‹ Découverte de l'Amérique par les Normands au Xe siècle [microforme]Chapitre 19 sur 78 · AAA · texte numérisé non relu

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Quelques jours après, le fils d'Erik mit le cap au sudouest, sur la seconde terre que Bjarn avait signalée. La côte en est basse et forme des monticules de sable très-blancs, derrière lesqr:els d'immenses forêts étalent des dômes de verdure remplis de chants d'oiseaux. Il l’appela Markland (Terre Boisée). C'est notre Acadie, devenue la Nouvelle- Ecosse des Anglo-Saxons :.

Il reprit la mer et atteignit, en deux jours, par un bon vent de nord-est, une île « près de laquelle une péninsule « s’avançait à l’est et au nord, comme on voit aujourd’hui

Tross, 1863, f. 1ij. — Tu. Torræus, Historia Vinlandiæ antiquæ, p. 5.

« Divers faits donnent à penser que ce pays “iait l'île de Terre-Neuve, qui est à 120 myriamètres du Groenland. Or, on peut évaluer à 22 myriamètres la distance que parcouraient en un jour les anciens navigateurs scandinaves. Biarne, qui avait été poussé par un fort vent, avait bien pu faire en quatre jours la traversée de Terre-Neuve à Heriulfsnes (aujourd’hui Ikigeit). Cette île est encore couverte de bancs de roches où les arbres et le gazon ne peuvent croître». (M. E. BEauvois, op cit., p.14 note 1).

1 M. D'Avezac, op. cit., f. i1j. — Raërn, Mémoire sur lu découverte de l'Amérique au 10° siècle, p. 16. — KouL, op. cit., p. 64.—« C'est la Nouvelle-Ecosse qui est en effet au sud-ouest du Helluland, à trois jours de navigation (67 myriamètres), qui est généralement basse et plate sur la côte, bordée de sable blanc et boisée à l'intérieur ». (M. E. Beauvois , op. cit., p. 14. note 2).

« le cap Cod dépasser au nord-est l'ile Nantucket : ». 11 s'engage dans le détroit, peu large, qui sépare la terre ferme des îles Nantucket et Martha’s Vineyard. Les deux rives en sont basses et couvertes de grandes pierres plates 2.

Il entre dans la baie de Rhode-Island, longe l’île du même nom, et, sans attendre la haute mer, remonte Pocasset- River, qui sort du Mount-Haup Bay.

Aussitôt débarqué, il prend possession du sol avec les cérémonies ordinaires aux Scandinaves. Tandis que plusieurs de ses compagnons allument un grand feu dont les rayons indiquent les limites de son nouveau domaine, d’autres partent, hache en main, et marquent leur passage par des signes sur les arbres et les rochers. Il construit ensuite de vastes bâtiments en planches qu’il appelle de son nom Leifsbudir ou maison de Leif 3.

Dans le fleuve et le lac il trouve en abondance de très-

1 M. D’Avezac, op. cit., f, 1j. — Nantucket ou bien Martha’s Vineyard, situées au sud du cap Kialarnes (aujourd’hui cap Cod) et à 30 myriamètres au sud-ouest de la Nouvelle- Ecosse. On y trouve du miélat ». (M. E. Beauvois, op. cit., p. 14, note 3).

2? Lettre de M. Fugl, du 20 janvier 1840, citée par M. Mostig dans les Mémoires de la Société royale des Antiquaires du Nord, 1840-1843, p. 8.

3 Tu, Torræus, Historia Vinlandiæ antiquæ, pp. 5-7. — Particula de Grænlandis, pp. 31, 32. — M. D'Avezac, op. cit., f. ii. — Kozn, op., cit., p. 65. — Gerrroy, l'Islande avant le Christianisme, p. 16, cité par M. Gaffarel.

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beaux saumons. Le climat est si doux qu'on laisse en liberté tout le bétail. La gelée se fait à peine sentir et le gazon ne perd presque pas de sa fraîcheur en hiver :.

Ses constructions terminées, il en fait explorer les environs. Chaque jour il met en campagne la moitié de ses hommes en leur recommandant de ne point se séparer et de revenir coucher au cantonnement.

Un soir, l’un des explorateurs ne revint pas. C'était un allemand, du nom de Tyrker, ancien serviteur d’Erik,« avec qui Leif, petit enfant, avait souvent joué ».Leif, très-affligé, réprimanda sévèrement ses compagnons et se mit en route avec douze hommes, à la :echerche du vieil allemand. Il le trouva dans les environs du cantonnement 2. « Pourquoi. « mon nourricier, » lui dit-il, « viens-tu si tard ? Pourquoi « as-tu quitté tes compagnons? » Tyrker répondit en alle-

! « Au rapport des topographes modernes, le même pays jouit d’une température si “auce que la végétation souffre rarement de la sécheresse. On l'appelle le Paradis de l'Amérique, parce qu’il est autant favorisé pour la situation que pour le sol et le climat ». (M. E. Beauvois, op. cit., p. 15, note 2.)

2 M.E, Beauvois observe très-judicieusement que l’auteur de la Saga d’Erik crut orner son récit en l’amplifiant de détails maladroitement choisis. « Il a voulu peindre, dit-il, quelques effets de l'ivresse, ignorant que le jus de la vigne ne devient capiteux que par suite de la fermentation, Son erreur en ce point est d'autant plus excusable qu’il n’avait apparemment jamais bu de vin ni goûté de raisin ». (M. E. Beauvois, op. cit. p. 109, note 1.)

mand. Les Scandinaves ne le comprenant point, il leur F dit dans la langue du Nord: « Je ne suis pas allé bien loin; 4 « je vous apporte cependant quelque chose de nouveau : j'ai Fa « découvert des vignes chargées de raisin! » — « Dis-tu « vrai, mon nourricier, » s’écrie Leif. — « Je suis sûr de : dire très-vrai, car, dans mon pays, il y a des vignes en abondance ! ».

Il ne se trompait pas. La vigne croît spontanément dans le Rhode-Island et donne une grande quantité de grosraisin bleu, très-charnu, mais aigre 2. Leif fut si frappé de cette production et des circonstances romanesques qui en accompagnèrent la découverte, qu’il baptisa la contrée du nom de Vinland (Terre du Vin).

Cette particularité aida beaucoup à faire connaître en Europe la découverte du Vinland. Dans le cours même du xi° siècle, Adam de Brême l’apprenait de Svein, fils d’Atride, roi de Danemark 3.

Dans les premiers jours de l’an roo1, Leif chargea son navire de bois 4, de raisin, de peaux et se tint prêt à partir.

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! Particula de Grænlandis, p. 32-36. — SNORRE STURLE- | SONS, Op. Cit., Cap. CVI, CV11, pp. 309,310. —Tu. Torræus, His- È toria Vinlandiæ antiquæ, pp. 7, 8.

2 On ne mange pas de ce raisin à son état naturel parce qu’il est peu délicat. L'espèce particulière au nord de l'Amérique lui est bien supérieure. (Mémoires de la Société royale des Antiquaires du Nord, 1840-1843, p. 8.)

3 ApaM. BREMENS., Historia ecclesiastica, cap. 246, p. 151.

4 Ce bois était l’érable ou Masur. « Masur s. masur-tre ve-

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