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LE VERRE DANS L’ANTIQUITÉ

Procédés de fabrication anciens et modernes. — Soufflage et moulage. — Verre coloré et verre incolore. — Imitation des pierres fines. — Incrustation des pâtes vitreuses dans d'autres matières.

C'est toujours à la civilisation égyptienne qu’il faut remonter lorsqu’on cherche les origines d’une industrie. Il n’est pas douteux que les Egyptiens aient connu le soufflage du verre, puisque certain bas-relief représente ce procédé de fabrication.

L'Art appliqué aux Métiers. — III.

DÉCOR DU YERRE

On suppose que le verre n’a d’abord été qu'une glaçure, résultant du contact de la silice des poteries avec les cendres alcalines du foyer. Suivant une autre hypothèse, le verre coloré aurait été découvert dans les scories ou silicates fusibles résultant de l’extraction des métaux de leur minerais : ces silicates ne sont, en effet, que des verres grossiers, teintés par des oxydes métalliques. Il est donc probable que l’on a connu le verre coloré avant le verre incolore. La découverte, dans les tombes de l'époque memphite, de nombreux objets en pâte de verre coloré, semble confirmer cette dernière hypothèse.

Suivant la définition du chimiste Dumas, le verre est un silicate à base de potasse, de soude, de chaux, d’alumine ou d’oxyde de plomb, dans lequel une des bases peut être remplacée par l’autre, pourvu que subsiste toujours une base alcaline.

Le maître-verrier Bontemps considère la silice comme l’élément essentiel du verre, remarquant que le quartz ou le grès, types de silice pure, donnent, s’ils sont fondus au chalumeau, une perle de verre transparente et que la présence des bases alcalines ou des oxydes métalliques semble avoir surtout pour résultat l’abaissement de la température de fusion delà silice. En tous cas, la composition des verres a une grande influence sur leur durée.

Le verre a reçu, dès l’antiquité, de multiples applications. A une époque où la terre, cuite à basse température, était poreuse, le verre soufflé fournissait des vases imperméables pour la conservation des liquides, vases dont le seul inconvénient était la fragilité.

Les pâtes vitreuses ont reçu bien d’autres applications en Égypte, applications qui supposent l’emploi du moulage. On réalisait en pâtes vitreuses, en émaux fusibles, coulés dans des moules, les yeux des statues, les amulettes, tout le décor incrusté dans la pierre, le bois ou le métal ; les pâtes vitreuses étaient

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taillées comme des gemmes et montées clans les hautes cloisons des bijoux. Le Musée du Louvre conserve de beaux bracelets d'or (fig. 1) ainsi décorés par l’insertion de pâtes de verre dans les cloisons : les pectoraux d’or découverts par

Fig. 2. — Pectoral d'or égyptien au cartouche de Ramsès II.

Urœus et vautour (Musée du Louvre).

Mariette dans les tombes royales sont décorés de même

D’ailleurs l’emploi du verre pour les yeux des statues de pierre ou de bronze leur donnait un caractère de vie qui caractérise l’art ancien de l’Egypte. Il suffira de citer la tête du fonctionnaire Kaï (fig. 3) ou celle de la reine Karomama (fig. 4) pour apprécier la valeur du procédé égyptien.

Le même procédé a été appliqué par les Grecs, du viic au

Ve siècle, à la statuaire, aussi bien pour le marbre que pour le bronze. Le Musée de l’Acropole conserve des statues de marbre dont les yeux sont évidés pour recevoir la capsule de bronze dans laquelle le métal et l’émail imitaient la construction de l’œil humain. Les énergiques têtes de griffon découvertes à Olvmpie ont aussi des yeux d'émail jaune qui ajoutent singulièrement à leur expression (fig. 5).

Une des qualités essentielles du verre, c’est sa plasticité à une température voisine de sa fusion et les Egyptiens en ont tiré tous les éléments décoratifs de la gobeleterie. Ils ont réalisé notamment, par soufflage, des fioles de formes élégantes et variées dont la surface est décorée, si le fond est bleu foncé par exemple, d’ornements clairs en forme de chevrons alternés, de ton blanc, bleu ou jaune, dont l’exécution paraît très compliquée et qui devait être en réalité fort simple. Sur la forme préalablement soufflée, des fils de verre coloré étaient posés avec dextérité et relevés sans doute brusquement par un crochet à intervalles réguliers. On réchauffait à l’ouvreau du four la pièce ainsi décorée et, par la fusion, les ornements rapportés étaient incorporés dans le noyau de la fiole ou du vase (fig. 6 et 7).

L’une des formes les plus usitées est celle du flacon très allongé, arrondi ou terminé en pointe à la partie inférieure eL qui nécessitait un support; une autre forme est celle du vase à pied muni de petites anses ; une autre encore celle de la coupe ou du vase à goulot évasé. Les collections du Musée du Louvre et du Musée Britannique sont riches en objet de verrerie qui témoignent d’une habileté peu commune ; car la plasticité du verre n’existe que pour un temps très court et c’est durant ce temps que doivent être exécutées les anses rapportées sur les vases, les ornements en lacis, méandres ou spirales ; tout ce travail suppose une grande habileté manuelle, en même temps que des connaissances techniques très étendues sur la coloration des pâtes vitreuses (fig. b).

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Fig. 3. — Tète rie la statue aux veux de verre du fonctionnaire Kaï, Ve dynastie

(Musée du Louvre).

Il est probable que les méthodes usitées en Egypte ont été suivies d’abord par les Assyriens et les Phéniciens, puis par les Grecs, et que c’est aux verriers d’Alexandrie, célèbres sous l’empire romain , qu’on peut attribuer l’invention des verres doublés ou plaqués, qui permettaient, en dégageant la couche supérieure du verre, de mettre à nu la couche inférieure colorée différemment et d’obtenir ainsi des effets analogues à ceux des

Les anciens, jusqu’à l’époque romaine, ne paraissent pas avoir connu le verre à vitrage et je ne sais si l’on peut garantir l’authenticité des verres coulés, analogues aux glaces, donl des fragments auraient été découverts, dit-on, dans les fouilles de Pompéi, il y a un siècle.

intailles des agates et des cornalines. Certaines pièces de la collection Gréau, exposées à Paris en 1884, semblent indiquer que ce mode de décoration n’avait pas été limité à de petits objets, mais appliqué à des plaques de revêtement d’assez grande dimension. La collection Hoffmann contenait une petite statuette de verre irisé révélant l’application dans P antiquité des pâtes vitreuses à la sculpture.

Dans les îles grecques voisines de la côte asiatique, les fouilles des sépultures mettent constamment à découvert des fioles de verre aussi élégantes de forme que riches de couleur; elles ont été réalisées par soufflage, et si les irisations dues au séjour prolongé dans le sol ajoutent à leur effet, leur mérite est avant tout dans leur forme qui dénote le sentiment artistique de l’artisan. Quelques-uns de ces verres sont d’une incroyable légèreté : il est à remarquer que le décor est toujours une conséquence des qualités de la matière. Par exemple, l’affaissement régulier du verre soufflé en cylindre peut, par une rotation rapide de la canne, déterminer, lorsque le verre est encore à l’état pâteux, des cannelures profondes alternant avec des godrons. Un grand nombre de vases grecs de formes variées sont décorés suivant ce procédé très simple qui n’exige qu’un tour de main.

Les pièces rapportées sur les fioles anciennes, anses à griffes, cordons saillants, chevrons, etc..., témoignent d’une habileté prodigieuse.

Pour le verre, plus encore que pour la terre, la forme dépend uniquement du goût et de la dextérité du verrier qui, soufflant au bout d’une canne creuse la masse du verre cueillie dans le creuset, détermine par le soufflage et par le mouvement de rotation imprimé à la canne, en même temps que par les pressions exercées par une pince de fer, l’allongement ou le rétrécissement de la pièce qu’il décore, pendant le temps très court où la pâte est malléable, ce qui ne permet aucune retouche; aussi la forme

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du vase suffit-elle le plus souvent à donner l'idée de la perfec tion artistique (fig. 7).

Parmi les vases grecs, quelques fioles a parfums, quelques vases accouplés, destinés sans doute à porter des bouquets, sont

Fig'. 4. — Statuette en bronze aux yeux de verre de la reine Karomama provenant de Bubaste, XXIIe dynastie (Musée du Louvre).

enrichis de fils de verre formant des annelets autour du col ou traçant sur la panse de légers méandres.

Les vases grecs sont le plus souvent en verre transparent tirant sur le jaune ou sur le vert. Quelques-uns sont bleus, colorés au cobalt.

Les objets trouvés dans les tombeaux sont en général de petite

dimension ; cependant on en a extrait des coupes de verre d’assez grand diamètre et des bouteilles de section rectangulaire, aux anses larges.

Le défaut du verre, jadis comme aujourd’hui, c’était sa fragilité ; le risque de casse était grand pour les verres soufflés de faible épaisseur. Peut-être fut-on conduit à une fabrication de pièces plus épaisses qu’on réalisa soit par le soufflage dans des moules, soit par le coulage : ces procédés ont le défaut de mal caractériser la matière parce qu’ils 11e mettent pas en relief les qualités qui lui sont propres et les formes originales qui en sont l’expression.

On veut que dans les fouilles de Pompéi on ait retrouvé des fragments de vitres coulées de ton verdâtre, ayant une épaisseur de 5 à 6 millimètres. On suppose que le coulage aurait eu lieu dans des moules métalliques sur lesquels le glissement d’une réglette aurait régularisé l’épaisseur; mais c’est là une hypothèse, et ce qui est incontestable c’est que le procédé usuel de fabrication du verre « en table » fût, dès l’origine des civilisations en Occident, le soufflage en « cylindre » ou en « plateau ». Il est intéressant de connaître ces procédés constamment employés pour la gobeleterie et que le maître verrier Léon Appert a minutieusement décrits.

Le verre est fondu dans des creusets ou pots capables de résister à un feu violent et le four lui-même doit être établi en matériaux réfractaires pouvant supporter une température très élevée.

Les pots sont tantôt ouverts, tantôt couverts et disposés en forme de cornues avec ouverture latérale tournée dans la direction de 1’ « ouvreau » du four : ces derniers pots qui préservent la matière fondue des produits de la combustion ont l’inconvénient de la soustraire à l’action directe du feu ; aussi les Anglais, qui les emploient constamment, ont-ils dû rendre leur verre plus fluide en faisant entrer dans sa composition l’oxyde de plomb.

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Pour éviter d’avoir à écrémer la matière dans les pots ouverts, on a imaginé de faire flotter à leur surface des anneaux de terre réfractaire (analogue à celle des pots) permettant de faire la cueillie du verre au centre des pots, là où la température est le plus élevée.

Les fours les plus en usage actuellement sont les fours à gaz du système Siemens qui utilisent sans perdre aucune chaleur les gaz brûlant dans le four, pour échauffer l'air alimentant la combustion.

Le verre en table est obtenu par deux procédés de soufflage. Dans le soufflage en cylindre, le verre fondu dans le creuset esL cueilli à Laide d’une canne creuse dont l’extrémité ou « mors » a été préalablement rougie au feu pour obtenir l’adhérence du verre.

Le verrier faisant une première, puis une seconde cueillie, et ayant près de lui un banc de bois sur lequel il appuie sa canne pour la tourner de la main gauche, arrondit son « cueillage » de la main droite, rafraîchissant constamment la canne pour pouvoir la saisir et ramenant son cueillage dans le bloc de bois mouillé sur lequel le « gamin » accompagnant toujours le « souffleur », a fait couler un peu d’eau qu’il prend dans un baquet. L’eau reste à l’état spbéroïda! entre le bloc et le verre encore rouge.

Le verrier détermine par le soufflage la formation d’une petite

boule sphérique dont il étrangle le col à l’aicle de la pince de fer près de l’extrémité de la canne.

Il décrit ensuite avec la canne un on deux « moulinets », réchauffe sa boule à l’ouvreau, et par un mouvement de balancement, sans cesser de souffler, il allonge la boule en manchon cylindrique sans en augmenter le diamètre.

A l’aide d’un fil de verre rouge posé à l’extrémité du manchon, la calotte qui le ferme est détachée : on détache de même avec la pincette de fer légèrement mouillée le col du manchon et, après l’avoir posé sur deux supports, on le fend au fer rouge qu’on applique suivant une génératrice du cylindre en mouillant légèrement le départ de la fente pour déterminer la fêlure.

Les deux bords de la feuille chevauchent l’un sur l’autre, mais, dès qu’elle est portée sur l’aire du four à étendre, elle s’ouvre d’elle-même et l’ouvrier n’a plus qu’à la polir à l’aide d’un bloc de bois pour obtenir une surface complètement unie.

Dans la fabrication en plateau on commence toujours par souffler une petite sphère, qui, une fois ouverte après « empontillage » à l’extrémité, s’étend par l’effet de la force centrifuge, donnant un plateau plus épais près du « pontil » que sur les bords.

Les vases de verre sont fabriqués à peu près de la même manière ; généralement le soufflage a lieu dans un moule, après que le col a été obtenu en soufflant et tournant légèrement le verre cueilli. La « paraison » étant introduite dans le moule, l’ouvrier souffle sa pièce en la tournant jusqu’à ce que le verre ait rempli toutes les cavités : il sépare alors au fer mouillé le col de la canne ; le « gamin » l’empontille par le fond pour soutenir le vase sur la canne pleine « ou pontil », et réchauffe le col à l’ouvreau afin que l’ouvrier puisse donner au goulot sa forme définitive et l’enrichir au besoin par l’application de fds de verre.

Tous ces procédés étaient certainement connus des anciens et

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leurs verres soufflés, moulés, filigranés, doublés pour la gravure ou enrichis de festons de couleur accusent une habileté à peine égalée dans les fabriques vénitiennes où se continuèrent les traditions des verreries antiques (fig. 7).

Fig. 6. — Vases égyptiens d’époque thébaine. Ornements en fils de verre colorés à la surface (Musée du Louvre).

De nos jours on s’est attaché dans la gobeleterie à la blancheur du verre et on a donné le nom de cristal au verre fusible contenant du minium de plomb. On l’a coloré à l’aide d’oxydes métalliques en obtenant avec le phosphate de chaux le ton d’opale, avec le cobalt le bleu, avec le manganèse le violet, avec le fer et le cuivre le vert, le rouge aussi avec le cuivre, le jaune avec l’antimoine ou avec un mélange de manganèse et de fer.

Il faut, pendant le soufflage d’une pièce, éviter à la fois le

refroidissement qui empêcherait le verre de s’étendre également et l’effet du poids de la matière qui tend à déformer la pièce an fur et à mesure du soufflage. De là l’obligation de tourner constamment la canne afin que l’axe de la pièce à fabriquer forme toujours le prolongement de l’axe de la canne.

Il est à remarquer que le verre, cette matière dure, que l’acier n’entame pas, qui se brise au moindre choc, se ramollit au feu, au point de former une pâte plastique, très ductile, très facile à souder et à tourner, et jouissant de cette propriété de ne pas s’attacher aux auLres corps froids lorsqu’elle est encore rouge, si bien qu’on peut cueillir le verre dans des poches de fer et le couler sur des tables de métal ou dans des moules.

La qualité du verre de se souder à chaud facilite son maintien au bout de la canne ou du ponlil et sa ductilité se prête à l’extension par le soufflage et même à son étirage en fils pleins ou creux, tellement ténus qu’on a pu Lisser des étoffes de verre.

Les outils employés en dehors de la canne et du pontil sont les pinces, la cordeline ou baguette de fer servant à puiser dans les pots la petite quantité de verre pour un pied de vase ou une anse.

Le banc sur lequel l’ouvrier travaille est garni de bras ou « bardelles » sur lesquelles il peut poser la canne et la rouler de la main gauche tandis que de la droite il façonne sa pièce, usant des fers, des ciseaux, des pincettes, de la palette, des compas, etc..., ou encore de la fusée, cône allongé agrandissant les ouvertures ou tubulures des vases.

Les moules sont aussi nombreux et aussi variés que les objets à souffler.

La fabrication de chaque pièce nécessite le concours de plusieurs ouvriers formant ce qu’on appelle une « place », elle comprend un « ouvreur » ou chef de place, deux « souffleurs » et deux « gamins » ; le dernier chauffe les cannes et porte les pièces fabriquées à l'arche à recuire. Le « grand gamin » fait les cueillies des

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cordons et des anses et manie le pontil ; le second souffleur fait les cueillies de verre et prépare la pièce sur le marbre ou plaque de fonte bien polie qui sert à rouler la « paraison ». Le premier souffleur donne la forme dans le moule, l’ouvreur ouvre la pièce

Fig. 7. — Fioles de verre étrusques et grecques (British Muséum).

et l’achève. Cette division du travail est nécessitée par le temps très court durant lequel la matière est malléable.

La propriété caractéristique du verre qui est d’adhérer, à chaud, au verre et au métal tandis qu’aucune adhérence ne se produit si le métal est froid, a facilité le coulage sur table de métal et aussi la régularisation de forme qu’il faut donner à la masse du verre cueilli en tournant la paraison sur le marbre, puis en commençant à souffler, sans cesser de tourner, dans un bloc hémisphérique de bois, qu’on mouille constamment pour éviter la combustion ; le défaut de conductiblité du verre est tel que la

masse rouge plongée dans l’eau ne se solidifie que superficiellement et conserve longtemps sa couleur de feu.

L’habileté manuelle est nécessaire pour le soufflage du plus simple objet, d’une boule par exemple. Après deux ou trois cueillies donnant la quantité de verre suffisante, le souffleur tourne la masse arrondie au bloc en forme de poire et introduit par soufflage une première bulle d’air à l’intérieur. Il tranche le verre avec les fers, à deux ou trois centimètres de l’extrémité de la canne et fait continuer le soufflage par le gamin pendant qu’il roule la canne sur les « bardelles » ou bras de son banc. Le souffleur passe alors la canne à l’ouvreur qui réchauffe la paraison à l’ouvreau et souffle la boule en l’air pour lui donner la forme sphérique. Le gamin continue à souffler jusqu’à ce que l’ouvreur ayant vérifié le diamètre au compas tranche avec les fers, près de la canne, la partie amincie. La boule est terminée et portée par le gamin dans l’arche à recuire. Le verre se briserait en effet si l’équilibre entre les molécules extérieures et intérieures, inégalement tendues, n’était rétabli par un refroidissement lent (larmes bataviques).

Le soufflage en sphère et en cylindre permet de résoudre presque toutes les opérations de goheleterie.

Pour les gobelets à fond plat, le souffleur forme le fond par la pression contre la palette que présente le gamin : quand le fond a le diamètre voulu, le gamin l’empontille au centre et le souffleur mouillant sa pincette détache le verre près de la canne, déterminant la fente par un léger choc. La pièce réchauffée est reprise par l’ouvreur qui, roulant le pontil de la main gauche sur les bardelles, coupe aux ciseaux le verre excédent à hauteur convenable et, après avoir réchauffé la paraison, donne en tournant l’évasement au gobelet à l’aide des fers à lame de bois. Le fond peut être fait dans un moule au lieu d’être appuyé sur la palette.

Pour un verre à pied plusieurs opérations sont nécessaires :

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après que le souffleur a cueilli et soufflé la coupe, il forme avec les fers une petite « ballotte » qui sert à étirer le verre ajouté à l’extrémité de la poire en forme de cylindre ou « jambe ». Le gamin fixe à la jambe par une soudure , après que la ballotte a été détachée par un petit choc, une petite boule soufflée qui est tranchée par le souffleur près de la canne du gamin et qui, entr’ouverte et chauffée à l’ouvreau, s’étale en plateau pour former le pied. Le verre est empontillé par le pied, terminé par l’ouvreur après avoir été détaché de la canne, puis séparé du pontil et porté à l’arche à recuire.

Le plus souvent pour les verres de luxe le pied est plein et c’est à l’aide du verre cueilli par le gamin sur une cordeline que les moulures et autres ornements du fût sont exécutés en tournant.

Les verriers de Bohême soufflent la coupe du verre dans un moule en bois, y attachent la jambe et le pied et portent la pièce à recuire, enlevant ensuite la calotte au fer chaud et « flettant » le bord à la meule (procédé ancien).

Dans la cristallerie de Baccarat, le verre, recuit en tournant sur plateau horizontal, est coupé suivant une section nette par la flamme plate du gaz d’éclairage qui remplace le « flettage » en rebrûlant le bord du verre.

Pour des objets plus gros tels que des carafes on forme entre deux cueillies une « poste » qu’on replonge dans le creuset pour avoir une quantité de matière suffisante.

L’ouvreur achève sa pièce en déterminant par pression d’une lame de bois et sans cesser de tourner la forme du col et son évasement. Souvent la forme est donnée par le tournage dans un moule de bois que le gamin ouvre à la fin de l’opération.

Si la pièce doit être enrichie par un cordon de verre, l’ouvreur fixe avec la pince sur la pièce le fil de verre étiré et l’y enroule en tournant la canne de la main gauche.

Les procédés varient avec la forme des pièces ; si un changement de profil doit se produire, le souffleur tenant la canne ver-

licale, l’ouverture en bas, complète la pièce à l’aide du verre que lui apporte le gamin et continue à la façonner en tournant, eu ayant soin de donner une forme concentrique au verre formant doublure. Le souffleur pose ensuite ce qu’on appelle une « amolisse », petite pièce tournée en forme de bouton qui permet d’attacher le pied, fabriqué à part.

S’il s’agit d’évaser le col d’une burette, l’ouvrier découpe le verre aux ciseaux pour lui donner la forme de bec.

L’anse est obtenu à l’aide du verre cueilli par le gamin, roulé et allongé pour former une baguette qui pend à l’extrémité de la cordeline. L’ouvreur la pose sur le goulot où elle se soude, la coupe avec ses ciseaux et saisissant l’extrémité avec les pincettes la tire en la retournant pour l’attacher au col assez vite pour ne pas manquer sa soudure et assez habilement pour donner la forme cherchée. C'est une opération délicate, car il n’y a aucun moyen de remédier à un défaut de fabrication.

S’il s'agit d’un plateau à rebords, l’ouvreur après que la paraison a été soufflée et empontillée rogne le bord du verre et le replie à la saillie que doit avoir le rebord du plateau, puis, après réchauffement de la pièce au four, il fait rouler rapidement la canne sur les bardelles ; le verre s’aplatit et se développe suivant la force centrifuge en conservant son rebord perpendiculaire au plateau.

Si l’on veut ajuster sur un vase une tubulure, comme cela a lieu pour une aiguière par exemple ou une burette, on appose sur la panse, au point choisi, une petite masse arrondie de verre chaud en appuyant un instant la cordeline ou le pontil : le verre chaud amollit la paroi du vase qui s’ouvre sous la tension de l’air intérieur dont l’insufflation a pour résultat de permettre d’étirer le verre chaud comme un tube qu’on coupe à la longueur voulue. L’ouvreur après l’avoir réchauffé lui donne la forme avec les pinces.

En général, toutes les pièces rondes sont soufflées : le moulage

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intervient pour les pièces dont les surfaces ne sont pas de révolution. On peut d’ailleurs souffler dans des moules des flacons de forme quadrangulaire : ces moules sont généralement en deux parties, assemblées à charnières : s’ils sont en bois on a soin de les maintenir humides et de pratiquer dans les parois de petits

Fig-, s. — Vases de verre dits « millefiori » d'époque romaine [Brilish Muséum .

trous pour l'échappement de la fumée pouvant résulter d’une combustion superficielle.

L’emponlillage, dans ce cas, est inutile; on transporte le vase dans le four à recuire et la petite calotte conservée au-dessus du col est coupé au fer chaud lorsque le vase est recuit.

Il est évident que ce procédé ne donne pas les finesses de forme qu’on peut attendre du soufflage direct et du façonnage à la main. Les angles sont généralement arrondis et les inégalités d’épaisseur fréquentes. Le procédé convient surtout pour les pièces qui doivent recevoir des tailles.

On a essayé de faire des moules en fonte ou en laiton qu'on a garni de poussier de bois pour profiter de la non-adhérence du

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bois au verre pendant le soufflage. Les moules de cuivre ont pu donner la forme des cannelures en relief, mais en général il faut remplacer le souffle humain par un soufflage mécanique très énergique pour obtenir des saillies de relief importantes.

On a fabriqué aussi des cristaux moulés par pression ; le verre n’est plus alors qu’une matière quelconque, coulée dans un moule, dont l’exécution parfaite détermine la qualité de la pièce moulée. Si la pièce n’est pas plate comme une assiette, le moule est composé de plusieurs parties afin que les parties ornées puissent sortir aisément.

Les pièces moulées ont une surface toute différente de celle des pièces soufflées; les joints sont toujours perceptibles et les parties unies semblent mates. Si on cherche à leur donner le poli en les réchauffant à l’ouvreau, on risque d’amollir et de déformer l’ornement. Ce défaut n’existe pas pour les pièces de cristallerie qui sont taillées et polies.

Les verres colorés sont travaillés comme le verre blanc, sauf le verre rouge qui n’est pas coloré en masse et doit être doublé.

Parmi les applications curieuses de la gobeleterie, on peut citer les verres filigranés : ils sont réalisés par l’assemblage de baguettes de verre cylindriques de couleurs variées , ayant de trois à six millimètres de diamètre, et qui, réunies à chaud, sont travaillées comme une paraison ordinaire. Ces baguettes sont fabriquées comme les tubes à l’aide de verre cueilli, marbré pour former colonne cylindrique, chauffé, empontillé à chaque bout, étiré en sens inverse par deux ouvriers qui s’éloignent l’un de l’autre jusqu à ce que le fût ait le diamètre voulu. On peut exécuter ces baguettes colorées en verre doublé en recouvrant la paraison de verre teinté d’un cueillage de verre blanc.

Pour les verres à décorer en spirale on dispose verticalement sur la paroi intérieure d’un moule cylindrique de petites baguettes de verre coloré, au centre desquelles on introduit un noyau de

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verre incolore fortement chauffé, auquel adhèrent les baguettes. En imprimant un mouvement de rotation rapide à la canne, la masse s’allonge avec les fdets. Ce sont les baguettes ainsi obtenues qui servent à la fabrication des Arases.

On les dispose, comme on a fait pour les obtenir, sur la paroi intérieure d’un moule et le souffleur souffle sa paraison au centre en faisant pression contre les baguettes qu’on fixe sur la paraison à la sortie du moule à l’aide d’un cordon de \erre chaud. On réchauffe cette paraison à l’ouvreau et on la travaille suivant la méthode ordinaire : chaque baguette aplatie forme une bande colorée. On réalise la disposition des spirales en imprimant à la paraison un mouvement de Lorsion qui étend les filets en hélice, comme on les voit sur des pièces filigranées d’origine vénitienne.

Les Vénitiens ont fabriqué aussi, à l imitation des verres antiques romains, des vases dits « millefiori » formés de tronçons de baguettes de diverses couleurs, réchauffées dans une paraison de verre transparent, mais généralement coloré. Ces baguettes dont les sections présentent des ornements géométriques donnent à la masse, travaillée à chaud, l’aspect d’une mosaïque (fig. 8).

On a encore décoré le verre à l’aide de craquelures qu’on réalise en versant de l’eau dans la pièce qui se glace et se fendille et en continuant ensuite le travail.

Les anciens ont fabriqué avec le verre des perles de colliers ; elles sont faites actuellement avec des tubes de différentes grosseurs qu’on coupe avec un ciseau d’acier; on a ainsi de petits cylindres creux qu’on roule dans un mélange de chaux et de charbon pour boucher momentanément le vide intérieur et empêcher la perle de se fermer au feu qui émousse les arêtes et arrondit les perles. On les polit en les secouant dans un sac, d’abord avec du sable puis avec du son ; les perles peuvent aussi être fabriquées à la lampe d’émailleur.

Ainsi le travail manuel intervient constamment pour tous ces menus objets dont la forme dépend uniquement de celui qui la crée; c’est un des métiers où l’outillage mécanique a le moins de part, et, à en juger par les œuvres anciennes, les ouvriers égyptiens, phéniciens et grecs étaient peut-être plus habiles que les plus adroits des ouvriers vénitiens actuels. En tous cas leur sentiment d’art était plus affiné.

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