‹ Découverte de l'Amérique par les Normands au Xe siècle [microforme]Chapitre 18 sur 78 · LEIF LE FORTUNÉ · texte numérisé non relu

LEIF LE FORTUNÉ

Leif à la cour d'Olaf Tryggvason. — Il se fait baptiser et revient en Groenland avec un prêtre norvégien. — Il achète le navire de Bjarn. — Erik ne peut l'accompagner. Découverte du Helluland, du Markland, du Vinland. — Leifsbudir. — Prise de possession. — Excursions. — Un allemandtrouve duraisin. La nouvelle contrée est nommée Vinland. — Retour. — Sauvetage de Thorer et de Gudrida. — Introduction du christianisme en Groenland.

rik le Rouge avait eu deux fils de sa femme

Thorhilda: Thorstein et Leif. Ils donnaient

l'un et l’autre de grandes espérances.

Thorstein restait habituellement près de

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son san Leif était de haute taille, robuste, beau, prudent et modéré !. On peut ajouter qu’il aimait les longues courses en

! SNORRE STURLESONS, Heimskringla, t. 1, Saga af Olaf, cap. cvi. p. 309.

mer et révait la gloire qui s’attache au nom des découvreurs. Vers la fin du x° siècle, il se trouvait à la cour de Norvége !. Olaf Tryggvason régnait alors. Chrétien depuis peu et plein de zèle, il s’efforçait, par des tournées apostoliques, de remplacer les autels d’'Odin par des temples à sa divinité nouvelle. Malheureusement, comme cela s’est trop vu, il demandait à l’épée les conversions qu’il ne pouvait obtenir par la parole 2. Reconnaissant en Leif un homme instruit et résolu, il l’estima beaucoup, le traita très-gracieusement, et mit tant de persistance et d’onction à lui prêcher la « bonne nouvelle » que le jeune homme finit par se faire baptiser avec tout son équipage 3.

Au printemps de l'an 1000, Olaf fit prêcher le christianisme en Islande par Gissur le Blanc et Hjalti Skeggeson. Déjà plusieurs missionnaires avaient parcouru cette île; mais moins prêtres que pirates, maniant mieux et plus volontiers l’épée que la parole, ils s'étaient fait chasser pour quelques meurtres. Olaf, furieux de leur insuccès, annonça qu’il mettrait à mort tous les Islandais en son pouvoir si l'île ne se convertissait pas à la voix des deux nouveaux apôtres.

‘ Particula de Eïriko Rufo, pp. 20-25.

2 Le Bas, Histoire de Norvége, collection de l'Univers pittoresque, p. 511.

3 Particula de Eïiriko Rufo, pp. 15, 16. — Historia Olavi Tryggvii filii, pars. post. cap. 221, p. 202. — SNORRE STUR- LESONS, Op. cit., Cap. cui, p. 291.—Historia Thorfinni Karlsefnii, ap. RAFN,p. 117.

Ces moyens de persuasion, qui se reproduisent toujours et partout, brutalemert ou hypocritement, selon les temps et les lieux, eurent ici peu d'effet. Mais Gissur et Hjalti, plus habiles que leurs prédécesseurs, conquirent pacifiquement l'Islande au christianisme.

Peu de temps après le départ des deux apôtres, Olaf chargea Leif d’une mission semblable pour le Groenland et le fit accompagner par un prêtre et quelques hommes sacri ordinis !.

Depuis le voyage de Bjarn, les Groenlandais se préoccupaient beaucoup des pays aperçus au sud-ouest. Leif entra dans leurs vues, acquit le vaisseau de Bjarn, enrêla trente-cinq hommes et pria son père de commander l’expédition «parce qu'on se fiait beaucoup à sa prudence et à sa fortune ». Erik prétendit que son grand âge ne lui permettait plus d’affronter les fatigues de la mer. Vaincu par les instances de son fils, il finit cependant par accepter.

Les rites odiniques donnaient à croire qu'on jouissait

: Historia Olavi Tryggvii filii, pars. post., cap. 228, pp. 217 et seq. — SNORRE STURLESONS, Op. Cit., Cap. CII, p. 303, cap. civ, p: 303. — Historia Thorfinni Karlsefnii, pp. 117, 118. — Christni Saga, citée par Ampère, Littérature et Voyages, pp. 411-415. Ta.Torræus, Grolandia antiqua, cap. vi, pp. 127-120. — D'après la Saga de Thorfinn, un accident de mer aurait porté Leif de Norvége en Amérique. Rafn, avec raison, ce semble, préfère à cette version celle des Pariiculæ de Grænlandis. (V. Antiquitates Americanæ, p. 118, note a).

dans le Valhalla des richesses mises en terre. Erik, ne comptant plus sur de longs jours, eut soin de cacher de l'or et de argent, puis se rendit à cheval au lieu d'embarquement. Sa monture s'étant abattue, il se fit, en tombant, une grave blessure. « La Fortune, » dit-il alors, « ne me permet point « de nouvelles découvertes; nous ne ferons pas plus long- « temps route ensemble ». Il reprit le chemin de sa demeure et dit à Thorhilda « de déterrer ses richesses, parce « qu’il avait perdu sa peine à les cacher : ».

Leif, avec ses trente-cinq hommes, sans autre moyen de direction que les étoiles et les souvenirs de Bjarn, qui l’accompagnait, confia sa fortune aux caprices de l'Océan.

Il se dirigea sur la dernière terre vue par son compagnon, la retrouva, jeta l’ancre et débarqua. Ainsi que l’observe Kohl, il ne s'agissait plus du voyage d’un fils à la recherche de son père, mais d’un véritable voyage de découverte.

Leif vit une contrée unie, pierreuse, désolée, fermée à l'horizon par des montagnes de glace, et lui donna le nom de Helluland (Terre Pierreuse). Dans cette plaine, dit M. d’Avezac, « l’érudition moderne a crureconnaître Terre- Neuve 2 ».

\ Particula de Grænlandis, pp. 27, 28. — SNORRE STURLEsONS, Op. cit., Cap. Cvi, p. 306. — Historia Thorfinni Karisefnü; p.121, — Tu. Torræus, Historia Vinlandiæ antiquæ, P: 4.

2 M. p'Avezac, Brève et succincte introduction historique au Bref récit et succincte narration de la navigation faite en MDxxxv et Mpxxxvi par le capitaine Jacques Cartier, etc. Paris,

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