CHAPITRE m
La veille du départ de Speke et de Grant, un accident arriva qui sembla de mauvais augure à mes superstitieux camarades. J'avais commandé que la dahabié fut mise en état de partir; la cargaison était débarquée, et l'embarcation nettoyée ; nous étions assis dans la cabine, lorsqu'une explosion soudaine près des fenêtres nous fit lever précipitamment, et, à la consternation peinte sur les traits de tout le monde, je devipai un accident. Je sortis de suite, et découvris bientôt que les domestiques ayant déposé toutes mes carabines sur un paillasson, un des hommes avait marché sur ces armes à feu et son pied frappant le chien d'une des carabines Reilly n* lO, avait fait partir l'arme. La carabine était chargée comme pour la chasse aux éléphants, de sept drachmes de poudre*. Heureusement il y avait une quantité de bagages devant l'orifice du canon: mais, les effets de la décharge n'en furent pas moins effrayants. La balle frappa le fourreau d'acier d'un sabre, et en enleva l'anneau ; elle passa obliquement ensuite à travers la monture d'une grosse carabine, dont elle perça la crosse; entrant alors dans une caisse d'un poucs d'épaisseur, elle la traversa également ; de là, elle passa entre les jambes d'un homme assis à quelques pas de distance, et finit par frapper un peu plus loin la hanche d'un autre homme
f . Le drachme ou gros est la huitiùme partie de 4'once anglaise.
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doDt Tos fut complètement brisé, et le projectile, dont la force était épuisée^ lui resta dtnsle corps. Sans les objets qui arrêtèrent d'abord la violence du coup , la balle aurait tué plusieurs hommes y car il y en avait une foule groupée immédiatement devant le canon de la carabine.
Le docteur Mûrie, qui avait accompagné M. Petherick, soigna .ivec empressement tous les blessés ; cependant l'homme dont la hanche était brisée mourut au bout de quelques heures, sans souffrance apparente.
Après le départ de Speke et de Grant, je déplaçai ma tente et campai sur un terrain élevé au-dessus de la rivière, car les ordures provenant d'une agglomération de plusieurs milliers d'individus produisaient des exhalaisons horribles, et la fièvre •régnait partout. Mm^ Baker en souffrait ainsi que moi; M. et Mme Petherick étaient malades, et un de mes hommes mourut^ Tous mes animaux étaient en bonne santé, mais les ânes et les chameaux étaient sans cesse attaqués par un oiseau de la grosseur d'une grive, qui les incommodait beaucoup. Ces volatiles, d'une couleur gris-brun, avec un bec rouge acéré et des Serres très fortes aussi , sont une véritable peste : ils percent de trous les pauvres quadrupèdes. Leur but principal est la chasse à la vermine; mais non contents de cela, ils attaquent ranimai partout^ et principalement sur le dos. Quand Une blessure est une fois faite, l'attraction est beaucoup plus grande, et la malheureuse victime n'a pas le temps de manger. Tétais obligé de louer des petits garçons pour surveiller les ânes et chasser ces malfaiteurs; mais ceux-ci sont si courageux et si tenaces que je les ai vus se précipiter sous les ânes, s'accrocher de h serre à leur ventre et ne céder d'un côté que pour revenir de l'autre. Au bout de quelques jours, mes animaux furent criblés de blessures, excepté les chevaux, dont les longues queues leur servaient de défense. Quoique la température fût élevée (95*» Fahr.), le vent fraîchissait souvent vers trois heures du matin, et mon cheval, le Prèire, que j'avais acheté à la mission, fut frappé d'une paralysie qui le jeta sur le flanc. Pendant plusieurs jours, j'essayai de le guérir, mais, comme le pauvre animal ne mangeait pas, je fus obligé de le tuer. Je fis peser tout mon bagage, et je trouvai que le poids s'élevait à cinquantequatre cantars (chaque cantar est de cent livres). La verroterie
le cuivre et les munitions^e guerre représentaient la majeure partie de cette cargaison. Je m'adressai donc à Mohammed, le Vakil d'André Debono, qui avait escorté Speke et Graiit dans leur expédition, et je le priai de venir à mon aide. Ses gens avaient apporté de Tintérieur une grande quantité d'ivoire, et fdnsi tous les portefaix qui leà accompagnaient ajlaient s'en retourner à vide. Je m'arrangeai donc avec Mohammed pour cinquante porteurs, dont les services soulageraient beaucoup mes animaux pendant les douze jours de marche qui séparent Gondokoro de la station de Faloro. Je me proposais de laisser tout le plus lourd de mon bagage en dépôt, dans ce dernier en- . droit et de me rendre directement dans le pays de Kamrasi. Je promis à Mohammed d'user de mon influence dans les districts où je passerais pour ouvrir de nouveaux débouchés à son trafic d'ivoire, pourvu qu'il convînt de faire le commerce d'une manière loyale; et je lui donnai une liste des articles de verroterie les plus faciles à placer dans le pays de Kamrasi, suivant la description que j'avais reçue de Speke.
Mohammed promit de m'accompagner, non-seulement jusqu'à son camp de Paloro, mais pendant toute l'expédition, pourvu que je l'aidasse à se procurer de l'ivoire, et que je lui fisse un beau présent. Tout fut arrangé, et mes gens semblèrent enchantés en songeant qu'ils allaient se trouver réunis à une troupe aussi nombreuse que celle de Mohammed, qui s'élevait à environ deux cents hommes.
Je ressentais alors la plus grande confiance dans les protestations de Mohammed et de ses compagnons. Ils venaient de ramener Speke et Grant, et avaient reçu d'eux, en cadeau, un superbe fusil à deux coups et plusieurs excellentes carabines. J'avais promis, non-seulement de les aider dans leurs expéditions à la recherche de l'ivoire, mais aussi de leur donner une bonne gratification; en outre, comme j'avais une escorte de plus de quarante hommes, c'était là un autre avantage pour eux ; car au milieu de peuplades hostiles, tout surcroît de forces est infiniment précieux. Les choses semblaient doncen bon train; mais je connaissais peu la fourberie de ces vauriens d'Arabes. Au moment où ils paraissaient le mieux disposés, ils organisaient lin complot pour me tromper, et m'cmpécher de pénétrer dans le pays. Ils savaient que si je réussissais à gagner Tinté-
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rieur, le commerce d'ivoire du Nil Blfnc cesserait d'êtreun mystère; la traite des nègres serait éventée, et, selon toute probabilité, supprimée par l'intervention des puissances européennes. Ils conspirèrent donc pourffl'empécher de poursuivre ma route, et pour ruiner entièrement mon expédition. Les employés des différents marchands d'esclaves avaient décidé que pas un Aurais n'irait dans l'intérieur; ils fraternisèrent donc avec mon escorte, et leur dirent que j'étais un chien de chrétien qu'un mahométan ne pouvait servir sans se dégrader; je les affamerais, puisque je leur refuserais la permission de voler le bétail ; ils n'auraient pas le droit de se procurer des esclaves; je les conduirais Dieu sait où! — jusqu'à la mer d'où Speke et Grant étaient partis. Ceux-ci avaient quitté Zanzibar, avec deux cents hommes d'escorte et il n'en avaient plus que dix-huit à leur arrivée à Gondokoro ; les autres avaient donc été tués en route par les naturels. S'ils me suivaient, et s'ils arrivaientjamais à Zanzibar, un vaisseau me transporterait en Angleterre, tandis que je les laisserais mourir dans un pays étranger. Telles étaient les rumeurs par lesquelles ces scélérats cherchaient à empêcher mes gens de m'accompagner et le résultat de leurs efforts fut de faire fixer ostensiblement par Mohammedle jour de notre départ commun , pendant qu'il se réservait de partir subrepticement quelques jours d'avance. Alors mes compagnons se révolteraient, et iraient se joindre à lui pour voler le bétail et fidre la traite des noirs. Tel fut, en substance, le complot formé et qu'ils tinrent parfaitement secret.
Les gens de ma suite ne manifestèrent d'abord que de la mauvaise humeur; ils négligèrent tous mes ordres, et je vis sur leurs traits des symptômes d'un mécontentement bien pronoDcé. Ni âne ni chameau n'étaient soumis à aucune surveillance ; il s'en égarait quelques-uns tous les jours, et on ne les rattrapait qu'avec beaucoup de peine. Le bagage était infesté de fournus blanches, au lieu d'être examiné chaque matin; les hommes s'absentaient sans permission, et passaient leur temps en compagnie des différents marchands. Je prévoyais un orage, mais je comptais qu'une fois en roule, je n'aurais aucune peine à rét3blir la discipline.
Parmi mes gens se irou\ aient deux nègres : l'un t Richam » dont j'ai déjà parlé comme ayant été élevé à Khartoum par les
missionnaires autrichiens; Tautre, un gamin de douze ans, nommé «Saat.» Ces deux individus ayant été les seuls vraiment fidèles soutiens de rexpédition, je dois les décrire. Richam bien qu'adonné à l'ivrognerie, ne manquait pas de bonnes qualités, et était, en particulier, fort attaché à Mme Baker et à moi. Durant les quelques mois qu'il avait. passés à mon service, il s'était montré scrupuleusement probe, et chasseur assez habile ; appartenant à une race tout à fait distincte de celle des Arabes, il ne se mêlait point à leur société et ne fraternisait qu'avec Saat. Quanta celui-ci, c'était un garçon incapable de la plus légère peccadille ; probe au possible, et entièrement différent des naturels de ce triste pays. Il était né dans le Fertit, et menait paître les chèvres de son père, lorsqu'à l'âge d'environ six ans, il avait été emmené prisonnier par les Arabes Baggaras. Il décrivait avec beaucoup d'énergie les incidents de cette catastrophe. Des hommes, montés sur des chameaux, avaient soudain fondu sur lui, tandis qu'il était dans le désert avec son troupeau, l'avait saisi, mis dans un sac à gomme et attaché sur le dos d'un chameau. Comme il criait au secours, un Arabe ouvrit le sac où il était renfermé, et le menaça de lassassiner s'il faisait le moindre bruit. Ainsi obligé de se tenir tranquille, il fut transporté à une distance de plusieurs centaines de milles à travers le Kordofan, jusqu'à Dongola sur le Nil ; là, on le vendit à des marchands d'esclavesqui l'emmenèrent au Caire, et le revendirent en qualité de tambour au gouvernement égyptien. Gomme il était trop jeune, on le déclara impropre au service militaire ; et pendant qu'il se* trouvait encore entre les mains de son maître, un compagnon d'esclavage lui parla de l'éiablissement autrichien des missions au Caire, disant que s'il pouvait seulement atteindre ce lieu de refuge, il y trouverait secours et protection. Avec une énergie extraorditiaire dans un enfant de six ans, il s'échappa, et se rendit à la mission où on le recueillit. II y reçut une certaine éducation, et y apprit les éléments de la religion chrétienne, — autant qu'il put les comprendre. Plus tard, il fut dirigé sur Khartoum avec un détachement du chef-lieu de la mission et, de là, on l'envoya à une autre station dans le pays des Shillouks. En six mois, le climat du Nil Blanc enleva treize missionnaires, et le petit Saat, retournant à Khartoum avec le reste de ses compagnons, fut admis de nouveau dans l'établisse-
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ment principal .A cette époque, il y avait là une quantité de petits négrillons, provenant des différentes tribus riveraines du Nil Blanc et qui, en reconnaissance de toutes les bontés dont les prêtres les comblaient, volaient tout ce qui se trouvait à leur portée. Enûn, les mauvaises dispositions de ces vauriens, l'absence complète chez eux de tout sens moral, et Timpossibilité apparente de les améliorer, détermina le chef de la mission à s'en débarrasser; on les mit à la porte sans exception. Le pauvre petit Saat, le seul grain d'or perdu dans ce fumier, partagea le même sort.
Environ huit jours avant notre départ de Khartoum, Mme Baker et moi, nous prenions le thé au milieu de la cour, lorsqu'un malheureux petit garçon, d'environ douze ans,s'approcha d'elle et se prosterna à ses pieds dans la poussière. Il y avait dans l'attitude de cet enfant quelque chose de si irrésistiblement piteux, que mon premier mouvement fut de lui donner à manger. Il refusa ce que je lui offrais, demandant seulement la permission de vivre avec nous et de nous servir. Il avait, disait-il, été chassé de la mission, parce que les petits garçons de la tribu des Baris, quis'y trouvaient, étaient des voleurs, et on le rendait ainsi responsable de leurs méraits. Il me semblait impossible que l'enfant eût été mis à la porte de cette façon, et, sansdoute, cette punition lui avait été infligée pour quelque délit de sa part. Je lui répondis que je prendrais des renseignemets sur son compte. En attendant, je le confiai au cuisinier.
Le lendemain, je fus trop occupé pour me rendre à la maison des missions et, pendant la fraîcheur du soir, nous nous trouvions encore une fois au milieu de la cour après la chaleur de la journée ; un arrosage abondant la rendait fort agréable. A peine étions-nous assis que le garçon arriva de nouveau, et se prosternant dans la poussière aux pieds de ma femme, il sollicita la permission de nous suivre. En vain lui expliquais-je que nous étions déjà pourvus, que le voyage serait long et difflcile, et qu'il mourrait probablement en route ; aucune crainte ne l'arrêtait; tout ce qu'il souhaitait, c'était le droit de nous suivre. Il n'avait ni feu ni lieu; arraché à ses parents, il ne savait que devenir.
Le lendemain matin, accompagné de Mme Baker,, je me rendis à là mission; on me fit le plus grand éloge de mon petit protégé qui avait, me dit-on, été chassé par méprise avec le reste.
Sur ce rapport satis&isant» j'adoptai Saat sans plus de retard. Mme Baker se mit à l'ouvrage pour lui confectionner les vêtements indispensables, et, dans un espace de temps fort court, il subit une transformation complète. Lorsqu'il sortit d'entre les mains du cuisinier, nettoyé à fond au moyen de nombreuses ablutions et d*un consciencieux savonnage, vêtu d'un pantalon, d'une blouse et d'une ceinture, il n'était plus reconnaissable.
Depuis ce temps, Saat se regarda comme la propriété exclu-i sive de sa maltresse ; elle lui enseigna la couture, tandis que Ricbamlui apprit à servira table, laver les assiettes, etc. Quant à moi, je l'initiai aux mystères désarmes àijeu, et je lui fis présent d'un fusil léger à deux coups, dont il était très-fier.
Le soir, après les travaux de la journée, Saat avait la permission de s'asseoir près de sa maltresse : quelquefois, alors, des anecdotes sur l'Europe et les Européens l'amusaient et l'instruisaient tout ensemble ; puis c'étaient des histoires tirées de la Bible et adaptées àson intelligence, et une petite instruction sur les éléments du Christianisme. Malgré les avantages que la mission Jui avait ofierts, il étaitd'une ignorance crasse, mais il avait le principe fondamental de toute religion : — des sentiments d'honneur et de probité. Quoiqu'âgé de douze ans seulement, il était si digne de confiance, qu'à l'époque de notre arrivée à Gondokoro, je pouvais compter sur lui plus que sur mon vahil, et rien ne se passait dans mon escorta réfractaire sans qu'il en eût connaissance. Ainsi il m'informa du projet de révolte qui se tramait et, sans le secours de Saat, je n'aurais eu aucune nouvelle du complot de mes gens. .
Non- seulement Saat était fidèle, mais à sa force physique il
ajoutait beaucoup d'énergie morale. Lorsqu'il y avait quelque plainte et qu'on invoquait son témoignage, au lieu de manifester cette timidité ordinaire quand l'accusateur se trouve confronté avec l'accusé, il n'hésitait pas, et mettait au défi son adversaire, quel qu'il fût, sans s'inquiéter de ce qui pouvait en résulter.
Nous aimions beaucoup cet enfant, il était foncièrement bon ; et sur cette terre d'iniquité, éloigné de plusieurs milliers de milles de tous les objets de nos sympathies naturelles, ce n'était pas une faible consolation que de voir à nos côtés un être innocent et fidèle sur lequel nous pouvions compter.
Nous devions partir le lundi matin suivant. Mohammed m'é-
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tait venu voir, m'assurant de son dévouement, et me priant de' faire disposer mon bagage. Il m'enverrait cinquante porteurs le lundi, et nous nous mettrions en route de suite et tous ensemble. Au moment même où il faisait toutes ces protestations, il me trompait de la manière la plus effrontée, car il s'était arrangé pour partir sans moi le samedi ; c'est ce que je ne devait pas tarder â apprendre.
J'étais revenu un matin à ma tente, après avoir passé, comme à l'ordinaire, l'inspection des bêtes de somme; je remarquai que Mme Baker était horriblement pâle ; et dès mon arrivée, elle ordonna que le vakil (le contre-maftre) se présentât devant elle. Il y avait dans sa manière quelque chose de si différent de son calme ordinaire, que j'étais stupéfait. Tout à coup elle demande au vakil s! les hommes sont prêts à partir. — Tout prêts. « Eh bien, commandez-leur de plier les tentes et de charger les bêtes de somme ; nous partons de suite. » Le vakil avait l'air confus, mais je l'étais bien davantage. Il se passait quelque chose» et ce quelque chose, je ne pouvais le soupçonner. Le vakil balbutia, et grande fut ma surprise quand j'entendis l'accusatioA suivante portée contre lui. Pendant la nuit» les gens de l'escorte avaient tous comploté de nd'abandonner, avec les armes et les munitions de guerre dont ils étaient pourvus et déterminés si j'essayais de les désarmer, à tirer sur moi tous ensemble. Cette accusation fut repoussée avec indignation, jusqu'au moment où Saat s'avança courageusement. Il affirma que l'escorte tout entière était dans le complot ; sachant qu'une révolte se complotait, Richarn et lui avaient passé la nuit à écouter la conversation des conjurés, et, à la pointe du jour, Saat avait informé sa maîtresse de ce qui se préparait. Rébellion, pillage, meurtre, — voilà ce dont il s'agissait.
Je fis sur-le-champ placer en dehors de la tente, sous un grand arbre, un angarep (lit de camp). Sur ce lit de camp je fis déposer cinq fusils à deux coups, chargés à chevrotines, un revolver ^ et un sabre nu qui coupait comme un rasoir. Je m'assis sur Yangarep^ tenant à la main une sixième carabine ; derrière moi se trouvaient Richarn et Saat, armés chacun d'un fusil à deux coups. Autrefois, j'avais donné à chacun de mes hommes un morceau de mackintosh à l'épreuve de l'eau, destiné à recouvrir la platine du fusil pendant la marche. Je fis battre le tambour, et ordonnai à la
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troupe de se mettre en rang, en tenue de campagne, avec les fusils enveloppés du m^ckintosh. Je priai Mme Baker de se tenir derrière moi, et de m'îndiquer l'homme qui essayerait de découvrir la platine de son fusil, lorsque je donnerais Tordre de mettre bas les armes. Ce fait serait une preuve convaincante, et j'avais résolu de tirer immédiatement sur le coupable, sauf à me débarrasser des autres comme je le pourrais.
J'étais bien déterminé à ne me laisser voler par ces gredins ni mes armes ni mes munitions, s'il y avait moyen de l'empêcher. Le tambour battit, et le vakil se rendit lui-même au quartier, essayant de persuader aux mécontents d'obéir à l'appel. Quinze d'entr'eux se mirent en rang : impossible de trouver les autres. Les platines étaient toutes recouvertes; selon mes ordres; ainsi il était impossible à aucun homme de tirer- sur moi avant d'avoir débarrassé son arme du fragment demackintosh.
Lorsqu'ils furent réunis, je leur commandai de suite de mettre bas les armes. Refus général, accompagné d'un regard de défi, t Bas les armes, de suite, m'écriai-je, fils de chiens, » et j'armai promptement la carabine que je tenais à la main. Au bruit du ressort, les poltrons s'écartèrent avec hésitation. Les uns se retirèrent à quelques pas plus loin, d'autres s'assirent et déposèrent leurs fusils parterre, le reste se dispersa lentement. Un à un ou deux à deux, ils se placèrent à une distance d'environ quatrevingts pas sous les arbres qui se trouvaient là. Profitant de leur ' indécision, je me lève de suite, et je commande à mon vakil et à Richarn de les désarmer pendant qu'ils sont ainsi dispersés. Voyant que j'avais recours à la force physique, les misérables capitulèrent, et promirent de me rendre armes et munitions, si je voulais leur donner leur congé par écrit. Je les désarmai surle-champ, et mon vakil ayant rédigé les certificats demandés, j'ajoutai sur chacun d'eux le mot rebelle^ immédiatement audessus de ma signature. Aucun d'eux n'était capable de lire, et comme cette épithète était écrite en anglais, ils portaient sur eux, sans le savoir, la preuve de leurs délits; si jamais je les retrouvais lors de mon retour à Khartoum, je me promettais bien de les faire punir.
Ainsi désarmés, les mutins se joignirent sans tarder à des com-
K En aDgIais, Mutineer. (—M.)
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pagnies de marchaiids. Ces quinze hommes faisaient partie de la tribu des Jalyns^ les autres éiàientàes Dongolowasf ces deux peuplades sont des Arabes des bords du Nil au nord deKbartoum. Les Dongolowas n'avaient pas répondu à l'appel du tambour et comme mon vakil était leur compatriote, je lui dis d'un ton grave qu'il serait responsable de larébellion, et que si l'expédition n'arrivait pas à bonne fin, il serait emprisonné à Khartoum pour le reste de ses jours. . ' .
Saat et Richafn m'assurèrent que les révoltés avaient eu l'intention de tirer sur moi, mais qu'ils avaient été effrayés de la réception que je leur préparais; qu'enfin je ne devais pas plus compter^surla fidélité ôes Dongolowas que sur celle des /a/yrw. J'ordonnai au vakil d'aller à la recherche de ces drôles, et de m'apporter leurs armes. En cas de refus, je jurai d^ tuer sans miséricorde tout homme que je trouverais porteur d'un de mes fusils.
Le temps des mesures de douceur était passé. Je ne pouvais compter que sur un enfant — Saat, etsurRicharn ; accompagné d'eux seuls, je résolus de partir avec les gens de Mohammed pour les districts de Fintérieur, et de me fier à mabonne fortune pour les moyens d'aller plus loin.
L'inquiétude et les tracas m'avaient donné la fièvre ; j'étais couché sur ma natte à moitié malade, lorsque tout à coup j'entends de tous côtés tirer des coups de fusil, le son du tambour; enfin tous les signes de l'arrivée ou du départ d'une caravane. Bientôt un messager survint, envoyé par le CircassienKourshidaga pour m'annoncer que Mohammed partait sans nous ; puis mon vakil, porteur d'une seconde commission , paraît devant moi. Les gens de la caravane l'avaient chargé de me prévenir que si je suivais leur route (celle que je comptais prendre moimême) ils tireraient sur moi et sur les miens, car ils ne permettraient à aucun espion anglais de pénétrer dans leur pays.
Mon vakil avait dû connaître cet arrangement concerté. J'allais trouver le CircassienKourshidqui s'était toujours montré favorablement disposé pour nous. Dans une entrevue que j'eus avec lui, je lui dis que rien ne me ferait battre en retraite vers Khartoum; cependant comme j'étais alors abandonné des gens de mon expédition, je le priai de me donner une escorte de dix chasseurs d'éléphants auxquels je payerais la moitié de leurs gages. Avec eux je passerais le reste de l'année à chasser et à
explorer le pays ; je lui abandonnerais tout l'ivoire; au bout de Tannée, j'aurais pu recevoir trente soldats nègres de Khartoum, et alors je me mettrais en route vers le lac. Je le priai de me procurer àRhartoum les trente nègres en question, et de me les amener avec lui la saison suivante à Gondokorooù je convins de le rencontrer. Il consentit à cet arrangement, et je revins à ma tente enchanté de trouver une chance d'échaper à un échec complet, quoiqu'un délai de douze mois dût s'écouler avant que je pusse commencer mon véritable voyage. Cela fait, je me sentis comparativement tranquille. La honte de retourner à Khartoum sans aucun succès m'eût été insupportable.
Cette nuit-là je dormis d'un profond sommeil, et le lendemain au lever du soleil nous primes avec satisfaction notre café à l'ombre de l'arbre touffu près duquel j'avais dressé ma tente. Bientôt je vis venir de loin leCircassienRourshid accompagné de son associé. Je fis apporter sur le champ des pipes et du café, car Saat et Richarn le regardaient comme un ami et un allié, puisque dix de ses chasseurs devaient se joindre à nous. Avant de toucher au café il me prit la main, déclarant d'une manière embarrassée qu'il avait honte de venir me voir. « Aussitôt que vous m'eûtes quitté hier, me dit-il, j'appelai mon vakil et le chef de ma troupe, leur ordonnant de choisir les dix meilleurs hommes pour vous accompagner. Mais au lieu de ni'obéir comme de coutume, ils me déclarèrent que pour rien au monde ils ne voudraient entrer à votre service; vous étiez un espion chargé de faire sur eux, au gouvernement un rapport qui les ruinerait tous; de plus vous étiez fou, car vous vouliez les conduire dans des pays éloignés et inconnus où votre femme, vous et eux vous seriez tous massacrés par les naturels ; enfin, s'ils étaient forcés de vous servir d'escorte, ils se révolteraient sur-le- champ. » Mon dernier rayon d'espérance était évanoui. Je remerciai, comme de juste, Kourshid pour ses bonnes dispositions, et je lui donnai à entendre que je ne voulais en aucune façon m'imposer ni à lui ni aux siens. Toutefois ils ne me chasseraient certes pas du pays. J'étais abondamment pourvus de provisions et de munitions de guerre, et maintenant que mes gens m'avaient abandonné, ma provision de blé suffirait pour nourrir pendant un an ma petite troupe. J'avais aussi une quantité de graines de plantes potagères, que j'avais achetées en prévision d'un séjour pro-
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longé dans le pays. Je formerais donc un zareeba ou camp à Gondokoro, et je resterais là jusqu'à ce que j'eusse reçu des hommes et des vivres dans le cours de la saison suivante. Je me sentais indépendant, ayant conservé mon dépôt de blé, et de douze mois au moins n'ayant pas à craindre la famine. Kourshid essaya de me persuader que Richarn et Saat seraient à coup sûr insultés et attaqués par les insolents naturels de la tribu de Bari, si je restais s^ul à Gondokoro après le départ des caravanes. Je lui dis que je préférais les nègres aux gens qui composaient les caravanes, et que ma résolution était bien prise. Je me bornai à le prier de me prêter un de ses petits esclaves pour me servfr d'interprète, car je n'avais aucun moyen de conmiuniquer verbalement avec les natifs. Il promit d'accueillir ma demande.
Après le départ de Kourshid, nous restâmes assis en silence ma femme et moi, occupés des mêmes pensées. Jamais expédition n'avait été mieux préparée ; tout était disposé pour un plein succes. Mesbétes de somme en excellent état; selles et bâts confectionnés sous ma surveillance spéciale; armes à feu, munitions de guerre et provisions en abondance. J'étais prêt à partir pour n'importe quel district de l'Afrique; mais cette expédition si coûteuse, arrangée avec tant de soin, avortait par le fait même de ceux que j'javais retenus pour la protéger. Non-seulement ils m'avaient .abandonné, mais un complot avait été tramé pour m'assassiner. La force brutale est la seule loi de ces régions sauvages ; la vie humaine n'y compte pour rien ; et comme un meurtrier ne court aucun risque de se voir puni, le meurtre y est un véritable passe-temps. Ainsi le vakil de M. Petherick venait d'être tué par un de ses propres hommes, et des faits de ce genre devenaient si ordinaires que personne n'y prenait garde. Nous étions absolument sans protection, toute la population liguée contre nous, et nous menaçant ouvertement. Quant à moi, je n'avais aucune inquiétude, mais mon plus grand souci était la présence de Mme Baker. Que lui arriverait-il si je venais à être massacré par les sauvages qui nous entouraient ? C'est à quoi je n'osais songer. Elle partageait mes pensées; mais sachant que je voulais obstinément réussir, elle ne suggéra pas une seule fois l'opportunité de la retraite.
Richarn étaitaussi fidèle que Saat; je lui confiai donc mon plian de laisser tout mon bagage à Gondokoro aux soins d'un chef de
la tribu de Bari qui était favorablement disposé pour moi. Je me procurerais deux bons dromadaires pour lui et pour Saat, et deux chevaux pour Mme Baker et pour moi. Ainsi montés, nous pousserions au milieu de la tribu hostile l'espace de trois jours, ce qui nous conduirait à Moir au sein d'une peuplade paisible. Là je remettrais notre avenir à la Providence. Je m'étais arrangé pour que les dromadaires portassent en outre quelques verroteries, des munitions de guerre et mes instruments astronomiques.
Ricbarn me dit que mon idée était mauvaise; car les naturels ne se souciaient pas de verroteries; il avait acquis lui-même beaucoup d'expérience des usages du Nil Blanc au service d'un maître précédent, et il était sûr que je n'obtiendrais rien à moins d'avoir des bestiaux comme objets d'échange. Inutile de se conduire avec les indigènes d'une manière affable, car la seule vertu qu'ils connussent était la force ; nous serions probablement tous massacrés, mais s'il recevait Tordre de partir, il était tout prêt.
« Maître, marchez! moi je suivrai vos pas, jusqu'au dernier moment* et loyal et sincère. »
La simple et franche fidélité de Richarn me charmèrent. Je fis amener les chevaux dont je parai soigneusement les pieds. Cessabols durs comme des cailloux et qui n'avaient jamais été ferrés, étaient sufDsants pour un temps de galop, si la nécessité s'en faisait sentir. Tout étant disposé, j'envoyai chercher le chef de Gondokoro. Dans l'intervalle un petit garçon de la tribu de Bari, envoyé par Kourshid, arriva pour me servir d'interpète.
Le chef Bari était, comme d'ordinaire, enduit d'ocre rouge et de graisse, et en guise d'ornement il portait sur son épaule la carapace d'une petite tortue de terre. 11 apportait avec lui une grande jarre de merissa (bière du pays) et me dit qu'il était enchanté de faire la connaissance d'un homme blanc qui ne volait pas les bestiaux, et n'allait pas à la chasse aux' esclaves; je ne ferais pourtant, ajoutait-i!, rien de bon dans le pays, parce que les trafiquants ne souffriraient pas que j'y entrasse et que les natifs comme les derniers ne cédaient qu'à la force. J'essayai de découvrir si une conduite loyale et honorable n'imposerait pas le respect. « Oui, répondil-il, tout le monde dit que vous êtes bien différent des Turcs et des autres marchands, mais cette
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réputation ne' vous sera d'aucun usage : tout cela est bel et bon; mais déserté par vos hommes vous allez être obligé de retourner à Khartoum. Il est impossible de rien faire ici sans beaucoup d'hommes et de fusils. » Je lui soumis mon plan de me rendre à Moir en traversant promptement le pays des Baris. « C'est impossible, me répondit-il; si je faisais battre les grands nogares (tambours)et que je pusse réunir mon peuple pour lui expliquer ce que vous êtes, il ne vous ferait aucun mal; mais beaucoup de petits chefs nepi'obéissent pas, et leurs sujets vous attaqueraient certainement au passage de quelque torrent gonflé par les pluies. Que pourriez-vous faire alors avec un homme et un enfant? »
Quanta la valeur des verroteries, il m'affirma, comme Richarn, qu'il n'y avait de monnaie courante que lé bétail ; les marchands avaient introduit le système de voler les bestiaux d'une tribu pour en trafiquer avec la tribu limitrophe ; le pays entier était en proie à l'anarchie et à la confusion, et la verroterie n'était d'aucun usage. Mon idée de traverser rapidement le pays était impraticable.
J'appelai donc mon vakil et je le menaçai du châtiment le plus sévère lors de mon retour â Khartoum. J'écrivis par un des bateaux de retour à sirR. Colquhoun, consul général d'Angleterre en Egypte et j^expliquai au xmkil que mes plaintes aux autorit(!s britanniques lui attireraient la prison d'abord puis la potence si je mourais de mort violente. L'ayant complètement épouvànt*^, je lui dis que le meilleur parti qu'il eût à prendre était de persuader à quelques-uns des mutins de me suivre; Dopgolowas, comme lui, plusieurs d'entre eux étaient de sa propre famille. S'il réussissait à les convaincre, je leur pardonnerais leurs méfaits passés.
Dans l'après-midi il revint m'informer qu'il s'était arrangé avec dix-sept des révoltés ; ils avaient refusé de marcher vers le sud, mais ils m'accompagneraient dans l'est, si je voulais explorer cette partie du pays. Leur excuse pour refuser d'aDer au sud était l'hostilité de la tribu de Cari. Ils demandait aussi que je laissasse derrière moi mes bêles de somme et mon bagage.
Cette absurde proposition tout à fait inacceptable, m'indigna. Ma seule réponse fut de menacer le vakil de toute ma vengeance.
Le temps de ces drôles se passait, pendant la journée, en querelles bruyantes ; et, pendant la nuit, en pourparlers secrets
dont le fidèle Saat ine donnait un résumé le lendemain matin. Je sus par lui cfu'ils étaient convenus de marcher vers Test, avec l'intention de m'abandonner, lorsque nous serions arrivés au comptoir d'un trafiquant nommé Chenouda, à sept journées de marche de Gondokoro, dans le pays des Latoukas. Les gens de ce Chenouda étaient Dongolowas comme eux. Ils se révolteraient, déserteraient avec mes armes et mes munitions de guerre pour se joindre aux chasseurs d'esclaves, et ils me tueraient si j'essayais de les désarmer. Us menaçaient aussi de tuer mon vakU qui, de peur d'être puni àKhartoum, faisait son possible pour les engager à partir. J'étais, tout bien considéré, dans une jolie position.
Cette nuit même je dormais dans ma tente, lorsque soudain des cris aigus m'éveillèrent,et en prêtant une oreille attentive, j'en- . tendis distinctemèntquelqu'un respirer avec peinedansl'intérieur de la tente; en même temps je distinguai un objet noir près du chevet du lit. Ma femme qui, elle aussi avait remarqué ce qui se passait me tira doucement par la manche. C'était le signal qu'elle faisait lorsque quelque chose pendant la nuit réclamait de la vigilance. Ayant un sang-froid admirablement adapté aux voyages en Afrique, Mme Baker ne criait jamais, ne prononçait même pas le momdre murmure ; si elle soupçonnait du danger, elle me tirait par la manche, cela suffisait. J'avais tranquillement pris mon revolver de dessous mon oreiller, et sans faire aucun bruit je visai à moins de deux pieds de la masse noire, puis je dis « qui est là? » Pas de réponse, et comme je répétai la question, appuyant en même temps le doigt sur la détente et prêt à tirer, une voix répondit « Fadila! » Jamais je n'ai été si près de commettre un meurtre 1 C'était une des négresses de la troupe, qui cherchait un asile dans ma tente. Je me procurai de la lumière, et vis que la malheureuse, couverte de sang, avait été déchirée de la manière la plus terrible à coups de courbache (cravache en peau d'hippopotame). Entendant des cris répétés à quelques distance de ma tente, je sortis, et trouvai mes démons flagellant de la même manière deux autres fenunes. Chacune d'elle était retenue sur la terre par deux hommes, assis l'un sur le cou et l'autre sur les jambes de la victime; tandis que deux autres bandits munis des terribles courbaches, faisaient alternativement l'office de bourreaux. Le dos des suppliciées était
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absolument déchiré, et dans toute Tacception du mot, ruisselait de sang. Ces bétes brutes s'arrogeaient de la sorte le droit de punir les femmes pour s'être absentées sans permission, et avoir ainsi manqué à la discipline. Fadila s'était échappée avant l'infliction de la punition entière, et peu s'en fallut qu'elle ne fût tuée en pénétrant dans ma tente sans me prévenir. Arrachant la courbache à l'un des bourreaux, je leur administrai une dose de leur médecine, à leur très-grande surprise. Ils ne soupçonnaient pas avoir commis le moindre méfait. « Ce ne sont que des négresses esclaves, » disaient-ils. Datas des expéditions du genre de la mienne, il est nécessaire de se procurer des femmes pour réduire le blé en farine et préparer la nourriture des hommes; j'en avais donc loué plusieurs à Khartoum, et c'était ces malheureuses que l'on maltraitait d'une façon aussi brutale.
Je résolus de partira tout hasard de Gondokoro pour l'inté- . rieur du pays. Ma longue expérience des contrées sauvages et de leurs habitants me donnait lieu d'espérer que j'acquerrais • une certaine autorité sur mes compagnons, tout mauvais qu'ils fussent, si je pouvais une fois quitter Gondokoro, et les conduire au milieu de. tribus barbares et généralement hostiles. Alors Igin de l'influence des trafiquants d'esclaves, ils seraient obligés de recourir à moi et comme guide et comme protecteur. Ainsi, tout en connaissant leur complot, je feignis de croire à leur promesse de m'accompagner dans les régions de Test ; à force de tact et de prudence, j'espérais faire avorter leurs desseins ; et après m'être éloigné momentanément de mon chemin naturel, revenir de l'est au sud par une marche détournée, sur le théâtre de mes opérations projetées. L'interprète que Kourshid Aga m'avait donné s'enfuit et se cacha ; perte sérieuse, qui me réduisait pour co.mmuniquer avec les naturels à recourir aux services d'un Bari employé par les marchands, et à payer quelques instants de conversation fort chèrement en bracelets de cuivre.
Un détachement des gens de Kourshid venait d'arriver du pays de Latouka avec de l'ivoire, amenant comme porteurs un grand nombre de naturels de cette région. C'étaient les individus les plus extraordinaires que j'eusse jamais vus, portant des casques superbes faits de verroterie, et étant eux-mêmes de fort fceaux hommes. Adda, chef de ces Latoukiens, grand gaillard bien dé-