ACCIDENT A UNE CARABINE
couplé, vint à ma tente accompagné de quelques-uns de ses soldats: il me donna beaucoup de détails sur son pays, et me pria de venir lui faire visite. Il détestait les Turcs, mais se voyait obligé de les servir, car il avait reçu du grand chef Commoro Tordre de réunir une quantité de nègres afin de transporter l'ivoire de Latouka à Gondokoro. A sa profonde satisfaction, je d&<:sinai son portrait, et je lui ils des présents de bracelets de cuivre, de verroterie et d'un mouchoir de poche de coton rouge. Ce mouchoir lui plut infiniment, et il insista pour s'en servir comme d*un article de vêtement. Ce n'était pas la décence qui le poussait, mais il le plia de manière à en faire un triangle, pais se l'attacha autour de la ceinture, de sorte que le bout pût pendre exactement derrière lui. Il passa une bonne demi-heure à se parer de la sorte, puis il partit avec ses gens, faisant tous ses eflbrts pour se tourner et admirer à son aise sa nouvelle parure.
Du matin au soir, des naturels de toute classe se pressèrent autour de la tente, demandant des présents; comme il m'était essentiel de produire une impression favorable, j'accédai presque toujours à leurs désirs.
Les gens de Kourshid qui étaient arrivés de Latouka, devaient bientôt repartir ; non-seulement ils refusaient de m' accompagner, mais ils avouaient leur intention de me repousser par la force, en cas que je voulusse suivre la route qu'ils allaient prendre. Grande excuse pour mes compagnons, qui refusaient encore une fois de me suivre. En menaçant le Vakil^ j'obtins d'eux qu'ils partiraient; mais, comme condition sine quâ non, ils exigèrent que je prisse avec moi un des rebelles nommé BelaaI. Cet homme avait manifesté le désir de faire partie de l'expédition ; il s'était cependant montré un des plus déterminés émeutiers, et je n'avais pas cru devoir accepter son
ofire.
Maintenant j'étais obligé de l'admettre, et connaissant ses dispositions, j'étais convaincu qu il se ferait le chef de la bagarre qui devait éclater lors de notre arrivée à Chenouda dans le pays de Latooka. Mahommed Her, vakil de Chenouda, était toujours en pourparlers avec mes gens, ce qui confirmait à mes yeux les rapports que Saat m'avait faits. Ce Mahommed Her partit de Gondokoro pour Latouka. La troupe de Kourshid devait se
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mettre en route 'deux jours plus tard; les deux caravanes étaient ennemies Tune de l'autre, mais elles demeuraient dans le même pays, le Latouka ; toutes deux étaient animées des plus mauvaises dispositions contre moi ; pourtant comme les compagnons De Mahommed Her étaient de la tribu des Ik)ngalowaSy tandis que ceux de Rourshid appartenaient aux Jalyns et aux Soudanes, je comptais faire tourner leurs disputes à mon avantage.
Mon înteniioii était de laisser tout le bagage le moins indispensable à Gondokoro, aux soins de Kourshid Aga qui le renverrait à Khartoum. Je me proposais d'attendre le départ de la caravane de Kourshid; j'avais résolu de les suivre, car leur maître étant un de mes amis, je ne croyais pas qu'ils oseraient me résister de force. Je regardais leurs menaces comme une chose sans ccHiséquence ; ils voulaient tout simplement m'effrayer. Mais il y avait à craindre un danger beaucoup plus sérieux.
Entre Gondc^oro et Latouka se trouvait une tribu très-puis* sante^retranchée dans les montagnes d'Ellyria. Le^é, chef deoette tribu, avait autrefois massacré cent vingt individus faisant partie d'une caravane. Il était allié des gens de Rourshid , et <:eux-ci disaient qu'ils soulèveraient contre moi la tribu entière, ce qui aboutirait à la défaite ou au massacre de mes gens. Il y avait à travers les montagnes d'Ellyria un défilé très-difiScile qu'il était impossible de traverser de force, ainsi mes dix-sept hommes se trouveraient sans aucun secours. Les marchands n*auraient qu'à demander au chef d'Ellyria d'attaquer ma petite troupe, poor que la destruction de celle-ci fût complète, car lé pillage de ce que je transportais avec moi serait une récompense suffisante.
Je n'avais pas le temps de délibérer. Le présent et l'avenir m'apparaissaient sous les couleurs les plus sombres, mais je m'étais toujours attendu à des difficultés extraordinaires, -et il fallait les surmonter, si c'était possible. Inutile de compter sur la chance ; l'inaction ne présentait aucun espoir de succès, et ma seule ressource était de marcher au travers des obstacles sans calculer les risques.
Une fois hors de Gondokoro, notre voyage serait commencé, et les bateau étant repartis pour Khûrtoum , la retraite de-
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viendrait impossible. Il n'y aurait donc pluà qu'à poursuivre eu avant, me confiant dans la Providence, et dans ma bdtme fortune. J'avais la plus grande foi dans la puissance des cadeaux.
Les Arabes sont tous une race vénale, et comme j'avais avec moi une quantité d'objets de valeur, je comptais en temps utile détruire toute opposition par ma libéralité.
Le jour arrive enfin pour le départ des gens de Kourshid. Ils commencent par tirer la salve habituelle en guise de signal, le tambour bat, le drapeau turc déployé s'avance en tête. Ils se mettent en marche à 2 heures de l'après-midi, m'envoyant un message fort poli par lequel ils me défiaient de les suivre.
Je fis sur-le-champ plier les tentes, rassembler les animaux, disposer le bagage, et préparer tout pour la marche. Richarn et Saat étaient fort enthousiasmés, mes compagnons réfractaires eux-mêmes se virent obligés de travailler, et à 7 heures du soir nous étions prêts à partir. Les chameaux étaient surchargés, portant environ sept cents livres chacun. Les ânes aussi avaient un poids trop considérable, mais cet inconvénient ne pouvait se remédier. Mme Baker était bien montée sur mon vieux cheval de chasse abyssinien, Tétel; sur le pommeau de sa selle étaient attachés plusieurs sacs de cuir. Mon cheval Filfil* qui me portait, avait aussi une charge très-lourde ; bref, chacun avait plus que sa part légitime des fardeaux.
Nous ne possédions ni guide ni interprète. Pas un naturel ne s'était présenté, car tous avaient subi Tinfluence des marchands qui cherchaient à rendre notre marche impossible, en empêchant qui que ce fût de venir à notre secours. De fortes menaces leur avaient été faites. Ainsi, absolument abandonnés, nous commençâmes notre voyage téméraire environ une heure après le coucher du soleil.
• Où allons-nous ? » s'écrièrent les hommes, au moment oii nous nous mfmes en route. < Qui peut voyager sans guide? Personne ne connaît le chemin. » La lune se levait, et à une distance d'à peu près neuf milles on apercevait très-bien la montagne de Belignan. Sachant que notre itinéraire était à Test