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Devant Dieu les vrais et seuls grands hommes sont ceux qui étendent sa gloire et son règne, font connaître et adorer son nom ; ceux.qui recueillent les gouttes du sang de son Fils,
Dans l'Eglise militante, les héros sont les saints, les missionnaires, les apôtres et les martyrs ; ils composent l'avant-garde de l’armée du Christ. Ces hommes au courage indomptable, à la foi vive, à la charité ardente, sont grands aussi devant la société civile.
Depuis la fondation de l'Eglise, ils ont été et sont plus que jamais, à l'heure présente, en Afrique, dans l'extrême Orient, en Océanie, en Amérique, partout, les pionniers de la civilisation.
L'histoire des apôtres de notre pays fournit un exemple frappant de leur action civilisatrice et des fruits versés sur la société civile.
A qui devons-nous de n'avoir pas soutenu plus longtemps la lutte contre les différentes nations qui peuplaient le Canada? N'est-ce pas aux missionaires bien plus qu’à la force des armes ? En les convertissant au christianisme, ils les civilisèrent cet les transformèrent ; de ces hommes farouches, fourbes, cruels et sanguinaires, ils firent des hommes doux et pacifiques. Tout en conservant leur vie
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nomade, leurs habitudes de chasse et de pêche, iïls abandonnèrent leurs mœurs barbares, devinrent ce que sont encore aujourd’hui leurs descendants, des citoyens paisibles et religieux.
Grâce en grande partie aux missionnaires, pour honneur de notre pays et de notre race, ils n’ont pas été comme atlleurs, chassés du sol ou détruits, mais ils ont été conservés et civilisés.
Ne sont-ce pas aussi les missionnaires qui, par Jeurs courses apostoliques, leurs écrits, leur long séjour au milieu des tribus sauvages, ont fait promptement connaître notre vaste pays, ses fleuves, :es lacs, ses rivières, ses montagnes, 868 vallées fertiles, ses richesses forestières et minières ? À qui devonsnous la connaissance des langues et des coutumes de ces peuples ? Qui a écrit les premiers dictionnaires et les premières grammaires dans les différents idiomes de ces nations ?
En parlant devant l'auditoire le plus catholique que l’on puisse réunir, je suis parfaitement compris quand je dis que Île missionnaire est, par excellence, le promoteur du progrès véritable et de la civilisation, et qu'à ce titre, comme à bien d’autres, il est grand et mérite la reconnaissance.
En cffet, mes Frères, pour le chrétien, pour le catholique, où se trouvent le vrai progrès et la véritable civilisation ?
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Dans le développement du commerce, de l’industrie et de la culture du sol ? Dans le perfectionnement des machines ? Dans les moyens prompts et faciles de se transporter d’un bout du monde À l’autre ou d’v envoyer sa pensée et sa parole avec la rapidité de la foudre ? Dans les découvertes scienti-
fiques et leurs applications aux arts mécaniques ou
au soulagement des infirmités humaines ? Dans la culture des sciences ct des lettres ?........,Oui, tout cela constitue un progrès, une civilisation, mais ce n’est pas le progrès et la civilisation dans toute l'étendue du mot. Le vrai progrès, la véritable civilisation doivent embrasser l’homme tout entier, son corps, son âme et ses destinées éternelles. La vraie civilsation embrasse le monde visible et le monde invisible : l'homme est fait pour les deux. La véritable civilisation apprend à l’homme à regarder le ciel, sa patrie ; elle le détache de la terre et l’élève jusqu’à Dieu, sa fin dernière.
Voilà ce que fait le missionnaire catholique. A ses yeux, il n’y à pas de distinction entre le juif et le gentil, entre le noir et le blanc, entre le sauvage du Canada et l'habitant de Paris. Croyant à l'unité d’origine, de destinée et de rédemption pour tous les hommes, il la proclame par son dévouement, au prix mème de son sang. Cette civilisation fondée sur la foi tend, pour le bonheur des peuples, à régénérer le monde entier dans tous ses éléments.
En même temps qu’elle pénètre de principes
surnaturels et éclaire les dépositaires du pouvoir, elle communique à tout le corps social cette parfaite harmonie d'où dépend la félicité des nations.
La cérémonie de ce jour est pleine d'instruction et de consolation : elle est tout à la louange du peuple canadien-français. La présence, autour de cette tombe, des chefs de l'Eglise et de l'Etat, de tout ce que notre ville renferme de plus illustre dans la magistrature, dans les professions libérales et dans le commerce, les différentes sociétés de Québec, et, en particulier, la ‘sence de la société Saint-Jean-Baptiste, gardienne vigilante de nos traditions et de nos gloires nationales, montre que l’on sait reconnaître et honorer la véritaile grandeur et que le missionnaire n’est pas seulement grand devant Dieu et devant l'Eglise, mais qu’il est encore grand devant la société civile.
Les membres de la Société de Jésus me permettront bien d'associer aux noms des religieux de leur illustre Compagnie ceux de quelques personnes qui, comme les enfants de saint Ignace et ceux de saint Francois d’ Assise, ont été missionnaires et apôtres dans nos contrées et ont bien mérité de Dieu, de l'Eglise et de la sociétc.
Je mentionne en premier lieu les enfants de Monsieur Olier et ceux de Marie Immaculée,
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Dans la famille des apôtres du Canada, l’épiscopat est largement représenté. Les évêques Blanchet, Demers, Provencher, Taché, Grandin, Faraud, ont consacré toute leur vie à la prédication de PEvangile au milieu des tribus sauvages et reprodnit le zèle, le dévouement et les vertus du premier évêque de
Québec.
D’autres ont employé aux missions parmi les infidèles les plus belles années de leur existence. Ves regards se portent sans doute sur le vénérable évêque des Trois-Rivières, et votre mémoire n’a pas oublié Mgr Poiré, Messieurs Thibault, Langlois, Bourassa, et le prélat distingué, Mgr Boldue, qui,
il y a deux ans, descendait dans la tombe, riche de travaux et de mérites, pleuré de tous ceux qui avaient eu l’avantage dele connaître, d'apprécier les qualités de son esprit et de son cœur, laissant un
vide immense dans le cercle de ses nombreux amis.
Qu'il me soit permis de rappeler que, dans la dernière partie du XVII siècle, le séminaire de Québec était seal chargé d’évangéliser les nations de l’Acadie, du Mississipi et de ses affluents.
Guidés parla Providence, il y a des choses merveilleuses que les hommes accomplissent sans dessein prémédité. C’est ainsi que Québec, berceau de la
nationalité canadienne-française, où tant de cœurs généreux ont battu, centre de ralliement d’où tant de braves s’élancèrent à la conquête des Âmes, ville illustrée par les vertus d’un si grand nombre d’apôtres et de martyrs, devient un reliquaire où l’on réunit les dépouilles mortelles des prédicateurs de l'Evangile avec celles des fondateurs de notre patrie.
Ii est sans doute regrettable que les restes des apôtres de Quen, du Peron et Liégeoïs ne puissent pas demeurer à l’endroit mème où ces vaillants athlètes oassèrent une partie de leur vie et où ils reposèrent pendant plus de deux siècles. Mais, consolons-nous, leurs cendres vont se rapprocher de celles d’autres apôtres, leurs contemporains. Elles vont reposer dans l’antique église des Ursulines, sous la garde de ces femmes admirables qui continuent, dans l’enseignement et l’éducation de la jeunesse, l’apostolat de leurs devancières ; à côté des fondatrices de ce monastère qui furent, elles aussi, des missionnaires et des prédicateurs au milieu des sauvages. A l'approche de ces restes précieux, les ossements de la Vénérable Mère Marie de l’Incarnation, de Madame de la Peltrie, de la Mère St-Augustin et de tant d’autres qui ont été nourries des enseignements des Pères de Quen et du Peron, vont tressaillir d’allégresse.
Reposez en paix, cendres des martyrs, des apôtres
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et des saints de mon pays, reposez en paix sous les voûtes de cette Basilique, sous les voûtes de toutes les églises de la cité de Champlain. Reposez en paix et soyez nos protecteurs.
Quand la trompette du jugement sonnera le réveil de-tous les morts, de quel éclat brillera le rocher de Québec ! Tous ces corps d’apôtres ressusciteront glorieux et le couronneront d’une lumière plus éclatante que celle du soleil.
Qu'il sera nombreux le cortège des triomphateurs qui s’avanceront de Québec vers les demeures éternelles !
Efforçons-nous, mes Frères, de marcher sur les traces de ces héros, de faire vivre dans nos cœurs leur amour pour la gloire de Dieu et pour le salut de nos frères, afin qu’au jour, de la résurrection nous soyons admis dans leurs rangs. Ainsi soit-il.
Les élèves du Petit Séminaire chantèrent ensuite le Libera, et Sa Grandeur Mgr Fabre, une seconde fois, récita les prières de l’absoute.
À la chapelle des Dames Ursulines-—[e monument.
Après le Libera chanté à la Basilique, la procession se reforma dans le même ordre qu'auparavant, pour aller au monastère des Ursulines, où l’inhumation devait se faire. Lorsqu'on y fut arrivé, la fanfare militaire exécuta la marche de Saül, pendant que la foule pieuse s’agenouillait autour du catafalque, entouré de lumières et recouvert de draperies funèbres, où les porteurs Hurons déposèrent les cercueils. Sa Grandeur Mgr Duhamel, archevêque d'Ottawa, donna l’absoute, et les dames religieuses chantèrent le Libera avec accompagnement d’orgue. Alors les cercueils furent descendus dans le caveau, au-dessous du chœur, et Son Ionneur le lieutenantgouverneur dévoila, à tous les regards, le beau monument érigé dans la chapelle à la mémaire des missionnaires, par le gouvernement provincial.
Ce monument, dessiné dans le goût classique,