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des navigateurs qui revenaient des mers extérieures !,
Le dernier point paraît incontestable. Les poètes ont imaginé qu’une terre inaccessible, située à La limite du disque terrestre, fermait le fleuve Océan *. Il ne fallait peut-être pas un grand effort de génie pour trouver cela; cependant, pour trouver plus vrai, il fallait absolument passer des réveries poétiques à l'expérimentation. Même en admettant la sphéricité de la terre, il était impos-
! Huwsornr, Examen critique de l'histoire de la géographie du Nouveau Continent et des progrès de l'astronomie nautique, Paris, Morgan, s. d.,t. 1, PP. 192,
2 « L'idée d’une masse continentale au-delà de l'Océan, aux confins du disque de la terre, se retrouve chez les Indiens dans le monde (1ôka), situé au-delà des sept mers, comme dans les traditions arabes surles montagnesde Kaf. » (HuwBoLor, op. cit., t. 1, P. 195).
Cosmas Indicopleustés, moinc-géographe du vr° siècle, prétend, d’après plusieurs Pères de l'Eglise, que l'Océan divise la terre en deux parties dont la première est actuellement habitée par nous, tandis que l’autre, premiéredemeure du premier homme, ancien paradis, située au-delà de l’Océan, se réunit au ciel (M. E. CHARTON, Voyageurs anciens et modernes, t. 1, p. ro ct fig. des pp. 1oet1 bi)
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sible d'indiquer avec quelqu’exactitude le site des îles ainsi que la configuration des mers et des continents. Les navigateurs ont mal observé ? trouvant la vérité trop simple, ils ont cru devoir la flanquer de récits merveilleux? Soit. Mais leurs découvertes n’en sont pas moins réelles, pas moins indispensables pour comprendre la géographie positive des anciens.
Or, ce qu'il ya de particulièrement remarquable dans le récit du philosophe de Chéronée, c’est la précision des détails géographiques.
Les trois îles qu'il place à égale distance l’une de l’autre, sur une ligne de 5,000 stades, entre Ogygia et le Continent Cronien, correspondent exactement aux Feroë, à l'Islande et au Groenland. La baie grande comme le Palus Méotide répond à celle de Hudson où à la mer de Baffin. Sa mer dangereuse à cause de la vase, des bas-fonds et des glaces rappelle l'hydrographie de l'Océan boréal '. Son Grand Continent se prolonge vers le
‘ « Le trajet de l'Océan Cronien est lent à cause des alluvions des rivières qui descendent du Grand Continent et rendent la mer ferreuse (bourbeuse) et épaisse. » C'est une manière, dit Humboldt, d'expliquer par la proximité d’un grand continent le Mare concretum, cænosum, pigrum des
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Nord comme la Grande Terre des Méropes de Théopompe, d'où l'on fit une excursion dans le pays des Hyperboréens,
Ses nuits d’une heure, claires comme des crépuscules, sont celles de Thulé, telles du moins que les décrivent Dicuil et Horrebows :.
Plutarque s'est-il inspiré des savants ouvrages d'Eratosthènes et d'Hipparque, qui résumaient ceux de Pythéas? A-til connu les récits de Timœus Sur l’île de Mictim, située à six jours de navigation de la Bretagne, sur celles de Scandia, Dumna, Bergos et Nérigon, la plus grande de toutes, qui précédait Thulé : ?
auteurs romains et d'attribuer à des dépôts de terrains meu- | bles ce que d’autres, dans les régions boréales, attribuent aux glaces, ou les mers méridionales à l'algue marine, c’està-dire aux bancs flottants de fucus (HumBoLpr, op. cit., t. L: PP: 197, 198).
! « Ces îles devaient être bien boréales, puisque, pendant trente jours, le soleil n'y restait couché qu’une heure, et que même pendant la nuit il régnait une lumière crépusculaire. Le moineirlandais Dicuil aurait dit qu'il y faisait encore assez clair pour chercher ses poux. » (Huwpozvr,
Op. cit; t.1, p. 201), | 2 PLine, liv. 1v, chap. xv.
Quoi qu'il en soit, sa description si précise de la mer Cronienne prouve que cette mer avait vu des navires sortis du bassin de la Méditerranée.
Comme on le voit par les ouvrages de Bède et l’opuscule de Dicuil, ces navigations furent connues des moines irlandais. Elles exercèrent certainement une grande influence sur ces moines qui devinrent, pour ainsi dire, les pilotes des Normands.
Mais tandis que toutes les découvertesanciennes nous apparaissent dans un lointain plus ou moins nuageux, les Normands nous ont conservé de leurs navigations des récits d’une incontestable authenticité. Ces récits se trouvent dans les Sagas dont l'exactitude est confirmée par les découvertes archéologiques faites chaque jour en Danemark, en Norvége, en Islande, en Groenland, en Amé:rique. Leurs auteurs, les vieux islandais, n’avançaient rien au hasard, ne suppléaient pas d’imagination à l’absence de documents certains. Leurs Sagas sont simples, claires, précises, purgées de ce merveilleux qui laisse habituellement des doutes
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sur l'intelligence et la sincérité des chroniqueurs monastiques.
C'est à cette source vive, à l'archéologie, aux travaux de nos devanciers que nous avens demandé les récits des découvertes faites par les Scandinaves, du x° au xvr' siècle, en Amérique et dans les régions boréales.
Toutes les Sagas ne sont pas encore connues ; le sol n'a pas encore livré tous ses secrets : on pourra donc, avec le temps, ajouter à notre œuvre de curieux détails, préciser certains faits imparfaitement connus. Néanmoins, on peut considérer maintené:, | comme certain que, dès l'an mille, les Norman. ont fréquenté l'Amérique du Nord:
qu'ils en ont occupé les côtes orientales jusqu'au xIV° siècle; qu'ils s’y sont établis de nouveau à l'époque même où Jehan de Béthencourt faisait la conquête des Canaries; qu'ils ont couvert de colonies toute la marge occidentale du Groenland et que ces colonies eurent des évêques jusqu'en 1537; qu'ils ont habité la province de Bahia et probablement traversé toute l'Amérique du Nord ; que leurs importantes découvertes furent connues en Europe.
Dans un second travail que nous préparons,
nous préciserons l'influence de l’œuvre des Normands sur celle de Christophe Colomb, et nous établirons que, plusieurs années avant le premier voyage de l’immortel génois, un capitaine de la marine dieppoise, s'aventurant sur les pas des anciens de sa race, toucha aux côtes de l'Amérique du Sud, non loin des ruines, récemment découvertes, d’une ville bâtie par les Scandinaves.
Nous avons entrepris ces recherches sur une lettre que M. R.-H. Major nous a fait l'honneur de nous écrire sous la date du 5 août 1872. Le savant conservateur du Dépôt des cartes nautiques et géographiques du British Museum voulait bien nous demander quels étaient les marins normands et bretons que nous avions signalés, dans la préface des Découvertes et établissements de Cavalier de la Salle, comme ayant vu l'Amérique avant Christophe Colomb.
L'incentie des archives du port de Dieppe en 1694 et le secret que nos vieux marins gardaient, dans un but mercantile, sur leurs lointaines découvertes, ne nous permirent pas de répondre en quelques lignes, ainsi que M. Major paraissait le
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désirer. Nos longues recherches nous ont même démontré que les découvertes de la fin du xv'siècle étaient la continuation, Pour mieux dire, la conséquence de celles du x. Nous ne pouvions dèslors répondre d'une manière complète qu'en faisant le récit de ces deux périodes de notre histoire maritime.
Nous publions aujourd'hui la première partiede notre travail et nous prions M. Major de bien vouloir la considérer comme une première réponse à Sa demande.
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