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Découverte de l'Amérique par les Normands au Xe siècle

'e 12 octobre 1492, Christophe Colomb crut, et tout le monde avec lui, que les ^^^ Européens touchaient pour la première

fois la terre américaine.

En réalité, Pacte du grand navigateur génois se réduisait à la prise de possession officielle de cette partie du monde.

Dans les populations indiennes du Mexique et de TAmérique-Centrale, on trouve des types égyptiens et juifs d'une pureté parfaite, qui rappellent les belles statues égyptiennes du Musée du Louvre et le profil de Juda qui se voit encore dans les ruines de Karnak. Les voyageurs admirent, dans

certains villages guatémaliens, des costumes arabes et juifs exactement semblables à ceux des tableaux d'Horace Vernet '.

Les divinités mexicaines ont tous les attributs distinctifs de celles de FEgypte, de la Grèce et de r Asie-Mineure; elles ont, déplus, des explications plausibles, ce qui n'est pas toujours le cas pour les divinités de l'ancien continent.

M. Brasseur de Bourbourg, qui connaît beaucoup le pays et les documents échappés au fanatisme des moines espagnols^ est convaincu de l'identité et de la communauté d'origine des mythes religieux des deux mondes.

La mythologie mexicaine est plus complète, s'enchaîne mieux que celles de l'Europe, de l'Afrique et de l'Asie, et trouve son explication géologique et géographique dans les Livres Sacrés du pays. Aussi, sans attribuer positivement au Mexique l'invention des anciens mythes religieux de l'antiquité, M. Brasseur croit avoir le droit d'en

' M. Brasseur de Bourbourg, Histoire des nations civilisées du Mexique et de l'Amérique- Centrale, pendant les siècles antérieurs à Christophe Colomb; Vans^ Bertrand, iSSy, t. I, p. 17.

revendiquer pour cette contrée une notion plus claire et surtout plus complète '.

L'étude des langues mexico-guatémaliennes, latines et sanscrite donne également à M. Brasseur de Bourbourg les résultats les plus inattendus.

Non-seulement ces langues dériveraient les unes des autres^ mais la priorité appartiendrait aux premières;, qui emportent la plupart des racines latines inconnues aux Aryas et même des racines sanscrites. « Si vous voulez vous donner la peine « d'en faire Texamen^, » dit notre auteur, « vous « trouverez au moins la moitié des mots du dic- « tionnaire de Noël dans le groupe des langues <( mexico-guatémaliennes : vous en trouverez To- « rigine et la nature et vous les décomposerez jusce qu'au simple son d'une voyelle, ce que le scal- « pel de Bopp, tout-puissant qu'il soit, n'a jamais « tenté pour aucune des langues qu'il avait soute mises à son génie ^ » .

' M. Brasseur de Bourbourg, Quatre lettres sur le Mexique... d'après le Teo-Amaxtli; Paris, Maisonneuve, 1868, pp. 26, 27.

^ M. Brasseur de Bourbourg, Quatre lettres sur le Mexique.... ^"ip. 10, 11.

L'étude des majestueuses ruines de Mitla, Pa- •lenqué, Izamal^ Chichen-Itza, Uxmal démontre également une grande similitude entre Tarchitecture antique du Mexique et celle de l'Asie septentrionale. Un point seulement reste incertain pour M. Viollet-Le-Duc : les rapports qu'il a constatés se sont-ils établis par le nord-est ou par le nordouest ' ?

En résumé, l'anthropologie, la mythologie, la linguistique, Tarchéologie prouvent tout au moins, mais péremptoirement, des liens de parenté et de longues relations entre les peuples anciennement établis sur les bords opposés du Pacifique.

Les relations entre Toccident de l'Amérique et l'orient de l'Asie étaient grandement facilitées par la chaîne des Aléoutiennes et les milliers d'îles que la nature a disposées, comme autant de stations intermédiaires, entre les deux continents.

Du côté de l'Europe, la rareté des îles est compensé par le peu de largeur du canal atlantique; les Orcades, les Shetland, les Feroë, l'Islande, le

' M. Viollet-Le-Duc, Antiquités américaines, introduction aux Cités et 7'iiines américaines dtM.D. Charnay. Paris, Gide et Morel, i863, p. 104.

Groenland ont d'ailleurs rendu les mêmes services que lesAléoutiennes,

Dès les temps pré-historiques^ l'Europe commença, par cette dernière route, son mouvement d'émigration vers TAmérique.

D'après le Popol Vuh, les diverses tribus de la nation Quichée se réunirent à Tulan-Ziiiva (les Sept-Grottes, les Sept-Ravines) pour recevoir leurs dieux. Cette Tulan était à l'extrême nord, car les hommes n'en « pouvaient plus à cause du froid et (( de la gelée, tremblant (qu'ils étaient tous) et claie quant des dents Tune contre l'autre, n'ayant H plus de vie en eux, les pieds et les mains engour- « dis, au point qu'ils ne pouvaient plus rien tenir « lorsqu'ils arrivèrent. »

Une tempête éteignit le feu qui faisait leur joie.

Ils abandonnèrent enfin « les lieux où le soleil se « lève. . . . mais leurs cœurs gémirent, lorsqu'ils « se mirent en chemin, après qu'ils se furent arra- « chés de Tulan.

« Hélas ! nous ne verrons plus ici l'aurore au « moment où naît le soleil qui éclaire la face de » la terre, dirent-ils en se mettant en route.

« Mais on laissa (du monde} en chemin; car il « y eut des gens qui demeurèrent là endormis.

xir

« chacune des tribus se levant toujours de manière « à voir r étoile messagère du soleil.

(( C'est ce signe de Taurore qui était dans leur « pensée^ lorsqu'ils vinrent de là où le soleil se « lève^ en partant de ce lieu qui est à une grande « distance, nous dit-on aujourd'hui ».

Leur cœur se brisait et grandes étaient leurs souffrances, car ils étaient sans nourriture, sans soleil et sans feu.

Ils passèrent de ce côté comme s'il n'y avait pas eu de mer, « car ils passèrent sur des pierres (( éparses et ces pierres étaient roulées sur les (( sables».

Toujours dans l'angoisse, sans sommeil, sans repos, dans Fattente de l'aurore « et de la clarté à « venir, hélas! » disaient-ils, « puissions-nous « voir enfin le lever du soleil ! Comment donc « avons-nous fait (qu'étant tous) d'un même sen- « timent dans notre patrie, nous nous en sommes « ainsi arrachés ' ? »

Bien que leur itinéraire soit vaguement indiqué,

' M. Brasseur de Bourbourg, Popol-Vuh. — Le Livre sacré et les mythes de l'antiquité américaine^ avec les livres héroïques et historiques des Quiches. Paris, Bertrand, 1861, pp. 215-239.

on voit cependant qu'ils vinrent sur les glaces, des pays où le soleil se lève, traversèrent la région des longues nuits et se rendirent, d'étape en étape, aux riantes contrées mexicaines où ils fondèrent un grand empire.

Les Quiches appartiennent à cette belle et intelligente race rouge que Ton retrouve encore autour des imposantes ruines des monuments qu'elle éleva, dans ses jours de grandeur, au Mexique^au Pérou et sur les bords du Nil.

Si l'on découvre un jour, ainsi qu'il est à croire, qu'une grande île existait jadis à l'endroit où dort maintenant la merde Sargasse, on identifiera la catastrophe qui détruisit l'Atlantide avec celle qui plongea dans les flots une partie notable de l'Amérique -, on aura l'explication de ces ressemblances frappantes que les divers peuples de race rouge présentent comme type, comme arts et traditions ; on admettra sans peine comme probables, sinon comme certains, les longs rapports qui paraissent avoir existé, dans les temps pré-historiques, entre le Nouveau-Monde et l'Europe.

On pense qu'après la révolution que racontent Platon et les anciens livres mexicains, la mer fut

longtemps impraticable et que les Phéniciens ont eu rhonneur de franchir, les premiers, les Colonnes d'Hercule. Ces intrépides marins semblent avoir fréquenté l'Amérique , mais s'il transpira quelque chose de leurs découvertes, ce ne furent, dit M. d'Avezac, que de vagues indices livrés aux caprices de l'imagination des Grecs ' .

Le premier voyage certain à travers l'Atlantique est celui de Pythéas, de Marseille.

Cet habile marin partit environ l'an 340 avant notre ère, en même temps que son compatriote Euthymenès, qui fit route au sud, le long des côtes d'Afrique. Le but et la simultanéité de ces expéditions prouvent qu'elles avaient lieu sous les auspices de la grande cité phocéenne. Si Polybe et Strabon avaient remarqué ce détail, ils auraient compris que la position de fortune de Pythéas ne pouvait être invoquée pour ou contre la réalité de son voyage.

11 fit le tour de la péninsule ibérique, remonta le long des côtes de la Gaule et pénétra dans la Manche après avoir mesuré la distance qui sépare

' M. d'AvEZAC, Les Iles de l' Afrique, 2* partie, p. 4. (Collection de ['Univers).

de la terre ferme les îles Uxisamées ou d'Ouessant '.

On ne voit pas qu'il ait visité les Cassitérides ou Sorlingues, qui fournissaient à Marseille beaucoup d'étain % non plus que Tîle Ictis ou Mictis (Wight), entrepôt des régions voisines'.

Au retour de ses voyages, il a composé deux ouvrages: riôpi Tû'j ûxeavcu (de TOcéan) et Tnç ize^icèo: (Le tour du monde). Ces deux ouvrages sont malheureusement perdus, et Ton n'a plus pour reconstruire son périple que les fragments cités par ses contradicteurs,

On sait toutefois qu'il a vu la pointe sud-est de la Grande-Bretagne que les anciens désignaient sous le nom de cap Caution. De ce point, les uns le font aller vers le Danemark et la Norvège, les autres lui font explorer les côtes orientales de l'Angleterre et fixent l'Islande pour terme de sa navigation.

Les étroites limites d'une préface ne permettent

' Géographie de Strabon, liv. i, ch. iv, §5; trad. Tardieu, 1. 1, p. 109.

2 Ibîd. liv. III, ch. Il, § 9, t. I, p. 241.

5 Lelewel, Pythéas de Marseille et la Géographie de son temps; Paris, i836, pp. 3o, 3i.

pas une discussion de ces hypothèses ; nous nous contenterons d'exposer les indices qui nous font pencher en faveur de la seconde.

Après une longue marche que Lelewel suppose avoir été faite sur la marge orientale de l'Angleterre, Pythéas vit, à six jours de navigation de Thulé, des Barbares qui lui montrèrent le lieu du coucher du soleil. Dans ces contrées^ dit Géminus, la nuit était de deux heures pour les uns et de trois pour les autres '. Ces indications permirent à Pythéas de calculer la durée du jour solsticial aux diverses latitudes boréales et donnent pour position au pays des Barbares les environs du 63^ parallèle.

A cette latitude, on ne trouve qu'un seul groupe d'îles: lesFeroë. A six jours de navigation des Feroë on ne trouve qu'une seule terre : l'Islande. L'Islande serait donc la Thulé de Pythéas.

Pythéas ne put savoir si Thulé était île ou con-

' Fe^ivou ti(7ocyci)yn eiç zx (paivofxeva, p. 3o JCollection faite par l'abbé Halma sous le titre: Table chronologique des règnes. .. . Paris, 1819.)

D'après le grammairien Cratès, c'est dans ce pays qu'Homère plaçait les Lestrigons (V. Odyssée^ ch. x, v. 83-87. éd. gréco-latine de Firmin Didot, Paris, i856).

tinent '. Ce doute se comprend si Ton place Thulé en Islande, cette île ayant 200 lieues de longueur sur 100 de largeur moyenne; il ne se comprendrait ni pour les 85 îlots qui composent le groupe des Shetland, ni pour les 22 petites îles qui composent le groupe des Feroe.On verra un marin Scandinave exprimer sur l'Islande le même doute que Pythéas sur Thulé.

D'après Strabon^ qui cite Polybe, Pythéas aurait dit qu'au-delà de Thulé on ne rencontre plus ni terre, ni mer, ni air, mais une concrétion de ces divers éléments semblable au poumon jjiarin^ qui tient en suspension et réunit par un lien commun la terre, la mer et Fair et ne permet plus à Thomme de marcher ou de naviguer '.

Les savants ont beaucoup discuté sur ce poumon marin et Font transformé successivement en fumée projetée par THékla, en glaces polaires, en pierres ponces provenant de volcans qui semblent exister vers le 75" degré.

'■ Géographie de Strabon, liv. m, g 3, Paris, Imp. Imp. 1809, t- I, PP- 3i3, 814.

2 Géographie de Strabon, liv. 11, ch. iv, § i, trad. Tardieu, t. I, p. 171.

Pythéas connaissait assez la fumée, la glace et la pierre ponce pour ne pas les comparer au poumon marin, zoophyte dont il avait sans doute sous les yeux un grand nombre de sujets '.

Mais s'il a vu Flslande pendant Thiver, il Ta trouvée frissonnante sous un épais manteau de neige, enveloppée d'une atmosphère sombre et fumeuse % souvent remplie de particules glacées. Peut-être aperçut-il, pendant une éclaircie, des montagnes de glace flottant à Thorizon ou Tun de

' Pour la description du Poumon marin, voir Linné, Systema natiirœ, Lipsiae, 1748, p. yS; — Pline, lib. ix, cap. XLV, — Lxviii de 1 éd. Nisard; — Kéralio, De la connaissance que les anciens ont eue des pays du nord de V Europe, — i^'^ mém. pp. 34-45, ap. Mémoires de V Académie des hiscriptions et Belles-Lettres^ t. 45.

2 En 1827, Ampère était à Drontheim, située à très-peu près sous la latitude de l'Islande. « Les montagnes, » dit-il, « étaient enveloppées d'une brume épaisse qui semblait « réunir le ciel et la mer, et à travers laquelle un jour faux « tombait obliquement sur les vagues. » (J.-J. Ampère, Littérature et Voyages \ Paris, Didier, ch. m, p. 54.) En Islande, l'intensité delà brume était augmentée par les particules glacées qui emplissaient l'atmosphère, par les teintes sombres et fumeuses que produisent les neiges et par les vapeurs que les marins appcllentyîw«2ce des glaces.

ces nuages blancs, épais, effroi des navigateurs, qui se rencontrent fréquemment au Spitzberg ' et dans la mer de Baffin % sur une ligne isothermique très- voisine de celle qui passe par le nord de rislande ' Les glaces flottantes pouvaient consteller cette atmosphère de points lumineux^ c est-à-dire produire le même effet que le poumon marin dans les vagues.

Un marin qui n'avait encore vu que le beau ciel bleu de la Méditerranée, qui partageait plus ou moins les idées de son temps sur la cosmographie des régions hyperboréennes, put croire qu'il avait atteint la marge extrême de la partie du globe accessible à Thomme et comparer au poumon marin l'atmosphère de ces régions.

Pythéas ne s'en tint pas à ce détail qui rappelle les vagues traditions des Phéniciens sur la mer Hespérienne : il détermina la latitude de Thulé

' Phipps, Voyage au pôle boréal, fait en i -j -j 3 . Trad. anonyme; t*aris, lyyS, pp. 68,69.

^Nouvelles annales des voyages, année i8ig, t. i, p. 430.

3 Elisée Reclus, La Terre ; Paris, Hachette, 1872, t. 11,

pi. XVII.

par des observations astronomiques dont Strabon lui-même a reconnu l'exactitude '.

A Thulé;, dit-il, le tropique d'été se confond avec le cercle arctique % et le jour solsticial est de vingt-quatre heures. C'est aussi ce que disent , après Pomponius Mêla ' et Pline "^ ,

' « Néanmoins, pour ce qui concerne la position géographique de ces lieux par rapport au ciel, il paraît raisonner assez conformément aux règles de l'Astronomie. » {Géographie de Strabon^ liv. iv, gvi, Imp. Imp. 1809, 1. 11, pp. 83, 84.)

2 Géographie de Strabon^ lïv. n, § m, Imp. Imp., 1809, t. I, pp. 3i 3-3i4.

5 a In ea (Thule) quod sol longe occasurus exurgit, brèves utique noctes sunî, sed per hyemem sicut alibi obscurse, aestate lucidae, quod per in tempus iam se altius euehens quanq\iam ipse non cernatur, vicino tamen splendore proxima illustrât : per solsticium vero nullœ, quod tum iam manifestior fulgorem modo, sed sui quoque partem maximam ostentat. » (Joachim Vadiani Helveth in Pomponia Mêla commentaria ; Paris, 1543, lib. m, pp. 173, 174.) « On voit, » dit Kéralio, « que cet élégant écrivain suit le a récit de Pythéas mais qu'en peintre ambitieux il agrandit a son modèle, et place Thulé un peu au-delà du cercle pott laire. » {Op. cit.., 2" mémoire., P-45-)

4 tt In Britanniâ.... aistate lucidae noctes haud dubiè repromittunt in quod cogit ratio crcdi, solsticii diebus acce-

Solin ', qui vivait un siècle et demi après eux, Dicuil % qui prétend que toute la nuit comme en plein jour, un homme peut travailler et chercher ses poux dans sa chemise, Horrebows ', qui observa que de la mi-mai au mois de septembre « on voit assez clair pour lire toute la nuit, » et que, dans la

dente sole propiùs verticem mundi, angustu lucis ambitu, subjecta terrae continues dies habere senis mensibus,noctesque e diverse ad brumam rcmoto. Quod fieri in insulà Thule Pytheas Massiliensis scripsit, sex dierum navigatione in septentrionem a Britannià distante. » (Pline, lib. n,

' « Multœ et aliœ circa Britanniam insulae; e quibus Thule ultima. In quâ aestivo solsticio, sole de cancri sidère faciente transitum, nox penè nulla, brumali solsticio dies adèo conductus ut ortus junctus sit occasui. Ultra Thulen accepimus pigrum esse et concretum mare. (Julius Solinus PoLYHisTOR, cap. XXV, p, 3o2. Lugd. Batav., ap. Hieron. de Vogel, 1646).

2 DicuiLi liber de mensiira or bis terrœ^ C.-A. Walkenaer.Parisiis, ex typisFirminiDidot, M.D.ccc.vii,pp. 29, 3o.

3 Horrebows, Nouvelle description physique-historique, civile et politique de V Islande, avec des observations critiques sur l'histoire naturelle de cette isle, donnée par M. Anderson. Ouvrage traduit de Fallemandde M. Horrebows, qui y a été envoyé par le Roi de Danemark. Paris, Charpentier, 1764, t. i, pp. 335-340.

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région du cap Nord le soleil reste sur Thorizon du 12 juin au i'"' juillet.

D'après les calculs de Strabon, la terre ainsi décrite se trouverait sous le 66' degré de latitude boréale, à 46^200 stades de l'équateur. C'est précisément la position qu'Hipparque et les géographes modernes donnent à l'Islande '.

De l'avis unanime des anciens, Pythéas est le seul qui s'aventura si près du pôle et proclama l'habitabilité des régions arctiques. C'est d'après lui, selon toute apparence, qu'Aristote ' étendit la zone habitable jusqu'au 67° degré « d'où l'on voit toujours la couronne d'Ariane, où le jour solsticial d'été est de vingt-quatre heures » .

Sa description des étoiles du pôle est citée avec éloge par Hipparque, auteur du premier catalogue des étoiles fixes. Eratosthèneset Hipparque lui ont

' Géographie de Strabo7i^ Paris, Imp. Imp., t. 11, p. 84, n. 2. — BouGAiNviLLE, Eclaircisscments sur la vie et les voyages de Pythéas de Marseille, apud, Mémoires de V Académie des Itiscriptions et Belles-Lettres, t. xrx, p. 1 5o. — GossELiN, Recherches sur la géographie systématique et positive des anciens, Paris, Imp. de la Répub., an vi, t. 1, pp. 33, 34 et tabl. I de la p. 57.

2 Arist., Meteorologica, lib. 11, cap. v, ^ 12.

emprunté la plupart des déterminations de latitudes qu'ils ont données sur le nord de l'Europe ', et cette partie de leurs travaux est beaucoup plus exacte que la partie correspondante des travaux de Strabon -. Ce grand géographe n admettait pas rhabitabilité de la terre au-delà d'Ierné (rirlande), qu'il plaçait sans façon au nord de la Grande-Bretagne. Cette île est très-froide, disait-il, habitée par un petit peuple misérable et complètement sauvage ; on ne sait pas s'il y a des terres habitables au nord dlerné; en tout cas, la connaissance de ces contrées serait pour nous sans aucun avantage politique, scientifique ou commercial '.

Cette étrange opinion était à peu d'exception près, celle de toute Técole d'Athènes, qui s'émer-

' BOUGAINVILLE, 0]p. Cit., pp. 147-15O.

2 En voici un exemple : Strabon reprend Hipparque d'avoir dit, sur la foyde Pythéas, que Bysance et Marseille sont à peu près sous la même latitude, parce qu'on y trouvait le même rapport entre l'ombre et le gnomon. Après avoir rapporté l'opinion de plusieurs auteurs, il prétend que Bysance est plus au nord que Marseille (liv. n, ch. v, § 9, trad. Tardieu, t. i,pp. 187-189). On sait que, tout au contraire, Bysance est de 2° i3' 45"plus au sud que Marseille.

3 Géographie de Strabon, liv. n, ch. v, g 8, trad. Tardieu, t. I, pp. 188, i89etpassim.

veillait, d'ailleurs avec raison, du voyage que Néarque avait fait du delta de Tlndus à TEuphrate. Néarque avait navigué le long des côtes, sous la protection d'une armée victorieuse, et son trajet n'était que de 25,ooo stades. Comment les Athéniens auraient-ils admis que Pythéas avait fait, quelques années plus tôt, dans les régions ténébreuses, un voyage de 186,000 stades? En lui accordant qu il connaissait la route de Marseille au promontoire Caution, restait, d'après les calculs les plus modérés, 45,000 stades dans des parages inconnus ; cette énorme distance dérangeait toutes leurs hypothèses cosmographiques et les déterminait à nier la réalité même de l'expédition. Mais la brillante école d'Alexandrie, mieux à portée d'apprécier le mérite de P3^théas, profita largement des observations de l'illustre marin pour améliorer sa cartographie '. C'est l'honneur d'Eratosthènes et d'Hipparque d'avoir fait profiter la science des précieuses découvertes du voyageur marseillais. L'avenir leur a donné raison contre les négations magistrales de Polybe et de Strabon.

' Lelewel, op. cit., pp. 43, 44, 46.

Un fait nous semble n'avoir pas été suffisamment remarqué^ c'est Tmclication par Pythéas du voisinage de la mer de glace ou Cronienne '. Ce navigateur n'avait pu deviner que les glaces commençaient à un jour de navigation de Thulé.

S'il avait placé Thulé en Danemark ou en Norvège^ il n'aurait pas vu les glaces du Sund à la distance d'un jour de navigation, mais à quelques encablures de son navire. S'il avait cru Thulé aux Shetland ou même aux Feroë, l'intensité croissante du froid pouvait lui faire conjecturer l'existence d'une zone glaciale, mais il ne lui était pas possible de s'exprimer aussi affirmativement, surtout avec autant d'exactitude : ces deux archipels se trouvent à la fois trop au sud de la mer Cronienne et trop à l'est de la route des glaces.

Il n'a pas dû connaître la mer de glace proprement dite, mais il a pu voir le treibeis (glace flottante en fragments) qui apparaît sur la côte orientale de l'Islande ^, les ice-bergs qui flottent à l'ouest de la même île, les champs de glace qui

' Pline, lih. iv, cap. 3o, § 3.

2 M. Vivien de S. -Martin, l'Année géographique, année 1872, p. 309.

bordent les côtes du Groenland et s'étendent du sud-ouest au nord-est derrière Tîle Jean-Mayen à laquelle ils font souvent une couronne haute de 400 mètres.

La limite des banquises est d'ailleurs trèsvariable. En 865, Floki-Rafna vit, de l'Islande, la mer du Nord couverte de glaces flottantes '. Dans l'ouvrage qu'il a publié en 1/52, Horrebows dit que le nord de l'Islande est souvent encombré par des glaces qui ressemblent à un pays sorti tout-à-coup du sein des eaux ^ En lyyS, le capitaine Phipps ne rencontra les glaces qu'au 80' degré '. En juillet 1 833, Jules de Blosseville toucha les premiers glaçons par 68° 20' de latitude et la barrière des glaces mobiles par 68° 20' et 68 ^. Ces énormes masses ont souvent descendu

' Islands Landnamabok, — Hoc est Liber Originum Islandiœ; Havniae, 1774, pars. I, cap. 11, p. 9. - HoRREBOws, op. cit., t. I, pp. 366, 367.

3 Voyage au pôle boréal, fait en i "/jS, par ordre du roi d'Angleterre, parConstantin-JeanPHipps.Paris, i775,p.74.

4 Carte d'une partie du Groenland oriental, reconnu par le brigla Lilloise, sous le commandement de M . Jules de Blosseville, en i833. Publiée par la Société de Géographie, Bulletin, II'' Série, n" 12. (Communication de M. Charles de Beaurepaire).

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beaucoup plus bas. En i3o6 et 1695^ elles ont emprisonné r Islande. Fréquemment, en hiver, des ours blancs sont apportés parles glaces qui s'accumulent sur les côtes de cette île. On pouvait donc, au temps de Pythéas, indiquer cette terre comme étant à un jour de navigation des mers de glace '.

Il nous semble résulter de ces diverses observations que r Islande est la Thulé de Pythéas. C'était d'ailleurs Tavis du vénérable Bède et de Dicuil dont les ouvrages ne furent peut-être pas sans influence sur les navigations du moyen-âge.

Ce n'était pas ici le lieu de traiter ex-prof esso rhistoire du capitaine marseillais, mais il importait de démontrer qu'en découvrant l'Islande il ouvrit aux Scandinaves la route de l'Amérique.

Les Romains, venus aprèslui, n'ont pas dépassé les Orcades.

Des Orcades, dit Tacite, Agricola vit Thulé. La Thulé de Tacite n'était certainement pas

' J.-J. Ampère, op. cit. — Discours sur l'ancicune littérature Scandinave., p. 282. — Histoire générale des voyages, t. xviii, p. 18, éd. in-4''.

cette île mystérieuse qui passait pour voisine du chaos.

Tacite a beaucoup exagéré le mérite de son beaupère. 11 ne faut pas, par un excès contraire, prendre cet imperator pour un homme absolument nul.

Si Julius Agricola se contenta de voir Thulé à la distance d'un seul jour de navigation ' , c'est qu'elle avait perdu son prestige par suite de la découverte d'une autre Thulé plus septentrionale, et non, comme le dit Tacite, « parce que la mer ^ « était immobile et résistait aux efforts des rate meurs % » ou parce qu'il était trop indifférent pour acheter par quelque fatigue le plaisir de voir ce qu'il aurait pris pour la limite du monde et le commencement du chaos.

Du temps même d' Agricola, Plutarque burinait sur ses tablettes le récit d'explorations helléniques dans l'océan boréal.

Ogygia^ dit-il, est situé à l'ouest, à la distance

' Des Orcades aux Shetland ilyaSo kilomètres, soit 5o5 stades (mesure d'Eratosthènes), c'est-à-dire un jour de navigation et cinq stades.

2 Taciti Juin Agricola' vita, lo.

de cinq jours de navigation de TAngleterre. Audelà se trouvent trois îles, situées à égale distance Tune de Tautre et dans la même direction.

Saturne était enfermé dans Tune de ces îles et surveillé dans son sommeil par Briarée, car le sommeil lui servait de liens. Il était entouré de génies qui l'avaient servi quand il commandait encore aux dieux et aux hommes. Il rêvait ce que méditait Jupiter et les génies rapportaient ce qu'il rêvait.

La terre ferme, « par laquelle la grande mer est circulairement bordée », est à cinq mille stades d'Ogygia. On ne peut y aller que dans des vaisseaux à rames, parce que la mer est plate et basse, remplie de vase , de grands bancs et de récifs. « On a eu anciennement opinion qu'elle est glacée ».

Le Grand Continent forme une baie non moins étendue que le Palus Méotide. Les habitants s'en disent continentaux et nous appellent insulaires parce que nous sommes entourés par rOcéan.

Tous les trente ans, quand la planète de Saturne, qu'ils appellent K-jy-c-joa « le Gardien de la nuit », entrait dans le signe du Taureau, des

Thêores^ désignés par le sort, passaient du continent cronien à Tîle d'Ogygia.

Leur navigation était très-dangereuse. Ils abordaient d'abord dans une île habitée par des Grecs, « là où ils voyent, » dit Plutarque, « que le soleil « ne demeure pas absconse vne heure durant, c( l'espace de bien trente iours, que cela est leur « nuict, dont les ténèbres sont bien peu obscures, « et comme le crépuscule du iour » .

Sylla tenait ces détails d'un ancien prêtre de Saturne venu d'Ogygia à Carthage, où la découverte d'un parchemin sacré l'avait rendu célèbre et respecté '.

L'imagination hellénique s'est donné carrière dans le récit dont on ne fait ici qu'un extrait. Plutarque y reproduit des traditions religieuses trèsanciennes dont quelques fragments nous sont parvenus par la Méropéïde de Théopompe. Ce récit rappelle également les îles des Démons, situées près de la Bretagne, qui recevaient les âmes

' Plutarque, trad. d'Aviyot. Œuvres morales et philosophiques. — De la face qui apparoist dedans le rond de la lune. Paris, Jean Macé, i58i, in-f', ff. 624, 625.

des héros et servaient de repaire aux tempêtes et aux météores lumineux.

Les voyages trentenaires^ renouvelés des antiques Théories de Délos , sont probablement fictifs. Les colonies grecques de l'Amérique semblent imaginées par Plutarque pour flatter ses vaniteux compatriotes.

Mais beaucoup d'anciens, comme le prêtre d'Ogygia mis en scène par Sylla, prirent pour une île notre continent. Dans le mythe géographique de la Méropéïde de Théopompe, Silène dit aux Phrygiens que les Méropiens habitent un grand continent lointain (y-sydl-n viTistpo;), et que notre terre n'est qu'une très-petite île '. Cicéron luimême dit dans le Songe de Scipion : « Toute la terre que vous habitez n'est qu'une petite île. »

Saturne, personnification idéale d'une puissance tellurique, devait son prestige au mystère

' Perizonius, d'ailleurs si judicieux, a vu dans les révélations de Silène quelques traces de l'Amérique. « Non dubito quin veteres aliquid sciverint quasi per nehulam et caliginem de America partim ab antiqua traditione ab -(îlgyptiis vel Carthaginiensibus accepta, partim ratiocinatione de forma et situ orbisterrarum. » {^^lian., éd. Lugd., 1701, p. 217, cité par Humboldt. »

dont on enveloppait le lieu de sa captivité. Son île fuit, au gré des poètes, à mesure que les navigateurs étendent le cercle de leurs excursions. Le nom de Mer Saturnienne, donné d'abord à l'Adriatique, passe les Colonnes d'Hercule ', remonte peu à peu au nord-ouest de l'Europe et s'attache avec Plutarque à l'Océan boréal , « comme si les brouillards de ces contrées, » dit M. Gaflfarel, « avaient dû le (Saturne) faire dis- « paraître ».

Humboldt pense que le mythe conservé par le Traité des taches de l'orbe lunaire de Plutarque fait partie d'un cercle d'idées plus symbolique que chorographique. « C'est, dit-il, un fragment de la géographie mythique des temps les plus anciens » . Le grand écrivain paraît cependant croire que si les idées popularisées par la poésie antique ont exercé une puissante influence sur les systèmes de géographie, les conceptions cosmographiques de Plutarque doivent peut-être beaucoup aussi à des découvertes réelles et aux contes

' Appelées jadis les Colonnes de Briarée ou de Cronos.

des navigateurs qui revenaient des 7ners extérieures '.

Le dernierpoint paraît incontestable. Les poètes ont imaginé qu'une terre inaccessible, située à la limite du disque terrestre, fermait le fleuve Océan ' . Il ne fallait peut-être pas un grand effort de génie pour trouver cela ; cependant, pour trouver plus vrai, il fallait absolument passer des rêveries poétiques à Texpérimentation. Même en admettant la sphéricité de la terre, il était impos-

' HuMBOLDT, Examen critique de Vhistoire de la géographie du Nouveau Continent et des progrès de Vastronomie nautique, Paris, Morgan, s. d., t. i, pp. 192,

2 « L'idée d'une masse continentale au-delà de l'Océan, aux confins du disque de la terre, se retrouve chez les Indiens dans le monde (lôka), situé au-delà des sept mers, comme dans les traditions arabes sur les montagnesdeKaf.» (HuMBOLDT, op. cit., t. I, p. igS).

Cosmas Indicopleustès, moine-géographe du vi"^ siècle, prétend, d'après plusieurs Pères de l'Eglise, que l'Océan divise la terre en deux parties dont la première est actuellement habitée par nous, tandis querautre,premièredemeure du premier homme, ancien paradis, située au-delà de l'Océan, se réunit au ciel (M. E. Charton, Voyageurs anciens et modernes, t. 11, p. 10 et fig. des pp. 10 et 11.)

sible d'indiquer avec quelqu'exactitude le site des îles ainsi que la configuration des mers et des continents. Les navigateurs ont mal observé ? trouvant la vérité trop simple, ils ont cru devoir la flanquer de récits m.erveilleux ? Soit. Mais leurs découvertes n'en sont pas moins réelles, pas moins indispensables pour comprendre la géographie positive des anciens.

Or, ce qu'il y a de particulièrement remarquable dans le récit du philosophe de Chéronée, c'est la précision des détails géographiques.

Les trois îles qu'il place à égale distance Tune de Tautre, sur une ligne de 5,ooo stades, entre Ogygia et le Continent Cronien, correspondent exactement aux Feroë, à Flslande et au Groenland. La baie grande comme le Palus Méotide répond à celle de Hudson où à la mer de Baffin. Sa mer dangereuse à cause de la vase, des bas-fonds et des glaces rappelle l'hydrographie de l'Océan boréal ' . Son Grand Continent se prolonge vers le

' « Le trajet de l'Océan Cronien est lent à cause des alluvions des rivières qui descendent du Grand Continent et rendent la mer terreuse (bourbeuse) et épaisse. « C'est une manière, dit Humboldt, d'expliquer par la proximité d'un grand continent le Mare concretum, cœnosiim, pigriim des

Nord comme la Grande Terre des Méropes de Théopompe, d'où Ton fit une excursion dans le pays des Hyperboréens.

Ses nuits d'une heure, claires comme des crépuscules^ sont celles de Thulé, telles du moins que les décrivent Dicuil et Horrebows ' .

Plutarque s est-il inspiré des savants ouvrages d'Eratosthènes et d^Hipparque, qui résumaient ceux de Pythéas ? A-t-il connu les récits de Timœus sur l'île de Mictim, située à six jours de navigation de la Bretagne, sur celles de Scandia, Dumna, Bergos et Nérigon, la plus grande de toutes, qui précédait Thulé ' ?

auteurs romains et d'attribuer à des dépôts de terrains meubles ce que d'autres, dans les régions boréales, attribuent aux glaces, ou les mers méridionales à l'algue marine, c'està-dire aux bancs flottants de fucus (Humboldt, o/». cit., t. i, pp. 197, 198).

' tt Ces îles devaient être bien boréales, puisque, pendant trente jours, le soleil n'y restait couché qu'une heure, et que même pendant la nuit il régnait une lumière crépusculaire. Le moine irlandais Dicuil aurait dit qu'il y faisait encore assez clair pour chercher ses poux. » (Humboldt, op. cit., t. I, p. 201).

2 Pline, liv. iv, chap. xv.

Quoi qu'il en soit, sa description si précise de

la mer Cronienne prouve que cette mer avait

vu des navires sortis du bassin de la Méditerranée.

Comme on le voit par les ouvrages de Bède et Topuscule de Dicuil, ces navigations furent connues des moines irlandais. Elles exercèrent certainement une grande influence sur ces moines qui devinrent, pour ainsi dire, les pilotes des Normands.

Mais tandis que toutes les découvertes anciennes nous apparaissent dans un lointain plus ou moins nuageux, les Normands nous ont conservé de leurs navigations des récits d'une incontestable authenticité. Ces récits se trouvent dans les Sagas dont l'exactitude est confirmée par les découvertes archéologiques faites chaque jour en Danemark, en Norvège^ en Islande, en Groenland, en Amérique. Leurs auteurs, les vieux islandais, n'avançaient rien au hasard, ne suppléaient pas d'imagination à l'absence de documents certains. Leurs Sagas sont simples, claires^ précises, purgées de ce merveilleux qui laisse habituellement des doutes

sur rintelligence et la sincérité des chroniqueurs monastiques.

Cest à cette source vive, à l'archéologie, aux travaux de nos devanciers que nous avons demandé les récits des découvertes faites par les Scandinaves, du x" au xvi' siècle, en Amérique et dans les régions boréales.

Toutes les Sagas ne sont pas encore connues ; le sol n'a pas encore livré tous ses secrets : on pourra donc, avec le temps, ajouter à notre oeuvre de curieux détails, préciser certains faits imparfaitement connus. Néanmoins, on peut considérer maintenant comme certain que, dès Tan mille, les Normands ont fréquenté l'Amérique du Nord ; qu'ils en ont occupé les côtes orientales jusqu'au xiv'' siècle-, qu'ils s'y sont établis de nouveau à l'époque même où Jehan de Béthencourt faisait la conquête des Canaries ;, qu'ils ont couvert de colonies toute la marge occidentale du Groenland et que ces colonies eurent des évoques jusqu'en i53j; qu'ils ont habité la province de Bahia et probablement traversé toute l'Amérique du Nord; que leurs importantes découvertes furent connues en Europe.

Dans un second travail que nous préparons,

nous préciserons l'influence de l'œuvre des Normands sur celle de Christophe Colomb, et nous établirons que, plusieurs années avant le premier voyage de l'immortel génois, un capitaine de la marine dieppoise^ s'aventurant sur les pas des anciens de sa race, toucha aux côtes de TAmérique du Sud, non loin des ruineS;, récemment découvertes, d'une ville bâtie par les Scandinaves.

Nous avons entrepris ces recherches sur une lettre que M. R.-H. Major nous a fait l'honneur de nous écrire sous la date du 5 août 1872. Le savant conservateur du Dépôt des cartes nautiques et géographiques du British Muséum voulait bien nous demander quels étaient les marins normands et bretons que nous avions signalés, dans la préface des Découvertes et établissements de Cavalier de la Salle, comme ayant vu l'Amérique avant Christophe Colomb.

L'incendie des archives du port de Dieppe en 1694 et le secret que nos vieux marins gardaient, dans un but mercantile, sur leurs lointaines découvertes, ne nous permirent pas de répondre en quelques lignes, ainsi que M. Major paraissait le

désirer. Nos longues recherches nous ont môme démontré que les découvertes de la fin du xv* siècle étaient la continuation^ pour mieux dire, la conséquence de celles du x". Nous ne pouvions dèslors répondre d'une manière complète qu'en faisant le récit de ces deux périodes de notre histoire maritime.

Nous publions aujourd'hui la première partiede notre travail et nous prions M. Major de bien vouloir la considérer comme une première réponse à sa demande.

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