‹ Découverte de l'Amérique par les Normands au Xe siècle [microforme]Chapitre 58 sur 78 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

Excursion de trois prêtres groenlandais dans le détroit de Barrow et le canal de Wellingtor.

= 57 N 1266, quelques ecclésiastiques de l'évêché de FT eu Gardar entreprirent de reculer encore, au sep- PSP tentrion, la limite des pays connus.

Ispartirentde Kroksfiardarheidi, station située au nord de la baie de Disco. Ils furent surpris par un de ces nuages blancs, denses « à couper au couteau, » qui s’avancent droits « comme un mur de pierre » et ne permettent pas de distinguer un ice-berg à trois longueurs de bateau. Ce nuage était poussé par un vent du sud. Ne pouvant songer à se diriger, ils se laissèrent aller à la dérive. Quand le soleil reparut, ils virent beaucoup d'îles, des phoques, des baleines et des ours. Ils pénétrèrent dans un golfe bordé, au nord et au sud, de glaciers qui s’étendaient à perte de vue. Ils découvrirent quelques vestiges d'habitations d'esquimaux, mais le grand nombre d'ours qui chassaient le phoque sur le rivage les empècha d'aborder.

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Après trois jours de navigation en arrière, ils découvrirent encore des traces de Skrellings dans desîles situées au sud d’une montagne appelée Sniofell (montagne de neige), « qui avait été connue autrefois ». Tout le jour de la fête de saint Jacques, ils ramèrent dans la direction de Kroksfiardarheidi. Il gelait pendant lanuit. Le soleil ne quittait pas l'horizon ; à midi, au sud, ilétait si peu élevé que l'ombre du plat-bord d’un bateau à six rames touchait le visage d’un homme couché près du plat-bord opposé; à minuit, il était aussi élevé que dans la colonie groenlandaise au moment de sa plus grande hauteur nord-ouest.

Ils retournèrent à Gardar, portés par le courant polaire qui pénètre dans la mer de Baffin par les détroits de Barrow et de Lancaster et longe toute la côte orientale del’ Amérique du Nord.

La relation de cette expédition, adressée au prêtre groenlandais Arnald, chapelain de Magnus Hakonson, roi de Norvége, fut écrite par Haldor, prêtre groenlandais, sur le navire qui portait en Groenland l’évêque Olaf.

Les indications données sur la hauteur du soleil au 25 juillet 1266, jour de la fête de saint Jacques, ne donne pas de résultat précis parce qu’on ignore la profondeur du bateau. Rafn suppose que l’ombre formait avec le fond du bateau un angle de 33°, ce qui donne pour position le 75° degré de latitude nord.

La seconde observation donne un résultat plus satisfaisant.

Au xnie siècle, le 25 juillet,

la déclinaison du soleil était = + 17° 547, l'obliquité de l'écliptique.... = 23° 32’.

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En admettant que l’église de Gardar est au 60° 55° de latitude septentrionale, la hauteur du soleil au nord-ouest est, au solstice d'été, de 3° 40’. Cette hauteur était celle du soleil de minuit le jour de saint Jacques 1266, sur le parallèle 75° 46’, qui tombe un peu au nord du détroit de Barrow.

Ainsi, dit le savant Rafn, le voyage de découverte des prêtres groenlandais répond tout-à-fait à celui qui a été fait avec plus de soin de nos jours, et dont les distances géographiques ontété déterminées par William Parry, John Ross, James-Clark Ross et plusieurs autres navigateurs anglais dans leurs expéditions non moins hardies et dangereuses. C’est quelque peu humiliant pour notre orgueil national, s'écrie Beamish, de voir ces simples navigateurs du x siècle, montés sur de méchantes barques, rivaliser avec les explorateurs septentrionaux les plus distingués de notre temps ; mais les documents qui relatent ces anciens voyages portent la conviction dans les esprits et ne laissent aucun doute sur leur authenticité !.

La même année 1266, quand le prêtre Arnald quitta le Groenland, sur un navire qui fit naufrage en Islande, on trouva dans la mer quelques arbres, taillés avec des hachettes, et portant des coins faits de dents et d'os.

L'auteur des Annales Groenlandaises, qui constate ce fait pour l’année 1266, dit que les colons fréquentaient les régions boréales tant pour chasser et pêcher que pour se procurer du bois de construction 2.

BEAMISH, 0p. cit., PP. 129, 130.

2 Rarn, Ant. Amer., Pp. 269-273. — Découverte de l'Amé-

Les courants apportent encore dans la mer de Baffin des bois arrachés aux côtes du Kamtschatka et au versant:occidental de l'Amérique. Cette mer continue d’être fréquentée par les baleines; comme au temps des Normands, des troupes nombreuses de phoques se jouent sur ses champs de glace, malgré l’homme et l’ours blanc, ses deux mortels ennemis. Ses ilots donnent toujours asile à des milliers de lummes et d’eiders. Comme jadis, le gibier gîte surtout au nord, dans l’étroite bande de terre qui sépare la mer du glacier qui paraît couvrir tout l’intérieur du Groenland.

La nature elle-même se charge ainsi de confirmer l’exactitude des récits des vieux chroniqueurs.

rique au 10° siècle, pp. 33, 34. — M. E. Beauvois, op. cit., pp. 68-71. — Ta, Torræus, Gronlandia Antiqua, cap. v, pp. 27-

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