‹ Découverte de l'Albert N'YanzaChapitre 27 sur 73 · Probablement le Gelada RupeUii. (—M · texte numérisé non relu

Probablement le Gelada RupeUii. (—M

2. Allusion aux fne«ftng< qui se tiennent souvent à Exeter Hall, grande salle dans le Su and, à Londres. (— M. )

nOncer notre arrivée à Ellyria. Trois hommes formaient mon avant-garde, tandis que cinq ou six fermaient la marche ; les autres conduisaient les bètes de somme. Mme Baker et moi étions étions à cheval en tète. En arrivant à l'extrémité de l'étroite vallée, nous ne pûmes pénétrer qu'un à un dansle défilé. A notre gauche, la montagne d'EUyria, de deux ou trois mille pieds de hauteur, s'élevait d'une façon très-abrupte; la base était entièrement couverte d'énormes quartiers de granit gris, qui, détachés des sommets, obstruaient le passage. Les chevaux mêmes avaient la plus grande difficulté às'avancerlelongdecette étroite avenue et, pour les chameaux chargés de bagages, le problème semblait insoluble. Non-seulement le sentier était ainsi barricadé, mais il se trouvait aussi coupé par des ravins très-profonds. Les torrents, qui, pendant la saison pluvieuse, se précipitent avec force du haut des montagnes, entraînant tout sur leur passage, nous opposaient d*autres difficultés. Pour surcroît d'embarras, un grand nombre d'arbres et de buissons croissaient dans les interstices des rochers, de sorte que, là où les longues jambes des chameaux auraient pu franchir l'obstacle sans beaucoup de peine, les bagages se trouvaient écrasés entre les arbres. La plupart de ces arbres étaient d'un bois très-dur, d'une espèce de lignum vUx^ que les Arabes appellent babarumscj et nos haches ne pouvaient les entamer. Si les naturels eussent été vraiment mal disposés contre nous, il leur aurait suffi de cinq minutes pour nous exterminer, en lançant sur nous du haut du passage des quartiers de rochers. Dans ce même endroit. Tannée précédente, la caravane d'un marchand, composée de 126 hommes bien armés, avait été attaquée, et les malheureux avaient péri jusqu'au dernier.

Toute difficile que fût la marche, nous étions soutenu par l'espérance, car, nous disaient les Latoukas, une fois le défilé franchi, la route jusqu'à Latouka était unie et en bon état. La question vitale se réduisait pour nous à ces termes : traverser Ëllyria avant les Turcs; mais,au moment même où tout dépendait de la célérité de notre marche, les aspérités de terrain aug* mentaient devant nous. Je résolus donc de prendre les devants, et je laissai les autres surmonter les obstacles en déchargeant les

] . Gvaiacum offUinak. Lixm. ( M . )

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chameaux à chaque instant. Gomme Ellyria n'était pas fort loin, je voulais faire une reconnaissance. Ma femme et moi nous partîmes donc accompagnés seulement d'un des Latoukas en qualité de guide. Après avoir tourné un angle fort aigu de la montagne, et laissé à gauche le rocher s'élevant au bord du chemin dans un direction presque perpendiculaire, nous descendîmes dans un ravin plus difficile qu'aucun de ceux qui nous avaient précédemment arrêtés, et nous eûmes à mettre pied à terre, afin de faire remonter à nos chevaux les rochers escarpés de l'autre paroi. En arrivant au sommet, nous jouimes du coup d'œil le plus magnifique. A environ quatre cents pieds au-dessous de nous, la vallée d'ElIyria s'étendait l^espace d'un mille; de superbes montagnes de granit gris, de deux ou trois mille pieds de hauteur, formaient comme un mur de chaque côté; tandis qu'à environ cinquante ou soixante milles de distance, les montagnes bleues de Latouka bornaient les plaines et les forêts qui composaient le paysage. La montagne d'Ëllyria était le commencement d'une chaîne, s'étendant indéfiniment jusqu'au sud. Nous nous trouvions en ce moment au milieu même de la passe de cette chaîne. Au-dessous de nous dans la vallée, je remarquai quelques arbres de très-grandes dimensions croissant sur les bords d'un hor (ou ravin) plein d'une eau courante; les flancs de la vallée au pied de la montagne, jonchés commet l'ordinaire, d'une masse de débris d'immenses quartiers de rochers, offraient partout des villages entourés d'épaisses palissades de bambou. Le pays entier pouvait se comparer & une suite de forts naturels, habités par une nombreuse population.

Un coup d'œil jeté sur la scène qui s'offrait devant moi me suffit. Avec une poignée d'hommes, encombré comme je Tétais de bêtes de somme, je ne pouvais songer à m' ouvrir un passage de vive force à travers une vallée d'un quart de mille de largeur, encaissée entre de hautes montagnes chargées d'ennemis. Si les chameaux pouvaient seulement arriver, en vingt minutes je se^ rais en Ellyria, je ferais au chef un magnifique cadeau, et je passerais outre sans m'arrêter, jusqu'à ce que nous fussions hors de Ja vallée. A tout prendre, j'étais en avance sur les Turcs, et notre marche forcée de la nuit précédente , toute fatigante qu'elle eût été, avait réussi. Le ravin que je venais de traverser formait

maintenant le nœud du problème, et menaçait de retarder longtemps la marche de la caravane.

Attachant nos chevaux à des buissons, nous nous assîmes sur un rocher à l'ombre d'un arbuste à moins de dix pas du sentier, et nous nous consultâmes sur le meilleur parti à prendre. Je n'osai guère me risquer seul à EUyria avant l'arrivée de toute notre troupe, pensant à la manière grossière dont les nsltifs de ToUogo nous avaient reçus la veille. D'un autre côté, il pourrait être, me disais-je, d'une bonne politique, d'aller seul a EUyria et d'aborder hardiment le chef. Somme toute, nous résolûmes d'attendre quç la caravane eut surmonté les dernières difficultés du passage et de faire alors tous ensemble notre entrée dans EUyria. Pendant longtemps nous contemplâmes devant nous la vallée qui recelait le secret de notre destin, et nous nous sentions pleins de reconnaissance d'avoir ainsi déjoué les plans de ces sauvages de Turcs. Pas le moindre bruit, cependant, annonçant l'approche des chameaux ; le délai devenait intolérable, surtout en songeant que nous avions traversé, nous deux, plus d'un endroit difficile, dontchacun devait entraver d'une manière sérieuse la marche de nos bétes de somme.

Enfin nous les entendons dans le lointain; le son de la voix humaine arrive distinctement jusqu'à nous, et nous nous réjouissons de ce qu'ils soient si près du dernier obstacle; une fois ce ravin traversé, tout sera comparativement facile. J'entends le bruit des pierres sous leurs'pas, et regardant le ravin, je vois & moins de cinquante verges de distance sortir de dessous le sombre feuillage des arbres — le drapeau rouge et le croissant^ ce drapeau détesté, à la tête de la caravane des Turcs! Nous étions distancés 1

Les insolents vauriens défilent un à un à quelques pas de nous, leurs regards expriment la férocité ; ils ne nous font point le salcam habituel, et se bornent à menacer de tirer sur le guide Utouka qui les avait autrefois accompagnés.

Leur troupe consistait en cent quarante hommes armés de fusils; un nombre double de Latoukas les accompagnaient en manière de porteurs chargés de verroterie, de munitions et des bagages de la caravane. Nous étions donc absolument battus.

Je résolus pourtant d'avancer à tout hasard aussitôt que mes gausseraient arrivés; si les Turcs excitaient les naturels d'Eily-

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ria à nous attaquer, et qu'une bataille survint Je comptais bien tirer mon premier coup sur le chef de la troupe. Il était intolérable de se voir ainsi battu au dernier moment. Pendant que ces misérables défilaient devant moi, nous regardant comme si nous eussions été des chiensi j'avais peine à contenir mon indignation. Je brûlais d'agir, quelque petite que fût la chance en ma faveur. Enfin le chef Ibrahim parait, conduisant rarrière garde. 41 s'avance le dernier sur son âne, immédiatement derrière l'étendard qui ferme la marche.

Jamais je n'ai vu de figure plus atroce. Né d'un père turc et d'une mère arabe, il portait sur ses traits élégants les mauvaises qualités de deux races. Nez délié, pointu, aquilin ; larges narrines; menton proéminent; pommettes assez saillantes, épais sourcils au-dessus de deux immenses yeux noirs exprimant tout ce qu'il y a de mauvais. Comme il s'approchait, il affecta de ne pas nous accorder la moindre attention, mais regarda droit devant lui avec l'air de l'insolence la plus déterminée.

A ce moment critique ce fut Mme Baker qui sauva notre expédition. Elle me conjura de l'appeler, d'insister sur une explication complète, et de lui offrir un présent, capable de lui faire conclure avec nous un arrangement amiable. Je ne pouvais me résoudre à adresser la parole à ce bandit. Il était sur le point de passer, et le succès dépendait de cet instant. Mme Baker l'appela elle-même. D'abord il ne fit aucune attention, mais lorsque j'eus à mon tour prononcé son nom d'une voix plus forte, il tourna son âne vers nous et mit pied à terre. Je lui dis d'approcher, car ses gens étaient fort en avant, et nous nous trou-' vions seuls.

Après les formules de salutation en usage chez les Arabes, le dialogue suivant s'établit: «Ibrahim,lui dis-je, pourquoi serionsnous ennemis au milieu de ces peuplades hostiles? Nous croyons au même Dieu ; pourquoi nous disputerions-nous dans un pays de païens qui ne croient à aucun dieu? Vous avez votre tâche à remplir, j'ai la mienne. Vous êtes à la recherche de l'ivoire, je suis un simple voyageur; quel motif d'animosité existe-t-il entre nous ? Si on m'offrait tout l'ivoire qu'il y a dans ces régions, je n'accepterais pas une seule défense, je ne me mêlerais en aucune façon de vos affaires. Faites votre conmierce, sans me gêner; il y a ici assez de place pour nous deux. Mon objet est

d'atteindre un grand lac, la source du Nil. Ce but, je veux y parvenir et fy parviendrai avec F aide de Dieu! {InschalUth). Il n'y a puissance qui m'en empêche. Si vous m'êtes hostile, je vous ferai jeter en prison à Khartoum; si, au contraire, vous voulez m'aider, la récompense que je vous donnerai dépassera toutes celles que vous avez jamais reçues. Si je suis tué dans ce pays, on vous soupçonnera, et vous savez ce qui s'en suivra : sur le soupçon seul, le gouvernement vous enverra à la potence. D'an autre côté, soyez mon ami, et j'emploierai toute mon influence dans le pays que je découvrirai pour vous procurer de l'ivoire à cause de votre maître Kourshid qui s'est montré généreux envers Grant et Speke, et qui m'a témoigné de la bonté. Si vous m'êtes hostile, j'en rendrai votre maître responsable; aidez-moi, et je vous rendrai service à tous deux. Décidez-vous franchement conmie un homme : — ami ou ennemi 1 »

Avant qu'il eût le temps de répondre, Mme Baker lui adressa la parole à son tour, conOrmant à peu près ce que je venais de lui dire. < Il ne connaissait pas les Anglais, lui dit-elle, rien ne pouvait les faire reculer. Leur gouvernement veillait sur eux de loin comme de près et un sujetbritannique n'était jamais impunément outragé. Je ne voulais j)as le tromper, je ne faisais pas le commerce, je pouvais lui être de la plus grande utilité en découvrant de nouveaux pays riches en ivoire; et une conduite honorable envers moi ne pourrait que lui proDter, à lui personnellement. »

n parut confus et hésita. Comme arrhes de ce que je lui donnerais plus tard, je lui promis un fusil à deux coups tout neuf, et de l'or dès que ma troupe serait arrivée.

« Il ne voulait pas, me répondit-il, m'être lui-même hostile ; mais toutes les caravanes de trafiquants, sans exception, étaient furieuses contre moi; chacun était convaincu que, consul déguisé, je me proposais de faire aux autorités de Khartoum un rapportsur les entreprises desmarchands. » Il continua: «je vous crois, mais mes gens ne vous croient pas ; ce pays est un pays de menteurs, dételle sorte qu'on n'ajoute pas foi même aux personnes qui disent la vérité. Cependant, ajouta-t-il, ne vous joignez pas & ma troupe qui pourrait vous insulter; mais prenez possession de ce grand arbre (m'en indiquant un dans la vallée dllllyria) pour vous et les vôtres; je viendrai m'y entretenir

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avec vous. Je vais maintenant rejoindre mes gens, car je ne veux pas qu*ils sachent que je vous ai parlé. > Il fit alors un salaam, remonta sur son âne et partit.

Je Tavais gagné. Je connaissais si bien le caractère arabe que l'arbre en question était, j'en avais la conviction, le rendez-vous fixé dans son esprit, pour la réception cfu fusil et de l'or que' je lui avais promis.

Sans attendre l'arrivée de nos nonmies, nous remontâmes à cheval et suivîmes les flancs de la colline avec plus de gaieté que jamais. J'attribuai à ma femme toute la gloire de la ruse. Si j'avais été seul, ma fierté m'aurait empêché de rechercher l'amitié d'Ibrahim, et le moment dont le succès dépendait aurait été perdu.

£n arrivant à la plaine fertile au pied de la montagne, nous vimes un grand nombre de bandits de la caravane du marchand sédisputant l'ombre projetée par quelques grands arbres qui croissaient sur le bord du ruisseau. Nous mîmes donc pied à terre, et laissant nos^chevaux paître en liberté, nous allâmes un peu plus loin prendre possession d'un arbre à l'ombre duquel plusieurs Latoukas étaient déjà assis. Peu soucieux de leur compagnie nous nous assîmes à notre tour, pour attendre l'arrivée de nos compagnons. La vallée ; d'Ellyria est un site charmant au milieu même des montagnes. Tout auprès de l'endroit où nous étions, on voyait de grands quartiers de rochers dispersés çà et là, et en les examinant je vis qu'ils étaient delà plus belle qualité de granit gris, le feldspath qu'il contient en cristaux considérables étant aussi dur que le silex, sa suriieu^e ne s'écaille pas comme le granit le fait d'ordinaire.

La troupe du marchand ne fut pas plutôt arrivée que des quantités de naturels sortirent des villages palissades sur la montagne, et descendant dans la plaine, vinrent ajouter à la confusion générale. Le bagage était empilé sous un arbre , et un factionnaire chargé de le garder. Gomme les Baris, ces naturels étaient entièrement nus. Leur chef, Leggé, qui se trouvait parmi eux, reçut d'Ibrahim une longue chemise de cotonnade rouge dont il s'affubla avec l'air de la plus grande importance. Ibrahim lui ayant expliqué qui j'étais, il vint me demander le droit d'entrée sur lequel il comptait. De toutes les physionomies repoussantes que j'ai jamais vues, celle de Leggé était sans con-

tredit la plus hideuse. Férocité, avarice et sensualité composaient l'ensemble de sa Bgure ; je le priai de m'accorder sur-lechamp une séance, et de poser pour son portrait; au bout d'en- Tiron dix miautes j'eus le plaisir de mettre dans mon porte-

feuille la ressemblancedu plus grand vaurienqui existe — même dans l'Afrique centrale — et c'est beaucoup dire.

J'eus alors la satisfaction de voir ma caravane descendre doucement et en bon ordre le flanc de la montagne après avoir surmonté toutes les difficultés.

En arrivant, mes gens furent stupéfaits de nous voir si près de l'autre caravane ; ils le furent encore plus , quand j'envoyai dire à Ibrahim de venir à l'arbre du rendez-vous, où je lui donnai quelques souverains anglais et un fusil h deux coups. Rien ne peut échapper à la curiosité de ces Arabes; des deux côtés on ne tarda pas à s'apercevoir que j'avais conclu avec Ibrahim UD traité d'alliance dont ils ne pouvaient se rendre compte. Je vis passer de main en main l'arme dont je venais de lui faire présent, et ce changement soudain de ;disposition surprit mon vakill et ses hommes.

Ce f\it alors au tour du chef d'ElIyria de venir inspecter mon bfigage. 11 me demanda quinze grands bracelets de cuivre et DQe ample provision de verroterie. Les bracelets les plus en vo-

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gue sont de simples anneaux de cuivre de Tépaisseur d'environ cinq huitièmes de pouce et pesant près d*une livre. Ceux de moindre dimension ne sont pas également appréciés. Je lui donnai quinze de ces anneaux, et à peu près dix livres pesant de perles ou verroterie de différentes espèces. La porcelaine rouge imitant le ecorail lui plut surtout. Leggé cependant n'était pas satisfait, tant s'en fallait. « Son ventre était fort gros, me disaitil, et demandait à être rempli. » Métaphore élégante signifiant qu'il avait de vastes désirs et que je devais les satisfaire. Je lui donnai donc par surcroît quelques autres anneaux de cuivre. Soudain une odeur de spiritueux lui arrive ; une des rares bouteilles où j'avais mis de Talcool s'était cassée dans mon coffre à médicaments. Ibrahim me prie d'en donner un flacon au chef afin de le mettre de bonne humeur, car il il n'aimait rien tant quel'arakje lui remets, en conséquence, une pinte du plus fort esprit de vin. A ma grande surprise, il casse le goulot de la bouteille, puis se renversant en arrière, il laisse couler toute la liqueur dans son gosier sans plus de façons que si c'eût été de l'eau claire. Il y était tout à fait accoutumé, car, chaque saison, les trafiquants avaient l'habitude de lui apporter des présents d'arak. La liqueur, me dit-il, était excellente ; il lui enfallait une seconde bouteille. Au moment même où il me faisait cette de-* mande, survint un orage affreux de tonnerre et de pluie qui tomba sur nous avec la violence bien connue sous les tropiques. La pluie avait toute la furie d'une véritable trombe. Chacun s'enfuit immédiatement en quête d'un abri. La force de l'orage était telle qu'on ne pouvait plus voir personne ; les uns s'étaient réfugiés sous les rochers, les autres dans leurs villages.

Les gens d'Ibrahim commencèrent une fusillade, déchargeant leurs armes de peur qu'elles ne se rouillassent, et ne fissent ensuite long feu. Je ne pouvais m'empêcher de remarquer combien ils étaient à la merci des naturels, si ceux-ci avaient voulu les attaquer. Ils étaient tous couchés sur leurs lits de peau de bœuf non tannée, avec leurs fusils déchargés à la main. Chacun de mes hommes avait un morceau de mackintosh servant à protéger contre l'humidité la platine de son fusil. Pendant la durée de la tempête, nous nous couchâmes sur un angarep à l'abri d'une peau de taureau. Le tonnerre avait des effets magnifiques, éclatant sur le sommet de la montagne au pied de laquelle nous

nous trouvions ; au bout d'un quart d'heure les torrents se précipitaient avec furie le long des ravins rocheux — suite de l'orage qais*était dissipé aussi rapidement qu'il avait conunencé.

Aussitôt que le calme se fut rétabli, les naturels arrivèrent de nouveau en foule. Encore une fois le chef, Leggé, me demanda de lui donner tout ce que nous avions. Quoique les nègres fussent avides de verroterie, ils ne voulaient rien nous apporter en échange, et nous ne pûmes trafiquer avec eux qu'au moyen de molotes. Ces houes de fer se confectionnent principalement dans ce pays, il était donc singulier qu'on nous les demandât. Leggé fait un grand commerce de ces houes ; il les expédie à Test, dans les districts des Bérris et des Galles, avec de la verroterie et des bracelets de cuivre, et les échange contre de l'ivoire. Quoiqu'il y ait très-peu d'éléphants dans le voisinage d'EUyria, l'ivoire s'y trouve en quantités immenses, car le chef, grand commerçant, l'emmagasine pour le troquer avec les Turcs contre du bétail. Il le vend à haut prix : vingt vaches pour une grosse défense ; et pourtant cette station est très-fréquentée des marchands, car elle n'est pas loin de Gondokoro et par conséquent l'embarquement de l'ivoire n'offre aucune difflculté.

J'avais livré à Leggé tout ce qu'il me demandait, néanmoins il refusa de me donner quoi que ce fût en échange; il ne voulut me vendre non plus ni chèvres, ni volaille. Nous ne pûmes nous procurer en fait de provisions que du miel dont huit livres me coûtèrent une houe. Mes gens étaient affamés, et n'ayant rien d'autre à leur distribuer, je me vis obligé de leur servir du riz de mon fonds de réserve. Ils le flrent bouillir, le mêlèrent avec du miel, et bientôt je les vis s'asseoir autour d'une immense jatte de ce brouet, se régalant de bon cœur, mais grommelant comme d'habitude. Leggé, ce chef robuste et glouton, n'avait rien voulu donner ni vendre à mes gens pour les empêcher de mourir de faim ; toutefois, aussitôt qu'il les vit à leur repas improvisé, il s'assit au milieu d'eux avec le plus grand sang froid, et faillit s'étrangler en engouffrant par poignées le riz brûlant et le miel dans sa bouche béante comme celle d'un hippopotame. Mes gens n'approuvaient en aucune façon ce procédé, mais ce serait parmi les Arabes le dernier degré de grossièreté que do repousser un hôte lorsqu'il s'est invité au repas commun ; on le laissa donc s'approprier la part de trois personnes.

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Leggé est plus mauvais que le reste de sa tribu ; cependant sa tête offre la même conformation. Les Bérris, ainsi que les natifs de Tollogo et d'Ellyria ont généralement le crâne en forme de boulets, le front déprimé, la tête lourde derrière les oreilles et au-dessus de la nuque : en sonune, leur apparence est excessivement brutale ; leurs armes sont des arcs de six pieds de long avec des flèches à crochet terribles à voir, et empoisonnées.

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