‹ Découverte de l'Amérique par les Normands au Xe siècle [microforme]Chapitre 6 sur 78 · DT TT · texte numérisé non relu

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de cinq jours de navigation de l'Angleterre. Audelà se trouvent trois îles, situées à égale distance l’une de l’autre et dans la même direction.

Saturne était enfermé dans l’une de ces îles et surveillé dans son sommeil par Briarée, car le sommeil lui servait de liens. Il était entouré de génies qui l'avaient servi quand il commandait encore aux dieux et aux hommes. Il révait ce que méditait Jupiter et les génies rapportaient ce qu'il révait.

La terre ferme, « par laquelle la grande mer est circulairement bordée », ESt à cinq mille stades d'Ogygia. On ne peut y aller que dans des vaisseaux à rames, parce que la mer est plate et basse, remplie de vase, de grands bancs et de récifs. « On a eu anciennement Opinion qu’elle est glacee ».

Le Grand Continent forme une baie non moins étendue que le Palus Méotide. Les habitants s'en disent continentaux et nous appellent insulaires parce que nous sommes entourés par l'Océan.

Tous les trente ans, quand la planète de Saturne, qu'ils appellent Nuxreëpos « le Gardien de la nuit », entrait dans le signe du Taureau, des

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Théores, désignés par le sort, passaient du continent cronien à l’île d'Ogygia.

Leur navigation était très-dangereuse. Ils abordaient d’abord dans une île habitée par des Grecs, « là où ils voyent, » dit Plutarque, « que le soleil « ne demeure pas absconsé vne heure durant, « l’espace de bien trente iours, que cela est leur « nuict, dont les tenebres sont bien peu obscures, « et comme le crepuscule du iour ».

Sylla tenait ces détails d’un ancien prêtre de Saturne venu d'Ogygia à Carthage, où la découverte d'un parchemin sacré l'avait rendu célèbre et respecté ‘.

L'imagination hellénique s’est donné carrière dans le récit dont on ne fait ici qu’un extrait. Plutarque y reproduit des traditions religieuses trèsanciennes dont quelques fragments nous sont parvenus par la Méropéide de Théopompe. Ce récit rappelle également les îles des Démons, situées près de la Bretagne, qui recevaient les âmes

1 PruTARQUE, trad. d’Amyot. Œuvres morales et philosophiques. — De la face qui apparoist dedans le rond de la lune. Paris, Jean Macé, 1581, in-f, ff. 624, 625.

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des héros et servaient de repaire aux tempêtes et aux météores lumineux.

Les voyages trentenaires, renouvelés des antiques Théories de Délos, sont probablement fictifs. Les colonies grecques de l’Amérique semblent imaginées par Plutarque pour flatter ses vaniteux compatriotes.

Mais beaucoup d'anciens, comme le prêtre d'Ogygia mis en scène par Sylla, prirent pour une île notre continent. Dans le mythe géographique de la Méropéide de Théopompe, Silène dit aux Phrygiens que les Méropiens habitent un grand continent lointain ({ueyäàn frepos), et que notre terre nest qu'une très-petite île ‘. Cicéron luimême dit dans le Songe de Scipion : « Toute la terre que vous habitez n’est qu’une petite île, »

Saturne, personnification idéale d’une puissance tellurique, devait son prestige au mystère

! Perizonius, d'ailleurs si judicieux, a vu dans les révélations de Silène quelques traces de l'Amérique. « Non dubito quin veteres aliquid sciverint quasi per nebulam et caliginem de America partim ab antiqua traditione ab Ægyptiis vel Carthaginiensibus accepta, partim ratiocinatione de forma et situ orbis terrarum. » (Ælian., ed. Lugd., 1701, p. 217, cité par Humboldt, »

dont on enveloppait le lieu de sa captivité. Son île fuit, au gré des poètes, à mesure que les navigateurs étendent le cercle de leurs excursions. Le nom de Mer Saturnienne, donné d'abord à l'Adriatique, passe les Colonnes d’Hercule ", remonte peu à peu au nord-ouest de l’Europe et s'attache avec Plutarque à l'Océan boréal, « comme si les brouillards de ces contrées, » dit M. Gaffarel, « avaient dû le (Saturne) faire dis- « paraître ».

Humboldt pense que le mythe conservé par le Traité des taches de l’orbe lunaire de Plutarque fait partie d’un cercle d'idées plus symbolique que chorographique. « C’est, dit-il, un fragment de la géographie mythique des temps les plus anciens ». Le grand écrivain paraît cependant croire que si les idées popularisées par la poésie antique ont exercé une puissante influence sur les systèmes de géographie, les conceptions cosmographiques de Plutarque doivent peut-être beaucoup aussi à des découvertes réelles et aux contes

‘ Appelées jadis les Colonnes de Briarée ou de Cronos.

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