‹ Découverte d'un cimetière mérovingien A la Chapelle-Saint ÉloiChapitre 21 sur 24 · MESSIEURS · texte numérisé non relu

MESSIEURS

Le 25 octobre dernier, M. Charles Lenormant lut aux cinq classes de l’Institut une notice sur la découverte qu'il venait de faire de monuments comme

(*) Ce rapport est l'œuvre d’une commission nommée par la Société, sur la proposition de M. le marquis Ernest de Blosseville. Cette commission se composait de MM. le marquis de Blosseville, vice-président de la Société ; Emile Colombel, secrétaire perpétuel; Sauvage, président de la section des lettres; Dumont, secrétaire de la même section; Arnoux , ingénieur des ponts et chaussées, secrétaire de la section d'agriculture ; Lapierre, rédacteur en chef du Courrier de l'Eure; Bourguignon, architecte du département, correspondant de la commission des monuments historiques ; Bonnin, correspondant des comités historiques : l'abbe Lebeurier, archiviste du département, ancien élève de l'Ecole des chartes, rapporteur

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on n'en trouve pas beaucoup en un siècle, pour nous servir de ses propres expressions. Il s'agissait, en effet, d’un baptistère construit par saint Taurin au lieu même où l’apôtre d’Evreux fut hattu de verges ; d’une église, d’un cimetière mérovingien, d’une villa et d’un vicus romain; le tout expliqué par soixantequatorze inscriptions qui montraient, au nombre des pèlerins attirés par la sainteté du lieu, le roi Childebert Ier, saint Cloud et saint Germain d’Autun. Un peu plus tard, M. Lenormant publia sa notice en y ajoutant plusieurs éclaircissements (1) et douze fac-simile d'inscriptions.

La Société de l'Eure inclinait à partager l’admiration du monde savant, avec d’autant plus de raison que cette découverte expliquait un des points obscurs de notre histoire locale et était due à l’un de nos plus illustres confrères (2).

Il est vrai que les idées émises par M. Lenormant étaient contraires à tout ce qu’on sait des baptistères des premiers siècles (3). Elles renversaient toutes les

(1) Les éclaircissements contiennent des recherches historiques d’un haut intérêt pour la vie de saint Taurin; mais la plupart de ces recherches sont indépendantes de la découverte de Saint-Eloi et subsistent, quelle que soit l'opinion qu’on se forme de cette découverte.

(2) M. Charles Lenormant est membre de la Société libre de l'Eure depuis 1840.

(3) Dans les premiers siècles, les baptistères étaient adjacents aux principales églises, et on n’y conférait le baptême qu'à Pâques, à la Péntecôte et à quelques autres fêtes dont la célébration attirait un grand concours de peuple. Nulle part on ne rencontre de baptistères élevés dans une simple villa. Il est vrai que M. Lenormant, par un des plus curieux

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traditions locales; et les fac-simile, quoique peu nombreux, laissaient déjà voir dans la forme et la disposition des caractères, surtout pour les inscriptions runiques, des marques assez frappantes de fausseté ; mais la science et la réputation de l’auteur, l'habileté de la mise en scène, le grand nombre de faits donnés en preuve et le silence de l’Institut qu'on pouvait prendre pour une approbation (1), formaient un ensemble qui disposait favorablement l'esprit du lecteur. Aussi, Messieurs, en nommant une commission pour visiter les lieux et vous adresser un rapport, vous crûtes que cette commission n'aurait qu’à constater les faits énoncés par M. Lenormant et à jeter peut-être quelque jour sur des points d’une importance secondaire. Il n’en a pas été ainsi : dès notre arrivée à Saint-Eloi, les faits, dépouillés de ce poétique vêtement dont l'imagination de M. Lenormant les avait revêtus, se sont montrés

efforts de son imagination, fixe l'emplacement du bourg de Gisai des Aulerques sur l’autre rive de la Risle, en face du baptistère; mais en admettant même cette hypothèse, que rien n’appuie, et en donnant à ce Gisai imaginaire une population chrétienne assez importante pour posséder un baptistère dès le rrre siècle, il faudrait encore admettre que ce bourg avait son baptistère séparé de lui par une large vallée et une rivière! Enfin, lorsque les historiens attribuent en partie à la rigueur du climat la suppression, en Occident, des immersions que l'Orient conserve encore aujourd'hui, M. Lenormant ne recule pas devant l’idée d’un baptistère à ciel ouvert sur les rives de la Risle. (Notice, p.11.)

) Nous attendons toujours que l’illustre Assemblée donne officiellement son avis sur une découverte qui s’est produite en son sein et sous son paironage.

PAL, F2 sous un jour tout nouveau et tels que nous allons essayer de les décrire. Le plan ci-joint, dressé sur les lieux avec une grande exactitude, vous permettra de suivre facilement nos descriptions.

C'est au mois de juin 1854 que le sieur Boutel, en creusant une tranchée pour construire sa maison sur le penchant d’un coteau qui borde la vallée de la Rislé, entre Serquigny et la Rivière-Thibouville, trouva, au point B du plan, un certam nombre de pierres taillées. Dans le dessein d'utiliser ces matériaux pour sa future construction, il arracha successivement toutes les pierres et les réunit au bas du coteau, sans remarquer qu'aucune d’elles fût revêtue d'inscriptions (1). A la fin de son opération, il se trouva qu'il avait creusé un trou circulaire d'environ 2 métres. Ce résultat, qu'il n'avait pas cherché, venait de ce que la terre de remblai qui contenait les pierres, s’écroulant à mesure qu’on les enlevait, avait été enlevée avec elles et avait mis à découvert un terrain vierge plus consistant et affectant la forme circulaire. Au fond de cette espèce de puits, le terrain vierge formait une retraite À de 1 mètre à 80 centimètres et se terminait par un encuvement elliptique B de 1 mètre, 1 mètre 20 centimètres Sur 50 centimètres dé profondeur. Au niveau de la retraite, et du côté de la sente, Boutel avait aperçu de petites pierres cubiques ; il suivit leur direction et mit ainsi à découvért un canal CC formé

() Au bas du coteau règne uneisente DD, par où M. Lenormant passe nécessairement pour se rendre de la Rivière- Thibouville à sa petite maison de campagne.

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de fragments de tuiles et de pierres cubiques superposées et reliées entre elles par du mortier. Il arra- Cha le tout et le réunit à ses autres matériaux.

Cest alors seulement que M. Lenormant est venu explorer les lieux ; c’est uniquement à l’aide de ce trou, de ce monceau de pierres et de fragments de tuiles, que, par la plus merveilleuse faculté de création, l'illustre savant a pu voir un baptistère, une église, un cimetière, un bourg, une villa, et déterminer, du ton le plus affirmatif, l’emplacement de chacun d’eux. M. Lenormant n’a réellement vu aucune pierre en place, et ceci est très-important à constater ; car le savant professeur dit bien, page 3, que le rustique architecte, arrachant jusqu’au dernier moellon, a fait un monceau de tous ces matériaux ; mais, à part cette seule ligne, il s'exprime de telle façon dans fout le cours de sa brochure, que le lecteur se le représente contemplant de véritables ruines , touchant de vrais monuments. Ainsi, quand le célèbre antiquaire décrit cette cuve baptismale grossiérement taillée dans un bloc du pays, ressemblant aux cuves de Metz et de Saint-Denis, il faut entendre non pas qu'il à vu cette. cuve ou au moins des fragments de cette cuve, mais bien qu’il en suppose l'existence et en décrit la forme d’après la forme elliptique de l’encuvement B, où, selon lui, elle devait être, placée; quand il parle de ce cimetière attenant sur le ferrain duquel il a ramassé ces merveilleuses épitaphes inscrites sur des fragments de tuiles à rebord, il faut entendre nonpas qu'il a vu ce cimetière, mais qu’il en conclut l'existence de l'existence même des inscriptions ; quand, enfin, il

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cite ce Bandulfus qui a écrit son nom sur l’une des pierres de l’église attenante, il ne faut pas croire qu’il a vu cette église ou au moins quelque petit pan des muraiiles dont cette pierre faisait partie, mais entendre que, ramassant dans le monceau E une pierre qui porte le nom de Bandulfus, il a vu, par cette puissance de divination qui lui est propre, que cette pierre appartenait à une église, et que cette église existait en ce lieu même (1).

Après le départ de M. Lenormant, et avant notre arrivée, Boutel, ayant rencontré des pierres au niveau de la vallée, au point F, avait suivileur direction et mis à découvert un canal voûté FFE d'environ 2 mètres 50 centimètres de longueur sur 90centimètres de hauteur et 50 centimètres de largeur. Au delà de ce canal, qui passait sous la sente DD, apparaissaient des restes de maçonnerie LL (pl. 51), affectant une forme circulaire ou ovale; le tout formé.de moellons irréguliers, reliés par un mortier d'argile. Les pierres

1) « On ne peut s'empêcher d’être frappé de la ressem- » blance qu'offre, pour la figure et même pour la dimension, » notre Quve baptismale, creusée grossièrement dans un bloc » de la pierre du pays, avec les baignoires de porphyre du » genre de celles qui se conservaient soit à Metz, soit à Saint- » Denis, et dont la dernière passait pour avoir servi au bap- » tême de Clovis.» (Notice, p.10.) « Nous avons trouvé... sur » Le terrain d'un cimelière attenant, de nombreuses épitaphes, » presque toutes tracées sur des tuiles à rebord.» (Notice, p. 3.) « Un Bandulphus s’est inscrit sur une des pierres de » l’église attenante au baptistère, et dont on retrouvera sans » doute les assises inférieures, » (Notice, p.15.) Nous pourrions citer beaucoup d’autres phrases de même nature ; mais celles-ci suffiront pour édifier le lecteur.

étaient calcinées, le mortier avait pris la consistance de la tuile; de nombreuses vitrifications et une couche de cendre GG, de 3 à 4 centimetres, prouvaient qu’un feu très-vif y avait longtemps séjourné. Des portions assez notables de chaux éteinte nous ont fait croire que nous étions en présence d'un four à chaux. L'intérieur du four était comblé; au milieu de terres rapportées , et à la hauteur de la voûte du canal, Boutel avait trouvé un squelette entier, dont il nous présenta les ossements. Leur état parfait de conservation et la nature du terrain nous ont paru prouver suffisamment que l’inhumation de ce corps ne remontait qu’à un petit nombre d'années (1). Sur le terrain, nous n'avons pu voir que

(1) Quelques ossements rapportés par nous ont été soumis à l'examen de M. le docteur Bidault, notre confrère, qui nous a remis 14 note suivante :

€ Un fémur! droit, un o$ coxal ‘gauche incomplét, "une vertèbre lombaire, pris au hasard, par les membres de la commission, parmi les os ramassés par Boutel, ont été l’objet de notre examen.

» Ces os sont complétement dénudés de parties molles ; ils offrent une coloration jaunâtre éomme on l'observe sur des os qui ont séjourné longtemps dans un terrain calcaire ; ils Sont pesants et solides. Le tissu compact est dans un état presque complet d'intégrité, le tissu spongieux commence seul à sé détruire.

» Le corps du fémur est grêle, les condyles ne paraissent pas avoir été soudés à la diaphyse ; l'épiphyse de la crête iliaque n’est pas réunie au reste de l'os, d'où il résulte que l'individu auquel ces ossements ont apparténu n'avait pas complété son accroissement et qu'i n'élail pas âgé de plus de dix-huit à vingt ans.

» Beaucoup de circonstances influent sur la promptitude

A ER l'emplacement des pieds H (1). À côté se seraient trouvés une monnale d’un Antonin, grand bronze, très-frustre, et deux boucles d'oreilles, ou plutôt deux anneaux, dont l’un, acheté par nous, est com posé d’un simple fil d’or, dont les deux extrémités,

de la décomposition des corps déposés dans la terre : il est donc impossible de préciser pendant combien de temps ces ossements y ont séjourné. Il est certain cependant que la mort remonte à plusieurs années : à trente, cinquante, cent ans peut-être; mais est-il possible d'admettre qu'ils y ont été déposés depuis plus de quinze siècles ?

» Nous ignorons sur quelles circonstances anatomiques particulières on pourrait appuyer cette conclusion. Quant à nous, les ossements que nous avons sous les yeux ne nous offrent ni l'aspect terreux, ni la légèreté, ni la friabilité d’os qui auraient séjourné pendant plusieurs siècles sous le sok, sans aucun moyen (de,conservation..Il est d'observation que plus les corps sont immédiatement en contact avec la terre, plus ils se décomposent rapidement; nous savons que les ossements découverts à Saint-Eloi étaient directement en contact avec le sol, au milieu de terres rapportées el se laissant facilement pénétrer par: humidité. Céslossements, cependant, sont compactes, pesants, solides y üs,renferment une quantité, considérable de gélatine ;. tandis que ceux que nous avons pu observer dans plusieurs tombeaux Sallo-romains, découverts récémment à Evreux pendant les travaux du. chemin: de! fer, étaient extrèmement. légers, d’une .friabilité telle, :qu'ils.-s'affaissaient au..seul contact. de l'air et se réduisaient en poussière sous la plus légère pression ; cependant les corps étaient protégés contre l’action directe des agents physiques par des cercueils creusés dans de la pierre dure et fermés exactement par d’épais couvercles de même nature. Dr Bipauzr, memb.-de la Soc.»

(1) Les pieds étaient au nord, orientation qui ne répond aux idées religieuses d'aucun peuple.

en s’enroulant lune sur Pautre, permettent d’agrandir ou de resserrer un peu la circonférence. On trouve, dans l'antiquité, des ornements de cette forme; mais elle est tellement simple, elle exige si peu d’habileté dans louvrier, qu'on ne saurait la donner comme le type d’une époque quelconque. Tels furent, Messieurs, les résultats de notre première visite.

Nous en fimes une seconde le mercredi 13 juin, accompagnés de deux ouvriers. À notre arrivée, les derniers moellons de la maçonnerie L étaient enlevés, mais le terrain vierge qui l'éntourait nous permit de mesurer l’étendue du four, dont il avait conservé la forme. La largeur entre les parois intérieures de la maçonnerie était de 1 mètre 60 centimètres, et entre les parois du terrain vierge de 2 mètres 70 centimètres. La tranchée M nous laissait apercevoir une couche profonde de terres de remblai, provenant sans doute du creusement. du four. Pour nous assu-— rer de la profondeur. de cette couche dans la partie RRR, nous avons fait faire une tranchée au point N, et on y a trouvé le sol primitif à { mètre audessous du niveau de Ia sente DD.

Nous avons. ensuite fait dégager le baptstère, ou plutôt le fourneau supérieur: Le terrain vierge, respecté avéc soin, nous à montré la forme de ce fourneau, que nous avons mesurée exactement, el qui est celle décrite plus haut. Nous avons aussi recherché avec précaution les traces du canal CC, et nous avons été assez heureux: pour retrouver en place, à droite, un fragment de tuile formant la paroi du canal ; à gauche, la première assise de fragments de

tuiles, et au-dessus une pierre cubique également en place, ce qui nous a permis de connaître la largeur et la diréction de ce canal : la largeur était de 45 centimètres ; la direction est marquée sur le plan. Un peu au delà, nous avons remarqué un parement O formé de petits cailloux et de mortier complétement vitrifiés. Le terrain vierge qui bordait le canal et celui qui décrivait la forme du prétendu baptistère étaient brülés ; les blocs de marne, noÿés dans le sol, étaient effrités, preuve évidente que cette excavation était encore l’emplacement d’un second four, dont la partie inférieure épousait cette forme elliptique que montrent encore aujourd’hui plusieurs fours à chaux du pays.

En examinant attentivement les fragments de colonne, tant ceux déposés chez Boutel que ceux qui ont été transportés dans la chapelle Saint-Éloi, nous n'y avons aperçu aucunes traces de feu ni de mortier ; d'où il fallait conclure que ces fragments n’avaient été déposés dans l'emplacement du four qu’après la suppression de ce dernier, et qu'ils. ne formaient pas un mur proprement dit, Ce mur eüt été d’ailleurs très-diflicile à construire avee des pierres présentant une partie convexe d’un petit rayon. La colonne, avant d’être détruite, ne pouvait non plus s'élever en ce lieu-là : car une colonne d’un tel diamètre, surmontée d’une statue de grandeur naturelle, suppose des fondations solides, qu’on n’eût pu arracher sans endommager ce terrain vierge environnant, que nous avons trouvé parfaitement intact. Ainsis’en ‘allaient une à une! les idées -emises:par M. Lenormant. Du reste, on ne sauraït Compretidre

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que le savant professeur ait pu créer sur les lieux mêmes une hypothèse aussi impossible. L’excavation A est de 2 mètres environ ; les fragments de colonne ayant de 20 à 40 centimètres d'épaisseur, le, mur d'appui, que M. Lenormant suppose construit avec ces fragments et renferme dans ces 2 mètres, ne pouvait avoir moins de 40 centimètres. Par conséquent, l’espace resté libre dans l'intérieur du baptistère, autour de la cuve baptismale, eût été au plus de 50 centimètres, c’est-à-dire que ni le baptisé, ni l’évêque ou le prêtre, ni les parrains, n'auraient pu s’y placer; ils n'auraient même pu y entrer par ce prétendu passage, que M. Lenormant qualifie détroit sans avertir qu'il n’avait que 45 centimètres. Enfin, le passage lui-même eût été construit avec des fragments de tuiles chargés d'inscriptions funéraires, qu’on suppose postérieures à l'établissement du baptistère (1). On avouera qu'il est difficile de réunir dans un système plus d’invraisemblances et d’impossibilités.

Si l'existence du baptistère ne supporte pas la discussion, il en est de même de l’église, du cimetière et de la villa; toute la surfacé de la partie PPPP a été enlevée par Boutel: on y trouve partout le terrain vierge à quelques centimèétres. Dans a partie RRR, nous l'avons trouvé à 1 mètre; à droite et à gauche des fouilles, à plusieurs centaines de metres, la pente du coteau est uniforme, tandis que toute espèce de monument eût exigé de profondes tran-

(1) Tous les fragments de tuiles chargés d'inscriptions pro+ viennent du, canal CC.

chées pour aplanir le terrain, tranchées dont les vestiges seraient apparents pour l'œil le moins exercé. La vallée qui borde le coteau est parfaitement plane, son sol marécageux donne l’eau à moins de deux pieds de profondeur, et nous n’y ayons aperçu nulle part cette surélévation du sol qui marquerait nêcessairement la place de ruines importantes. Enfin, dans tout le terrain qui entoure le prétendu baptistère, terrain fouillé soit par nous, soit par Boutel, nulle trace d’ossements, ni d'armes, ni de vases funéraires, rien en un mot de tout ce qui annonce un cimetière, à quelque époque qu’il appartienne (1).

Il reste une partie de la découverte que nous n’avons puexaminer, ce sontles inscriptions (2); mais ce que nous venons d'établir suflit pour révoquer en doute leur authenticité. Lors de la découverte. des premières inscriptions, rien n’était plus facile, que d'examiner en une seule fois ce monceau de pierres et de tuiles réunies par Boutel, et de reconnaître immédiatement celles qui portaient des inscriptions. On

a) -Ee lecteur comprendra que nous'faisons ici abstraëtion du squelette dont inous-avons parlé plushautyetcdont!larprésencet, fût-il ancien, ne suffirait. pas pour établir, l'existence d'un cimetière. On a Ge plus trouyé, avant notre visite et dans l'enceinte du four inférieur, deux anneaux d'or, un miroir, une pièce de monnaie ef des fragments d’un vase antique. On: ne peutrien conclure! d’un si-pétit nombre d'objets, qui. ont, pu d'ailleurs être-apportés suryles lieux pour confirmer la fraude du faussaire, dont nous parlerons,plus tard.

(2) Toutes les. pierres et toutes les tuiles! chargées d'inseriptions ont été emportées par M, Lenormant pour 15 francs

donnes à Boutel.

2041030 nous a raconté cependant que les choses ne se passérent pas ainsi; que les inscriptions furent découvertes successivement, dans l’espace de plusieurs semaines, et qu'à mesure que le beau poëme que vous connaissez se développait dans l'imagination de M. Lenormant, une ou deux inscriptions venaient confirmer les conjectures du maître. On ajoutait même qu'un des amis du savant académicien lui ayant dit : « Mais ces inscriptions sont toutes fraiches, elles viennent d'être tracées », celui-ci avait répondu : «Lorsque des inscriptions anciennes sortent de terre, elles ont toujours cette apparence de nouveauté et de fraicheur. » Pour nous, nous n’avons pas attaché d'importance à ces on dif, parce que nous pensons connaître le faussaire, l'endroit d’où les fragments de colonne ont été extraits et l'époque probäble de leur dépôt sur le terrain du sieur Boutel. Toutefois, nos recherches n'ont pas amené jusqu'à présent assez de clarté sur ces faits pour que nous puissions vous en entretenir aujourd’hui.

Si un archéologue ordinaire eût annoncé cetle découverte, le plus rapide examen nous eût suffi pour la rejeter ; mais; .M. Lenormant. est. un. professeur d'archéologie et Pun des princes de la:science: Nous avons cru répondre x vos intentions et accomplir un devoir en nous livrant à un examen minutieux pour appuyer nos conclusions sur des preuves matérielles inattaquables. Nous croyons avoir assez fait pour que le cimetière mérovingien de Saint-Eloi reste comme lun des plus curieux monuments des singulières aberrations où la science peut conduire, quand elle se met au service d’une trop brillante imagination.

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