et si Ton comprend l'utilité d'un travail de ciselure pour donner au métal fondu les délicatesses qui auraient pu disparaître dans l'opération de la fonte, on ne voit pas l'utilité de détruire par le polissage le travail caractéristique qui contribue à l'effet des pièces forgées.
Parmi les grilles exécutées à la fin du xviii'' siècle, on peut citer encore celle qui clôt la cour du Palais de justice sur le
LES CHILLES 1»U XVl' AU WIII* SIÈCLE 1 27
boulevard du Palais ; elle fui exécutée en 1776 et rétablie dans son état primitif (fig. 69), après avoir souffert de l'incendie de la Commune en 1871.
Ainsi, avant le xix^ siècle, toutes les méthodes de travail du fer avaient été expérimentées pour l'exécution des grilles, et suivant la préférence qu'on accordait à chacune d'elles, elles ont
fourni aux différentes époques dans les différents styles des (L'uvres appropriées à leur destination et aux qualités techniques du fer.
Quel que soit le mode d'assemblage qui ait été adopté, à trous renflés, à mi-fer ou à tenons rivés, on a reconnu la nécessité de constituer pour les grilles des cadres résistants, consoli-
dés de loin en loin par des contreforts formés de fers plus épais, et, lorsque la grille était haute, on a épaulé ces contreforts par des arcs-boutants ou, comme on le fît à Nancy, on a assuré leur stabilité en les traitant comme des piles creusés au moyen de montants occupant les angles d'un rectangle ou d'un carré.
Nous avons constaté aussi que suivant les conditions différentes des programmes à remplir ces grilles, formant ouvrage de défense ou de décoration, ont nécessairement dans les rapports de pleins et de vides des différences qui résultent de leur destination même, et que s'il est indispensable, lorsque la grille est vraiment une protection, de former par le rapprochement des barreaux et traverses un grillage résistant, complété par des saillies défensives, il en est tout autrement pour une grille décorai ive comme celle de la place de Nancy interrompue par le passage des rues, destinée simplement à rendre sensible la liaison des bâtiments entourant la place et fournissant aux angles d'élégants supports pour les lanternes.
Si notre enseignement avait pour objet une étude critique des formes usitées antérieurement, il pourrait être intéressant de comparer les compositions des grilles aux différentes époques et de rechercher si le fer a été mieux employé à une époque qu'à une autre.
Mais tel n'est pas le but que nous nous proposons. Il nous faut aujourd'hui utiliser, par une interprétation originale d'éléments décoratifs dont le choix nous appartient, les qualités d'une matière qui, suivant ses différentes méthodes de travail, a des moyens d'expression différents.
Or nous avons reconnu que, parmi ces méthodes, la forge paraît être celle qui s'applique le mieux à la ferronnerie parce que les pièces forgées et soudées constituent des ouvrages d'une rigidité exceptionnelle et d'une durée pour ainsi dire indéfinie, tandis que l'exécution d'une œuvre par pièces isolées et assemblées au moyen de rivets, de goupilles ou de vis, a quelque chose de précaire.
LES GRILLES DU XVl" AU XVIU" SIÈCLE 129
D'ailleurs la destination de la grille, extérieure ou inléi'ieure, pourra déterminer le clioix du procédé d'exéculion. Si à l'extérieur le fer forgé et soudé paraît préférable à la tôle, le métal
repoussé peut se prêter à des ornements d'une facUire plus souple et en même temps plus large pour le décor intérieur d'une habitation. Il en est de même des différents systèmes d'assemblage. Si celui dit à trous renflés parait être le plus durable, il ne peut pas toujours être réalisé et ne saurait par
LArt uppliqné aax Wélien. — IV. •>
130 DKCOR DU FER
exemple se prêter à Tajuslement d'ornements souples dans un cadre à ligne sinueuse.
Ce qu'il nous faut retenir de cet exposé sommaire des méthodes, c'est l'obligation pour l'artiste d'être au courant des procédés techniques, sans lesquels il ne pourrait obtenir de la matière ce qu'elle peut lui donner.