L'ALBERT N'YAN25A
heure avant le coucher du soleil, pendant que mes gens balaient le bateau en tirant de dessus le tillac une corde attachée aux roseaux, une vigie m'annonça qu'un buffle était en vue sur une pointe de terre près du rivage. Comme la viande manquait, on me demanda de tuer cet animal. Il était tellement caché dans l'épaisseur de l'herbe, que du tillac on ne pouvait l'apercevoir. Je me plaçai donc sur un angarep (lit) près de la poupe, et de là je parvins à distinguer avec peine dans l'herbe la tète ^t les épaules du buffle, à environ cent vingt verges de distance. Je le tirai avec une carabine Reilly n"" l, et l'animal tomba mort, selon toute apparence. Mes hommes aflamés, semblaient fous de joie, et ne songeant qu'à leur proie, se précipitèrent dans l'eau, et se trouvèrent bientôt près de la victime ; un homme t^enait le buffle par la queue, les autres dansaient autour de lui en.brandissant leurs couteaux, et tous poussaient des chants de triomphe. Tout à coup mon gaillard se relève, s'c^lance du milieu des assaillants et disparaît dans Therbe; mes hommes affirmèrent qu'il était tombé dans le marais. La nuit arrivait, «t les chasseurs regagnèrent leurs vaisseaux, honteux d'avoir été assez stupides pour perdre leur temps à danser, au lieu de «couper le jarret de l'animal et de s*assurer ainsi une bonne provision de bœuf.
10 janvier. — Ce matin de bonne heure nous entendons le buffle gémir dans le marais, non loin de l'endroit où nous supposions qu'il était tombé. Environ quarante hommes saisissent leurs fusils et leurs couteaux, et, avides de beefsteaks, ils -s'avancent en quête de leur proie, plongés jusqu'aux genoux dans Teau et la vase au milieu des roseaux. Environ une heure se passa de cette façon; et moi voyant le désordre dans lequel ^es aventuriers erraient de côté et d'autre, je descendis dans la cabine afin de battre la caisse pour les rappeler, ce que mon vakil avait en vain essayé de faire. Au même moment, j'entendis dans le lointam des cris suivis d'environ vingt coups de feu tirés rapidement l'un après l'autre. Au moyen de ma lunette d'approche j'aperçus une troupe d'hommes à environ trois cents verges de distance, debout sur un de ces tertres formés par des habitations ae fourmis blanches^, et dominant la mer de verdure