‹ Découverte de l'Albert N'YanzaChapitre 1 sur 73 · PREFACE · texte numérisé non relu

PREFACE

L'histoire du Nil contenait jusqu'ici une page blanche; personne n'avait éclairci le mystère des sources de ce fleuve. Les anciens consacrèrent, mais en vain, beaucoup de soin et de temps à la solution du problème. Sénèque nous décrit une expédition envoyée par Tempereur Néron, sous les ordres de deux centurions. L'énergie romaine elle-même échoua devant cette difficulté ; enfin le voyage de recherches que le célèbre ex-roi d'Egypte Mehemet Ali Pacha organisa de nos jours, clôt la longue série d'efforts infructueux.

La tâche est maintenant accomplie. Trois expéditions anglaises, trois seulement, ont, à intervalles inégaux, poursuivi cette mission enveloppée de tant d'obscurité. Chacune d'elles a atteint son but.

Bruce découvrit les sources du Nil bleu; Speke et Grant ont trouvé la source Victoria du Nil blanc; il m'a été donné de compléter cette découverte par celle de l'Albert Nyanza, — le grand réservoir des régions équatoriales d'où sort le fleuve tout entier.

Ayant ainsi atteint le but que je m'étais proposé, après un séjour de près de cinq ans en Afrique, il me reste encore quelque chose à faire. Il faut que je prenne le lecteur pour ainsi dire par la main ; je le conduirai pas à pas depuis le commencement jusqu'à la fin de mon dangereux voyage,— à travers des déserts

Ji PRÉFACE.

brûlants et des sables arides,^ au milieu d'épaisses forêts et de marais interminables. De difficultés en difficultés, de fatigue en fatigue, de maladie en maladie, je ramènerai épuisé jusqu'au rocher élevé , du haut duquel le but de tant d'efforts se découvrira à sa vue ; il contemplera le vaste lac Albert et s'abreuvera avec moi aux sources du Nil.

J'ai dit le lecteur. Gonunent, en effet, inviter des lectrices à me suivre à travers ces dangers et ces fatigues? Comment leur révéler les différents épisodes de la vie chez les sauvages? J'abaisserai le voile sur beaucoup de scènes brutales auxquelles j'ai été contraint d'assister, mais dont j'épargnerai le récit à celles qui me liront. Je m'abstiendrai également de dire tout ce qui n'est pas strictement nécessaire dans la description d'incidents qu'il nous faudra malheureusement rencontrer pendant le cours de notre long voyage. S'il se présentait quelque détail de nature à blesser un esprit délicat, quelque situation choquante pour des yeux de femme, je supplierai mes lectrices de réfléchir que l'épouse du pèlerin l'accompagnait. Faible, endolorie, soutenue non par la curiosité, mais par le dévouement, elle a partagé toutes ses épreuves. Aux heures de la misère et la maladie, ses tendres soins lui ont sauvé la vie et ont assuré le succès de Pexpédition.

« 0 femme I dans nos moments de bonheur tu es incertaine, capricieuse, difficile à satisfaire et aussi changeante que l'ombre projetée par la feuille du tremble ; vienne sur notre front la souffrance, Tangoisse, et tu te transformes pour nous en ange consolateur. »

J'ai a réclamer un peu de patience pour des détails géographiques qui sembleront peut-être fastidieux; je m'attacherai uniformément aux faits, et j'éviterai les théories autant que possible.

Le botaniste ne manquera pas d'occasions de s'éloigner du chemin frayé, et d'étudier des plantes qui, je l'avoue, ne me sont

Page 1