‹ Découverte de l'Amérique par les Normands au Xe siècleChapitre 28 sur 38 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

L'Amérique et le Groenland paient la dîme et le denier de Saint-Pierre.

^ E qu'on vient de lire sur le baptistère de Newport et le culte de la Croix chez les Gaspésiens prouve que les prêtres normands ont longtemps habité l'Amérique avant l'arrivée de Colomb aux Antilles. Un fait certain, attesté par des pièces authentiques, c'est la prédication des Croisades dans cette partie du monde.

En 1261, l'évêque Olaf fut chargé, par la cour de Norvège, de préparer la réunion à la couronne des établissements Scandinaves d'outre-mer. Il profita de sa mission pour parler des Croisades et de l'intérêt qu'avait l'Eglise à la délivrance du tombeau de Jésus ' .

' M. P. RiAîiT, Expéditions et pèlerinages des Scandinaves en Terre Sainte au temps des Croisades. Paris, i865, in-8° p. 364.

Quinze ans plus tard, sur ses indications sans doute, le Saint-Sidge résolut une demande de subsides à ces lointaines contrées. Par lettre datée de Viterbe, le 4 décembre 1 276, Jean XX ou XXI autorisa l'archevêque Jon, à cause de la longueur du chemin, à ne pas faire en personne le voyage du Groenland.

En 1279, Jon profita d'un vaisseau qui partait à destination de l'Amérique pour envoyer « une sage et discrète personne )> recueillir en son nom les dîmes et le produit des commutations de vœux, tant dans l'évêché de Gardar que dans les îles et terres voisines. Par lettre datée de Rome, le3i janvier 1279, Nicolas III confirma les pleins pouvoirs donnés par l'archevêque au collecteur anonyme '.

Trois ans après, cette sage et discrète personne revint en Norvège avec un chargement de dents de morse, de fanons de baleine et de pelleterie. Les colons américains n'étaient pas riches, et s'ils avaient quelques pièces d'or ou d'argent, ils les trouvaient trop précieuses pour s'en défaire.

L'archevêque, très-embarrassé de ses marchandises, demanda conseil à Rome. Martin IV lui répondit, par lettre du 4 mars 1282, que le meilleur était de vendre.

En 1 307, les dîmes du Vinland figuraient encore dans le produit des collectes.

En 1 309, après le concile de Vienne, une levée de subsides fut publiée et l'évêque de Gardar, Arnius, se rendit à sa résidence, en i 3 i 5 ^^ pour l'organiser. Les colons amé-

' M. P. Riant, op. cit.^ p. 365.

2 Th. Torf/Eus, Historia Gronlandia, p. 25 1.

ricains payèrent, comme toujours, en marchandises, et ces marchandises furent vendues en i325, au flamand Jean du Pré, douze livres et quatorze sols tournois. En 1 335, ces comptes furent définitivement arrêtés par Pierre Gervais ' .

En 141 8, le Groenland payait encore annuellement au Saint-Siège, à titre de dîme et de denier de saint Pierre, 2,600 livres de dents de morse ^.

Bien que les colons américains ne payassent qu'en nature les indulgences qu'on leur apportait d'Europe, leurs présents étaient assez riches pour déterminer le voyage le plus long et le plus périlleux qu'on pût alors entreprendre.

' M. P. Riant, 0/7. cit., pp. 393,394.

* KoHL, op. cit., p. 94. — Malte-Brun, op. cit., liv.xviii, t. i, p. 289.

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