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erreur explique la facile soumission des colonies à la métropole.
Plus d’un prélat entreprit alors des visites pastorales et des tournées apostoliques dans ces lointaines contrées.
En 1059, Jonus, évêque saxon, vint en Islande. Après y avoir prêché pendant quatre ans, il se rendit au Vinland pour fortifier les colons dans la foi et tenter la conversion des peuplades indiennes qui commençaient à fournir des épouses aux Normands. Les Vinlandais le mirent à mort, ce qui porte à croire que ses efforts eurent peu de succès et qu'Odin regagnait dans ces contrées une partie du terrain qu'il avait perdu en Europe.
Les hommes du Vinland défendaientle paganisme comme Olaf Tryggvason et Olaf le Saint recommandaient le christianisme : à coups de hache. Des deux côtés de l’Atlantique c'était la même barbarie, la même intolérance Il y avait mille raisons pour que régnicoles et colons vécussent en paix, unissent leurs efforts au profit de la prospérité commune; les croyances religieuses, c’est-à-dire ce que les hommes comprennent le moins, les divisèrent, et cette division eut des conséquences que l'éloignement et le silence des historiens ne permettent pas d'apprécier, mais qui furent assurément très-fâcheuses.
En 1121, après diverses tentatives dont l’histoire n’a con-
1 MALLET, {ntroduction à l'histoire du Dannemarc,;t. 1, p. 254. — Islands Landnamabok, p. 306. — Tu. Torræus, Historia Vinlandiæ antiquæ, p.71.
servé qu'un très-vague souvenir, Erik-Upsi, islandais, premier évêque du Groenland !, partit pour le Vinland. L'état religieux de cette contrée lui inspirait les plus vives inquiétudes 2.
Quelques auteurs prétendent que le digne pasteur revint à Gardar, siége de son diocèse; mais Rafn, dont l'autorité est considérable, croit le contraire 3. La renonciation d’Erik à l'évêché de Gardar, parvenue en Groenland vers 1122, prouve que l’idée chrétienne avait fait des progrès en Amérique, que les colonies de ce pays avaient une certaine importance, que ce prélat avait l'intention de leur consacrerses jours. Il fut remplacé au siége de Gardar par Arnald, l'an 1124 4, sur la demande des colons groenlandais, réunis en diète générale par Sokke Thorerson, maître de la maison de Brattahlida et probablement descendant d’Erik le Rouge i.
Les meilleurs manuscrits des annales de cette époque contiennent le rapport du voyage d’Erik en Vinland. Leur di-
‘ Rimbegla, sive rudimento computi ecclesiastici veterum Islandorum, éd. st. Bjornonis, Hafn, 1780, p. 320, cité par Rafn, Ant. Amer., p. 258.
2 RArN, Ant. Amer., pp. 261, 262; — Découverte de l'Amérique au 10° siècle, pp. 50, 51. — M. E. Beauvois, op. cit. p. 66. — Tu. Torræus, Historia Vinlandiæ antiquæ, p. 71.
3 RaArn, Ant. Amer, pp. 452, 453. — Découverte de l'Amérique au 10° siècle, p. 31.
4 Tu. Torræus, Gronlandia Antiqua, cap. xxx, p. 243.
$ « Sockius Thoreris filius. (Eirico Rufo prognatus videtur) ». (Tu. Torræus, Gronlandia Antiqua, cap. xxvi, p. 218).
versité dans les termes prouve des rédactions indépendantes les unes des autres et par conséquent l’authenticité du fond. Mais ces manuscrits ne disent rien des actes d’Erik en Vinland. La Société royale des Antiquaires du Nord, qui a fait de si précieuses découvertes depuis quarante ans, arrivera sans doute à lever le voile qui nous cache encore cette partie, très-intéressante, de l’histoire anciennedel’Amérique. Elle arrivera peut-être aussi à trouver quelque pièce authentique sur cet ancien édifice de Newport, dont la construction, dit Rafn, paraît coïncider avec le séjour d’Erik dans
le pays.
Ce curieux édifice est situé sur le sommet et à l'occident de la colline qui porte la partie haute de Newport.
Il est en granit brut du pays. Les pierres en sont liées par un mortier de sable très-résistant.
Il est de forme circulaire et porte sur huit arches appuyées sur autant de colonnes rondes, hautes de vingt-quatre pieds anglais. Rafn en donne une vue extérieure, une vue intérieure, une coupeetun plan dessinés par M.Catherwood, habile architecte américain !.
En 1678, quarante ans après la seconde prise de possession de Rhode-Island par les Européens, Bénédict Arnold, gouverneur de l’île, le mentionne dans son testament sous le nom de Moulin de pierre et comme remontant à une haute antiquité.
1 Rarn, Découverte de l'Amérique au ro®siècle, pp. 51, 52 et pl: ut, 1V, v.
En le comparant à des monuments dont l'origine scandinave est bien établie, on arrive à fixer avec certitude la date de sa construction et sa destination primitive. On croit pouvoir assurer qu'avant d’être un magasin à fourrage, comme maintenant, un moulin, comme au temps de Bénédict Arnold, il fut un baptistère. C'est du moins ce que l’histoire et l'archéologie tendent à démontrer.
A l’origine du christianisme, comme nous l’apprennent les Pères de l'Eglise, on baptisait dans la mer, dans les fleuves, dans les fontaines, au bord des puits. Quand la religion nouvelle eut triomphé sous Constantin, on construisit de spacieux édifices, différant des églises par leur destination et appelés par les Latins, sub dio (en plein air), par les Grecs gottothpix (lieux d’'illumination). Ils étaient placés à peu de distance des églises pour montrer « que le « baptême est la porte qui introduit l’homme dans l'Eglise « de Dieu : ».
On a découvert des bâtiments à cet usage, isolés des églises, de même architecture que celui de Rhode-Island, à Igalikko, Kakortok, Iglorsoït; à Pise, Parme, Ravenne et Florence il existe encore des baptistères construits dans les mêmes conditions d'isolement.
On n'a remarqué aucune trace d'église dans les environs du Moulin de pierre. Cela n’a rien d'étonnant. L'usage était, dans les premiers siècles, de n'avoir qu’un baptistère par diocèse, mais les besoins du culte exigeaient une cha-
1 M. l'abbé MarrTiony, Dictionnaire des Antiquités chrétiennes, Paris, Hachette, 1865, verbo Baptistères.
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pelle ou une église par groupe de population. On construisit donc des églises en bois, comme on le fait encore dans certaines parties de la Norvége et en Groenland, mais on apporta plus de soin dans l'édification du baptistère, monument principal du diocèse et signe du siége épiscopal. Outre le monument de Rhode-Island, les pionniers de la dernière découverte de l’Amérique ont trouvé dans ces contrées des croyances qui attestent le passage d’Erik, tout au moins le séjour des prêtres chrétiens.
Au xvur siècle, Christian Le Clerq, missionnaire récollet, habita douze ans ! la Gaspésie, devenue successivement l’Acadie et la Nouvelle-Ecosse, après avoir été le Markland
des Scandinaves. Il y trouva, sur la création de l’homme et
le déluge de Noé, des traditions qui semblent empruntées à la Genèse 2.
Frappé de ces similitudes, « il se pourroit faire, » dit le bon moine, « que ces peuples fussent instruits des misteres « sacrez de nôtre sainte Religion, qu’ils eussent même la « connoissance et l’usage des belles Lettres ». Il ajoute qu'ils purent, avec le temps, retomber dans l'ignorance et l'idolâtrie faute de ministres pour perfectionner leur instruction et maintenir la pureté de leur doctrine 3.
1 Cu. LE CLERQ, Nouvelle relation de la Gaspésie qui contient les Mœurs et la Religion des Sauvages Gaspésiens Porte- Croix, Adorateurs du Soleil, et d'autres Peuples de l Amérique septentrionale, dite Canada. Paris, A. Auroy, 1691,in-12, p.171.
2 Jbid., pp. 35-38.
3 Ibid., pp. 39, 40.
La priére qu’ils prononçaient chaque jour au lever du soleil semble un écho du Pater.Ilsdisaient à cet astre qu'ils considéraient, non comme un dieu, mais comme la manifestation la plus majestueuse de la divinité : « Donnez-nous « la vie et la santé, à nous et à nos familles, la nourriture « de la journée, la victoire sur nos ennemis ! ».
Ils avaient le culte de la croix immissa ‘F, c’est-à-dire de la croix reçue par les chrétiens à partir du v° siècle.
Ce détail sur la forme de la croix n’est pas indifférent. Si les Gaspésiens avaient eu celle en monogramme LE que l’on trouve à l’origine des temps historiques de l'Inde, — ou celle que les théologiens appellent commissa, patibula ou tau T, qui se trouve également dans l'Inde à l’époque la plus reculée et chez les chrétiens des quatre premiers siècles 2, il serait impossible de se faire une opinion
! Cu. LE CLERCQ, op. cit., p. 169.
2 On ne trouve qu’une seule fois la croix immissa sur les monuments antérieurs au v® siècle: elle porte la date consulaire de 370. (M. l'abbé MaRTIGNY, op. cit., au mot Croix).
On a découvert au Pérou, dans une tombe antérieure à la conquête espagnole, deux vases bijugués dont l’un est surmonté d’une statuette à pieds difformes qui porte dans ses bras une croix immissa d'assez grande dimension. (M. L. Ficuier, Les Merveilles de l'Industrie, Paris, Furne, s. d. (1873), p. 337, fig. 242). L'empire des Incas fut fondé par Manco-Capac, au douzième ou au treizième siècle, et c'est à cette époque seulement que les arts firent leurs premiers pas au Pérou. Le vase en question dénote une certaine habileté et doit être par conséquent bien postérieur à la fondation de l'empire. Dans le
it sur la cause et la date de son introduction dans le nordouest de l'Amérique. De ce que la croix des Gaspésiens est
cas où la croix dont ilest orné aurait un caractère religieux, | elle impliquerait la présence de chrétiens au Pérou entre le ll douzième et le seizième siècle. En tout cas, elle ne peut rien prouver contre la date admise pour l'adoption par les chrétiens de la croix immissa.
! ” La croix du fameux bas-relief de Palenqué garde encore son secret. Elle est surmontée d’un coq qui rappelle soit celui qui | figure, sur nos clochers, le symbole de la vigilance, soit celui 4 qui, dans l'antique Iran, comme nous l’apprend M. J. Ménant | É (Zoroastre, — Essai sur la philosophie religieuse de la Perse,
Paris, Derache, 1857. pp. 12 et 134), éveillait, par son chant matinal, le laboureur et le berger, et devait signaler, aux habitants des cieux et de la terre, la fin du temps qui passe et la résurrection. De chaque côté de la croix, cha rgée d'offrandes, se tient un personnage couvert d’ornements fantastiques. L’un d’eux lui présente un enfant. On peut inférer de ce détail qu'elle avait un caractère religieux.
| D’après le chevalier Le Noir (Antiquités mexicaines, t. n, Ï Examen, p. 73), les ruines de Palenqué peuvent remonter à trois mille ans. Valdeck (Voyage en Yucatan, p. 78), leur donne de deux à trois mille ans. Prescott (History of the conquest of Mexico, Paris, Baudry, 1844, t. 111, p. 255, app. 1) se fondant sur un passage de la relation manuscrite d’Ixtlilxochitl, pense que la construction de Palenqué pourrait bien ne remonter qu’au xe siècle. D’après M. Viollet-Le-Duc (Introduction aux Cités et ruines américaines de M. Charnay, Paris, Gide, 1863, p. 74), le style de la sculpture est plus savant à Palenqué que dans les autres constructions anciennes du Mexique, mais il ac-
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immissa où latine, on admettra sans peine, au contraire, que ce peuple la reçut après le ve siècle, de la main des
cuse une époque de décadence. Cette appréciation du savant architecte donne une grande force aux arguments de Prescott. M. Brasseur de Bourbourg, dont l'autorité est considérable, pense que Palenqué fut fondée par Votan, plusieurs siècles avant l'ère chrétienne. Mais comme les successeurs de Votan ont augmenté et orné de sculptures les anciennes constructions, le savant historien se demande si la croix, dont la forme primitive est à peu près latine, rappelle le souvenir d'un christianisme antérieur ou fait allusion à la crue des fleuves. I] fait d’ailleurs observer que, dans le culte toltèque et mexicain, la Croix était l’emblême de la pluie et le symbole de Cé-Acatl. (Histoire des nations civilisées du Mexique et de l'Amérique centrale durant les siècles antérieurs à Christophe Colomb, Paris, Bertrand, 1857, t. 1, pp. 68-go).
J1 semble bien difficile, en résumé, de trouver dans la croix de Palenqué, l'expression d’une idée chrétienne.
Sargon, roi d’Assyrie, parvenu au trône l’an 721 avant l’ère vulgaire, est représenté dans un bas-relief de Khorsabad avec une croix en pendant d'oreille. (M. J. MÉNAnT, Eléments d’épigraphie assyrienne. — Les écritures cunéiformes. — Exposé des travaux qui ont préparé la lecture et l'interprétation des inscriptions de la Perse et de l'Assyrie; 2e éd., Paris, Duprat, 1864, pp. 158 et 255).
Ainsi que M. Ménant a bien voulu nous l'expliquer, cette croix est un caprice d'artiste, sans aucune valeur symbolique.
Ainsi, sauf l’exemple cité plus haut, rien ne prouve que la croix immissa ait eu, avant le vesiècle, le caractère religieux que lui attribue maintenant l'Eglise.
prêtres scandinaves, les seuls dont la présence en Amérique avant le xv° siècle soit constatée par des monuments authentiques.
Tous les Gaspésiens la portaient figurée sur leurs vètements et sur leur chair; ils l'avaient à la main dans toutes leurs cérémonies et dans tous leurs voyages; ils la plaçaient à l’intérieur et à l'extérieur de leurs cabanes, sur les bateaux, même sur les raquettes. [ls en ornaient les langes des enfants et la considéraient comme le signe de leur supériorité sur les autres nations.
Les conseils gaspésiens se réunissaient autour d'une grande croix, et chaque conseiller en avait une petite à la main !.
Quand un Gaspésien était envoyé en députation, le chef lui passait solennellement au col une très-belle croix et lui disait, à la fin d'un discours préparé: « Va, conserve « cette Croix, qui te préservera de tous dangers auprès de « ceux ausquels nous t’envoïons 2 ».
Les femmes enceintes en portaient une sur le ventre :.
Un fait semble surtout caractéristique : le Gaspésien voulait une croix dans son cercueil et une croix sur sa tombe, en sorte que ses cimetières paraissaient « plutôt Chrétiens « que Sauvages 4 ».
C'était là, sans nul doute, un écho des prédications chré-
! Cu. LE CLERC, 0p. cit., pp. 170-181.
2 Jbid., pp. 178-179.
3 Jbid., p. 181.
4 Ibid., pp. 184, 185.
uennes en Amérique, une preuve du passage d’Erik-Upsi et des Normands, qui avaient leur principale station, dit Humboldt, à l'embouchure du Saint-Laurent, surtout dans la baie de Gaspé, en face de l'ile d’Anticosti, où l'abondance et la facilité de la pêche les attiraient!.
Le P. Ch. Le Clercq, qui tire une grande autorité de ses douze ans de séjour en Gaspésie, confirme ainsi cette appréciation: « Dans le particulier j'ai trouvé auprés de certains « Sauvages, que nous appellons Porte-Croix, une matiere « suffisante pour faire conjecturer et croire même que ces wi « Peuples n'ont pas eu l'oreille fermée à La voix des Apô- qe « tres 2? ».
Humsozpr, Examen critique, 1 p. 101.
2 CH. LE CLERCQ, op. cit., p. 169.